-C'est un coup de ta part ?

-Temari, qu'est-ce que tu fais là ?!

Temari avait débarqué comme une furie dans la maison qu'ils partageaient autrefois. La surprise de Shikamaru n'était pas feinte.

-Signe moi ces foutus papiers et on sera tous les deux libérés de nos obligations !

-Mais Temari, de quoi tu parles, bordel ?

Shikamaru était allongé sur le canapé, la jambe plâtrée.

-Je suis, sois disant, à Konoha pour une mission... Que mon frère et ton crétin de Hokage m'imposent, sur les recommandations de ta mère ! Je dois faire le baby sitting de monsieur jambe cassée ! Et tu comprends, comme je suis encore ta femme, c'est à moi qu'on vient demander, enfin ordonner ça !

Elle le fusillait du regard.

-Temari, j'ai rien demandé moi. Je me suis cassé la jambe point barre, je n'ai rien demandé ...

-Comment t'es-tu fait ça ? Demanda-t-elle d'un ton radouci voyant le plâtre sur toute la longueur de la jambe.

-Shikadai voulait remanger ce plat de Suna que tu aimais tant nous faire, tu sais dans ce grand plat ovale... Celui qui trônait en haut de ce placard... Je suis monté sur une chaise, je suis descendu plus vite que prévu et sans le plat en plus.

-Un simple accident domestique... J'étais sûre que cette mission était un plan foireux, je me n'étais pas trompée...

Un petit silence eut lieu.

-Ta mère a été intraitable, elle a joué finement les choses. Le pauvre Naruto n'en menait pas large devant elle...

Temari parlait en même temps qu'elle se remémorait la scène.

Une pensée lui traversa l'esprit, la faisant changer de ton subitement.

-Ne te fais pas d'illusion, je jouerais pas les infirmières vertueuses, sinon fallait dire à ta mère d'appeler Sakura.

Le nom était lâché.

-Temari, je sais que tu ne veux rien n'entendre là-dessus mais j'ai quand même quelque chose à te dire, lui dit-il alors qu'elle s'en allait dans la cuisine.

Il manipula son ombre pour la contraindre à l'écouter.

-J'ai besoin de te dire certaines choses mais je sais que tu ne m'écouteras sans ça.

"ça" désignait évidemment la manipulation des ombres.

Il reprit :

-J'ai merdé Temari, mais je n'ai jamais embrassé ou fait plus avant que nous ne soyons séparés. Sakura n'est jamais venue dans notre maison à cette fin, nous n'avons rien fait ici. Et j'ai rompu avec elle il y a déjà quelques mois.

Il desserra un peu son étreinte.

-J'ai besoin de toi, Temari mais pas à cause de cette fichue jambe mais parce que c'est toi que j'aime. Tu as cette folie que personne d'autre ne pourrait avoir...

-J'en ai assez entendu, je m'en fiche maintenant ! L'interrompit-elle.

Elle rejoignit la cuisine. Les larmes coulaient franchement, elle savait qu'elle ne serait pas dérangée, Shikamaru étant cloué sur le canapé et Shikadai à ses entraînements.

Elle ressentait un peu d'apaisement, savoir que Sakura et lui n'avaient rien fait chez "eux" la soulageait un peu.


Shikadai rentra, lui aussi surpris de voir sa mère présente.

-Tu n'auras qu'à remercier ta grand-mère, ton Hokage et ton oncle Gaara... Je lui garde un chien de ma chienne à celui-là.

-En tout cas, je suis content de te voir, sourit-il.

Temari serra son fils fort dans ses bras. Il était d'un grand réconfort pour elle.

-Je suis sûr que papa est content de te voir aussi... Lui chuchota-t-il à l'oreille.

-Bizarrement, moi aussi je suis contente d'être là, souffla-t-elle.


-A table !

Shikamaru mis quelques minutes pour arriver.

Une douce odeur avait envahi la maison, il reconnaissait cette odeur d'épices.

Le plat traditionnel de Suna pour lequel il s'était cassé la jambe.

