Et me revoici déjà pour un nouvel OS !
Défi no. 6 : " Écrivez un texte dans un univers alternatif de l'un des types suivants, à choix : âmes sœurs, western, ou café. " J'ai choisi le UA âmes soeurs.
Attention, ce texte contient des spoils sur le passé de Shigaraki et sur le véritable nom de Hawks !
Personnages : Fuyumi, Hana, Mirko
Encore et toujours un grand merci, Moira-chan, pour ta bêta et tes conseils !
Te laisser
Le soleil baissait paresseusement dans le ciel, comme s'il n'était pas pressé de se coucher. Sous ses faibles rayons, Fuyumi marchait d'un pas léger. Elle portait dans ses bras un bouquet de lys blancs. Son visage était paisible, tandis qu'elle remontait lentement le sentier qui menait au cimetière. L'endroit était calme et serein. Fuyumi y croisa peu de gens. De toute façon, elle ne faisait plus attention au monde extérieur. Et dès le moment où elle franchit l'entrée, elle s'enferma dans une bulle précieuse. Elle s'avança alors dans les allées, en gardant une allure légère et sans aucune hésitation. Malheureusement, elle était une habituée des lieux. Elle venait ici depuis plus de dix ans, après tout...
Lorsqu'elle fut arrivée devant la tombe qu'elle venait visiter, elle s'agenouilla sur la terre ferme, ne se souciant pas vraiment de salir son pantalon. Elle déposa les fleurs et sourit avec tendresse.
« Bonjour Hana, commença-t-elle d'une voix douce. J'ai encore dû acheter les lys chez le fleuriste. Ils ne veulent toujours pas fleurir dans mon jardin. Mais je ne vais pas baisser les bras. Je finirai bien par y arriver. »
Tout en disant ces mots, Fuyumi arrangea correctement le bouquet, replaçant avec attention chaque tige.
« La journée a été longue, reprit-elle, sans transition. Les enfants étaient déchaînés, aujourd'hui. Tu aurais dû les voir. Surtout le petit Kyo. Je pense que ça ne se passe pas bien chez lui. J'en ai parlé à la direction. J'espère qu'on pourra l'aider. »
Fuyumi resta songeuse un moment, mais elle n'avait pas envie de s'attarder sur ses sombres pensées. Cette situation l'inquiétait et lui rappelait de bien mauvais souvenirs.
« Je ne suis pas mécontente que le weekend soit enfin là, soupira-t-elle alors. Je vais voir mon père dimanche avec Natsuo et Shoto. C'est déjà la deuxième fois que Natsuo accepte de nous accompagner. J'ai bon espoir que sa relation avec papa finisse par s'améliorer. »
Fuyumi avait l'habitude de parler de ses problèmes de famille à Hana. C'était tellement important pour elle. Elle aurait bien aimé s'y attarder davantage. Mais aujourd'hui, une autre inquiétude remplissait son esprit. Et elle savait qu'elle ne pourrait pas penser à autre chose, tant qu'elle ne l'aurait pas dit à Hana. Elle inspira alors, avant de changer de sujet.
« En parlant de ce weekend... Hana... Je dois te parler de quelque chose... Je ne sais pas si tu te souviens de Mirko ? C'est une grande héroïne. Je t'avais déjà dit que je l'avais rencontrée... Tu te rappelles ce que je t'avais raconté ? Elle est gentille, mais beaucoup trop directe. Je n'ai pas eu une bonne première impression avec elle. Mais j'ai eu l'occasion de la revoir depuis et... disons qu'on a commencé à parler plus longuement... »
En prononçant ces phrases, Fuyumi sentit son coeur se serrer. Elle ne faisait rien de mal. Elle avait le droit de parler avec une autre femme. Pourtant, la douleur était quand même présente. Elle avait l'impression de trahir Hana. Parce que ce n'étaient pas que de simples discussions, Fuyumi le savait bien...
