I. Katsuki x Shinso. Le point de vue est (majoritairement) celui de Katsuki. Masochisme, malsain, consentement douteux.
Grésillement.
Comme une télé qui capte mal, dans sa tête.
Ce n'est pas dépassé, ces choses là ?
Grésillement.
Celui qui suit les chocs sourds, ceux du corps duveteux du papillon de nuit qui se crashe, contre la lampe halogène, contre l'ampoule nue, irrésistiblement.
Tu veux éteindre la lampe, mais il est déjà trop tard, pas vrai ? Cela va prolonger ses souffrances.
On dit : les papillons de nuit sont attirés par la lumière. On dit : les papillons de nuit ne peuvent pas résister. Ils prétendent que les fleurs qu'ils fécondent sont blanches pour être vues dans le noir, et qu'ils s'envolent un jour pour embrasser la Lune.
Leur corps velu, leur corps dodu, la chitine fond sur le verre brûlant, les pattes se crispent. Une pluie de poudre d'or, pouf, est soufflée et retombe doucement. Les particules les plus proches de la lampe s'embrasent. L'aile vire, la membrane mise à nue, bat une ou deux fois, les nervures noire dentelle. Ils tendent leurs antennes si sensibles hors de l'incandescence...
Ah, le bruit des papillons qui meurent. On dit : jouer avec le feu, mais personne ne comprend.
Une manche que l'on relève d'une main. De longs doigts qui glissent dans l'ouverture, leur pulpe, et puis la griffure légère des ongles qui accrochent la peau.
Lorsque le tissu bloque sa progression, la main se retire. Respiration coupée. La première main lâche le bout de la manche, la lisse bien à plat sur l'épaule, et court tout du long jusqu'au bout du bras. Arrivé tout au bout, le toucher n'a presque plus de poids, et lorsque le contact se rompt, on dirait qu'elle flotte simplement. Frisson sourd.
La main nargue un instant, dansant dans les airs... elle fond soudain sur le col, l'empoigne et l'attire, à lui, tout le torse est entraîné par l'étau souple de cette chemise qui plisse et froisse et se tord...
Grésillements, que faire sinon respirer ? Respirer, de plus en plus fort, comme si chaque bouffée était une putain de gorgée d'atmosphère tropicale, été à Okinawa, toute cette sueur dégoulinant sur son corps.
Chaque surface où son corps le touche s'embrase. Et les deux doigts qui se plaquent contre la langue tapie au fond de la bouche fondent là comme une coulée de plomb qui descend lentement, lentement dans sa gorge. L'angoisse cisaille ses abdominaux ; il frémit aux mots déposés au creux de l'oreille.
"Laisse-toi faire..."
La passivité est passible de mort.
La main, la main si longue est sur son cou, le pouce caresse nonchalamment le cartilage qui est là et c'est suffisant pour le faire s'étrangler un petit peu. L'autre main déjoue déjà sa ceinture, pourquoi faut-il qu'il ait deux mains, c'est trop pour ne pas perdre le compte, il ne peut pas se concentrer sur ce que font l'une et l'autre lorsque l'indigo des pupilles voilées de ces lourdes paupières, vertigineux l'hypnotise. La surprise alors arrache un petit bruit quand elle plonge, si fraiche, là où c'est tiède et moite, la main, laquelle, on ne sait plus...
"Laisse-moi faire", dit ce grand pantin désarticulé qui se penche maintenant sur lui, le fauve lié, toute sa puissance sa force son désir un métal en fusion qui sature chaque cellule de son corps, trop chaud, se liquéfie, et toute cette force s'est changée en faiblesse dans des membres ramollis par trop d'énergie qu'il en peut contenir.
La passivité est passible de mort.
"Va-te-faire foutre...!" gronde une voix étranglée, provoquant un sourire sardonique.
Ce sourire de chat de Cheshire, qui n'en finit plus de grandir. Il ferme les yeux refusant de le voir.
Dans leurs jeux dangereux, tous les mots sont des oui.
Shinso n'a même pas besoin d'utiliser son pouvoir : Katsuki a parlé. Il sait qu'il peut en faire sa marionnette à n'importe quel moment. Et cette menace, pour celui qui hait à ce point perdre le contrôle, est suffisante pour assurer l'obéissance... de son plein gré.
Pourquoi les papillons crament-ils sur les lampes ? Personne ne le comprend.
Peut-être qu'ils aiment juste voir leurs ailes brûler.
Comme il aime s'empaler à déchirer son ventre de honte, de ces sentiments bouillants, et venir écorché par des ongles trop courts et trop rongés qui parviennent néanmoins à labourer son dos.
Shinso n'utilise son pouvoir que pour le punir, parce qu'il déteste ça. Autant qu'il recherche la douleur, autant qu'il recherche ces coups de poignard dans son égo, ces grands éclats dans les ténèbres, être vivant, juste un instant.
Comme il peut sangloter lorsque le bandage l'immobilise inexorablement, chaque mouvement accroissant la constriction, comme il peut sangloter son nom et réclamer son contact lorsqu'il le retient ainsi, les bandes masquant ses yeux, et qu'il ne sait pas s'il est loin ou proche, qu'il ne sait même pas s'il est encore dans la pièce. Si froids, les objets en lui et les vibrations machinales, cela s'étire en un temps infini alors que le besoin qui le tiraille demeure sans réponse. Une fleur répugnante qui fane et pourrit sur elle même en vrillant, et il s'étouffe sur cette horreur, si seul, si seul.
Il veut seulement qu'il le touche.
Mais cela encore n'est pas à la hauteur de cette cruauté invisible, quand il utilise son alter.
Sentir son corps bouger et le masque de son visage obéir. Juste une poupée de chair, et cela ne fait aucune différence. Pour Shinso, cela ne fait aucune différence. Alors qu'importe si dans ces cas là, les ordres qu'il lui donne sont de le prendre. Domination ironique.
Il n'existe pas. Il regarde de très loin et chaque cellule de son corps semble du caoutchouc.
Il a envie de mourir.
Pourquoi les papillons ?
Grésillement. C'est une fréquence que l'antenne TV n'arrive pas à capter. Une paume sèche rêche et brûlante se ferme sur une poignée. Le même geste, soir après soir, encore, encore, il revient.
Des journées qui s'étirent, la surface d'une conscience qui s'épuise, à arborer son sourire conquérant.
Le fil qui le lie à son âme est de plus en plus ténu. C'est dur de respirer, le cœur réduit à un point d'aiguille, dense et impénétrable, une bille de plomb.
Je sais ce que tu veux, soufflaient ces lèvres minces.
Je sais ce que tu es, lui ont transmis ses yeux.
Et il se noie dans la réalité d'une autre personne, se dissout tout entier, plaisir ultime, ne plus être.
Nuit après nuit, disparaître et renaître.
Merci d'avoir lu. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ou des suggestions pour un prochain OS.
