Allongé sur une chaise longue de sa terrasse, Draco laissa tomber sa tête en arrière, soupirant.

Ses yeux étaient injectés de sang, il peinait à les garder ouverts et son crâne lui donnait l'impression qu'il allait exploser.

Le jeune homme avait du mal à se remettre de sa débauche de la nuit dernière.

Il avait trop bu et n'avait pas l'habitude de dépasser les limites, il en payait donc les frais.

Le blond détestait boire à ce point, mais cette soirée avait été la dernière avant la rentrée.

Il n'avait pas vraiment eu le choix.

Draco s'empara de son téléphone et tapota avec difficulté sur le clavier.

"Ramène-toi Theo."

En à peine dix minutes, le concerné apparut dans son jardin.

- Pfou, tu devrais voir ta tête. Le garçon aux cheveux aussi noirs que les plumes d'un corbeau se marra

- La ferme. Mes parents veulent m'envoyer dans une autre école. Déclara Draco, de but en blanc

Theodore toisa son ami, abasourdi.

- Tu déconnes ? Ça fait deux ans que je supplie mes parents de m'envoyer à Hogwarts, j'y parviens enfin et tu te casses ? Tu vas bientôt avoir dix-huit ans non ? Tu as ton mot à dire.

- Ne panique pas comme ça. Ils ne vont pas m'empêcher d'y aller alors que c'est la rentrée demain.

- Ils sont quand même très stricts.

Draco eut un rire nerveux.

- Jusqu'à aujourd'hui tes parents t'ont obligé à aller dans une école pour garçons.

- C'est vrai, c'est la plaie ces familles de bourges. Theodore haussa les épaules

- C'est ça le problème. Hogwarts est une école prestigieuse et jusque-là elle était seulement mixte en ce qui concerne le genre de ses élèves, mais désormais cela touche aussi les classes sociales. Des familles pauvres ont obtenu des bourses pour leurs enfants. Tu imagines bien, mon père a failli faire une crise cardiaque à l'entente de cette nouvelle.

- On est plus au dix-neuvième siècle ni même au début du vingtième... Sérieusement, la classe sociale dérange tes parents ?

- Ne fais pas l'étonné Theodore, tu sais que les tiens pensent la même chose. Je peux comprendre, il y a souvent des racailles parmi eux, mais qu'importe. Mes parents n'auront rien à dire. Ils me payent cette école certes, mais ils se rendront vite compte qu'ils n'en trouveront pas d'autres avec une éducation si poussée.

- Des racailles... Theodore leva les yeux au ciel sous un rire moqueur

Draco lui lança un regard intrigué mais il ne chercha pas plus loin.

Theodore écrasa sa cigarette à même le sol et s'apprêta à en reprendre une lorsque le blond donna un coup dans son paquet, le faisant tomber à terre.

- Tu devrais arrêter cette merde. Murmura-t-il alors qu'il avalait une gorgée d'eau

- Bien sûr, papa.

Le blond était mal placé pour lui faire la morale, il avait longtemps fumé lui aussi.

Et pas seulement du tabac.

Mais il avait arrêté. Du moins, il essayait.

Les deux amis passèrent alors le reste de l'après-midi à profiter de ce soleil qui se faisait rare à Bristol, à discuter sans pouvoir s'arrêter mais en évitant tout de même les sujets qui faisaient trop mal.

Assis en bout de table, Draco ne parvenait plus à finir son assiette.

Il posa ses deux mains tremblantes sur la table en bois massif et son regard se perdit dans le vide, la tête haute et fixe.

Il n'osait plus bouger tandis que ses parents mangeaient en silence sans se regarder.

Bientôt, la gouvernante quitterait la pièce, et le jeune homme regretterait alors le simple fait d'exister.

Lentement, il tourna les yeux vers Miss Betty, cette vieille femme qui s'était occupée de leur manoir ainsi que de Draco depuis sa naissance.

À travers son regard, le blond la supplia de rester.

Il la pria de ne pas le laisser tomber.

Il savait qu'elle aurait aimé empêcher tout ça d'arriver, mais elle n'avait pas le choix.

Elle n'avait jamais rien pu faire.

La gouvernante l'abandonna dans cette salle à manger sous un silence assourdissant, sans se retourner.

