Ianto s'enroula dans sa couette en pleurant, comme il le faisait depuis plus d'une semaine.
Il agrippa douloureusement une chemise appartenant à Jack et la serra contre lui, comme il le faisait chaque soir depuis plus d'une semaine.
Toujours le même rituel, les mêmes gestes, la même douleur.
Il ne mangeait plus vraiment. Juste le nécessaire pour tenir debout. Son estomac ne réclamait même pas. Affligeant.
Les nausées étaient creuses ; il n'y avait rien derrière.
Ses yeux se perdaient généralement dans le vide, parfois restaient fixés des heures durant sur l'horizon lorsque le gallois se posait sur la baie de Cardiff, là où Jack l'avait emmené quelques fois, histoire d'admirer la noirceur illuminée de la ville.
Ianto fourra son visage dans son oreiller déformé par les coups, les larmes, les faux sommeils de quelques heures à peine, et stagna dans un demi-sommeil étrange pendant près d'une heure. Jack lui apparut, souriant comme toujours, le regard rieur, avec ce manteau -ce foutu manteau bleu- qui avait traversé tant d'épreuves aux côtés du capitaine.
Il se réveilla, se tourna ensuite lentement vers son réveil, et constata que les grosses lettres rouges luisaient dans l'obscurité et affichaient "1:05" du matin. Ianto grommela. N'éprouvant plus de fatigue -ou si peu, mais il n'en avait que faire-, il décida qu'il était temps de se lever. Ses pieds touchèrent le sol gelé doucement, puis le jeune homme se leva complètement, les mains agitées de tremblements. Il passa ces dernières sur son visage tordu par la souffrance.
Un café lui remettrait les idées en place. Oui, sûrement.
Il avança sans bruit jusqu'à sa cuisine, sortit sa tasse favorite que Jack lui avait offerte un peu au hasard (elle abordait fièrement un gros dinosaure rose fluo). Ianto ne put s'empêcher d'éclater de rire en repensant au pourquoi du comment, toutefois, une très forte nostalgie le prit à la gorge et son rire se coupa net.
Quelques grains de café rebondirent mollement sur la table où étaient posées une multitude de choses auxquelles le gallois ne prêtait plus aucune attention depuis le départ de Jack. Tout lui semblait tellement dérisoire qu'il ne pouvait se résoudre à toucher aux objets du quotidien, ou du moins à reprendre ses habitudes ; en temps normal, il aurait déjà repris un rythme de travail stable, c'est-à-dire une journée saine de 8h à 20h à Torchwood, des nuits de plus de 5h, et SURTOUT, une alimentation composée de légumes et de fruits. Avec de la variété.
Actuellement, c'était tout le contraire.
Il lui arrivait de quitter le Hub très tard, aux alentours de 23h, voire de minuit, si ce n'est plus, ou de sauter la journée complète afin de rester cloîtré chez lui à pleurer, pleurer, encore pleurer : il se détestait pour ça. Etre aussi faible à cause de cet enfoiré de capitaine. Ca lui ne ressemblait pas.
Quant à ses nuits, elles étaient bien souvent agitées et très courtes -4h au grand maximum-, et son alimentation uniquement basée sur du café et des pommes n'était pas mieux. Mais que pouvait-il faire ? Il était impuissant. Il se rendait malade à en vomir.
Il touilla son café d'une main distraite, cherchant à mélanger sans grande conviction les derniers grains de sucre dans le liquide d'un noir opaque.
Tout ce manège continua un petit moment. Ianto devenait une véritable carcasse vide. Plus les jours passaient, plus son corps faiblissait. Une torture. Si Jack avait su ... oh, si seulement il avait su ...
Un soir, Ianto rentra, comme d'habitude, de sa longue journée de travail, à se noyer dans les dossiers et les courses-poursuite aux aliens. Il jeta un coup d'oeil à sa montre : 23h. Ca allait, il n'avait finalement pas trop tardé. Le weevil du soir avait été corriace, aussi Ianto avait-il eu quelque souci à s'en défaire ; toutefois, il l'avait eu, avec l'aide de Toshiko et d'Owen -ces deux-là ne se lâchaient plus-.
Le jeune homme soupira, accrocha son manteau au mur en prenant soin de ranger ses gants dans la poche droite, et se dirigea vers le salon. Mais avant d'avoir pu faire le moindre pas, Jack surgit devant lui, un petit sourire désolé creusé au coin des lèvres.
Ianto crut d'abord à une hallucination dûe à la fatigue, à la tristesse et à l'amertume, mais lorsque le capitaine s'avança vers lui afin de le toucher, et qu'il le prit dans ses bras, il sut que Jack était là, qu'il était rentré -que le calvaire était fini.
Ils restèrent de longues minutes plantés là, à s'embrasser, à s'enlacer tendrement, de manière à combler le vide qui les avait séparés quelque temps, puis Ianto se décida enfin à ouvrir la bouche.
"Tu m'as manqué. Je te déteste. Tu n'aurais pas dû partir -pas comme ça ...", murmura-t-il, retenant difficilement ses larmes.
Jack passa une main affectueuse sur sa joue.