Temari lui sourit quand il arriva :

-Je crois savoir que vous en aviez envie. Ça tombe bien, ça faisait longtemps que je n'en avais pas fait et j'en avais envie aussi.

Tout le monde se régala du plat dont il ne resta rien.


Temari entendait le pas lourd et le bruit que faisaient les béquilles de Shikamaru sur le plancher en bois, quand arrivé à hauteur de la chambre, il passa la tête dans l'entrebâillure de la porte.

-Je ne pensais pas que tu resterais dormir, la dernière fois tu ne voulais pas...

-J'ai promis à ta mère de m'occuper de toi et elle a insisté pour que je dorme ici... Et puis, je t'ai dit, maintenant, je me fiche de tout ça...

Shikamaru sentait que le jeu était loin d'être gagné, il lui semblait toujours que c'était un pas en avant, deux en arrière et réciproquement.

Il sentait cependant que ce n'était pas perdu non plus.

Elle était venue, restée et elle y mettait de la bonne volonté.

-Par contre, je déteste toujours cette chambre dit-elle en souriant.

-Je te propose un marché dit-il sur un ton de défi.

Connaissait Temari, il savait qu'elle ne refuserait pas.

Une partie de Shogi fut jouée, Temari aurait pu se plaindre que ce n'était pas équitable ni même très loyal d'avoir choisi ce jeu mais elle ne dit rien.

Temari avait perdu ; après son père, Shikamaru était sans doute l'un des meilleurs joueurs de Shogi.

-tu as perdu mais tu as fait de sérieux progrès, autrefois, je n'aurais pas mis si longtemps à te battre. Tu m'as obligé plusieurs fois à changer de stratégies.

-Néanmoins, le résultat est là... J'ai perdu et je reste dans cette chambre.

-On s'en grille une ensemble ?


Ils étaient sous le porche donnant accès à un petit jardin avec un petit bassin où logeaient quelques carpes Koï.

Shikamaru s'habituait aux béquilles et devenait plus rapide.

- C'est quand même un comble, tu m'as demandé maintes et maintes fois d'arrêter de fumer pour finalement t'y mettre toi aussi.

-Oui, je crois qu'au début c'était pour sentir à nouveau une odeur qui me rappelait toi, je trouvais ça rassurant.

Temari se confiait rarement. Les souvenirs et la mélancolie l'envahirent soudainement.

Voyant la tristesse de Temari, Shikamaru lui proposa un nouveau jeu :

- Ce soir, on se fume notre dernière cigarette et celui qui tient le plus longtemps a le droit de demander un truc à l'autre. Un petit challenge pour s'aider à arrêter de fumer.


Les odeurs de cannelle que portait Temari avaient envahi la maison, comme si elle avait repris possession du foyer familial.

Temari avait passé une nuit relativement bonne comparée aux nuits qu'elle passait ordinairement, agitées de cauchemars et troublées d'insomnie.

Cette nuit, elle avait rêvé de la grande forêt domaniale des Nara et des innombrables cerfs y vivant. Elle s'était retrouvée seule, entourée des arbres et d'un cerf mâle, visiblement le mâle dominant. D'autres cerfs étaient présents mais se tenaient à distance de Temari et du cerf. Le grand cerf venait frotter son museau contre la paume de Temari à la recherche de tendresse et de câlins. Petit à petit, les autres cerfs les avaient rejoints. Temari s'était sentie submergée de plénitude, elle était là où elle devait être...

Au réveil, Temari se sentait dans le prolongement de son rêve, elle se sentait merveilleusement bien.

Elle prépara plein de petits gâteaux aux formes et au goûts différents, certains aux amandes, d'autres à la cannelle, d'autres encore à la noix de coco. Elle en prépara en grosse quantité.

Dans l'après-midi, on toqua à la porte, Shikamaru ne risquait pas de pouvoir ouvrir, aussi Temari alla donc voir qui toquait.

Les deux femmes se firent face, légèrement mal à l'aise.

-Temari, je ne savais pas que tu étais là. Ino n'est pas encore arrivée ? Demanda la voix mal assurée.

-Non elle n'est pas là, mais tu n'as qu'à entrer, répondit Temari tout aussi mal à l'aise.

