J'ai terriblement aimé écrire ce texte
Défi n°3 : " Ecrivez un texte contenant l'une des trois thématiques suivantes"
Égoïste
Ils n'avaient pas vu.
Les premiers signes étaient pourtant évidents, mais ces personnes qui se targuaient de le connaitre par cœur, avaient été aveuglés par tant de sentiments contradictoires, la peur, le doute, la crainte, l'espoir, …
Ainsi, Il avait été assez simple de fermer les yeux sur les premiers signes. Un souffle qui avait du mal à reprendre, un regard qui se perd, une grimace qu'il tentait de cacher. Rien de bien particulier, un rhume ferait la même chose. Un coup de fatigue aussi.
Izuku Midoriya était tout simplement fatigué. Ils en étaient sûr. Qu'est-ce que cela pouvait bien être d'autre ?
Ils n'avaient pas su voir.
Comment auraient-ils pu voir ? Izuku était toujours le même. Une force de la nature. Une personne qui faisait plier la logique sous sa propre volonté. Il n'avait jamais abandonné sa bonne humeur, sa détermination intarissable, sa timidité qui survenait de temps à autre, ses passions et ses manies, toutes ces choses qui témoignaient de la belle âme de l'apprenti héros.
Malgré les ombres qui persistaient si et là, tout était normal. Izuku était normal. La vie était normal.
Ils n'avaient pas voulu voir.
Et un soir, le si beau tableau se brisa.
Une quinte de toux qui n'arrêtait pas, puis une pétale noir tomba délicatement sur le carrelage froid de la cuisine, bien plus lentement que le corps inconscient d'Izuku. Tout de suite, Kirishima et Iida s'étaient précipités vers lui pour le rattraper. Momo les avait rejoint, un téléphone à la main. Mina avait crié, Ochaco aussi. Bakugo et Todoroki, quant à eux, n'avaient pas esquissé un mouvement. Tétanisés, le regard simplement déposé sur l'amas de personne agglutiné autours du héro Deku.
Les choses s'étaient alors accélérées, sans que personne n'y puisse y faire quoi que ce soit.
Izuku avait été hospitalisé sans perdre de temps, les meilleurs médecins à son chevet. Chacun s'était alors rassuré : « il allait se faire opérer et tout irait bien. », « la médecine fait des miracles, Izuku sera en forme en un rien de temps »
De bien jolies illusions qui éclatèrent en une centaine de morceaux lorsqu'ils apprirent qu'Izuku ne comptait pas se faire opérer.
Scandalisés, horrifiés, affolés, tout son entourage s'étaient alarmés de la nouvelle.
Malgré les mots de chacun, Izuku s'entêtait dans sa décision, sans donner de raison. Et alors que le temps passait inexorablement, l'état de l'unique fils des Midoriya s'empirait. Les infirmières ramassaient de plus en plus de pétales, ces dernières devenant au fil des jours toujours plus sombres. Son teint bronzé perdit de ses couleurs, s'approchant d'un blanc effrayant. L'allure si fort du héros se brisait au rythme de la progression des racines.
Pourtant, s'il y avait bien une chose qui n'avait pas succombé à la maladie, c'était le sourire d'Izuku. Toujours là, toujours aussi lumineux, toujours aussi doux, toujours aussi compréhensif, toujours aussi fort. Il était le soutient, celui qui portait la tristesse et la colère de son entourage face à sa décision.
Il avait soutenu les pleurs de sa mère et il portait à présent la colérique tristesse qui affligeait son rival.
Dans le silence de cette chambre aseptique, Izuku constatait avec difficulté à quel point son choix détruisait le blond. Le jeune homme se tenait droit, à côté de son lit, le posture tremblante, tendu même.
« …C'est qui ? »
Izuku se demandait combien de fois on lui avait déjà posé cette question. Combien de fois Bakugo lui avait posé cette question. En hurlant, en murmurant, en pleurant. Il en perdait le décompte.
« C'est …. Qui ? »
La voix de Bakugo n'était qu'un filet de son. Des syllabes désespérées qui se répétaient encore et encore et encore.
Et comme à chaque fois, Izuku s'enfermait dans un mutisme.
Bakugo s'avança, se laissant tomber sur l'une des chaises. Sans force, le haut de son corps s'affala sur les genoux de Midoriya. Répétant toujours cette question comme une sinoque litanie.
« Tu es obstiné Kacchan.
- Tu n'as pas le droit de me dire ça.
- Tu sais que tu n'aurais pas de réponse
- Pourquoi ?!