« Elle m'a proposé d'aller boire un verre ensemble, demain. »
La culpabilité monta en elle, l'empêchant de continuer. Ses mains se remirent à arranger les tiges des fleurs, dans un geste nerveux. La partie rationnelle de son esprit tentait d'apaiser ce sentiment. Hana ne pouvait sûrement pas l'entendre. Elle n'était plus là. Fuyumi ne s'adressait qu'à une stèle froide et sans émotion. Et même si Hana pouvait saisir ses mots, pouvait la voir de là où elle se trouvait... Fuyumi ne devrait pas se sentir coupable... Elle n'avait jamais rencontré Hana, après tout... Mais cette partie-là ne gagnait jamais... Parce que Fuyumi pouvait encore sentir la connexion qu'elle avait avec Hana. Elle était toujours là, au plus profond de son corps.
Presque inconsciemment, Fuyumi caressa les inscriptions qui étaient toujours présentes sur son bras droit. Hana Shimura. Son âme soeur. Décédée tragiquement beaucoup trop tôt. La vie ne lui avait laissé aucune chance. Ne leur avait laissé aucune chance. Fuyumi ne connaissait rien de Hana. Et pourtant... Pourtant, elle ne pouvait ignorer l'amour qui se logeait dans sa poitrine à chaque fois qu'elle pensait à elle.
C'était étrange. Même après tout ce temps, Fuyumi n'était pas sûre de comprendre le concept d'âme soeur. Elle se souvenait bien des nombreuses discussions qu'elle avait eues à ce sujet avec sa maman. Contrairement à la majorité des personnes, sa mère avait toujours relativisé le lien qui existait entre deux âmes soeurs. Elle lui avait expliqué que le nom inscrit sur son avant-bras désignait une personne pour qui on éprouvait des sentiments très forts. Mais, pour elle, ce n'était pas immuable. Cette relation ne garantissait pas le bonheur.
Il ne fallait pas spécialement s'attendre au grand amour. Et d'ailleurs, Rei n'avait cessé de lui répéter que l'amour pouvait avoir plusieurs formes. Calme, destructeur, amical, fusionnel. Il fallait être prudent. Faire ses propres choix et ne pas suivre aveuglement une marque sur son bras. Fuyumi avait bu ses paroles avec une grande curiosité. Son discours avait toujours été si différent de ce qu'elle entendait autour d'elle ! Lorsqu'elle avait appris que ses parents n'étaient pas des âmes soeurs, ça lui avait fait un choc ! Sa maman lui avait dit qu'elle avait fait le choix d'ignorer le nom qui était inscrit sur son bras. Fuyumi n'avait jamais su qui étaient les âmes soeurs de ses parents. Parfois, elle se demandait s'ils les avaient au moins rencontrées. Mais elle devait réfréner sa curiosité.
En effet, c'était tabou de montrer sa marque. Dès le plus jeune âge, les enfants avaient l'habitude de la cacher avec toute sorte de tissus. Il y avait un véritable marché là-dessus. Au final, la seule marque que Fuyumi ait jamais vue, en dehors de la sienne, c'était celle de Touya. Quand ils étaient petits, ils s'étaient cachés dans la chambre de Fuyumi et s'étaient montré mutuellement leur marque, surexcités. Des années plus tard, Fuyumi se souvenait encore du nom qu'elle y avait lu. Keigo Takami.
Perdue dans ses pensées, Fuyumi sourit malgré tout. À chaque fois qu'elle visitait la tombe de Touya, elle y trouvait une nouvelle plume rouge. Elle n'en était plus surprise. Quelques années auparavant, Hawks était venu se présenter. Et, bien sûr, Fuyumi lui avait dit où était enterré Touya. Hawks avait également été très demandeur. Il lui avait posé beaucoup de questions sur Touya. Ils partageaient la même souffrance. Alors Fuyumi l'avait aidé. Elle lui avait longuement parlé de Touya. Et aujourd'hui encore, ils continuaient de se voir régulièrement. Même si Hawks semblait fort occupé ces dernières semaines. Fuyumi avait l'impression que quelque chose le tracassait. Ils se voyaient donc moins souvent... Mais les plumes, elles, étaient toujours bien présentes sur la tombe de Touya...