Draco sentit sa gorge se nouer.

Il n'avait pas besoin de regarder son père, il n'avait pas besoin de l'entendre, il devinait très bien la rage qui était en train de le consumer.

Alors, lentement, il tourna la tête vers lui.

- Père...

- Tu me fais honte Draco. Je t'avais pourtant dit de ne pas retourner à ce genre de... fêtes. Des personnes t'ont vu, des personnes très importantes.

- Je suis désolé, je n'y retournerai plus je vous le jure. Je ne franchirai plus les limites.

- Ne jure pas sur de telles choses, tu m'as répété cette phrase une dizaine de fois cet été. Tu n'es qu'un menteur, un bon à rien. L'homme aux longs cheveux blonds presque blancs haussa la voix

Draco détourna aussitôt la tête, regardant à nouveau droit devant lui.

Il ne voulait pas craquer alors que ses yeux étaient plongés dans ceux de son père.

- Lucius.. Tenta sa femme, assise en face de lui

Narcissa Malfoy avait autrefois été une femme que personne n'osait approcher.

Aujourd'hui, elle avait l'impression de devenir peu à peu muette tant le simple fait d'avoir le droit de parler lui était devenu un luxe.

Son mari lui fit signe de se taire.

- Je ne suis pas un bon à rien. Je vous ramène toujours les meilleures notes.

- Tu as un comportement de bon à rien et tu finiras comme tel si tu restes dans cette école.

- Hogwarts est une école prestigieuse, vous ne trouverez jamais mieux pour moi et vous le savez.

Draco défia son père pour la première fois, terrifié à l'idée d'être envoyé ailleurs, mais il ne réussit tout de même pas à le regarder en face.

- Tu n'as plus ta place là-bas. Quand je pense que les Weasley y ont obtenu une bourse..

- J'y suis très bien père, et c'est de toute façon trop tard, ma rentrée est demain. Répliqua Draco, malgré la peur il sentit une haine terrifiante monter en lui

- Comment peux-tu me parler ainsi, après tout ce que j'ai fait pour toi ? Tout l'argent que je t'ai donné ?

- Après tout ce que vous avez fait grâce à l'héritage de votre famille vous voulez dire.

- Regarde-moi quand tu oses me parler avec une telle insolence !

Ces derniers mots, Lucius les avait hurlés.

Et soudain pris de rage, sous un geste une fois de plus incontrôlé, il planta sa fourchette dans la main gauche de Draco.

Son fils se mordit la lèvre à l'en faire saigner, ce qui l'empêcha de pousser un cri de douleur.

Cela n'avait duré que quelques secondes, mais jamais il n'avait eu si mal.

Pourtant il n'avait pas bougé d'un cil, aussi immobile qu'une statue.

Il ne devait pas faire de bruit.

Sa tête était toujours relevée, comme si le jeune homme voulait à tout prix garder cette fierté que son père essayait chaque jour de détruire.

- Lucius ! Supplia Narcissa alors qu'elle pleurait silencieusement, plaquant une main sur sa bouche

Le concerné n'osait plus bouger, tenant toujours la fourchette qu'il venait de planter dans la main de son propre fils.

Il semblait ne pas réaliser ce qu'il venait de faire.

Draco serra la mâchoire et continua d'ignorer ses parents.

Il devait sortir d'ici avant d'exploser, avant d'aller trop loin.

D'un geste brusque il retira la fourchette de sa plaie, ce qui lui arracha un gémissement de douleur.

- Je ne recommencerai plus père. Je devrais sortir de table maintenant. Je dois aller dormir et être en forme pour la rentrée de ma dernière année à Hogwarts.

Et sur ces mots, il s'en alla peut-être aussi vite que la gouvernante, inquiet à l'idée que son père ne sorte de sa transe et ne déverse à nouveau sa rancoeur sur lui.

Il pria pour que sa mère n'en paie pas les conséquences.

Draco n'avait plus sa place ici, mais l'emprise que son père avait sur lui était bien trop forgée pour qu'il puisse un jour espérer s'enfuir, et il l'avait réalisé bien trop tard.


N/A

J'espère que ce premier chapitre vous plait, ainsi que le style d'écriture. J'attends vos avis avec hâte !