- Car ça ne changera rien »
Bakugo serra des dents, frustré, énervé par la résignation de celui qui était devenu son ami. « Alors pourquoi tu ne te fais pas retirer ce putain de poison !? »
Le regard du vert s'assombrit, il passa sa main sur le dos de Katsuki, lui apportant un peu de soutient avant d'assener, il le savait, les mots qui aurait définitivement raison de son calme.
« Parce que j'y tiens.
- Pardon ?
- Je ne regrette pas mes sentiments, Kacchan. »
Ça ne rata pas. Bakugo s'était relevé si rapidement qu'ils faillirent se cogner. Sans lui laisser le temps de comprendre, il posa ses mains de part et d'autre des épaules du malade. « Tu te fous de ma gueule ! '' tu y tiens ''Que tu me dis ? Ces conneries, elles valent ta mort ? Elles valent nos souffrances ? »
Izuku encaissa difficilement les mots. « Je suis terriblement égoïste, n'est-ce pas ?
- Cette personne ne t'aime pas ! Oublie-la ! Elle ne te mérite pas !
- Kacchan c'est plus co-
- Non c'est toi qui rends tout compliqué ! Pourquoi tu t'enchaînes à ces sentiments ? Tu souffres car tu les gardes comme un trésors, mais ça n'en est pas un, c'est une putain de fleur qui te tue de l'intérieur ! C'est un poids ! Une malédiction à la con !»
Bakugo s'arrêta un instant, il devait se calmer. Il ne devait pas hurler contre lui, pas maintenant. Izuku était trop fragile pour supporter ses élans de colère. Il se perdit quelques secondes sur ses cernes noirâtres. Elles détonnaient violemment avec sa peau diaphane. Si blanche que les veines en devenaient visibles. Ces veines qui s'enroulaient sans mal avec les foutues ronces qui grandissaient en lui. Elles traçaient des chemins sinueux sous sa peau, certaines épines ayant même l'audace de traverser son épiderme pour investir l'extérieur. Le fleur vorace à défaut d'être nourrit d'amour, se gavait de tout ce qu'elle pouvait comme le plus rebutant des parasites.
« Pourquoi refuses-tu l'opération !? » Reprit-il, beaucoup plus calme. « Tu sais que tu vas crever ! Tu sais que tu nous laisses tous derrière ! Pense à ta mère ! Penses à Kota ! Pense à Eri, bordel ! Tous les autres, les civils qui nous vois… qui te vois comme la relève d'All Might. Ils ont tous besoin de toi. »
Il vit Izuku fermer les yeux à l'entente des prénoms. C'était bas, mais c'était la vérité.
« Tu as voulu être un héros. C'est fait. Tu n'as plus le luxe d'être aussi égoïste. Trop de vies dépendent de toi. »
Ironiquement, Bakugo réalisait que ce qu'il faisait été aussi égoïste dans un sens. Chacun était maître de sa vie, lui aurait on dit. Mais devait-il pour autant fermer les yeux et le laisser partir au bras de la faucheuse ? Qu'importe la réponse qu'on le lui donnerait. Lui avait là sienne et elle lui ordonnait d'user de tous les stratagèmes pour garder Midoriya en vie. Il en abuserait sans honte.
La mort nous tombait dessus sans qu'on le lui demande. Cela devenait encore plus vrai lorsqu'on choisissait de dédier sa vie à la protection des autres. Alors mourir d'une non-réciprocité ? perdre une personne aussi fabuleuse parce qu'un ou une idiote n'avait pas su voir la chance que le ciel lui offrait ? Il en était hors de question.
Déterminé, il s'avança. S'essayant sur le bord de lit, il posa son front contre celui de son ami. D'aussi près, il voyait encore plus facilement les dégâts de cette infection sur sa peau. Et surtout, il les voyait. Des bourgeons qui n'attendaient que d'éclore, le vert pétillant qui s'assombrissait, se mélangeant du même noir qui coloraient perfidement les veines, la couleur de cette foutue fleur.
« Izuku, bordel. Est-ce que cet amour vaut toutes les souffrances que tu vis ? »
Alors qu'Izuku tenta de fuir le regard insistant, Bakugo ramena de force son visage vers le sien. « Ne fuis pas.
- Je ne fuis pas ! »
La force de sa voix fut trop pour lui. Il toussa à plusieurs reprises, ce qui força Katsuki à se reculer un peu, sans pour autant le lâcher. Sa prise devint plus délicate, venant soutenir cette fois ci. Il attendit, proposant de l'eau ou quoi que ce soit qui pourrait atténuer sa douleur. A chaque toux, des pétales tombaient sur ses genoux. Toutes d'un noir trop intense. Il ne supportait plus leur vue.