Fuyumi aimait bien ces conversations. Elle aurait aimé avoir cette chance, elle aussi. Mais toute la famille de Hana était morte en même temps qu'elle, sauf son frère, Tenko, dont on n'avait jamais retrouvé la trace. En y repensant, Fuyumi sentit la tristesse l'envahir. Elle n'aimait pas songer à cette tragédie. Mais jamais elle ne pourrait oublier ce jour funeste. Ce dimanche ensoleillé. Fuyumi se souvenait de la chaleur étouffante. Le matin même, elle avait consolé Touya. Puis, elle avait joué avec Natsuo au ballon. C'était un jour comme tous les autres. Jusqu'à ce que... Une douleur vive. Un grand vide. Fuyumi s'était figée. Le ballon avait roulé de ses mains. Et elle l'avait su. Aujourd'hui, encore, elle ne parvenait pas à l'expliquer, mais elle l'avait su, tout simplement. Elle l'avait pensé, à la seconde même : Hana est morte.
À huit ans, à peine, Fuyumi avait senti son monde s'écrouler. Jamais elle n'avait ressenti une sensation aussi forte. L'espace de quelques minutes, elle avait eu l'impression de mourir avec elle. Elle était tombée au sol. Natsuo avait crié. Touya était arrivé en courant. Puis, la vision de Fuyumi s'était troublée. La respiration haletante, elle avait pris peur. Ça avait été si prenant, si intense ! Ça avait juste été... horrible... Le pire jour de sa vie...
La mort de Hana l'avait bouleversée. Elle avait passé la semaine qui avait suivi alitée. Les médecins lui avaient dit de se reposer. Sa mère l'avait veillée. Son père ne lui avait pas fait de reproche. Pour une fois, sa famille avait été vaguement unie. Pourtant, jamais Fuyumi ne s'était sentie aussi isolée. Du jour au lendemain, la solitude l'avait envahie. Une part d'elle était morte ce jour-là. Son âme sœur était partie. Cette moitié d'elle-même. La personne qu'elle avait tant voulu rencontrer... Tout était fini... Elle avait perdu ce lien... Elle avait été si désespérée. Jusqu'à ce que, quelques mois plus tard, son père ne lui parle de ce cimetière...
Dès qu'elle avait su où ses cendres reposaient, Fuyumi était venue la voir. C'était sa façon de gérer son deuil. Et depuis des années, alors que sa vie avait tant changé, cette routine-là était restée la même. Elle venait ici chaque vendredi, elle posait des lys sur la tombe et elle racontait à Hana sa semaine. Aujourd'hui encore, Hana était sa seule confidente... et elle la trahissait...
Fuyumi cligna des yeux en s'apercevant que des larmes venaient obstruer sa vue. Lentement, elle revint à elle. Elle sourit faiblement. Elle s'était encore égarée. Mais c'était son privilège. Elle avait dû se montrer si forte tout ce temps. Quand elle était plus jeune, il n'y avait qu'ici qu'elle se permettait de se laisser aller. Et cette habitude ne lui était pas passée. Dès qu'elle se trouvait face à la tombe de Hana, elle se sentait comme dans une bulle. Elle pouvait enfin abaisser ses barrières et affronter ses émotions. Ce n'était donc pas rare qu'elle reste des heures entières au cimetière, tantôt à parler à Hana, tantôt à se taire et à se perdre dans le tumulte de ses pensées. Mais aujourd'hui, elle ne pouvait pas se le permettre. Pas autant, du moins.
« J'ai hésité à accepter son invitation, reprit-elle alors comme si de longues minutes ne s'étaient pas écoulées depuis ses derniers mots. Mais finalement, j'ai dit oui... »
Aussitôt, Fuyumi sentit le besoin de se justifier.
« Ce n'est qu'un verre, ce n'est pas... Je ne sais pas... »
Mais ça ne servait à rien. Ce n'étaient que des paroles vides de sens. Parce que non, ce n'était pas qu'un verre, dans le fond...
