"Putain de weevil !" murmura lourdement Ianto à lui-même en appuyant sur la gachette de son arme. Il fronça les sourcils alors que la balle touchait sa cible, attendit que le weevil s'effondre avant de s'approcher de la masse informe. Il lâcha un grognement de douleur lorsqu'il se baissa pour prendre ce qui lui appartenait dans la poche de ce crétin d'alien ; il avait visiblement quelques doigts de la main droite brisés.
Toshiko accourut vers lui et posa une main douce sur son épaule.
"Ca va, Ianto ? Je suis désolée de ne pas être venue plus tôt- j'étais occupée au fond du hangar avec Owen", déclara la jeune femme, le souffle court. Elle laissa une grosse bouffée d'oxygène s'engouffrer dans ses poumons contractés par le manque d'air, puis ajouta : "Tu as récupéré ton dû ?"
Le gallois lui sourit légèrement puis hocha la tête de façon affirmative. Sa main droite le lançait terriblement et il ne put retenir une autre grimace de douleur significative, laquelle alerta évidemment Toshiko. Cette dernière pencha la tête sur le côté, se doutant bien que Ianto souffrait à cause d'une blessure que le weevil lui avait infligée, mais resta interloquée jusqu'à ce que le jeune homme ne daigne ouvrir la bouche :
"Je pense que je me suis cassé deux ou trois doigts en essayant d'attraper cette saleté par le col", dévoila-t-il ; ses yeux se fermèrent l'espace d'un instant, car la douleur était difficilement supportable, bien qu'elle ne se concentre que sur une partie infime de son corps. Il chancela légèrement, mais Toshiko le rattrapa et passa un des bras du gallois autour de ses épaules. Owen surgit de l'ombre, les yeux brillants dans la pénombre glaciale du lieu.
"Fais-moi voir tes doigts, Ianto," murmura celui-ci d'une voix rauque.
Ianto acquiesça furtivement et tendit sa main droite au médecin, qui, avec délicatesse, saisit doucement les doigts douloureux du jeune homme. Ce dernier eut une réaction de rejet lorsque Owen appuya sur les articulations ; il s'excusa et tendit à nouveau sa main.
"Oh, c'est clair hein, tu as deux doigts cassés."
Ianto soupira.
"Tu me soigneras dans le SUV ? Histoire que je rentre les doigts déjà réparés, Jack est totalement nul en ce qui concerne les bandages", avoua Ianto, les sourcils levés au ciel.
Owen et Toshiko éclatèrent d'un rire franc puis le médecin ajouta :
"Pas de souci. En attendant, faudrait qu'on déplace cette carcasse alienne d'ici, j'ai pas envie d'effrayer les fumeurs de pétards du coin !"
Les trois collègues se regardèrent, se mirent à rire, et se décidèrent alors à déplacer le corps du weevil jusqu'au coffre du SUV.
Toshiko souleva l'alien et le fourra dans le coffre en lâchant un soupir de fatigue. Owen, qui était derrière elle, l'aida à pousser la masse informe dans le SUV, lui sourit, et murmura :
"Je vais conduire, tu peux t'occuper de soigner Ianto, s'il te plaît ?"
"Oh- oh, oui, pas de souci", répondit la jeune femme, légèrement étonnée. Elle était heureuse de constater que Owen s'inquiétait un peu pour elle. Ses joues se couvrirent d'un joli rose perle avant que le médecin ne la pousse en avant, vers Ianto.
"Allez, on y va !", s'exclama Owen en levant les bras.
Le gallois laissa reposer sa tête contre la vitre glacée de la voiture. La pluie tambourinait dehors, s'écrasant au sol sans douceur, pleine d'amertume et de vigueur. Toshiko lui avait fait deux bandages solides pour la soirée -il irait voir un médecin le lendemain-, ce qui le rassura, car il avait vraiment peur de Jack quand celui-ci voulait réellement panser ses blessures ... il fallait dire, il était vraiment, vraiment, maladroit.
Le contact froid de la vitre lui rappela combien cette journée avait été éprouvante. Un weevil complètement stupide arpentant les rues de Cardiff, un Owen survolté et une Toshiko irrésistiblement mignonne, cela suffisait au gallois pour remplir sa journée. Surtout l'enthousiasme assez inattendu d'Owen, en fait.
Le paysage défilait à toute allure sous ses yeux accrochés au ciel obscur, lequel se zébrait parfois d'éclairs ; les étoiles étaient absentes, la brume s'accrochait aux bâtiments et donnait une aura très particulière aux lieux. Presque effrayant. Un énième soupir s'échappa de ses lèvres très légèrement bleutées par le froid ambiant. Le début du mois de Mars était bien frais ...
Ianto sortit du SUV, agita sa main à l'attention de Toshiko et d'Owen, qui lui répondirent sans attendre avec de gros sourires collés à leurs lèvres, puis il tourna les talons, la tête déjà trempée par la pluie diluvienne. Il essuya rapidement les gouttes qui coulaient le long de ses tempes et courut jusqu'à la porte de l'entrée de l'appartement. Il tapa le code et s'engouffra au chaud dans un long couloir.
Arrivé devant la porte de l'appartement, il sortit sa clé, la glissa dans la serrure ; cette dernière émit un grincement très désagréable, et Ianto se jura alors de la faire graisser...
Ses jambes traversèrent l'entrée. Le gallois accrocha son manteau trempé au porte-manteau, et il remarqua avec plaisir que celui de son capitaine était déjà pendu, à côté de son autre manteau. Il soupira de bonheur lorsque deux bras entourèrent sa taille, l'amenant contre un corps chaud et totalement sec. Ianto se retourna pour embrasser Jack ; celui-ci se mit à rire doucement, puis posa ses lèvres sur celles de son compagnon. Ils savourèrent leur petit moment plus communément appelé "bonjour du soir" (même le titre était paradoxal sans l'être), puis Ianto se dégagea.
"Dois prendre une douche ... intéressé ?" déclara-t-il en faisant un clin d'oeil au capitaine et en lui tendant une main plus qu'explicite. Jack remarqua par ailleurs les deux doigts bandés du gallois mais ne dit rien, prenant simplement sa main dans la sienne.
