Bonsoir à tous ! Ce texte est ma participation au concours d'EpsilonSnape sur le thème des créatures magiques. Les participant.e.s devaient écrire une romance entre un.e sorcier.ère et une créature magique, en parlant des liens magiques pouvant les unir (Loup-garou/Compagnon, Vampire/Calice, ce genre de choses) !

Voici donc mon texte, pour lequel j'ai pris la contrainte des mots imposés. Ce sont les suivants : Bonbons - Histoire - Dragons - Aromantique - Mouton - Pitiponk - Sang.

Je remercie Cailean Charmeleon pour son soutien et son travail de correction sur cet OS, et je vous souhaite une bonne lecture !


Menthe Magique

Harry sentit un long frisson le parcourir alors qu'il s'engageait dans le boyau sombre serpentant sous les racines du Saule Cogneur. Excité et un peu inquiet tout à la fois, le jeune homme parcourut les quelques mètres sous terre qui reliaient le parc de Poudlard à la Cabane Hurlante. Il pouvait presque entendre derrière lui les rires malicieux de son père et de ses amis, eux qui seraient si fiers de lui lorsqu'il leur raconterait l'été prochain son dernier exploit. Comment il était parvenu à contourner les nombreuses protections qui entouraient la bâtisse, simplement en faisant passer juste devant lui son sac d'école métamorphosé en minuscule souris. Et comment il avait alors suivi le petit rongeur assez rapidement pour les barrières ne se soient pas entièrement refermées. Désormais, il allait là où qu'aucun autre élève n'était allé depuis vingt ans.

En récupérant son sac qui grattait tranquillement le sol un peu plus en avant du souterrain, Harry pensa que le Directeur devait se faire bien vieux pour qu'un garçon de quinze ans comme lui puisse atteindre si facilement la Cabane Hurlante, alors même qu'elle était l'endroit le plus interdit de Poudlard, encore plus défendue d'entrer que la Forêt Interdite. Pour dire, même les Maraudeurs n'étaient plus parvenus à y entrer une fois passé l'été 1976, obligeant Remus à s'enfermer dans les cachots les nuits de pleine lune. Dumbledore aurait cadenassé les lieux durant les grandes vacances, mais Harry n'avait jamais su pourquoi. Certains dans la Tour de Gryffondor prétendaient que c'était là que le vieil homme cachait l'arme mystérieuse qui lui avait permis en 1979 de vaincre Voldemort dans un terrible combat singulier, et d'autres bruits de couloir parlaient d'un lieu maudit, construit par dessus les ossements noirs de rancœur de Salazar Serpentard, revenu à Poudlard pour y mourir et entraîner le château dans sa chute.

Enfin, Harry se fichait bien de connaître les raisons de Dumbledore, il souhaitait seulement enfin découvrir ce haut lieu des récits qui avaient bercé son enfance. Et lorsqu'il émergea finalement du souterrain, ce fut comme s'il connaissait déjà les lieux. À la lumière orangée du petit matin qui filtrait faiblement derrière les volets de la Cabane, Harry vit droit devant lui le grand lit à baldaquin, aux rideaux rouges brodés de petits dragons verts, comme le détaillait toujours son père dans ses histoires. Sur le mur, près de la tête de lit, les mains de Sirius avaient collé des affiches arrachées dans des magazines, ainsi que quelques photos floues des Maraudeurs, des ratés d'un jour d'été qu'ils n'avaient pas voulu jeter. Et avant même de tourner la tête, l'adolescent sut qu'à sa droite se trouvait un vieux magnétophone ensorcelé, cadeau de son parrain à son père pour son quinzième anniversaire. À vrai dire, excepté les moutons de poussière qui tapissaient le parquet, la chambre était identique à celle dans laquelle Harry avait tant de fois dormi en rêves.

Voir cet endroit tant conté le rendait bêtement ému. D'être là, là où son père s'était tenu au même âge. Là où Queudver, Patmol et Cornedrue étaient nés pour épauler Lunard. Longtemps, il scruta les photos épinglées au mur, à la recherche de traits familiers que le temps aurait effacé. Il se perdit dans la contemplation d'un Poudlard passé, jusqu'à ce qu'une voix amère vienne rugir dans son dos, le glaçant aussi sûrement qu'une douche froide.

