Eeet c'est encore moi ! Youpi ! La fin de l'event approche donc je me bouge enfin mdrrr mais RASSUREZ-VOUS, cet OS (et les suivants, si j'arrive à terminer ceux que j'aimerais encore terminer) est beauucoup moins long que le premier !
Cette fois-ci, je vous propose une petit DabiHawks un peu débile qui se passe à la plage (parce que les vacances à la mer, ça m'a manqué cette année D:) et où j'embête Dabi (parce que j'aime bien l'embêter). :D Avec, attention, un léger spoil sur le vrai nom de Hawks. Encore une fois, je m'appuie sur la théorie que Dabi = Touya Todoroki aussi... Oui, c'est surtout une excuse pour pouvoir caser un peu de NatsuShiga dans la combine xD Mais j'espère que ça vous plaira quand même ! C'est sûrement pas mon meilleur texte, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à l'écrire. ^^
Défi choisi : No. 6 - Écrivez un texte dans un univers alternatif de l'un des types suivants, à choix : âmes sœurs (= UA où les âmes soeurs existent et sont repérables d'une façon ou d'une autre), western, ou café (= un ou plusieurs personnages travaille(nt) dans un café). J'ai choisi l'UA café pour ce texte ! Mais avec un petit supplément mention d'UA âmes sœurs aussi :P
Personnages/Pairings : Dabi/Hawks (+ mention de Natsuo Todoroki/Tomura Shigaraki)
Rating : M pour quelques détails assez explicites (mais pas de lemon)
Remerciements : À Zofra pour avoir validé le scénario et m'avoir super gentiment encouragée, à Zodiaaque pour m'avoir donné envie d'écrire des histoires de plage et avoir inspiré la sublime dégaine de Dabi dans cet OS, et à Barron P'tit Pois pour avoir checké les derniers paragraphes. Vous êtes des chous, merci tout plein tout plein ! :33
Défi no. 6
C'était écrit (dans nos cocktails)
Les sourcils froncés et la douleur cognant salement à l'avant de son crâne, Dabi extirpa avec peine son téléphone de sa poche et jeta un coup d'œil hagard à l'écran fissuré dans le coin supérieur droit. Avec ce putain de soleil, autant dire qu'il y voyait que dalle.
Mais c'était pas comme si ça avait la moindre importance, de toute façon ; parce qu'il avait pas besoin de pouvoir lire les foutus chiffres de l'horloge numérique pour savoir qu'il était en retard au boulot, en fait. Eh merde.
… Bon, c'était pas si grave, non plus – ou du moins, c'est ce qu'il se dit en passant une main lasse sur son visage encore engourdi de sommeil. C'était loin d'être la première fois, c'était même pas si tard que ça… Personne n'avait jamais voulu le virer pour un quart d'heure. Et d'accord, il avait encore le look du parfait touriste, avec son short de bain noir à flammes bleues et sa chemise rouge aux beaux hibiscus blancs parfaitement kitsch, mais sa tenue de boulot était restée sur place la veille ; même si la bienséance – dont il se fichait pas mal, tout bien réfléchi – aurait voulu qu'il passe chez lui prendre une douche avant d'aller bosser, il pourrait se changer et se rafraîchir un peu là-bas avant de commencer. Shigaraki allait sûrement faire la tronche, mais d'une, ce serait pas nouveau, de deux, vu sa dégaine au quotidien, il avait pas vraiment de quoi l'ouvrir, et de trois, tant que le grand patron ne débarquait pas, au final, hein…
C'est alors que Dabi se rappela que le grand patron débarquait si peu souvent qu'il n'avait même jamais vu sa tête, en fait – et il se sentit tout de suite mieux. Bon, pas au point de péter la forme, non plus, il avait toujours la tête dans le coaltar et la certitude qu'il allait devoir se retenir de foutre le feu au premier qui lui adresserait la parole ce matin ; mais quand même suffisamment pour passer une dernière fois les mains dans ses cheveux en bataille, que ce soit pour les dompter un minimum ou les ébouriffer davantage, et bâiller en même temps que ses longues enjambées le menaient jusqu'à son lieu de travail.