« Je suis désolée, Hana. Je ne sais pas si j'avais le droit d'accepter. Je n'arrive pas à savoir à quel point Mirko est sérieuse, non plus. On n'a pas parlé de nos marques... Mais nous ne sommes pas des âmes soeurs, alors... Peut-être qu'elle veut juste s'amuser... Dans tous les cas, je vais lui parler de toi. C'est important pour moi. »
Fuyumi inspira profondément. Elle se sentait si mal, tiraillée entre deux envies : celle d'avancer et celle de ne pas abandonner son âme soeur.
« Pardonne-moi, Hana... »
Fuyumi ne savait plus quoi rajouter. La culpabilité l'étreignait. Elle regarda les inscriptions sur la pierre tombale, si semblables... si semblables à celles de son bras. Un sentiment d'injustice, bien trop familier, s'empara d'elle. Mais elle ne voulait pas le laisser l'envahir. Elle avait dû lutter contre lui trop souvent dans le passé. Ce n'était pas un combat qu'elle voulait mener, à nouveau. À chaque fois qu'elle le ressentait, elle savait que c'était le signe qu'il fallait qu'elle s'en aille.
« Je reviens la semaine prochaine, murmura-t-elle alors. À bientôt, Hana... »
La tristesse enveloppait chacun de ses gestes lorsqu'elle finit par quitter le cimetière...
La tristesse était tout aussi présente lorsqu'elle y revint, la semaine d'après. Comme les dernières fois, Fuyumi posa des lys sur la tombe, juste à côté de l'ancien bouquet. Elle retira les fleurs qui commençaient à pourrir. Puis, elle sourit faiblement.
« Bonjour Hana... Devine quoi ? Je suis encore passée chez le fleuriste. Je commence un peu à désespérer pour les lys dans mon jardin. Natsuo s'est mis en tête de trouver une solution, mais il n'y connait rien. C'est amusant à voir. »
Fuyumi laissa échapper un léger rire à l'évocation de ce souvenir. Natsuo s'était tellement pris au sérieux que c'en était drôle.
« En parlant de lui, la visite chez notre père s'est bien passée, reprit-elle d'une voix légère. Natsuo n'était pas très ouvert, mais il ne s'est pas énervé et il est resté jusqu'au bout. Ce n'est toujours pas la famille dont je rêvais. Mais c'est ma famille. Et je l'aime de plus en plus, malgré toutes nos failles. »
Comme la semaine précédente, Fuyumi aurait aimé continuer à parler plus longuement de sa famille, mais elle avait un sujet plus important à aborder.
« J'ai vu Mirko aussi, continua-t-elle, le souffle court. Comme je te l'avais dit, je ne savais pas trop à quoi m'attendre... Finalement, ça s'est bien passé. Elle m'a mise à l'aise. Et puis, en fin de soirée, je lui ai parlé de toi, comme je te l'avais promis. Et elle m'a écoutée, sans me juger. »
Tout en disant ces mots, Fuyumi joua nerveusement avec sa jupe, comme si elle ne pouvait pas supporter un pli imaginaire.
« Elle m'a parlé de sa propre marque aussi, avoua-t-elle ensuite d'un ton hésitant. Elle a rencontré son âme soeur, elles s'entendent très bien. Mirko la considère comme une véritable soeur. Elle ne se voit pas vivre une relation romantique avec elle. C'est amusant, elle a eu le même discours que ma maman. Une relation peut être très forte, sans être amoureuse pour autant. Je crois que... quelque part, ça m'a rassurée... Elle m'a dit que cette personne serait toujours très importante pour elle. De la même façon, elle comprend que tu gardes une place précieuse dans mon coeur. »
Fuyumi sentit sa voix trembler d'émotion lorsqu'elle prononça les derniers mots... Cette conversation avec Mirko avait été bouleversante pour elle. Mais Mirko s'était montrée attentionnée... Ça faisait si longtemps que Fuyumi n'avait plus eu droit à un tel réconfort. Et dans ses bras rassurants, elle avait craqué. Mirko ne l'avait pas lâchée une seule fois...