Temari guida la convive jusqu'à Shikamaru puis Temari prit la parole.

-J'ai quelques courses à faire, tu n'as besoin de rien ?

Shikamaru se grattait l'arrière de la tête en signe de gêne.

Avant que Temari ne sorte du salon, elle entendit Sakura dire:

-Ino, Chôji et moi, on avait convenu de venir te voir pendant ta convalescence, histoire de vérifier que tu ne manquais de rien. Je pensais qu'ils seraient déjà là...


La blonde déambulait dans les rues de Konoha, l'automne s'était installé paisiblement, le vent égrenait les feuilles des arbres à son passage. Les rues étaient animées sans être trop agitées. Temari sentait la fraîcheur s'engouffrer dans ses cheveux.

Elle fit quelques emplettes mais n'était pas enclin à rentrer si tôt.

Elle voulut se promener dans la forêt dont elle avait rêvé.

Elle s'enfonça dans la forêt, le vent ne soufflait pas parmi cette forêt dense.

Elle y rencontra moins de cerfs que dans son rêve mais ceux présents étaient moins timides. Ils semblaient curieux et l'approchaient sans aller jusqu'à se laisser caresser. Un seul se laissa toucher.

Au pied d'un grand arbre, elle s'assit et s'alluma une cigarette. Elle avait été plus contrariée à la vue de Sakura qu'elle voulait le laisser paraître. La fumée dense et brûlante dans ses poumons apaisait un peu sa colère.

Il ne lui appartenait plus.

Que c'était dur pour elle de tenir cette résolution ! Mais toute la volonté qu'elle mettait à la tenir ne lui en laissait guère beaucoup pour tenir d'autres résolutions.

Au diable son sevrage tabagique si elle devait se contenir d'être possessive !


Elle passa une partie de l'après-midi dans le domaine et décida de rentrer quand le vent se leva.

En rentrant, elle retrouva Shikamaru et plus des deux tiers des biscuits avaient disparus. Le passage de Chôji ne faisait aucun doute, d'ailleurs il revenait du couloir menant aux chambres.

-Temari, tes gâteaux sont toujours aussi délicieux.

-Je suis contente de te voir Chôji, comment se porte la petite famille ?

Temari était soulagée de voir qu'il ne restait que lui des convives. Elle ne voulait pas faire la causette à Ino, qui lui semblait toujours aussi superficielle. Sakura, elle ne voulait même pas y penser.

Chôji, lui était de bonne compagnie, bien qu'ayant englouti plus de la moitié des gâteaux, Temari était contente de le voir. Il était plutôt enjoué de revoir Shikamaru et Temari sous le même toit.

Chôji ne tarissait pas d'éloges pour les petits gâteaux de la blonde et Shikamaru reconnaissait que ces compliments étaient mérités. Chôji n'était pas du genre complaisant concernant la nourriture, si la nourriture n'était pas bonne, elle ne méritait pas de compliment, telle était sa philosophie.

Chôji attendit le retour de Shikadai pour s'en aller.


Une fois le repas avalé, Shikadai allait au lit. La routine était prise.

Temari arriva dans sa chambre, elle remarqua avec surprise que son matelas avait disparu.

Elle appela Shikamaru et se rendit dans l'ancienne chambre conjugale où trônait le matelas au sol, sur le côté du lit où dormait Shikamaru.

-J'espère que ça te conviendra dit-il avec un grand sourire.

-Comment as-tu fait ça et pourquoi ?

-J'ai demandé à Chôji quand tu étais en balade, j'ai pensé que ça pouvait être un encouragement pour tes progrès au shogi...

-Ça n'est pas suffisant pour que je dorme dans cette chambre.

Temari savait se montrer aussi intraitable que sa mère pensa Shikamaru.

-Je sais que tu n'aimes pas l'autre chambre et je voulais pouvoir te surprendre... Comme on se surprenait il y a quelques années.

Temari s'adoucit un peu à l'évocation des surprises qu'ils aimaient se réserver.

Elle accepta de s'allonger sur le matelas étalé sur le sol.

Ils discutèrent tous les deux, complices.

