Auteur: Kuro-Hagi – 10/08/2020
Genre: Amitié - Romance – Yaoi - Hurt/Comfort
Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.
Notes : Merci pour vos réactions sur le précédent chapitre… Très intéressantes ! Et vos hypothèses… Hm… Il me démange de vous donner les réponses mais pas de spoils :) et puis il devrait y avoir quelques réponses dans ce chapitre ! J'essaie de répondre à chacune de vos reviews personnellement mais pardonnez moi si j'ai quelques oublis !
Stella : J'aime comme tu exprimes ta douceur et ta non-violence ;) Mais bon je suis d'accord avec toi alors je vais fermer les yeux ! J'espère que tu ne seras pas déçue de ce chapitre ! Merci pour ta review !
Namerra : J'espère que tu arriveras à te connecter. Je t'ai répondu en MP ! Mais je suis bien d'accord avec toi : Daiki c'est un mec bien !
Remember When
10 août
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KAGAMI
Ce rendez-vous à venir avec Daiki ne l'a évidemment pas aidé à dormir. Il a hésité à prendre un cachet pour aider. Mais il se serait senti mal toute la journée du lendemain, les somnifères ne lui font jamais du bien. Il a préféré aller sur le terrain de basket. Mais il est huit heures et son corps est lourd. Il va vraiment falloir qu'il dorme, depuis une semaine ces nuits sont beaucoup trop chaotiques. La douche l'aide un peu. Il se regarde dans le miroir, il a des cernes immenses. La nervosité est de pire en pire. Même le sport n'est plus suffisant pour le détendre. Finalement, c'est pas plus mal qu'il voit Daiki aujourd'hui, une fois que ce sera fait… Peut-être qu'il se sentira apaisé et qu'il pourra se reposer un peu. Il soupire et ferme quelques instants les yeux. Il a l'impression qu'il pourrait s'endormir dans la seconde et pourtant quand c'est l'heure de de se coucher le sommeil le fuit. Il veut juste… Dormir. Il en pleurerait presque tellement ça l'épuise.
Il se prépare un café, il n'est pas super fan et l'odeur lui rappelle trop le café qu'il faisait pour Daiki, mais il a besoin de quelque chose pour se tenir éveillé. Il mange beaucoup. Pour ça, il n'a pas changé. Il mange toujours énormément. Voire plus. La bouffe lui donne l'énergie que le sommeil lui refuse, et comble les plaies laisser par ses angoisses et ses douleurs.
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AOMINE
Yuu lui adresse un grand sourire. Il ne lui répond que par hochement de tête et s'installe à cette table qui est devenue un peu la sienne en une semaine. Il l'aime bien, un peu en retrait et il a une large vue sur la salle et surtout elle donne sur les fenêtres qui lui permettent d'observer la rue.
« Bonjour Teriyaki-san ! »
Il lève les yeux au ciel, mais puisqu'il refuse de lui donner son nom il ne peut pas l'empêcher de lui trouver un surnom.
« Aujourd'hui nous avons-
— Te fatigue pas. J'ai vu le menu en entrant. Comme d'hab.
— Hm… Les gyozas sont divins.
— J'en doute pas…
— OK ok ! Je vais envoyer la commande. »
Son regard se rive sur l'extérieur, où les passants insouciants déambulent. Ils ont des parapluies. Il lève le regard, c'est vrai le ciel est encore sombre aujourd'hui et lourd. Il va sûrement pleuvoir. Ça ferait du bien d'ailleurs.
Il repense à son week-end étrange. Tooru est un garçon gentil. Il l'aime bien. Mais pas comme ça. Satsuki est persuadée qu'il peut se passer un truc avec le temps. Il n'est pas sûr d'en avoir envie. Il faudra qu'il en discute avec lui, il n'a pas l'intention que ça devienne sérieux. Il espère que Tooru en a bien conscience. Il devrait prendre aucun risque et ne plus le revoir du tout. Mais il apprécie le garçon et passer du temps avec lui n'est pas désagréable.
« Et voilà ! Bon appétit. »
Yuu pose son assiette devant lui avec un grand sourire et un clin d'œil. Ce mec n'abandonne jamais vraiment ?
« Merci. »
Il ne s'éloigne pas, il garde un petit sourire amusé aux lèvres.
« Double ration… C'est de la part du chef ! Vous êtes un bon client. Il vous a à la bonne ! »
Il regarde son assiette.