Une minute encore, et il le vit apparaître au loin, d'ailleurs : avec sa jolie devanture refaite à neuf trois mois plus tôt, ses parasols clairs déjà ouverts en prévision des chaleurs de l'après-midi, et son insigne en lettres dorées dans une écriture attachée qui se voulait classe.
Aah, le Villain Café.
À prononcer à l'américaine, évidemment – il fallait bien ça pour les touristes internationaux. Sympathique petit café de cette ville du bord de mer, à deux pas de la plage, et d'ailleurs on la voyait très bien depuis la terrasse ; il n'y avait qu'à traverser la rue et à enjamber le muret de pierre pour se retrouver les pieds dans le sable. Sans surprise, avec de pareils atouts, l'endroit était rapidement passé de « sympathique petit café » à « point de convergence inévitable des vacanciers qui avaient investi dans le Guide du routard », et c'était bien pour ça que Dabi y travaillait en tant que serveur saisonnier pour le troisième été consécutif cette année.
Il eut à peine le temps d'en passer la porte soigneusement déverrouillée avec sa clé de service, cependant, qu'une voix désagréable couvrit le doux tintement du carillon en même temps qu'elle décuplait son mal de crâne – et le pire, c'était qu'il n'avait même pas besoin de redresser la tête pour savoir exactement à qui elle appartenait.
« T'es en retard. »
Il le fit quand même, plus par habitude que par politesse ou qu'autre chose.
À l'autre bout de la pièce, derrière le comptoir, cet enfoiré de Shigaraki le fusillait du regard, déjà tout apprêté avec l'uniforme de l'établissement, les cheveux ramenés en queue de cheval, et un exemplaire de son célèbre gâteau yaourt-framboises-Limoncello entre les mains, prêt à être disposé en vitrine – dommage que ça ne suffise pas à arranger sa gueule. S'il se permettait ce genre de remarques, c'était parce qu'en plus d'être leur pâtissier, c'était aussi le fils du grand patron ; mais de l'avis de Dabi, papounet l'avait sûrement casé en cuisine dans l'espoir qu'il ne mette surtout, surtout jamais les pieds en salle, et qu'il évite par la même occasion de faire flipper la clientèle.
(Même s'il fallait reconnaître que ses tartelettes à l'abricot étaient pas mal du tout – quand Dabi parvenait à en subtiliser une sans que l'autre essaie de lui briser le poignet pour avoir ne serait-ce qu'osé les regarder.)
« Va crever, se contenta-t-il donc de répondre, quoique sans réelle violence. Je vais me changer.
– Hihi ! Tomura, Tomura ! On dirait que notre Dabi a passé une soirée mouvementée, tu crois pas ? »
… Mais c'était sans compter sur ça, évidemment. Super.
« Ça », donc, c'était Himiko, la barjo du coin ; il avait failli l'oublier, l'espace d'un instant, mais c'était bien avec elle qu'il allait devoir gérer le service d'aujourd'hui, ce qui revenait à ajouter ses piaillements insupportables et ses remarques de gamine à ses maux de tête. Génial. Ce n'était pas comme s'il ressentait la moindre affection pour ses collègues serveurs de manière générale, mais à tout prendre, il aurait encore préféré se retrouver avec Atsuhiro – pardon, Mister Compress, magicien en carton et populaire animateur d'anniversaires pour enfants à mi-temps –, ne serait-ce que parce que ses commentaires de paternel faussement inquiet pour un fils qui ferait n'importe quoi étaient quand même plus supportables que d'avoir Himiko qui se foutait de sa gueule.
Il ne perdit pas de temps à relever, cela dit, et ne fit l'effort d'offrir à cette sale gosse qu'un doigt d'honneur sans finesse au moment où il la dépassa pour rejoindre la remise qui servait aussi de vestiaire du personnel.
Quelques minutes plus tard, il avait troqué son short de bain et sa chemise à fleurs contre sa tenue de travail, long pantalon noir et chemise blanche comme s'il bossait dans un putain de palace alors que le Villain Café n'avait pas une étoile au Michelin ; puis il avait regagné la salle où il avait terminé la mise en place avec Himiko, sous le regard neutre de Shigaraki qui n'avait soit toujours pas digéré son retard, soit c'était juste sa tronche normale, et tout en entendant Jin – l'aide-cuistot – siffloter depuis les sandwichs et les salades qu'il finissait de préparer en cuisine.