« Potter ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

Harry se retourna si vite qu'il manqua d'entendre ses cervicales craquer, pointant sa torche flamboyante sur l'agresseur inconnu dans l'espoir de l'aveugler. À peut-être trois mètres de lui se tenait désormais un autre garçon, qui le fixait sans gêne, une flamme colérique au fond de l'œil.

« Alors quoi Potter ? Ça ne t'a pas suffi ? Tu reviens te moquer même maintenant ? »

Harry avala sa salive avec difficulté. Que l'autre sache son nom n'annonçait rien de bon, car lui était certain de n'avoir jamais vu ce visage aux traits taillés à la serpe, aux yeux sombres incrustés dans leurs orbites trop profondément et encadré de longs cheveux noirs tombant sur les mâchoires comme un rideau de fil à coudre. Et il ne comprenait rien à ce que le jeune homme en face de lui racontait.

« Je... Quoi ? », bafouilla stupidement Harry, interloqué.

L'inconnu croisa un bras sur sa poitrine, gratifiant Harry d'une moue proprement écœurée.

« On a perdu sa langue, Potter ? siffla méchamment l'autre garçon. Il me semblait pourtant que tu étais plus habile que ça à la parlotte, James. »

Le Gryffondor sentit alors son estomac descendre droit dans ses talons. Son interlocuteur venait de se pencher en avant, le frôlant de son nez en bec d'oiseau, et il ne pouvait ignorer, dans le filet de lumière qui s'échappait de la fenêtre sale de la chambre, qu'il voyait la porte menant au souterrain à travers le visage de l'autre adolescent. À travers sa peau translucide, à travers sa chair inexistante.

Un fantôme.

La respiration d'Harry se bloqua, l'air dans ses poumons venant former une boule dure dans sa gorge. Avec difficulté, il parvint cependant à bégayer :

« Je... Je suis Harry, pas James. »

Ce fut comme s'il avait frappé l'ectoplasme au visage, qu'il avait réussi à écraser ses phalanges contre les os anguleux. Le fantôme recula de plusieurs pas, le buste tordu vers l'arrière et les yeux ouverts douloureusement grands.

« Je suis son fils, continua Harry, le fils de James. »

Le garçon, le fantôme, semblait maintenant pitoyablement abasourdi, le corps replié sur lui-même. On aurait dit qu'il essayait d'enfoncer son visage sinistre dans son ventre comme ses doigts d'araignée s'enfonçaient dans les côtes cachées sous son ridicule accoutrement, une robe de Serpentard déchirée à plusieurs endroits, à peine une loque. Il s'effondra finalement, tombant à genoux sur le paquet poussiéreux de la Cabane Hurlante. Harry prêta à peine attention à sa main gauche qui disparaissait sous le bois, incapables de rester solidement posées dessus. Le fantôme était maintenant traversé par un jet de lumière rose coulant depuis l'extérieur. Il portait, partout sur le corps, les mêmes taches sombres que le Baron Sanglant. Et là où aurait dû se trouver son bras droit, il n'y avait que le vide sous une manche lâche.

« Ta mort a dû être violente », souffla Harry en se laissant tomber sur le sol.

Le fantôme releva la tête et, avec amertume, il confirma :

« Oui. Bien sûr. Sinon, il n'y aurait pas tout ce sang. Sur moi. Le sang par terre a été nettoyé. Je ne sais pas quand. Je pensais pas qu'autant de temps était passé. »

Maintenant, il sembla à Harry que le fantôme n'était plus en colère. Il avait seulement l'air pensif. Alors le Gryffondor s'approcha, marchant à quatre pattes jusqu'à être tout près du spectre. Le fantôme fronça les sourcils, et plongeant ses yeux dans le regard émeraude qui lui faisait face, il demanda dans un murmure :

« Tu es le fils de Lily, hein ? Tu as les mêmes yeux qu'elle. »

Harry acquiesça en silence, mal à l'aise face à l'expression de douleur qui se peignit sur les traits de l'esprit.

« Alors il a tout gagné, souffla finalement le fantôme, terrassé.
- Mon père ? Qu'est-ce que mon père a gagné ? »

La respiration difficile, Harry attendit que l'autre adolescent lui réponde.

