Et encore un ! Bouyah ! Seule la fin de l'event pourra m'arrêter xD Cette fois-ci, voici encore un UA (PARDON), mais qui spoile tout de même passablement sur le passé de Shigaraki (même si je m'éloigne pas mal du canon), donc à éviter si vous n'avez pas encore atteint ces chapitres-là dans le manga !
Autre info, je l'ai écrit plus ou moins en réponse au texte que Zofra a écrit sur le même trouple et sur le même défi (mais où ce sont des vilains cette fois-ci :P) dans son recueil Chaleurs enivrantes, chapitre 8. Sa version du défi est vraiment super, alors n'hésitez pas à aller y jeter un oeil aussi ! (Et encore merci à elle pour l'idée ! :3)

Pendant que j'y suis, un grand grand merci à Yugo pour tes reviews aussi, elles m'ont fait super plaisir ! x3

Défi choisi : No. 8 - Écrivez un univers alternatif correspondant au nom de votre équipe, c'est-à-dire (dans mon cas) un texte où un personnage qui ne l'est pas dans le canon est héros professionnel. Dans ce texte, Dabi et Shigaraki sont des héros professionnels.

Personnages/Pairings : Dabi/Shigaraki/Hawks

Rating : T

Remerciements : À Zofra pour son aide sur tout le début, et aux gentils membres du forum qui m'ont bien rassurée sur la fin x33 Vous êtes des chous !


Défi no. 8
Des héros, tous les trois

Le héros Tomura ne travaillait jamais le 18 juin.

De mauvaise humeur, Tenko détourna le regard de la baie vitrée par laquelle il pouvait voir le gris du ciel virer au noir en même temps que tombait la pluie, mais ne parvint pas à se concentrer sur les couleurs de la télévision pour autant. Tch. Il n'aurait pas su dire quelles années étaient les plus insupportables – celles où le soleil brillait haut dans le ciel, comme s'il se fichait pas mal de la date du jour, ou celles où l'orage grondait sans discontinuer, aussi assourdissant qu'aveugle aux images qui tournaient et retournaient dans sa tête.
Et ce n'était que le 17. Même si le 18, cette fichue journée du 18, approchait un peu plus à chaque seconde où la nuit continuait à recouvrir cette ville de malheur… Ce n'était que le 17.

Mais ça, visiblement, le corps de Tenko n'en avait pas grand-chose à faire. Il avait beau se le répéter encore et encore, ça n'empêchait pas son cœur de battre juste un peu trop vite, d'être juste un peu trop lourd ; sa poitrine de se serrer et de lui faire mal ; son estomac, son estomac à la con de se tordre-
Et lorsque son regard plein de douleur et de colère s'arrêtait sur ses mains gantées, c'était le pire.

Tomura. Condoléances.

Il avait eu congé la veille aussi, cette fois-ci. Sur le coup, il avait songé que c'était peut-être une bonne chose, étant donné que la date du 17 le mettait en général suffisamment sur les nerfs pour diminuer de moitié les chances que les vilains qu'il affronterait ce jour-là auraient d'en réchapper ; mais avec le recul, il n'en était plus si sûr. Toute la journée, il n'avait fait que traîner sur ce fichu canapé et passer d'une console à l'autre, dans l'espoir stupide que ses meilleurs tactical RPG occuperaient assez ses doigts pour les empêcher de revenir, inlassablement, se venger de la nervosité sur la peau de son cou – mais ha. Ça avait été peine perdue avant même qu'il essaie.
La seule chose qui l'avait distrait un minimum, en fait, songea-t-il sans faire l'effort de retenir un sourire amer, ça avait été lorsque cet imbécile de Touya était rentré, tout à l'heure, et lui avait préparé sa célèbre recette d'entrecôte flambée au cognac avant de dîner avec lui en l'écoutant lui raconter ses dernières batailles sur Fire Emblem en mode expert. Mais ensuite, c'était lui qui avait proposé qu'ils regardent ce fichu dessin animé, et…

Tenko serra plus fort son genou contre lui et jeta un coup d'œil agacé à son compagnon, allongé à ses côtés sur le canapé. Théoriquement, il savait bien que c'était normal qu'il n'ait rien trouvé de mieux à faire que de s'endormir – parce que ce n'était pas juste cet imbécile de Touya, c'était Dabi, le héros infernal, vingt-et-unième au classement de cette année, mais… Quand le lendemain était si proche… Quand les souvenirs qui lui revenaient par vagues faisaient si mal…
Tenko serra les dents et ferma les yeux. Rien qu'un instant.