Bref, en d'autres termes, rien de nouveau sous le soleil de mi-juillet : pour peu que Dabi oublie son mal de crâne, c'était une journée comme les autres, rien de plus, rien de moins.
Ou du moins, ça l'aurait été, si le chef autoproclamé de leur petite équipe n'avait pas fini par la rouvrir, à sept heures vingt-deux et donc à huit minutes de l'accueil probable des premiers clients de la journée.
« Bon, écoutez-moi, bande d'abrutis », commença-t-il, en même temps qu'il parachevait la présentation de ses si précieuses pâtisseries en vitrine – Dabi n'était pas certain d'avoir envie de le reconnaître à voix haute, mais ça l'impressionnerait toujours de constater la dextérité et la précision dont ce crevard pouvait faire preuve, parfois. « On va avoir un extra jusqu'à mi-août pour gérer l'augmentation de la fréquentation. »
Cool.
Dabi, qui n'en avait strictement rien à foutre, continua de balayer le sol en ramenant toutes les poussières et compagnie vers un même petit tas bien défini. S'il s'y prenait bien, il était presque sûr qu'il pourrait convaincre Himiko de s'occuper de ramasser le tout, et ça lui laisserait le temps d'aller voir s'il ne restait pas des antidouleurs quelque part dans la remise avant le début du service.
« Il débarque vers onze heures. J'en voulais pas, donc démerdez-vous avec. »
… Et c'est à ce moment-là qu'il arrêta de balayer.
Malheureusement, avant qu'il ait eu le temps de protester ou de dire quoi que ce soit, Shigaraki avait tourné les talons et était retourné s'enfermer dans sa cuisine, où il allait sûrement passer le reste de la matinée à préparer des quiches pour ce midi – ou à rire comme un monomaniaque devant son four, pour ce que Dabi en avait à foutre. À la place, il ne put donc que froncer les sourcils, réprimer (ou ne pas réprimer) un grognement, et sentir son crâne pulser sous les assauts de la voix de Himiko qui s'écriait à vos ordres, boss ! comme s'ils étaient une association de malfaiteurs ou il ne savait trop quelle connerie.
Malgré tout, il n'était pas au bout de ses peines.
Et ça, il le comprit à l'instant même où, quelques heures plus tard, Kurogiri – le bras droit du grand patron, même si Dabi aurait parié que leur relation était loin d'être totalement platonique – débarqua au café accompagné du fameux « extra ».
Parce que l'extra en question…
Bordel de merde.
Sur le principe, Dabi ne détestait pas son job de serveur au Villain Café. D'accord, ses collègues étaient chiants, et ce n'était pas rare que certains clients le soient aussi ; mais au moins il était payé, bien payé, ça lui donnait des tonnes d'occasions de se foutre de la gueule des gens ou de les juger en silence, et surtout il commençait tôt pour finir tôt, ce qui lui laissait toujours la soirée entièrement libre après.
Alors parfois, oui, ça arrivait qu'il la passe à traîner dehors et à profiter de ce que cette ville avait de mieux à offrir. Par exemple. Comme la veille.
C'était pour ça qu'il n'avait dormi que quelques heures, d'ailleurs – même si les cernes, c'était carrément pas un truc que les gens remarquaient chez lui en général, avec les tatouages qui couvraient son corps et une bonne partie de son visage. Pour ça qu'il s'était trimballé un mal de tête carabiné la moitié de la matinée, aussi. Parce que…
… Il y avait un bar. Sur la plage à deux pas du café, de l'autre côté du muret de pierre. Un truc avec un nom débile, du genre- le Soulmate Bar, il lui semblait bien. C'était pas grand-chose, juste une paillote par-dessus un comptoir bordé de quelques tabourets hauts, mais… Dabi s'était rendu compte que ça ne le dérangeait pas d'y passer quelques heures de temps à autre, d'accord ? Accoudé au comptoir ou assis sur l'un des tabourets, le temps de siroter un cocktail ou deux ou trois, de laisser la musique l'assourdir un peu et l'alcool embrumer ses pensées, sans qu'il ait besoin de réfléchir à rien…
Quand on lui foutait la paix, ça lui plaisait. Quand on lui adressait la parole, ça arrivait qu'il trouve quelque chose à en tirer ; sinon, il s'arrangeait pour que la personne dégage fissa, et ça lui allait. Mais la veille-
La veille, il avait commandé un truc, il ne savait plus trop quoi ; comme d'habitude, le barman s'était lancé dans ce délire de lui faire choisir la petite ombrelle en papier qui finirait dans son cocktail, parmi une sélection de sans doute une bonne centaine dans une boîte qui n'en laissait paraître que le dessus ; et il n'avait plus rien compris à partir du moment où tout le monde s'était mis à siffler et à applaudir.