« Tout, finit-il par lâcher. Il a tout eu. Lily. C'était ma meilleure amie. Et rien. Rien quand ils me harcelaient à Poudlard et me jetaient des sorts dans le dos. Rien en cinquième année quand... Mais tu n'as peut-être pas envie d'entendre ça.
- Entendre quoi ? questionna Harry, fébrile.
- Ton père et ses amis étaient mes camarades de classe, et je risque de ne pas brosser un portrait d'eux très reluisant. Il sera même aussi agréable qu'une cellule d'Azkaban, si tu veux mon avis.
- Raconte moi. »

Harry accrocha le regard sombre du spectre. Ses tripes se retournaient en tout sens, et la nausée menaçait de le saisir, mais il voulait désespérément savoir, et partager la douleur du fantôme aussi, parce qu'il était mort à peut-être quinze ou seize ans, et qu'Harry soufflerait dans moins de deux mois ses seize bougies. Alors le fantôme se racla la gorge, et commença à voix basse son récit :

« Les Maraudeurs et moi, nous nous affrontions sans cesse, depuis notre première année, à cause de Lily. James était amoureux d'elle, et moi je voulais à tout pris garder son amitié. Elle était ma seule amie. Et en cinquième année, je soupçonnais Lupin de cacher un secret. J'ai enquêté. Black m'a donné l'astuce pour passer sous le Saule Cogneur. Je crois que ça l'amusait de m'envoyer dans la gueule du loup. Lupin m'a déchiqueté dans la pièce d'à côté. Et aucun n'a rien eu. Moi j'ai été porté disparu. Officiellement, on n'a jamais retrouvé mon corps. Pouf, évaporé un soir, jamais réapparu. Personne n'a su, à part les Maraudeurs et Dumbledore. Pour protéger Lupin. Et Black. Mieux valait m'enterrer discrètement et les laisser continuer leur vie si prometteuse. Mieux valait que Dumbledore laisse mon corps pourrir dans la Forêt Interdite et barde la Cabane Hurlante de sortilèges pour que je ne puisse pas en sortir, plutôt que de ruiner la vie de ses précieux Gryffondor. »

Cette fois, Harry fut sûr qu'il allait vomir. Il ne dut de ne pas rendre le contenu de son estomac qu'à son réflexe d'avoir abaissé ses paupières et serré les dents en prenant de courtes inspirations. Au bout de plusieurs minutes, le jeune homme put rouvrir les yeux sans trop de crainte. Le fantôme le fixait, une expression indéchiffrable balayant son visage translucide.

« Dumbledore t'a enfermé ici ? »

Harry n'avait pu empêcher sa voix de trembler, alors qu'il faisait répéter à l'esprit le sort auquel le Directeur de Poudlard l'avait condamné.

« Quand il est venu mettre en place les sortilèges, j'ai pensé que c'était pour m'empêcher de venir à Poudlard de jour. Éviter le risque que je croise un élève ou un professeur. Alors j'ai attendu la nuit. Mais je n'ai pas pu partir. Dumbledore voulait seulement m'emmurer ici, que je ne puisse même pas communiquer avec les fantômes de Poudlard. Dumbledore est un grand sorcier. Le plus grand de notre siècle probablement. Un bienfaiteur pour beaucoup et un véritable génie. Mais s'il avait perdu sa place de Directeur, son pouvoir politique se serait effondré avec. Le monde sorcier avait besoin de lui à la tête du camp de la Lumière. Tant pis pour les dommages collatéraux, la guerre veut ça », souffla l'ectoplasme, abattu.

Harry n'avait pas connu la guerre autrement que par les vieilles histoires de ses parents et les cours du professeur Binns. Mais l'autre garçon semblait si défait qu'il ne put retenir un geste dans sa direction. Évidemment, la main d'Harry traversa la silhouette fantomatique, lui provoquant une désagréable sensation de froid dans tout le corps.

« Pardon », s'excusa aussitôt Harry, retirant sa main dans un bredouillement. « Je voulais juste... laisse tomber. »

Le fantôme se contenta de le fixer sans piper mot. Un long silence fit son apparition. Chacun des deux garçons regardait l'autre sans trop savoir quoi faire. Le Gryffondor accusa le contrecoup de la vague glacée qui l'avait traversé, faisant bouger distraitement ses doigts pour les désengourdir. Quant à l'ectoplasme, il se demandait encore pourquoi diable le fils de Potter avait eu envers lui un geste si... humain, quand Harry l'interrogea soudainement :