« Je ne sais plus quoi faire, Hana..., souffla Fuyumi. Ce que je vis avec elle, j'aurais tant voulu le vivre avec toi... »
Elle inspira profondément, avant de reprendre.
« Elle voulait qu'on se revoie cette semaine, mais, heureusement, elle avait trop de travail. Elle m'a envoyé un message tout à l'heure. Elle me propose de passer chez moi mercredi. J'ai envie de dire oui. Est-ce que ça fait de moi une égoïste ? Je ne sais plus quoi penser, Hana... Et il n'y a personne à qui je peux en parler. La seule personne qui peut me comprendre, c'est Hawks, mais je ne l'ai plus vu depuis un moment. »
Et encore... Elle ne savait pas si Hawks saurait réellement l'aider... Un soir, elle avait osé lui parler de ce vide qu'elle avait ressenti lors de la mort de Hana. De ce pressentiment. Du fait qu'elle l'avait su avant que quiconque ne lui apprenne la nouvelle. La mort de son âme soeur était un sujet tabou, lui aussi, elle n'avait donc pas su si c'était normal de se sentir aussi mal. Alors oui... elle avait tant voulu savoir si ... si Hawks avait ressenti ça, lui aussi. Mais la réponse avait été non. Et Fuyumi s'en était voulu lorsqu'elle avait vu le visage de Hawks changer. Il avait culpabilisé de ne pas avoir ressenti un sentiment aussi fort. Peut-être que les gens réagissaient de façon différente. Elle n'avait jamais eu envie de blâmer Hawks pour ça. Elle n'en avait pas la force de toute manière. Et aujourd'hui, elle n'était pas sûre de vouloir lui poser les questions qu'elle se posait actuellement. Elle serait heureuse pour lui de le voir passer à autre chose, mais, en même temps, elle aurait si mal au cœur pour Touya... Tout comme elle avait mal au cœur pour Hana...
Fuyumi se sentait de plus en plus mal. Elle détestait ça... ne pas savoir où se positionner. Sans cette marque sur la peau, elle ne se serait jamais posé autant de questions. Sa propre pensée lui donna la nausée. Non, elle ne pouvait pas blâmer la marque. C'était une inscription précieuse. Même si elle n'avait jamais connu Hana, elle l'aimait. Elle l'aimait sincèrement et c'était tout ce qui comptait. Mais dans cette situation-ci... Comment poursuivre sa route sans la trahir ? Fuyumi n'avait jamais su ce que représentait son propre nom pour Hana. Si certaines personnes comme Rei ou Mirko avaient des interprétations plus larges, c'était loin d'être la majorité des cas. Fuyumi, elle-même, avait passé des heures entières à imaginer sa relation amoureuse avec Hana, avant sa mort. Hana en avait sans doute fait de même...
« Je crois que je n'ai jamais autant rêvé de pouvoir te parler, murmura faiblement Fuyumi. Avoir ton avis sur la situation... Je pense que je vais lui dire oui, mais... je ne suis pas sûre d'arriver à créer une véritable relation avec elle. C'est juste... trop compliqué... »
Fuyumi soupira. Elle était tellement épuisée. Elle arrangea une dernière fois le bouquet, avant d'écourter sa visite, comme la dernière fois. Ce n'était pas correct. Mais elle n'arrivait pas à faire autrement.
« Je suis désolée, Hana, je ne me sens pas très bien... Je reviendrai vendredi prochain. À bientôt... »
Elle caressa tendrement les pétales du lys, puis se redressa et quitta le cimetière à pas lents.
Son esprit resta embrouillé dans les jours qui suivirent. Mais lorsque le weekend toucha à sa fin, Fuyumi prit sa décision. Dans le fond, elle connaissait son choix depuis longtemps. La culpabilité la bloquait, mais ce jour-là... Ce jour-là, elle réussit enfin à envoyer un message à Mirko pour lui dire qu'elle acceptait son rendez-vous. Une tasse de thé dans les mains, elle s'installa ensuite sur l'un des tabourets de sa cuisine. Elle était nerveuse. Elle sursauta même quand elle reçut la réponse de Mirko. Elle la regarda aussitôt, c'était un smiley souriant. Fuyumi se sentit heureuse, l'espace d'un instant. Malheureusement, le sentiment ne resta pas longtemps. Très vite – trop vite – le malaise revint en elle.