C'est alors que le barman avait eu la gentillesse de lui faire remarquer que la partie inférieure du cure-dent sur lequel reposait l'ombrelle qu'il avait piochée sans la regarder était peinte en rose dégueulasse – et que les explications avaient suivi.
« C'est la légende du Soulmate Bar ! avait raconté cette espèce d'ahuri, mort de rire, à Dabi qui s'efforçait de ne pas écarquiller les yeux comme un crétin. Chaque soir, on s'arrange pour qu'il y ait deux ombrelles à cocktail colorées dans la boîte, exactement deux, ni plus ni moins. Alors si deux clients les tirent dans la même heure… C'est qu'ils doivent être âmes sœurs, forcément ! Félicitations ! »
Et c'était complètement débile comme concept- l'une des plus grosses conneries qu'on puisse imaginer, à coup sûr-
Mais à la seconde d'après, le barman lui avait collé une tape amicale sur l'épaule, et il avait été présenté à un type tout aussi hilare, armé de la seconde petite ombrelle peinte en rose dégueulasse, et qui se trouvait – accessoirement – être le blondinet le plus canon sur lequel Dabi ait jamais posé les yeux de sa vie. Accessoirement.
Bon, il était aussi vêtu de la chemise jaune pétant à flamands roses horribles la plus moche de l'histoire de l'humanité ; mais ça, Dabi l'avait remarqué après. C'est-à-dire, après sa gueule d'ange, son regard doré aux reflets de cuivre, les muscles légers mais bien définis de ses bras… Et le pire, c'était qu'il la portait quand même bien, cette foutue chemise. L'espace d'un instant, Dabi en était presque resté bouche bée – puis le beau blond s'était approché en rigolant, l'air tout à fait naturel, et il n'avait eu aucune peine à lire toute la malice dans ses yeux lorsqu'il l'avait dévisagé à son tour.
« Alors comme ça, c'est toi, mon âme sœur ? qu'il avait demandé, l'air de rien, alors qu'il connaissait très bien la réponse. Pas mal, les tatouages. »
Et ça, c'était le comportement d'un mec qui avait parfaitement conscience de l'effet qu'il faisait, Dabi savait les reconnaître ; alors forcément, il était entré dans son jeu. Il l'avait taquiné sur sa chemise, en réponse à quoi le blondinet avait complimenté son short de bain… Et de fil en aiguille, son âme sœur lui avait payé un verre après avoir perdu un pari ; puis c'était Dabi qui lui en avait offert un, prétextant la pitié ; puis les piques qu'ils échangeaient avaient tourné au flirt à peine dissimulé, ils s'étaient un peu éloignés du bar, l'un d'eux avait sorti que ça pourrait être sympa de se baigner un peu…
Lorsqu'il avait retiré sa chemise débile pour venir s'amuser dans l'eau avec lui, Dabi avait remarqué que le beau blond avait non seulement un corps de rêve, le torse musclé et les abdos finement taillés, mais aussi deux superbes ailes rouges tatouées dans le dos et autour des épaules ; alors il avait attrapé son petit oiseau par le poignet et moins d'une demi-heure plus tard, c'étaient leurs doigts à tous les deux qui glissaient sur la peau de l'autre, leurs soupirs à tous les deux qui se mêlaient tandis que les dents mordillaient les lèvres et que les langues se caressaient. Et après ça…
Après ça, ça avait été torride, et pas seulement parce que la canicule empêchait la température de descendre en-dessous des vingt-cinq degrés. Le blondinet n'avait pas eu besoin de déployer un argumentaire digne de la Sorbonne pour convaincre Dabi de le suivre jusque chez lui, ça, c'était clair – jusque quelques-uns de ses sourires ravageurs et pleins de promesses, un ou deux de ses baisers intenses, une main dans son short à flammes bleues… Sa peau bronzée avait l'odeur du soleil et le goût du sel marin ; Dabi n'avait pas songé une seconde à lui résister. C'était ce qu'il voulait, de toute manière.