« Si, tu fuis. Tu me fuis, tu fuis les autres, tu fuis le monde parce que tu es pas capable de faire une croix sur ton amour à la con.
- Je n'ai jamais rien espéré.
- Alors pourquoi tu t'entêtes ?! »
Izuku porta un regard d'une simplicité qui déconcerta le blond. Comme d'habitude, aucune colère, aucune rancune. Juste une accablante sincérité. « Ça va peut-être te paraître étrange, voir même stupide, mais si je venais à me faire opérer, je… j'ai l'impression de trahir. Je n'ai pas choisi, mais je ne regrette pas. Je veux chérir ce qui m'a été offert, … ce qu'elle m'a offert. »
« Et tu crois qu'elle aurait aimé que tu te laisses crever ?
- Plus personne ne peut le savoir, ça. » Murmura-t-il si bas que Bakugo eu presque du mal à l'entendre malgré leur proximité.
Il écarquilla légèrement des yeux, comprenant le fait derrière les mots. Supposant une autre vérité, une autre raison qui le glaça le sang.
« C'est tout ce qui me reste d'elle, Kacchan. Je ne peux pas les abandonner. Tu me comprends ? »
Oui il comprenait, mais sa réponse n'avait pas changé pour autant. Il devait le lui faire comprendre. « Les morts n'ont besoin de personne, Izuku. Les vivants, oui. »
Et pour la première fois depuis bien longtemps, il voyait une expression de pure détresse dans les yeux malades d'Izuku.
« Chéris les souvenirs que tu as avec elle. Les bons moments comme les moins bons…. Mais pas cette fleur. »
Il le vit entrouvrir les lèvres pour les refermer aussitôt. Izuku voulait protester mais il n'y arrivait tout simplement pas. Alors Katsuki à défaut d'avoir les mots, eut les gestes. Il s'avança et prit le plus petit dans ses bras. Le serrant contre lui, lui faire comprendre qu'il devait le faire. Qu'il devait retirer ces sentiments qui pourrissaient en lui. Le message sembla être comprit car il sentit les pleures silencieux mouiller l'épaulette de sa chemise.
Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, l'un à vider sa peine et l'autre en la soutenant comme il pouvait. Les yeux rubis du plus grands tombèrent à nouveau sur les pétales noirs qui jonchaient à présent le parquet de bois blanc.
« Izuku n'abandonne pas. Combat avec moi, combat avec nous. »
Le soleil tapait haut dans le ciel, aujourd'hui. Fort. Désagréable. Douloureux. Dieu il faisait bien trop chaud.
« Tout va bien, Monsieur Deku ? »
Il se tourna vers la toute petite voix qui se tenait à ses côtés, un sourire plus doux aux lèvres. « Parfaitement bien, Eri.
- Tu es sûr ? Je peux porter ton sac, tu sais ?
- Je vais m'en occuper ! » Kota s'interposa entre les deux jeunes pour récupérer le dit-sac remplit de vêtements des mains d'Izuku. Le plus grand s'amusa alors que les deux regards juvéniles ne cessaient de l'examiner.
« Izuku ! »
Devant lui, Mirio s'avança si rapidement qu'il n'eut pas le temps de répondre à son salut. Il se retrouva dans les grands bras du blond, le serrant contre lui comme il ne l'avait jamais fait. Doucement, comprenant tous ce qui se jouait dans cette embrassade presque désespérée, il entoura à son tour les bras autours du plus grand. Il sentit alors les poings de Eri et Kota s'accrocher à son dos. Ils restèrent ainsi longtemps, mais il faisait trop chaud et Izuku était encore très fatigué.
« Ça va ? » S'enquit Mirio en sentant la poigne de Izuku se faire plus faible. « Suis-moi, Aizawa s'est garé pas loin d'ici, on va rentrer très vite. Tes amies ont préparé un repas incroyable. Et ah ! Ton pote, le gars qui explose tout, à tout bout de champs, il t'a acheté un-
- LEMILION C'EST UNE SURPRISE ! S'écrièrent les deux enfants qui s'agitaient autours de lui.
L'adulte rit, s'excusant alors que les deux plus jeunes le rouspétèrent comme un enfant prit en faute. Derrière eux, Izuku souriait, amusé par ce petit spectacle.
Néanmoins, malgré cette doucereuse atmosphère, un arrière-gout persistant au fond de sa gorge. Quelques chose de fort. Désagréable. Douloureux. Il déposa sa main sur son thorax, prenant une grande inspiration, inspirer tout l'air possible, sans aucune difficulté, tout relâcher ensuite, d'un coup, expulser plus que nécessaire.
Ah, les choses seront bien compliqués à partir de maintenant.