Son regard se perdit alors à travers la fenêtre. Songeuse, Fuyumi observa son plan de lys qu'elle pouvait apercevoir de la cuisine. Les tiges paraissaient bien nues sans aucune fleur. Elle voulait pourtant réussir à les faire pousser ! Depuis qu'elle avait choisi le lys pour représenter son lien avec Hana, c'était devenu une obsession. Mais elle n'était vraiment pas douée pour ça. Elle faisait tout de travers... Ça représentait bien sa vie en ce moment même...
Le temps ne changea rien à sa culpabilité. Lorsque Fuyumi rentra chez elle, mercredi, après sa journée de travail, elle était dans un état pas possible. Prise de remords, elle aurait tout annulé la veille, si Natsuo ne l'avait pas dissuadée de le faire. Et aujourd'hui... Elle ne le sentait toujours pas... Elle avait pourtant envie de voir Mirko, mais la pensée de Hana ne cessait de lui parasiter l'esprit. Fuyumi fit alors tout pour se calmer. Elle rangea sa maison, pour se vider l'esprit, et commença à préparer l'apéro. Comme le soleil envoyait toujours ses rayons dans le jardin, Fuyumi décida de poser les verres sur la table de sa terrasse. Puis, elle attendit. Nerveusement. Impatiemment aussi, elle devait bien se l'avouer.
Quand des bruits secs retentirent contre sa porte, Fuyumi sursauta. Son cœur s'emballa rapidement, tandis qu'elle se dirigeait vers la porte d'entrée. Elle l'ouvrit, ensuite, les mains légèrement tremblantes. La première chose qu'elle aperçut fut le sourire ravageur de Mirko.
« Salut ma belle ! Désolée pour le retard, un vilain a voulu faire le malin au dernier moment !
—Pas de souci, lui répondit Fuyumi avec douceur. Entre, je t'en prie. »
Mirko ne se le fit pas dire deux fois. Elle entra dans le hall et jeta un regard autour d'elle, curieuse.
« J'ai tout installé dehors, ça te va ?
—Bien sûr, acquiesça Mirko. Je te suis ! »
Fuyumi l'emmena jusqu'à sa terrasse. Son cœur battait toujours aussi fort. Pourtant, elle se sentait bien en sa présence. Et... elle avait envie d'en profiter. Mais elle pensait à Hana et elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Peut-être devrait-elle écourter cette soirée et aller au cimetière plus tôt, cette semaine. Pour compenser ses deux dernières visites bien trop courtes...
Plongée dans ses réflexions, Fuyumi mit un moment avant de servir enfin les boissons. Face à elle, Mirko lui lança un regard soucieux. Fuyumi tenta alors de se reprendre. Elle ne voulait surtout pas inquiéter l'héroïne. Elle essaya de se détendre, tout en prenant son verre. Les yeux de Mirko se firent plus tendres. Fuyumi avait envie de fondre. Depuis combien de temps n'avait-elle plus été regardée comme ça ? Avait-elle seulement été regardée comme ça un jour ?
Les minutes s'écoulèrent. Mirko commença à lui raconter son intervention la plus difficile ! Elle parlait fort, en faisant de grands gestes. Elle avait tellement d'assurance que c'en était presque communicatif. Fuyumi l'écoutait avec attention. Elle aimait beaucoup entendre ce genre d'histoires.
Mais lorsque Mirko termina son récit, Fuyumi ne sut comment rebondir. Elle avait pourtant envie de lui poser tant de questions... Seulement, elle n'arrivait pas à se sentir totalement à l'aise. Nerveuse, elle détourna le regard, le posant sur un endroit quelconque du jardin. Ce n'était pas suffisant pour décourager Mirko. Cette dernière suivit son regard et sourit.