C'était pas une nécessité, mais quand il allait traîner au bar de la plage, ça faisait office de bonus non négligeable – se faire ramener chez un beau gosse pour une petite partie de jambes en l'air. Et si le beau gosse savait se servir de ce qu'il avait entre les cuisses, c'était encore mieux.
… Sur ce plan-là aussi, d'ailleurs, le blondinet avait dépassé pas mal de ses espérances. Un peu trop doux, à la rigueur ; mais quand Dabi avait demandé à ce qu'il y aille plus fort, il n'avait pas eu besoin d'insister non plus, et après l'orgasme il avait eu droit à un verre d'eau bien fraîche, à un gant de toilette humide, au ventilo…
Le seul truc, c'était que Dabi ne cherchait pas de petit ami ou il ne savait trop quelle connerie ; ni même de plan cul régulier, en fait, encore moins d'âme sœur ; alors forcément, il avait dormi un peu, et aux premiers rayons du soleil, bien avant que le petit oiseau n'ait l'air de vouloir rouvrir les yeux, il s'était barré.
C'était sûrement pour ça – en vertu du théorème de l'emmerdement maximal et de ce genre de joyeusetés – qu'il avait dû falloir, absolument, que le fameux extra engagé au Villain Café ne soit autre que ce mec-là. Le blondinet. Sans la chemise à flamands roses, cette fois-ci, mais toujours aussi craquant avec ses mèches savamment bordéliques et son regard sûr de lui ; si ce n'est qu'à l'instant précis où Dabi entra dans son champ de vision, ses yeux s'écarquillèrent d'un coup, et ils passèrent plusieurs secondes à se fixer comme deux fantastiques ronds de flan.
Merde.
Parce que Dabi ne s'était pas attendu une seconde à le revoir, évidemment. Il ne lui avait pas laissé son numéro. Encore moins son adresse, ou tout autre moyen de le recontacter. Il n'avait même pas parlé de le retrouver où que ce soit un de ces quatre-
Il ne se souvenait même pas de son nom, bordel !
Heureusement (ou malheureusement, en fait, ça resterait à déterminer), le beau blond fut le premier d'eux deux à se reprendre ; par Dabi ne savait quelle sorcellerie, il parvint même à faire passer sa réaction pour de l'étonnement tout à fait normal, avant d'enchaîner avec un petit signe de la main et un grand sourire charmeur à son attention.
« Hé, salut ! s'exclama-t-il avec un naturel à toute épreuve. Si je pensais tomber sur toi ici !
– Oh, vous connaissez déjà Dabi ? intervint aussitôt Kurogiri, l'air aussi surpris que satisfait par cette révélation. Excellent. Dabi, je vous le confie, dans ce cas. Tâchez de lui apprendre ce qu'il doit savoir. »
Et sans un mot de plus, il pivota sur ses talons pour repartir d'où il était venu (sans doute quelque part sous le bureau du grand patron, ne put s'empêcher d'ajouter Dabi en pensée), l'abandonnant du même coup au service de midi qui approchait inexorablement, et avec ce foutu blondinet qui lui jetait d'ores et déjà des regards en coin.
Encore une fois : eh merde.
Il allait falloir que Dabi trouve quelque chose à lui dire, là, et vite – si possible quelque chose de l'ordre du fait que voilà, ils s'étaient bien amusés la veille, d'accord, mais que ce n'était pas pour autant qu'il avait l'habitude ou l'intention de passer deux nuits de suite dans le lit du même mec, merci bien, alors si ça pouvait ne pas avoir trop d'impact sur leurs relations au boulot, histoire que la saison se termine dans les meilleures conditions possibles, il serait pas contre…
… Mais ça, ça aurait été le cas si son propre frère (ce traître de Natsuo) ne l'avait pas élu « champion du monde de la fuite de conflit et de tout autre moment gênant » chaque année depuis son dix-septième anniversaire. (Et à raison, en plus, même si ça l'emmerdait de le reconnaître.)