La vérité, c'était qu'il n'aurait jamais dû devenir un héros.
Et les cris qu'il entendait encore dans le silence de l'appartement, entre la musique qui s'échappait de la télévision et le clapotis de la pluie contre les fenêtres, étaient bien là pour le lui rappeler. Tous les hurlements, à chaque 18 juin – même quinze ans après. Ceux de maman, ceux de papy et de mamie, ceux de…

« N'écoute pas ce que dit papa. On deviendra des héros, tous les deux ! »

Ha. Ha.
Le héros Tomura. Quelle blague ! Quel foutage de gueule ! Parce que oui, c'était bien connu, tous les héros commençaient leur carrière dans les larmes et la douleur, seuls au cœur d'une destruction qu'ils ne comprenaient ni ne contrôlaient pas, et les mains dégoulinantes du sang de leur propre sœur-
Les pulsions furent trop fortes, cette fois-ci ; Tenko ne résista plus et ses ongles retrouvèrent sa nuque avec autant de soulagement que de colère. Tous les psys que sa mère lui avait fait voir après le divorce n'avaient servi à rien – toutes les interventions auxquelles il participerait, tous les gens qu'il avait déjà sauvés et qu'il sauverait encore, ça ne servirait jamais à rien. Son alter… Ce pouvoir qui courait dans chacun de ses doigts, jusqu'à la dernière phalange… Ça ne pouvait être que celui d'un-

Tout à coup, la porte de l'appartement s'ouvrit et Tenko redressa la tête, les sourcils froncés et les sens en alerte. Il n'avait pas entendu la clé tourner dans la serrure ; heureusement, la voix qui ne tarda pas à se faire entendre dissipa aussitôt la sensation d'un danger potentiel, et la distraction suffit du même coup à faire entrer à nouveau l'air dans ses poumons.

« Tenko ? Touya ? »

Keigo.
Il était enfin là. Cet abruti.
Enfin, c'est ce que Tenko se serait dit en temps normal ; mais la mi-juin n'était jamais un temps normal. Alors à la place, il se leva du canapé, avança de quelques pas sur le parquet de leur grand salon, et trouva vite du regard celui de Hawks, le héros ailé – encore en costume, la moitié des plumes dans un état lamentable, les yeux cernés de noir…
Mais un sourire aux lèvres, fatigué et tendre et sincère, qui fit momentanément oublier à Tenko jusqu'aux démangeaisons que ses ongles avaient créées sur sa peau.

« Hey », l'appela Keigo, sans cesser un instant de le fixer de ses yeux brillants de… de Tenko n'avait aucune idée de quoi – mais il détestait autant qu'il adorait ça. « Salut. »

Puis il quitta l'entrée en même temps que ses plumes rouges le débarrassaient de son manteau et redressaient ses bottes et à l'instant d'après, ses doigts effleuraient le visage de Tenko ; caressaient sa joue avec une douceur infinie, prêts à s'éloigner sitôt qu'il le lui demanderait ; jusqu'à ce que Tenko se sente rougir et l'autorise, sans un mot, à venir poser ses lèvres contre les siennes.

« Je suis content de te voir », murmura Keigo tout contre lui, avant de l'embrasser à nouveau – de lui voler son souffle à nouveau.

Lorsqu'ils se séparèrent, ses yeux d'or étaient toujours rivés dans les siens et le sourire éclairait son visage. Mais Tenko n'était pas idiot : il voyait bien que son stupide maquillage avait coulé aux coins de son regard et que ses joues comme son front étaient criblés de petites coupures, et il dut se retenir de mordre dans sa propre lèvre inférieure.

« Tu ressembles à que dalle, parvint-il à dire, même si ça ne traduisait en rien les... fichues sensations, peu importe ce que c'était, qui se disputaient désormais l'espace dans sa poitrine.
– Longue journée, se contenta toutefois de répondre l'autre abruti, comme si c'était la norme. Mais ça va tout de suite mieux maintenant que t'es là. »

Immédiatement, Tenko eut envie de tourner la tête – et au bout d'une année de cohabitation avec cet énergumène, il aurait pu mettre ça sur le compte de l'irritation que suscitaient toujours ses petites remarques à la con, mais... Ce n'était pas le cas aujourd'hui.