« Tu as de très belles fleurs ! la complimenta la jeune héroïne.
—... Merci... »
Fuyumi but une gorgée. Elle pouvait voir le regard vif de Mirko l'observer.
« Tu t'y connais ? finit par demander Fuyumi.
— Yep, un peu ! Faut dire que c'est un bon passe-temps de jardiner, après avoir foutu une raclée aux vilains. »
Elle ricana, entrainant un sourire chez Fuyumi. Cette dernière hésita un moment. Si Mirko s'y connaissait vraiment, peut-être qu'elle pourrait l'aider... Fuyumi ne cessait de penser à Hana. Sans doute que ce n'était pas correct de demander de l'aide à Mirko, mais... mais elle n'en pouvait plus de voir ces tiges non fleuries. Ses doigts caressèrent sa marque d'âme soeur, dans un geste apaisant. Elle inspira, avant d'oser poser sa question.
« Tu veux bien regarder mon parterre de lys ? dit-elle alors d'une voix tremblante. Je voudrais vraiment qu'il prenne et je n'y arrive pas.
— Bien sûr ! Montre-moi ça ! »
Sans même attendre, Mirko se mit debout et marcha dans le jardin, pleine d'énergie. Fuyumi la rejoignit et l'accompagna jusqu'aux fleurs. Mirko s'abaissa et les regarda.
« Ne t'en fais pas, sourit-elle alors, les fleurs vont bientôt sortir !
— Comment ça ?
— Viens, regarde ! »
D'un geste, Mirko désigna plusieurs petits boutons de fleurs. Fuyumi n'en revenait pas. Elle savait, avec certitude, qu'ils n'étaient pas là hier ! Comment était-ce possible ?
« Il faut juste te montrer patiente, sourit Mirko. Elles vont être superbes, tu verras. »
Fuyumi hocha la tête, un peu perdue. Depuis le temps qu'elle attendait ça... Elle surveillait très souvent ses fleurs... Ce... Elle n'aurait pas pu rater ça... Les fleurs de Hana... Les fleurs de Hana allaient enfin s'ouvrir...
« Eh, ça va ? »
À ses côtés, Mirko ne la quittait plus du regard. Lentement, Fuyumi finit par détourner ses yeux des lys et les posa sur la jeune femme. Mirko mit alors une main sur sa joue, effaçant les larmes qui commençaient à couler. La jeune héroïne paraissait, à nouveau, soucieuse.
« Je ne sais pas. » souffla Fuyumi.
Elle devait avoir l'air si stupide, comme ça, à pleurer pour rien...
« Ce sont les fleurs que j'ai choisies pour Hana, confia-t-elle alors à Mirko. Je... Elles n'ont jamais fleuri jusqu'ici... »
Mirko ne lui répondit pas. Sans hésiter, elle l'amena contre elle et l'entoura de ses bras. Fuyumi se laissa aller contre son corps. Les larmes coulaient de plus en plus sur ses joues. Elle ne savait pas comment s'arrêter. Mais lorsqu'elle sentit une main apaisante dans ses cheveux, elle se détendit quelque peu.
« Je suis désolée, Mirko, murmura Fuyumi au bout d'un moment. Tu mérites mieux que ça... Je ne veux pas te faire perdre ton temps, je sais comment tu es... Et je ne connaissais même pas Hana...
—Mais c'est ton âme sœur, lui dit calmement Mirko. C'est bon, je comprends. »
Fuyumi releva les yeux vers la lapine. Cette dernière affichait un large sourire. Elle avait l'air si sûre d'elle... La jeune héroïne chassa, à nouveau, ses larmes.
« C'est vrai que je ne suis pas du genre à m'arrêter, finit-elle par avouer. Je vis toujours ma vie à fond, mais je compte bien t'inclure dedans. Quand tu seras prête. »
Fuyumi acquiesça faiblement... Mirko vivait toujours à cent à l'heure, mais... mais elle voulait quand même d'elle. Et Fuyumi avait besoin d'y voir plus clair...