Shikamaru appréciait les traits fins de sa femme, elle était toujours si belle à ses yeux. Elle le regardait aussi. Il avait tellement changé.

Enfant, il était un macho fainéant, il était devenu un homme brillant, gentleman, amoureux discret mais amant passionné.

Le climat était propice au rapprochement que Shikamaru espérait.

Ils étaient proches.

Shikamaru descendit tant bien que mal sur le matelas de Temari.

Leurs visages étaient proches.

De plus en plus proches...

Shikamaru se risqua à tenter un baiser sur les lèvres de Temari.

Au moment où leurs lèvres allaient se rencontrer, Temari repoussa doucement Shikamaru.

-J'ai rencontré quelqu'un...

Shikamaru accusa le coup, il se redressa comme il put, repoussant l'aide de Temari, pour atteindre son lit. Il éteignit la lumière sans un mot de plus.

Il avait fait souffrir Temari et en payait chèrement le prix.

Temari se sentit un peu coupable, peut-être aurait-elle pu lui dire autrement.

Malgré toute la peine qu'elle avait traversée, à cause de lui, pendant cette longue année, elle ressentait encore beaucoup d'affection pour le père de son fils.

Au bout de quelques minutes, il se leva et se dirigea dehors.


L'air extérieur était frais sans être froid.

La situation lui était pénible et il ne pouvait s'en prendre qu'à lui.

Lui, qui était si brillant, avait pourtant eu la naïveté de penser que sa femme l'aurait attendu... Bien sûr que non, elle avait déjà attendu un an avant de passer à autre chose, chose dont il n'avait pas pris conscience auparavant.

Il avait laissé filer celle qu'il aimait et tout c'était de sa faute.

En allumant sa cigarette, il songea à l'année qui venait de s'écouler. Il avait assez peu progressé. Il aurait pu mettre ça sur le compte d'entraînements moins intensifs mais il analysa plutôt que ça coïncidait avec le départ de Temari.

Au fond, il avait perdu la lumière dont avaient besoin ses ombres pour exister...

Sans cela, il ne s'agissait plus d'ombre mais de ténèbres.

Ses ombres étaient devenues moins efficaces.


-Toujours la clope au bec ? N'avions-nous pas un pari à ce sujet ? Celui qui tenait le plus longtemps avait le droit de demander quelque chose à l'autre, c'est bien cela, non ? Dit Temari pour essayer de détendre l'atmosphère.

-Oui, c'est vrai, répondit Shikamaru sans véritable intérêt pour la conversation.

Temari l'avait rejoint dehors alors qu'il était toujours en pleine réflexion.

-Alors, j'ai une question, pourquoi m'avoir embrassé le soir de ton anniversaire ?

-Je sais que tu as visité la forêt du clan et je sais même que tu y as fumé dans l'après-midi.

Les Nara étaient connectés par un lien inexplicable aux cerfs se trouvant dans cette forêt.

-Je ne répondrais donc pas...

-Alors demande moi quelque chose... Dit-elle voyant que la conversation s'engageait mal.

-Je pensais te demander un baiser, mais il me semble que ce soit mal approprié.

Un silence s'installa puis il reprit :

-Je n'ai plus rien à te demander du coup.

Temari réfléchit.

-Voudrais-tu que je parte ?

Il ne répondit rien, ne sachant réellement que répondre puis il se dirigea péniblement vers le canapé où il passa le reste de la nuit.

Temari rejoignit la chambre, ne réussit à trouver le sommeil qu'aux premières lueurs du jour. Elle ne savait pas quoi faire.

Une journée passa où le silence régna en maître, faute que l'un et l'autre ne sache quoi faire.

Shikamaru passa une nuit de plus sur le canapé.

Le lendemain, Temari avait pris sa décision, elle rentrerait à Suna.

Elle ne voulait pas imposer sa présence et elle aspirait à rentrer chez elle.

C'était sans doute mieux ainsi pensa-t-elle.

Sur le seuil de leur ancienne maison, Shikamaru tendit une enveloppe familière à sa femme.

Il s'était résigné, dorénavant, il appellerait Temari "son ex".