« Oh… Bah merci. »
Et il commence à manger. Et comme d'habitude c'est super bon et son cœur se serre un peu. Son regard se perd de nouveau à l'extérieur. Mais il ne regarde pas, il se perd dans ses souvenirs avec Taiga.
« Teriyaki-san ? »
Il relève la tête. Il n'a pas tout à fait fini.
« Je vais vous encaisser. J'ai terminé mon service. Prenez le temps de finir. On vous offre aussi le café. Le chef viendra vous le servir. »
Il est un peu surpris. Mais ne proteste pas et paye. Il est seul dans le restaurant, mais il ne s'en plaint pas. Il s'y sent bien et dehors il commence à pleuvoir. Il soupire alors que des éclairs déchirent le ciel.
Il ne prête pas attention au bruit autour de lui, il ne réalise qu'il n'est plus seul que lorsqu'on pose une tasse fumante devant lui au bon arôme de café.
« Ton café Dai… »
Il se fige. Il n'ose pas lever les yeux. Il fixe sa tasse, son souffle est court. Cette voix. Elle est plus basse, plus grave mais cette manière de prononcer sur surnom... Son cœur semble vouloir exploser dans sa poitrine. Il rêve ? Il dort ? C'est encore un de ses cauchemars où il le retrouve ?
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KAGAMI
Il a mis longtemps à se décider en l'observant depuis les cuisine. Il attend ce moment depuis dix ans. Il a du mal à croire que c'est réellement en train de se produire. Il a peur. Il ne sait pas comment ça peut se passer. Revoir quelqu'un qu'on a aimé si fort après dix ans sans nouvelle… Il n'arrive pas à imaginer ce qui se passe dans la tête de Daiki. Il voit qu'il s'est crispé en entendant sa voix, il l'a reconnu.
Il hésite et puis prend une chaise pour s'asseoir parce que ses jambes tremblent. Il est trop épuisé et ce n'est pas le moment de s'écrouler. Il reste néanmoins à une distance respectable. Et il a peur de la réaction de Daiki. Il le regarde, il est toujours aussi beau. Ses traits se sont durcis un peu, sa peau est plus sombre.
Il lève les yeux sur lui et son regard bleu qui semble refléter la couleur du ciel orageux se pose sur lui et lui coupe le souffle. Les éclairs zèbrent le ciel par la fenêtre alors que la pluie tombe à torrent, semblant faire écho à ce qui se passe dans la tête de Daiki.
Sa poitrine lui fait mal. Il a envie de pleurer. Il tremble. Il aurait dû manger quelque chose. Mais il avait peur qu'il s'en aille avant qu'il n'ait le temps de lui parler.
Il se regarde quelques longues minutes en silence, comme si le temps c'était figé dans le restaurant alors que les éléments se déchaînent à l'extérieur vidant la rue de ses passants.
Daiki souffle incrédule, une expression de stupeur peinte sur le visage comme si l'impossible venait de se produire, comme cette première fois où avec Kuroko ils l'ont battu lors de la Winter Cup.
« Taiga ? »
Sa voix est rauque et lui file un putain de frisson. Il se passe une main sur le visage, bordel c'est vraiment plus dur que ce qu'il avait prévu. Il déglutit.
« Ouais. »
Un long silence encore. Mais ce n'est pas un de ces silences qu'ils partageaient quand ils étaient ensemble, un de ces silences où ils savouraient juste la présence de l'autre. Celui-là il est lourd et pèse sur les épaules. Du genre de ceux qu'on ne sait pas comment briser. Il ne sait pas quoi dire et tout ce qui lui vient est pathétique.
Pourtant, malgré le poids qui comprime sa poitrine, il tente : « Si j'avais su que c'était toi qui venais bouffer mon Teriyaki tous les jours… J'serais sorti de mon antre plus tôt… »
Il ne sait pas ce qu'il avait espéré en revoyant Daiki, sûrement pas ce silence pesant. Peut-être des cris, peut-être des coups, peut-être des larmes ou des embrassades. Mais pas ce vide.
Daiki se passe une main tendue dans les cheveux. Il espère un mot de sa part mais rien ne vient.