Elles retournèrent alors s'asseoir sur la terrasse. Mirko termina tranquillement son verre. Puis, après s'être assurée que Fuyumi allait mieux, elle ne tarda pas à partir. Fuyumi sentait bien qu'elle voulait lui laisser de l'espace. Elle avait complètement foiré son rendez-vous. Mirko se montrait compréhensive, mais avec sa philosophie de vie... ça devait lui paraître étrange de voir quelqu'un rester autant accroché à son passé. Et pourtant, elle n'avait pas jugé Fuyumi et l'avait soutenue... C'était quelqu'un de bien...
Epuisée par toutes ses émotions, Fuyumi mangea à peine avant d'aller s'effondrer dans son lit.
Le lendemain, elle fut sortie de son sommeil de bonne heure par son réveil. Elle eut du mal à émerger. Elle se sentait encore si fatiguée. Les souvenirs de la soirée de la veille lui revinrent bien vite en mémoire. L'envie de pleurer lui serra le cœur. Si seulement elle pouvait rester au lit toute la journée et ne plus penser à rien. Mais elle devait aller au travail... N'ayant d'autres choix, elle força alors ses jambes à bouger et quitta péniblement ses draps. Elle sortit de sa chambre à regret pour se rendre dans la salle de bain. Elle jeta un coup d'oeil au miroir. Son reflet n'était pas beau à voir. Elle était pâle et cernée. Elle s'apprêta ensuite, sans beaucoup de volonté. La journée à venir la stressait. Elle se sentait si mal qu'elle ne savait pas comment elle tiendrait le coup. Son esprit ne cessait de penser à Hana et à Mirko. Tout ce que Fuyumi voulait, c'était s'effondrer à nouveau dans son lit. Pourtant, ses pas continuaient de la faire avancer, comme si elle n'était qu'un automate.
Lorsqu'elle se retrouva dans la cuisine, Fuyumi tourna son regard vers son jardin, par habitude. Puis, ses yeux se fixèrent sur le plan de travail, avant qu'elle ne se fige. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que quelque chose avait changé. À nouveau, elle regarda par la fenêtre. Et elle le vit, bien distinctement. Non... Elle avait du mal à y croire.
Sans réfléchir, elle ouvrit la porte-fenêtre et sortit dans le jardin. Elle s'avança vers les lys. Impossible... Alors, elle n'avait pas rêvé ? Elle observa les beaux pétales blancs, les yeux écarquillés. Les plantes avaient fleuri. Elles avaient toutes fleuri... Elles étaient si belles. Et, en les regardant, Fuyumi eut une étrange impression... C'était comme si Hana s'adressait enfin à elle. Fuyumi ne savait pas expliquer ce sentiment, mais elle le ressentait au plus profond d'elle-même... Les fleurs poussaient enfin... Elles étaient en paix... Et, à travers elles, Hana...
Songeuse, Fuyumi caressa machinalement la marque sur son bras. Elle le savait, elle en avait l'intime conviction, elle ne pourrait jamais oublier Hana. Cette dernière serait toujours une part d'elle. Et elle ne voulait même pas penser autrement. Mais peut-être qu'il était temps pour Fuyumi de s'ouvrir elle aussi, tout comme ces boutons de fleurs.
Ce n'était pas simple. Ce ne serait jamais simple. Mais... Mais Fuyumi se sentait apaisée, en observant ces fleurs. Elle avait l'impression que Hana la rassurait, qu'elle lui disait que tout irait bien. Et, dans le fond, ... Fuyumi ne demandait qu'à y croire... La fatigue lui sembla soudain bien loin. En regardant ces fleurs, Fuyumi le savait. À travers elles, Hana lui donnait sa réponse.
Les pétales venaient à peine de s'ouvrir. Tout comme pour Fuyumi, il faudrait encore un moment avant que ces lys ne s'épanouissent complètement, mais ce n'était, désormais, qu'une question de temps. Mirko avait raison. Il fallait juste se montrer patient... Fuyumi sourit alors, faiblement, tout en passant du bout des doigts sur les inscriptions présentes sur sa peau.
« Merci Hana... »