« Au fait, comment t'appelles-tu ? Tu connais mon nom mais je ne connais pas le tien. Et « le translucide » n'est pas un surnom très flatteur. »

Les lèvres minces du fantôme se tordirent en un sourire disgracieux. Puis il ferma les yeux, et dit avec fatalisme :

« Eh bien, je ne sais pas. Monsieur Severus Snape selon les courriers de Poudlard. Sev pour ta mère. Servilus pour ton père et ses amis.
- Je crois que je vais simplement t'appeler Severus, répondit Harry. Je n'aime pas tellement les diminutifs.
- Moi non plus. »

Les quelques heures suivantes, Harry se mit en tête de faire la conversation avec l'esprit pour tuer le temps. Severus n'était pas des plus bavards, aussi le Gryffondor passa un long moment à lui conter le monde du présent, à lui parler de la guerre qui n'était plus, et aussi juste de sa vie à lui, comme il l'aurait fait avec ses camarades de dortoir. Puis il fut l'heure de partir, alors que le soleil apparaissait paresseusement derrière Poudlard, annonçant l'arrivée du petit-déjeuner dans la Grande Salle. Juste avant de repartir dans le souterrain pour retourner au château, Harry promit cependant à Severus de revenir à la Cabane Hurlante le plus rapidement possible, profondément touché par le sort du fantôme.

Et alors qu'il s'enfonçait dans le tunnel gardé par le Saule Cogneur, il entendit derrière lui un rire taquin, sec et court qui lui donna la chair de poule, et il reçut en guise de salutations un sarcasme enrobé de miel :

« C'est bien ma chance tiens. Même dans la mort, les lions ne me laissent pas en paix. »


Harry était excité comme un enfant un matin de Noël. Tandis qu'il se rendait à la Cabane Hurlante, dont il fréquentait l'occupant depuis déjà deux mois, il avait envie de sauter sur une jambe comme un Pitiponk ou de faire des étincelles avec sa baguette juste par plaisir de voir de petites étoiles scintiller. Quelques jours plus tôt, Severus avait glissé au détour d'une de leur conversations qu'il regrettait profondément de rien pouvoir toucher, car cela l'empêchait de tourner les pages d'un livre ou tenir une plume. Harry avait compris dès leur deuxième rencontre que le fantôme était un passionné de potions et, petit à petit, il avait vu que, à présent qu'il tuait l'ennui de Severus par ses visites et les livres enchantés qu'il lui avait offert, et dont les pages se tournaient seules à intervalles réguliers, il ne lui restait à combler que sa plus grande frustration : ne pouvoir échauffer son esprit scientifique dans l'art de la préparation de liquides en tous genres. Bien sûr, Severus avait renoncé à brasser lui-même quoi que ce soit, mais les théories et recettes qu'il avait échafaudé au fil des années restaient désespérément entassées dans sa mémoire, sans que qui ce soit ne puisse les lire et peut-être les tester. Et Harry venait de trouver la solution à son problème.

Dès qu'il entra dans la maison, Severus haussa un sourcil, dans un tic devenu familier pour Harry. Nul doute qu'il cachait mal son enthousiasme, mais... Eh bien, il était un Gryffondor, pas un Serpentard, alors tant pis pour la maîtrise des émotions que lui enseignait tant bien que mal son ami fantomatique, Harry était heureux et comptait bien lui faire partager sa joie !

« Severus ! J'ai trouvé un moyen pour que tu puisses écrire sans que j'ai à recopier ce que tu me dictes ! J'ai eu l'idée hier soir, si tu savais comme je me suis senti bête de ne pas y avoir pensé avant ! »

De son sac d'école, l'adolescent sortit parchemins et encrier, qu'il alla installer sur une petite table branlante posée dans un recoin du salon jouxtant la chambre. Puis il retourna fouiller dans la besace de cuir, sous le regard franchement curieux du fantôme, et dans une expression de triomphe, il en tira une plume d'oie.

« C'est... une blague ? demanda avec autant de tact que possible Severus.
- Non, c'est une plume à papote ! Je l'ai ensorcelée pour qu'elle se mette automatiquement en marche quand tu prononcera un mot de passe, toi et toi seul. Je vais la laisser là, sur les feuilles de parchemin, comme ça tu n'aura qu'à dire « Menthe Magique » et la plume fonctionnera. »

Le sourcil de Severus monta plus haut sur son front, si cela était physiquement possible, puis il dit d'un ton vaguement moqueur :

« Menthe Magique, sérieusement ? Ces bonbons existaient déjà quand ta mère et moi étions enfants. »

Harry rougit avec embarras, marmonnant quelque chose à propos d'une voisine qui lui en donnait quand il était petit.