« Dai… Please… Say something…
— Fuck Taiga… What I'm suppose to say ? Tu as disparu pendant dix ans… Je pensais que j'te reverrai jamais…
— I know… I'm sorry… Je savais pas comment vous contacter… Mon père s'en est assuré… »
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AOMINE
Il ne rêve pas même s'il a du mal à croire que c'est vrai. Il ne rêve pas… D'habitude dans ses rêves Taiga n'a pas l'air aussi épuisé. Dans ses rêves, il le regarde avec un sourire machiavélique en lui jetant au visage sa supériorité. Il le regarde en lui rappelant à quel point il est pathétique que lui il a tourné la page depuis longtemps et il lui présente son mec super sexy et…
Il chasse ses images de son esprit.
Non. Il ne rêve pas. L'homme qui est face à lui à l'air juste au bout de sa vie, comme si le rouleau compresseur qu'il conduisait ce matin pour refaire le bitume lui était passé dessus. Il avait cru qu'il se mettrait à chialer comme un con en le revoyant, qu'il se jetterai à son cou pathétique en le suppliant de l'aimer de nouveau. Mais la fragilité de l'homme qui lui fait face le déstabilise, il le reconnaît et à la fois il lui semble tellement différent.
« Tora… Et un Teriyaki qui avait le goût de la nostalgie… Putain j'suis trop con de pas avoir capté... »
Il observe autour de lui avec un nouveau regard en sachant maintenant où il se trouve. Il y a quelque chose qui n'a pas changé, chez Taiga il se sent bien. Il prend sa tasse et la boit doucement. Il n'a jamais imaginé leurs retrouvailles comme ça. Il pensait qu'il aurait le temps de se préparer, de réfléchir à ce qu'il dirait. Il pensait que ce serait facile, naturel. Mais il sent comme un mur entre eux. Qu'est ce que Taiga a fait toutes ces années en dehors du basket ? Est-ce qu'il l'a cherché ? Pourquoi il se retrouve dans un restaurant ? Qui il a aimé ? Est-ce qu'il aime quelqu'un aujourd'hui ? Est-ce qu'ils pourraient s'aimer de nouveau ?
Son regard revient se poser sur Taiga, qui garde le sien rivé au sol, ses cheveux sont un peu longs et en bataille, on y voit la marque de la protection qu'il a dû porter toute la matinée en cuisine. Son corps est musclé et sa peau brille un peu couverte d'une fine pellicule de sueur. Il est beau. Magnifique. Mais si épuisé. Il a l'air brisé. Sa jambe bouge nerveusement. Il relève les yeux sur lui et son regard croise ses rubis qui ont perdu tant d'éclat. Taiga reste tendu sur sa chaise et lui il s'affaisse dans la sienne en esquissant un sourire triste.
« T'as une sale gueule Taiga… »
Ça fait rire légèrement son ex et il lui semble qu'un peu de cette lourdeur qui les entoure s'allège.
« Merci… Ouais… Je dors pas très bien en ce moment… Le stress tout ça…
— Tu changes pas…
— Je dirais que ça empire même.
— Tss… Je savais qu'il fallait que je t'apprenne l'art de la sieste.
— Ouais »
Taiga affiche un petit sourire, le cœur n'y est qu'à moitié, trop de nervosité. Il le voit hésiter et puis souffler doucement.
« Comment tu vas Daiki ? »
Même après tout ce temps, sa voix le caresse et le ferait presque ronronner quand il prononce son prénom avec autant de douceur.
« On fait aller… »
Il soupire et ajoute.
« Disons que… J'ai pas bien vécu le départ de mon ex y'a dix ans et là… Bah… j'survis.
— Ouais… J'crois que je vois l'idée… Tu fais quoi maintenant ?
— Ouvrier dans la voirie. Et toi… Un restaurant hein ? »
Taiga sourit un peu plus franchement. Ce sourire manque de chaleur et d'étincelle. Il est un peu terne et fatigué, mais il l'aime quand même.
Il est vraiment faible face à ce mec.
« Ouais… C'était une idée de mon ex. Plus une blague en fait. Mais j'crois que, ça m'a plu. »
Il reste un peu surpris, le regard et le sourire quand il dit ça. Il parle bien de lui ?
Il se rappelle vaguement. Il adorait tellement sa cuisine qu'il lui avait dit que si le basket marchait pas il pourrait toujours ouvrir son resto. Le souvenir s'éclaircit. Il sortait d'une séance de basket et Taiga avait préparé un poulet teriyaki en un tour de main.