Alors au lieu de ça, il se demanda plutôt à ce qu'il pourrait lui faire faire de simple et de si possible particulièrement chronophage durant le service, histoire de leur éviter un maximum de contacts, et il y réfléchit tant et si bien qu'une fois de plus, le blondinet le prit de vitesse. Avant même qu'il n'ait eu le temps de lui refiler le plan des tables et de lui ordonner de l'apprendre par cœur, l'autre était arrivé à sa hauteur, les mains innocemment jointes dans le dos, et-
« Alors c'est pour ça que t'as dû partir aussi vite ce matin ? demanda-t-il tout bas – mais contrairement à ce à quoi Dabi s'attendait, sa voix n'était pas lourde de reproches, bien au contraire. Tu m'as fait peur… »
… Oh non.
Mal à l'aise, Dabi ne tourna qu'à moitié la tête dans sa direction ; manque de chance, ça lui suffit amplement à constater ce qu'il n'avait pas du tout envie de constater. Pile poil ce qu'il craignait, même.
À savoir, le fait que ce n'étaient effectivement pas des reproches, ni de la colère, ni de l'amertume sur le visage du joli blond, non ; dans ses traits fins comme dans la lueur de son regard, c'était du soulagement. L'esquisse d'un sourire un peu triste, un peu heureux, comme si l'idée que Dabi n'ait pas réellement tenté de filer à l'anglaise lui faisait plaisir – et peut-être même, quelque part là-dessous, dans la façon dont il détourna la tête juste après et dont son demi-éclat de rire se lut jusque dans ses yeux, de la tendresse.
« J'ai trouvé ton numéro nulle part, en plus. »
Le cœur de Dabi manqua un battement.
Pourquoi est-ce que cette connerie de machin était encore en état de marche, déjà ? Il savait bien que ça faisait un moment qu'il aurait dû s'arranger pour le foutre en l'air.
… Bon sang, il détestait cette sensation. Difficilement, il retint un soupir, et s'efforça de garder l'air aussi neutre que possible.
« Heu, ouais, s'entendit-il toutefois marmonner, avec un soupçon d'hésitation qui ne lui ressemblait pas. Désolé. J'avais… grave la tête dans le cul. »
Et il n'en fallut pas plus pour que le regard du beau gosse s'éclaire d'un seul coup, tandis que son sourire aussi confiant que sincère reprenait possession de ses lèvres et illuminait l'ensemble de son attitude.
« T'inquiète ! s'exclama-t-il alors, à nouveau lui-même – et Dabi eut comme l'impression qu'il s'était fait avoir, sur le coup. Le réveil a pas été facile pour moi non plus. Heureusement, on dirait que le destin nous a réunis… Comme quoi, on est peut-être bien âmes sœurs, hein ! »
Puis il éclata de rire et, avant que Dabi ait eu le temps de lui rappeler qu'il ne voulait pas d'une putain d'âme sœur, en fait, il avait rejoint Himiko, avec qui il avait d'ores et déjà commencé à taper la discut'. Fantastique. Pour un peu, Dabi se serait vexé et contenté de l'ignorer pour le restant du service en ne lui accordant qu'un doigt d'honneur de temps à autre, comme il le faisait avec la sale gosse et leur taré de chef autoproclamé-
Mais c'était au blondinet de la veille qu'il avait affaire, se rappela-t-il tout à coup – celui à la chemise jaune criard horrible, aux mains bien plus puissantes qu'elles n'en avaient l'air, et à la répartie presque capable de rivaliser avec la sienne. Alors s'il voulait la guerre… C'était précisément ce que Dabi allait lui fournir, et sur le plateau même avec lequel il allait apporter aux clients leurs pâtisseries et leurs cafés.
Ainsi, tout au long de la journée, il prit un malin plaisir à lui lancer des indications à la va-vite, de préférence aux moments où il était occupé à parler avec Himiko ou un client ; à ne répondre qu'à demi-mots aux questions qu'il lui posait sur le fonctionnement de la caisse, la machine à café ou la carte des pâtisseries, entrecoupant ses explications de à ton avis ? et autres je sais pas, devine ; à hausser un sourcil lorsque leurs regards se croisaient, à le toiser d'un œil moqueur, à l'appeler le bleu même lorsqu'il reconnaissait qu'il ne s'était pas planté…
Et malgré tout, le blondinet comprit ce qu'il lui demandait ; ne fit presque aucune erreur, sur aucun plan ; répondit à ses regards d'un clin d'œil ou en lui tirant la langue, et ne manqua pas une seule occasion de lui rendre ses piques avec répondant.