« Mais merci, Harry, répondit Severus avec une franchise inhabituelle. Je vais pouvoir exercer ma passion de nouveau et... enfin, ton geste veut dire beaucoup pour moi. »

Le Gryffondor avait les joues encore chaudes, et son cœur battait un peu de travers dans sa poitrine. Il était heureux pour son ami. Et c'est avec un plaisir sincère qu'il écouta Severus commencer son œuvre. Lorsque la nuit tomba, Harry était bercé par les vibrations graves de la voix du fantôme et, allongé sur le vieux lit à baldaquins comme il l'était, il somnolait, fixant distraitement la flamme d'une bougie, n'écoutant que d'une oreille les idées d'amélioration de la Pimentine pour éviter le rejet de fumée par les oreilles qui, a long terme pouvait endommager le canal auditif. C'était un détail pour les gens qui n'en prenaient qu'une fois ou deux dans l'hiver, mais sur de grandes périodes de traitement de certaines maladies, cela pouvait avoir un vrai impact sur le confort de vie. Et Severus était le premier potionniste à s'en soucier.

Lorsqu'il vit les étoiles se dessiner dans le cadre de la fenêtre, Harry songea qu'il s'était définitivement attaché au fantôme, pour ainsi passer toutes ses vacances et autant de soirées que possible à enfreindre le règlement. Chaque fois qu'il venait dans la Cabane Hurlante, il restait un peu plus longtemps aux côtés de Severus. Ce soir serait le premier où il oserait ne pas rentrer au dortoir, pour rester encore plus longtemps avec le fantôme. Se redressant sur le matelas décrépi, il flatta de la main son sac métamorphosé, faisant couiner le petit rongeur qu'il avait tiré du sommeil, avant de s'asseoir sur le rebord du lit.

Attirant l'attention de Severus d'un toussotement, celui-ci délaissa son monologue sur les usages des feuilles de gui dans la potion de régénération des nerfs, prononça le mot de passe pour que sa plume à papote cesse d'écrire, et se tourna vers son ami, l'air interrogatif.

« Severus, commença péniblement Harry, j'ai autre chose à te montrer. Regarde cette fiole. »

Un minuscule flacon de verre fut tiré de sa poche, pour atterrir dans sa paume, qu'il tendit juste sous le nez de Severus. Les pupilles noires scrutèrent alors les variations de couleur dans le liquide ocre, avec l'acuité d'un oiseau de chasse guettant sa proie. Puis Harry déboucha la bouteille, et Severus inspira profondément pour emplir ses narines du parfum que dégageait la fiole. Seulement, à sa grande surprise, pas la moindre fragrance ne s'élevait du goulot. Il bégaya :

« Mais... Que...
- C'est une potion que l'on appelle Philtre de Charon, le coupa Harry. Je suis allé voir le Baron Sanglant la semaine dernière. Je l'ai interrogé. Sur la vie de fantôme. Pourquoi choisir de rester sur terre. Comment peut-on couper le filament qui rattache encore l'esprit au monde des vivants. Si les fantômes pouvaient aimer les hommes, ou s'ils étaient aromantiques. Puis, il ne voulait pas me répondre, mais je lui ai demandé comment faire pour se rapprocher d'un fantôme. Comment comprendre sa substance, son identité à cheval sur deux plans. Comment le toucher. Et cette potion, couplée à un sort, établi un lien entre le fantôme et celui qui la boit. Ainsi, il peut toucher le non-être, se rapprocher de ce qui n'est plus, expliqua le Gryffondor. Je l'ai brassée dans les toilettes de Mimi Geignarde, la nuit. Quand je revenais de la Cabane Hurlante. Parce que... »

Harry s'arrêta, une tempête d'émotions se bloquant dans sa gorge. Severus ne disait rien. Alors, il continua, serrant la petite fiole entre ses doigts. Sa voix tremblait un peu.