« Un mec de bons conseils alors…
— Je dirai plutôt… Qu'il dit beaucoup de conneries… Mais ça lui arrive de dire des trucs intelligents.
— Oi ! Bakagami c'est comme ça qu'on parle à un pote qu'on n'a pas vu depuis dix ans ? »
Pote...Est-ce qu'ils peuvent seulement encore être ami après tout ce temps et après ce qu'ils ont été ? Il se sent brisé, il est dégoûté de lui-même. Et Taiga semble dans un piteux état aussi. Est-ce qu'il y a encore quelque chose à sauver d'eux ?
Il soupire et avale le reste de son café et lui montre sa tasse vide.
« T'as pas un truc plus fort à nous proposer ? »
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KAGAMI
Il est soulagé que Daiki ne s'enfuit pas. Il avait eu peur, mais il semble disposer au moins à discuter.
« Whisky ?
— Ouais. Ça c'est bien. »
Il se lève et serre deux verres et en donne un à Daiki.
« Oh… Tu m'accompagnes en plus ?
— Aho ! J'ai plus seize ans ! »
Daiki se fout de sa gueule et bêtement, ça lui fait du bien. Peut-être qu'ils vont réussir à faire revivre quelque chose entre eux. Ils trinquent et il boit quelques gorgées du liquide ambré qui brûle un peu sa gorge. Mais ça fait du bien. Ils restent silencieux. Bizarrement, le silence qui s'installe maintenant est moins lourd.
« Il s'est passé quoi Taiga ? Pourquoi… Aujourd'hui ? Après dix ans ?
— Quand j'ai compris que tu viendrais jamais en NBA… Il m'a fallu du temps pour avoir le courage de revenir et payer quelqu'un pour retrouver vos coordonnées…
— Nos ?
— Kuroko, Tatsuya et toi… J'suis pas… Doué avec le téléphone.
— Pourtant on a fait des trucs sympas au téléphone… »
Ça le rend triste d'évoquer leurs souvenirs avec Daiki. Ça aurait pu être malaisant. Mais c'est juste triste.
« Baka…
— Je sais… Encore un truc qui n'a pas changé quoi. T'as appelé Tetsu et Tasuya ?
— Kuroko… Trop tard. Déjà en Afrique… Et Tatsuya je l'ai eu y'a deux jours et je l'ai vu hier… C'est lui qui m'a dit que tu venais ici tous les midis. J'ai vite fait le rapprochement avec mon client super beau gosse qui fait baver mon serveur tous les midis et ne mange que le menu Teriyaki. Tu sais que mes autres plats sont très bons aussi ? Les clients sont visiblement satisfaits.
— J'en doute pas. »
Daiki rigole un peu et reboit de son whisky le regard fuyant.
« Et ton serveur t'a dit autre chose ?
— Ouais… Que t'avais pas été réceptif à ses avances.
— Et Tatsuya… Il t'a dit quoi ? »
Il hausse doucement les épaules.
« Juste quelques trucs…
— Taiga soit plus précis…
— Que tu allais pas bien depuis que mon père m'a renvoyé aux Etats-Unis. Que tu es en aussi bons termes avec tes parents que je le suis avec mon père. Que tu as abandonné le basket. Que tu es repartis en dépression et que tu as pris des trucs. Que… Tu sors beaucoup.
— Joli résumé de ma vie pathétique.
— C'est pas pathétique… »
Daiki se renferme un peu et fixe la fenêtre sans la voir, les éclairs se reflètant dans ses yeux. Il reste silencieux, sans le regarder. Et il sent comme ce mur qui semblait s'effacer un peu se renforcer d'un coup. Il inspire doucement et il souffle.
« Daiki… J'sais ce que t'as vécu… J'étais là aussi… On est deux à avoir subi ça. Je t'ai jamais jugé… Et je te jugerai pas aujourd'hui non plus… Jamais. T'as fait ce que t'avais besoin de faire pour… survivre.
— Survivre… Ouais… J'ai pensé à abandonner… ça rime à quoi tout ça hein ? »
Le regard de Daiki est dur et… pensé à abandonner… ça fait mal à entendre. Daiki soupire et boit son verre cul sec.