Non, décidément, cette fois-ci, l'agacement que Tenko sentait réapparaître en lui et monter et monter jusqu'à se changer en colère n'avait rien à voir avec les tentatives de flirt ridicules de Keigo, ni plus aucun lien avec la date du jour ou les images qui le hanteraient demain – et presque tout à faire avec l'épuisement qui se lisait dans chacun des traits de cet idiot de poulet aux ailes rouges. Foutus chiens de la Commission ! Keigo était un vrai héros, lui ; avec son alter comme on n'en voyait qu'un par génération, sa maîtrise de la moindre de ses plumes dans n'importe quelle situation ; mais ce talent à la con, on le lui avait enfoncé dans le crâne et dans le corps à coups de longues heures d'entraînement à la limite de l'humanité, et pas du bon côté de la frontière, et…
À chaque fois que Tenko y pensait, il sentait l'envie de punir, de venger, de détruire le tirailler jusqu'au bout des doigts – peu importe que Keigo raconte que ce n'était pas nécessaire ou s'efforce de changer de sujet. Pff. Rien que ça, ça suffisait à compresser son cœur d'une frustration qui lui faisait serrer les dents et froncer les sourcils.

Il s'apprêtait à glisser ses mains dans la nuque de Keigo, à la base de ses cheveux blonds, en prenant soin de ne l'effleurer que de quelques doigts au maximum – toujours, toujours, même quand il portait les gants qu'il avait fait fabriquer tout spécialement – lorsqu'il sentit une paire de bras passer autour de sa taille, et le corps chaud de Touya se presser contre son dos.

« Hé, marmonna ce dernier, la voix encore pâteuse de sommeil tandis que ses mains tellement tièdes s'installaient à plat contre le ventre de Tenko. Trouve-toi ton propre mec, le piaf. »

Comme pour justifier son élan de possessivité foireux, il jugea bon d'enfouir son visage contre la nuque de Tenko, d'écarter ses longs cheveux clairs pour déposer un baiser brûlant juste derrière son oreille, à l'endroit où il était le plus sensible – et Tenko dut se retenir de lui coller un coup de coude tant il haït la façon dont le frisson qui le parcourut lui fit fermer les yeux. Le força à retenir un soupir d'aise.

« Désolé, l'allumette, répondit cependant Keigo, plus rapide, mais j'étais là le premier. C'est pas pour rien qu'on me surnomme le brûleur d'étapes, je te rappelle. »

L'espace d'une seconde, Tenko fut pris de l'envie fulgurante de les assommer tous les deux ; mais lorsqu'il y prêta attention, il vit que le regard d'or de l'idiot en face de lui brillait de malice, et il sut aussitôt que les saphirs électriques de l'imbécile dans son dos devaient en faire de même.

« Fermez-la, finit-il donc par maugréer. Je peux encore retourner accepter les avances du mec bizarre de l'autre fois. »

Bien sûr, le souvenir du journaliste clairement pas net qui avait tenté de lui poser des questions presque déplacées le mois dernier suffit à les faire éclater de rire, ces enfoirés. Ils ne s'en rendaient pas compte, mais ils avaient de la chance que Tenko ait appris à supporter le son de leurs gloussements débiles, quand même ! Qu'il tolère de voir Keigo tirer la langue comme le gamin insupportable qu'il était, de sentir le torse de Touya vibrer contre ses omoplates-
Et que le contact de leur peau ou la chaleur de leur présence, de leurs rires idiots, parvienne aussi souvent à alléger les saletés de trucs qui pesaient sur son cœur.

En un instant d'absence – il entendait ses compagnons discuter, d'accord, mais son esprit ne discernait plus de mots précis –, Tenko se prit à glisser une main le long du bras de Touya, désormais lâchement passé autour de lui. Le petit doigt levé – toujours, toujours. Le pouce aussi, juste au cas où. Et son index pour effleurer la chair brûlée à vif, les cicatrices qui ne s'en iraient jamais, jusqu'aux agrafes sensibles qui le gardaient en un morceau comme une vulgaire poupée de chiffon mal rapiécée...

À chaque fois qu'il y pensait, Tenko détestait la pointe de... de frustration, de malaise qui traversait sa poitrine ; Touya non plus n'était pas fait pour ça. Pour toutes ces conneries. Avec son alter qui consumait son propre corps comme celui de Tenko réduisait à néant tout ce qu'il avait le malheur de toucher. Et l'endroit d'où il venait, lui aussi – son histoire dont le premier chapitre ne racontait que l'injustice et la colère, la fuite vers l'inconnu pour y échapper, et le besoin d'être considéré mort pour y survivre.

Ahah. Encore une fois, quelle blague. Quelle blague monumentale. La meilleure de toutes !
Deux héros qui n'auraient jamais dû l'être, et un troisième qu'on avait forcé à le devenir ; si la situation avait été moins cruelle, dans l'ensemble, Tenko aurait pu en rire.