« Parce que... parce que je voulais pouvoir te toucher. T'étreindre. Te tirer par la main. Te chatouiller. T'embrasser. »

Harry ferma les yeux et avala d'une traite la potion. Puis il attendit un signe, n'importe quoi, de la part de Severus. Enfin, après un long moment sous l'obscurité vertigineuse de ses paupières, un frôlement glacé sur ses lèvres lui fit regarder la lumière à nouveau. Severus le fixait avec une intensité bouleversante, et quand il se pencha en avant pour effleurer sa bouche de nouveau, assez proche pour qu'il ressente des milliers de choses mais encore trop éloigné pour que le contacte fantomatique soit douloureux, il l'entendit chuchoter :

« Vas-y. Prononce ce foutu sort, Harry, et fais moi tout ce que tu m'as promis. »


L'atmosphère était lourde. L'air qui flottait dans la Cabane Hurlante, irrespirable. Harry était résolument décidé à fixer le sol, pour ne surtout pas croiser les beaux yeux noirs de Severus.

« Pourquoi tu ne m'as pas prévenu ? »

Severus était profondément blessé. Harry n'avait pas besoin de le voir, sa voix trop aiguë parlait toute seule.

« Tu comptais me le dire quand, Harry ? Hein ? Quand est-ce que tu allais me dire que cette foutue potion te ruinais la santé ? », rugit le fantôme.

Harry ne sut quoi répondre. Il n'y avait rien à répondre.

« Merlin, Harry, je pensais qu'on se faisait confiance », souffla Severus. « Ça fait sept mois que tu te mets en danger... et pour quoi ? Pour un stupide fantôme.
- Ça n'a rien de stupide ! »

Harry avait hurlé. Il n'avait pas pu se taire. Il ne pouvait pas se taire.

« Je t'aime, d'accord ? », avoua-t-il, au bord des larmes. « Je t'aime et oui, c'était sûrement idiot de vouloir tes étreintes et tes caresses, mais je ne voulais pas que ça s'arrête. Je ne veux pas que ça s'arrête. Je ne veux pas. »

Harry se laissa tomber à genoux. Merlin que la colère de Severus lui faisait mal. Ou peut-être était-ce la potion intégrée qui lui coupait la respiration. Il avait si mal.

« Prononce le sort Harry », chuchota soudainement Severus à son oreille. « Je sais que tu as avalé le philtre, alors faisons-le, une dernière fois. Après, il faudra arrêter. Mais après. »

Et Harry écouta Severus, murmurant l'incantation nécessaire pour qu'il se déleste d'un filament de son âme. Bientôt, il sentit la main brûlante de Severus sur sa peau, ses lèvres sur la veine palpitante de son cou et tout son corps qui entraînait le sien vers le lit à baldaquins.

Et Harry eut presque envie de pleurer. La potion décuplait les sensations, c'était même ce qui finissait par la rendre dangereuse, quand ses effets ne se dissipaient plus, et le sort, oh le sort... Il le connectait incroyablement à Severus, c'était comme si les miettes de son âme qui s'enfuyaient dans l'air étaient aspirées par les poumons de son amant, et il sentait alors la gorge de Severus qui palpitait, ses cils qui mordaient la peau de ses lèvres. Et c'était merveilleux, vraiment, de sentir Severus sur son corps et d'être Severus sur son corps.

Quand le sexe de Severus allait et venait, c'était Severus et lui qui pénétraient son corps trop étroit pour deux âmes entières.

Quand la main de Severus taquinait son épiderme, Harry se touchait lui-même de la pulpe des doigts de Severus.

Quand les lèvres de Severus embrassait les siennes, quand sa langue caressait la sienne, dans sa bouche, son corps entier avait un goût de bonbon à la menthe. Les mêmes que lui donnait toujours la vieille Bathilda à Godric's Hollow. Dans la bouche de Severus et dans la sienne, Harry avait un goût sucré, acidulé et tout doux, caressant et aimant. Un goût de Menthe Magique.

Leur étreinte dura longtemps, des jours peut-être, ou juste quelques heures. Lorsque Harry ferma les yeux, sous les franges de petits dragons verts brodés sur un tissu rouge, Severus l'enlaçait, et la nuit dormait autour d'eux. À son réveil, le soleil avait volé la place de la lune. Les dragons verts étaient toujours là. Le vieux magnétophone oublié aussi.

De Severus, il n'y avait plus d'étreinte. De Severus, il ne restait rien d'autres que des rouleaux de parchemins ornés d'un point final et un goût de menthe dans la bouche d'Harry.

FIN