« Alors vas-y… Dis moi… Qu'est ce que tu as fait pendant dix ans ? T'es revenu des US avec quelqu'un peut-être…
— Personne. J'ai commencé à fumer, à boire de l'alcool plus fort. J'ai fait… Du sport. J'ai eu d'importants troubles du sommeil. J'ai continué à bouffer pour compenser. J'ai essayé la NBA… J'ai morflé. Je me suis dopé… J'ai morflé encore… Salement. Et j'ai abandonné parce que j'avais assez de tunes pour me barrer. J'ai réussi à re-dormir… Un peu grâce à des médocs mais ça m'rendait incapable de rien dans la journée… Alors j'ai arrêté. Et j'ai décidé de revenir à Tokyo et de… Commencer une nouvelle vie ? Ou… »
Sa voix tremble un peu quand il avoue.
« … Reprendre celle qui a été interrompue il y a dix ans. »
Daiki soutient quelques instants son regard, puis il répond.
« Une nouvelle… ça me semble plus raisonnable. Certaines personnes de cette ancienne vie n'existent plus... »
Il a envie de pleurer. Est-ce que Daiki lui ferme toutes les portes ? Il déglutit et souffle.
« Mais peut-être que je peux apprendre à connaître celles qui restent... »
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AOMINE
Bien-sûr il a envie de répondre oui. Mais ça fait terriblement peur. Il ne sait pas si c'est possible. Il ne sait pas s'il peut revivre un truc aussi fort. Il ne sait pas si ça peut même se reproduire. Est-ce qu'il est capable d'être un ami pour Taiga ? Ses sentiments sont cabossés, mais derrière leur armure bosselée ils sont toujours là et si elle se brise… Il va tellement souffrir.
Ils vont souffrir.
Parce que ça ne peut pas marcher n'est-ce pas ? Taiga va mal, il l'a entendu et il aimerait l'aider… Mais qu'est ce qu'un dépressif qui se soûle, se défonce et se fait défoncer par tout les gays qu'il croisent, pourrait faire pour lui ? Il n'est déjà pas capable de s'aider lui-même. C'est Taiga qui l'a sauvé il y a dix ans… Pas l'inverse. Lui il est trop faible pour ça. Il n'est bon à rien.
Le regard de Taiga le transperce douloureusement.
Me regarde pas comme ça. T'as le même regard que ce jour-là… Quand mon père nous a découvert et t'a demandé de te barrer. Ce regard. Il fait mal. J'ai juste envie de te prendre dans mes bras. Mais on va souffrir. Comme cette fois là. Et j'parle même pas des coups que j'ai pris quand mon père m'a tabassé. J'te parle du trou que t'as dans la poitrine là… Ce truc qui te bouffe et qui te dévore chaque jour. Il absorbe tout ce qui a de bon en toi. Bientôt on sera entièrement absorbé par ce trou noir… Si je te réponds oui… On va juste précipiter notre chute. Tu devrais le réaliser. J'suis qu'un déchet Taiga… J'suis pas quelqu'un de bien. J'suis qu'une épave. J'suis déjà mort.
Il soupire et se masse la nuque.
« J'suppose que tu peux… Mais j'te préviens… Tu risques d'être déçu de ce que tu vas trouver… »
Il se relève. Il est temps qu'il parte. Il a besoin de digérer tout ça. Soudain il sent oppressé et a l'impression de suffoquer. Parce que l'amour pour ces yeux rubis est toujours là, puissant et le prend à la gorge. Il n'est pas prêt à y céder.
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KAGAMI
Il reprend sa respiration doucement. Déçu ? Pourquoi ? Parce qu'il est différent ? Bien-sûr il l'est et lui aussi. Il n'a pas peur d'être déçu. Il n'y croit pas. Parce qu'il ne s'attend à rien. Il s'est refusé tout espoir jusqu'à présent. Il veut juste, le revoir, lui reparler et le redécouvrir. Et combler ce sentiment qui pince sa poitrine douloureusement depuis si longtemps.
Il se lève à sa suite inquiet.
« Tu t'en vas ?
— Ouais… Désolé… Mais ça fait un peu beaucoup pour aujourd'hui…
— Quand on peut se voir ? »
Pressé de fuir, malgré la pluie Daiki ouvre la porte, laissant le fracas assourdissant de l'orage entrer dans la pièce. Il se retourne légèrement hausse les épaules, il distingue à peine les mots qu'il prononce sous le grondement du tonnerre.
« ...mange ici... les midis… demain. »