Et le pire, c'était que ça n'avait pas tenu à grand-chose : cette mission sur laquelle ils s'étaient retrouvés tous les trois, alors que Touya était encore underground, Keigo sous le contrôle total de la Commission, et Tenko stagiaire dans une agence où il ne s'était jamais senti à sa place... Ces interventions où ils s'étaient découvert une coordination qui avait surpris tout le monde, eux qui ne s'étaient jamais accordés avec personne…
Touya pour les opérations à distance et de grande envergure – idéal pour les AoE. Keigo pour les missions de reconnaissance, la récolte d'informations, et toutes les attaques surprises ou plus précises – le meilleur en PvP. Et puis Tenko pour s'adapter à n'importe quel lieu d'intervention, surmonter tous les obstacles qui se dresseraient sur leur chemin – avec sa maîtrise de la map et des meilleures stratégies.
Et au final, Keigo avait fait un sacré pied de nez aux enfoirés de la Commission le jour où, sans les consulter, bien sûr, il avait inscrit leurs trois noms à la présidence de son agence – à chaque fois qu'il y repensait, Tenko en ricanait encore. Le parfait petit héros bien obéissant, mais plus si obéissant que ça, en fait, et les deux marginaux qu'il avait ramassés on ne savait trop où, auxquels il s'était attaché on ne savait trop comment. Tenko aurait donné cher pour voir leur tête quand ces fichus haut placés s'en étaient rendu compte.

... Même si ça avait failli mal tourner lorsque cet abruti de Keigo avait commencé lui à adresser ses grands sourires et ses petits compliments entre deux missions, en même temps que cet imbécile de Touya prenait l'habitude de lui jeter ses regards tellement intenses depuis l'autre bout de la pièce ou de laisser leurs mains s'effleurer sans en avoir l'air. Tenko était passé à deux doigts – littéralement – de les réduire en poussière le jour où il avait appris qu'en fait, ces deux idiots couchaient déjà ensemble depuis un moment, et qu'il était le seul crétin à essayer de choisir entre les deux.

Par chance, même si aucun d'eux n'aurait su expliquer comment ils s'y étaient pris, ils avaient réussi à éviter le pire ; et maintenant...

Pour la première fois cette année, ils avaient tous les trois congé le 18 juin – ni le héros Tomura, ni ses collègues Hawks et Dabi ne travailleraient demain.

Keigo et Touya lui avaient promis qu'ils s'en iraient quelque part pour l'occasion, quelque part de loin – même si le premier risquait de s'endormir au bout d'un quart d'heure de voyage et que le second n'était pas fichu de tenir dix minutes dans un car ou dans un train sans se plaindre qu'il avait hâte de descendre. Franchement, depuis qu'ils lui en avaient parlé, Tenko avait de la peine à y croire ; à son avis, il y avait de grandes chances pour qu'ils se contentent de rester en ville, au final, et de traîner au cinéma ou à la salle d'arcade toute la journée, jusqu'à s'arrêter au premier fast-food qu'ils trouveraient avant de rentrer. Et en même temps...

En même temps, demain, ce serait les murmures de Keigo à son oreille contre les cris dont il n'oublierait jamais la moindre vibration ; l'éclat de tendresse dans ses yeux d'or contre l'horreur, le dégoût dans le regard de son père ; les lèvres de Touya sur sa peau contre la poisse du sang sur ses mains, la chaleur de ses caresses contre le poids des souvenirs dans sa poitrine.
Et même si aucun de ces deux idiots n'était fichu de ressembler aux héros des comics et des magazines, à celui que Tenko avait un jour tellement souhaité devenir, il savait – il savait que les deux hommes qu'il aimait ne perdraient pas ce combat-là. Que même si le 18 juin ne cesserait jamais d'être la date qu'il haïssait le plus de tout le calendrier... Ils seraient là.

Tomura. Condoléances.

Son nom de héros – le partage de la douleur d'autrui.
La vie qu'il menait n'était pas celle dont il avait rêvé. Encore moins ce qu'il avait promis à Hana.
Et pourtant, même si le deuil et la culpabilité ne s'en iraient jamais, à chaque fois que Touya et Keigo l'enlaçaient... Tenko avait au moins l'impression d'être en train d'apprendre à vivre avec.


J'aime bien imaginer ce qu'il se serait passé si Tenko n'avait tué "que" sa soeur mais était parvenu à épargner le reste de sa famille... J'ai envie d'exploiter plein de trucs sur cette hypothèse-là, mais ça sera pour une autre histoire je pense xD En tout cas merci de m'avoir lue, et j'espère à tout à l'heure pour encore un OS ou deux ! Je croise les doigts ! xD