En début d'après-midi, tandis que Dabi prenait une pause pour avaler un sandwich dans la cuisine, il parvint à gérer l'accueil et le service d'une dizaine de clients et revint même avec plus de pourboires que ses collègues n'en avaient reçus avant son arrivée.
Quelques heures plus tard, quand Natsuo ramena sa fraise – comme presque tous les jours depuis qu'il était en vacances et malgré le fait que Dabi lui ait explicitement dit de ne pas le faire – et que cet enfoiré de Shigaraki sortit de sa cuisine pour lui proposer une de ses verrines de tiramisu aux mûres, un sourire aussi flippant que ridicule à la commissure des lèvres, le beau blond regarda Dabi les regarder et hésiter entre l'envie de se foutre de leur gueule et de se mettre à vomir ; puis il commenta ouah, ça drague sec, dis donc, et lorsque Dabi répondit c'est mon petit frère, connard, il eut le culot de croire qu'il parlait de leur pâtissier… mais leur échange eut au moins le mérite de distraire Dabi du fait que Natsu et l'autre taré se dévoraient du regard à la table d'à côté.
Et de manière générale, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, il s'avéra juste… efficace, contrairement aux autres crétins, et rapide : en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il fut tout à fait apte à prendre les commandes et à les entrer dans la caisse enregistreuse, quasiment sans le moindre faux pas, tout en réussissant à sympathiser avec les clients au passage, au point que ça en aurait été énervant…
S'il n'avait pas rayonné autant, en fait. Avec sa gueule d'ange, encore plus sexy dans l'uniforme de l'établissement qu'avec sa chemise à la con de la veille (même si ça, Dabi aurait dû s'en douter – pas bien compliqué de rivaliser avec ces foutus flamands roses), et puis tous les moments où ils se retrouvèrent à proximité et où leurs épaules s'effleurèrent. Où ses doigts se posèrent sur son avant-bras, rien qu'une seconde, pour attirer son attention. Où leur regard se croisa, et où le beau blond lui adressa un de ces sourires malicieux, mais aussi tendres, sincères, qui l'avaient tellement fait bander la nuit dernière.
Alors quand à quelques minutes de la fermeture du Villain Café, le blondinet se tourna vers lui pour lui jeter un énième coup d'œil mi-amusé, mi-complice, et lui demanda s'il avait quoi que ce soit de prévu pour la soirée… Dabi songea à l'envoyer se faire foutre, bien sûr, ne serait-ce que parce qu'il imaginait très bien comment ça risquait de se terminer s'il répondait de façon un tant soit peu encourageante à cette invitation. Mais en même temps…
En même temps, ce pseudo-principe de ne jamais finir deux fois de suite entre les draps du même type, c'était débile, tout compte fait – il pouvait bien y faire une exception. Surtout pour un canon pareil. Ce n'était pas comme s'il s'était déjà soucié des règles une fois dans sa vie, après tout.
Une fois changé, c'est donc à peine s'il hésita à suivre son petit oiseau jusque de l'autre côté de la route, par-delà le muret de pierre-
Sans se douter un instant que, six ou sept ans plus tard, c'est sur cette même plage que Keigo se jetterait dans ses bras, les yeux pétillants de bonheur, juste après lui avoir répondu oui – et que ce maudit piaf était en fait un véritable rapace aux serres duquel il n'était pas prêt de réussir à échapper.
(Mais il n'était plus si sûr d'en avoir envie, de toute manière.)
Évidemment, Keigo s'est bien douté que Dabi avait pas eu l'intention de rester, mais il a vu une faille donc il a tenté sa chance :P En tout cas, c'est comme ça que je le voyais mdrrr XD Merci de m'avoir lue, j'espère que ça vous a plu ! Et à très vite (normalement) pour d'autres OS dans ce recueil ! x3
