III : KiriBaku mais en triste.
TW : sexe très "rough" et texte explicite.
Il en avait rêvé bien souvent, mais il n'avait pas imaginé que ça arriverait pour de bon. Mina le lui avait bien dit, que peut-être c'était réciproque et pourtant, jamais il ne l'aurait cru, que Katsuki s'introduise, dans la nuit, dans sa chambre, dans son lit, dans son dos. Le silence régnait. Il était là.
Peau contre peau. Il était complètement nu. Froid. Eijiro réprouva un frisson.
Il l'avait imaginée des milliers de fois, cette scène. Katsuki dans toute sa splendeur, dominant et sûr de lui. Ou alors, maladroit, un chaos trop court, des ratés et des rires. Des joues cramoisies et des lèvres froissées. Des dents. Pénétration ou pas... Ce qui comptait ce n'était pas pour lui qui se retrouverait au-dessus, en-dessous. C'est le méli-mélo dans l'adrénaline et surtout... Ce qui comptait aurait été le miracle de son expression, quand il abandonnerait la prétention la fierté et la peur, la vue des ondes de plaisir se répercutant à travers lui, une vague qu'ils partageraient, un temps qui serait leur. Il voulait voir la fleur de l'extase s'épanouir et exploser dans ses yeux.
Mais jamais Eijiro n'aurait crû qu'il choisirait ce moment. Jamais il n'avait visualisé la facon dont il sentit des doigts précipités et tremblants qui semblaient du papier de verre tâtonner la surface de son estomac. Cette absurde odeur d'alcool qui se diffusa en silence au travers de ses cheveux. Ce souffle rauque à la base de son cou. Le corps matériel qui se trouvait là, physiquement, compact et lourd et autre, enfoncant un peu plus le support du matelas. Une étendue entière contre laquelle il luttait pour reconnaître un torse, une cuisse ou une clavicule, désespéré de dessiner la carte de ce corps ressenti comme pression, comme présence, davantage que toucher par son dos frémissant.
Il n'aurait pu l'anticiper, comment ce corps se contracta, une seule fois, un noeud qui se tend, tous ses nerfs et tous ses muscles, mur solide contre lui. Comment il se rua sans prélude, à l'intérieur de lui, et le hoquet qu'il laissa enfin échapper en cet instant, entendu au travers du pic de souffrance, malgré cette étourdissante et paralysante douleur, réverbérée de bas en haut dans l'épine de sa colonne vertébrale.
C'était la voix de Katsuki, la voix sourde de Katsuki, un signe comme des ongles qui s'enfonçaient dans ses flancs, c'était Katsuki.
Eijiro n'avait jamais imaginé, qu'il s'arrêterait de bouger, et que tout deviendrait silencieux, plus encore, quand il ne put retenir le sanglot de douleur d'échapper de sa bouche.
La sensation était viciée, la chambre tournoyante, les corps immobiles. Il se tenait là, respirant. Les doigts crispés, par à coups comme un engrennage grippé, se détachèrent de lui.
Il fut bien plus gentil lorsqu'il se retira. Il battit en retraite, au bord du lit, s'assit, à l'angle du lit, les paumes étalées à plat sur le tissu doux, prêtes à supporter son poids. Il y resta, au bout du lit, de longues secondes. Eijiro devinait tout cela.
Il faisait face au mur. N'osait pas bouger. Il ne sentait plus son poids et pensait qu'il était parti. Les ténèbres reposaient sur les choses. Mais après un moment le lit craqua, Katsuki surgit de son côté, face à lui, se frayant un passage sous les draps, poussant Eijiro jusqu'à ce qu'il sente sous lui les plis de l'endroit que l'autre venait d'occuper. C'était un lit de dortoir. Etroit. Il manqua de tomber.
La paume de Katsuki se saisit de sa verge à demi flacide. Il pensa qu'il le masturbait juste mais bientôt il se retournait et commencait à ajuster sa position, poussant vers l'arrière afin de forcer le membre à l'intérieur de lui. Eijiro entendit des dents grincer. Il laissa passer une plainte étranglée.
"A-attend ! Il nous faut, du lubrifiant !" Il parvint finalement à parler, sa voix hâchée enrouée du désir et de la confusion. "Je m'en fous." La voix dure, impétueuse répondit hâtivement, mais il y eut une pause avant ca, et Eijiro ne pouvait discerner son visage détourné vers le mur. Un centimètre de mâchoire et un halo de cheveux en bataille, les puits mouvants des creux du dos où sombra son regard jusqu'aux reins se pliant, et son propre sexe érigé là, glissant contre ses fesses, il le guida soudain au creux qui se présentait malgré la résistance.
Ainsi Katsuki attrapa la couverture dans son poing, se redressa sur son coude pour gagner un appui et, petit à petit, recula. C'était tellement resserré, pinçant son membre à lui faire mal, qu'Eijiro douta qu'il se soit jamais doigté. Des pensées inquiètes déferlèrent dans son esprit, /est-ce qu'il sait ce qu'il fait?/, et furent avalées fugitives par le gouffre de feu grondant à son pelvis.
Les gestes étaient impulsifs et brutaux, mais cela prit quand même une éternité pour que Katsuki se recroqueville contre son aine et qu'il puisse sentir le toucher moite et tendre de son scrotum. Corps tendu, muscles roulant, sueur gouttant de chaque angle et de chaque courbe, sa chair palpitait dans l'effort, son dos un arc-boutant.
Il pressa à son tour, jusqu'au bout et plus fort encore, vibrant des pulsions de ruer, percuter ; pressa jusqu'à sentir la pointe de ses os et arracher un cri à son silence. Il ne pouvait plus rester immobile un instant de plus, se retenir après ça.
Il avait pensé, à des mots, des mots attentifs, des mots de consentement. Des mots qui voulaient dire Je t'aime et qui n'auraient pu sortir, ravalés comme une lave épaisse jusqu'au fond de sa gorge. Il n'avait pas imaginé que tout disparaîtrait dans le besoin, dans les ténèbres, l'air spiralant comme un mur d'eau, de sorte qu'il pouvait à peine respirer, longs râles happés, bouche béante.
Manque. Il le voulait. Il le lui fallait.
Il le prit.
Quand il eut finit, le corps entier de Katsuki tremblait.
Jamais il n'avait imaginé Katsuki pleurer, mais cette nuit qui était leur première, sa main qui s'aventura pour s'emmêler aux cheveux hérissés frotta contre la surface mouillée de l'oreiller qu'il avait mordu en y enfonçant son visage. Il l'enserra plus fermement dans son étreinte et seulement là perçut des sanglots silencieux qui sourdaient et vibraient au travers de son torse sans s'échapper dans l'air, tout contenu, et pas un son. Ensuite, le corps dans ses bras se figea, rigide, une seconde entière. Ensuite, il ne fut plus là.
Il comprit, en entendant Katsuki fermer la porte.
Avec le faible son assourdi d'un loquet retenu.
Il sut immédiatement en entendant ce son, que leur première fois était leur dernière. C'est alors qu'il repoussa l'oreiller trempé hors du lit et se mit à pleurer sans pouvoir s'arrêter. Même ainsi, le silence recouvrait sa voix.
