Enigmatique détentrice, mystérieux enchantements magiques
Près des remparts de la plus grande ville de la région de Pykon, non loin des montagnes boisées où on apercevait parfois des sommets continuellement enneigés se dressait une très grande bâtisse : un orphelinat.
Cet endroit n'était rien de plus qu'un refuge pour les enfants privés de parents, abandonnés où rejetés. Il y avait des enfants de tous âges, certains étaient humains, d'autres étaient humain mais avaient aussi du sang elfique ainsi que quelques traits des elfes. Cela était dû au fait qu'il y a quelques années après le retour de la grande reine Wren Elessedil, certains avaient choisi de ne pas seulement demeurer à Arborlon.
Et ainsi certaines autres cités elfiques avaient vu le jour ainsi que certains qui s'étaient aventurés loin de leurs foyers.
Mais les guerres, les épidémies et une grande famine avaient fait d'énormes ravages aussi bien du côté humain qu'elfique. Les conséquences ne s'étaient pas faite attendre : beaucoup de morts et d'orphelins un peu partout à travers tout le pays .
Toujours était il que ces orphelins n'avaient pas trop à se plaindre: des jouets, de la nourriture, un endroit ou jouer, des soins alors qu'ils auraient pu être livrés à eux mêmes. Grands, petits, filles ou garçons enfant uniques ou fratries, il y avait de tout.
Les adultes qui s'occupaient d'eux faisaient leur travail mais rien de plus.
Ils ne leur manifestaient aucune tendresse, câlin mot gentils. de toutes façons tôt ou tard, il y aurait d'éventuelles adoptions ou des personnes sans scrupules qui chercheraient de la main d'œuvre.
Ou d'autres qui auraient pu les enlever de force pour les transformer en mendiants, mineurs, ou voleurs...
Alors même si l'endroit était austère et presque miteux, qu'il n'y avait pas de chambres individuelles, beaucoup d'histoires ou un personnel aimant, ça restait un abri sûr.
L'heure du déjeuner était arrivée, ce jour là les enfants l'attendaient avec plus d'impatience que de coutume car il y aurait des biscuits aux noix en dessert, un luxe auquel ils n'avaient pas vraiment droit.
C'est pour cette raison qu'à la tables des plus jeunes, tous avaient fait de gros efforts pour être bien sages et obtenir cette gourmandise tant convoitée.
Mais ce fût au moment de servir le dessert que les choses prirent une autre tournure.
Un des surveillants passa près de la table tandis qu'une cuisinière apporta une corbeille de gâteaux sur la table.
-Alors, vous avez bien couru? Vous vous êtes bien amusés ce matin? (La matinée d'été avait été brûlante et bon nombre d'eux avaient un visage rouge ou des marques de bronzage)
De grands oui ouiiii enthousiastes lui répondirent mais il ne semblait pas avoir satisfaction et se dirigea près d'une fillette aux longs cheveux noirs et aux yeux verts qui observait avec convoitise les gâteaux.
-Tu es bien allée dehors avec les autres et tu as joué fillette?
La fillette en question avait indéniablement une ascendance elfique prononcée : elle était plutôt grande pour une enfant de deux ans et demi, ses oreilles pointues et sa peau d'un blanc presque choquant qui contrastait avec ses cheveux noirs légèrement emmêles.
-Oui, même y avait des papillons! Et des fleurs rouges! La petite avait l'air enchantée de cette question
-Menteuse, répondit avec un regard dur l'adulte. Tu me mens et c'est mal.
-Non! Protesta elle en colère! j'ai joué! même avec des bâtons!
-Ca suffit tais toi! Tu continues à mentir alors que c'est mal. Tu es restée à l'intérieur sinon, comment se fait il que tu sois toujours aussi pâle?
Tu sais quoi? Continua le surveillant avec un sourire mauvais.
Tu mérites d'être punie, ça t'apprendra à dire la vérité !
Aucun des autres enfants n'osait parler ni même rire, encore moins rétablir la vérité.
La petite fille se mit à pleurer d'indignation en constatant que tous les autres avaient eu droit à des gâteaux sauf elle!Comble de la méchanceté, elle fût forcée de les voir se régaler sous ses yeux. C'était vraiment trop injuste!
Elle fût obligée de rester assise à sa place et de les voir se régaler avant d'avoir avec les autres l'autorisation de sortir de table.
-Vous êtes méchant pas beau ! je vous déteste! Je vous déteste, cria elle avec insolence à l'adulte avant de s'enfuir à toutes jambes dans le couloir et de chercher une cachette.
Quelques minutes plus tard un enfant qui avait cinq ans et avait de toute évidence comme elle une ascendance elfique s'approcha d'elle et fouilla dans sa poche avant de lui donner un biscuit.
La petite fille observa avec incrédulité ce trésor et hésita à le prendre mais il lui tendait toujours avec un sourire.
Elle finit par le prendre et croqua une bouchée mais quelques secondes plus tard se mit à pleurer, ne comprenant pas pourquoi certains étaient méchants avec elle.
L'homme qui autrefois avait été un simple humain parmi les autres et qui était devenu le dernier des druides arrêta son cheval devant une grande bâtisse avant de reprendre la route.
Une fois de plus, le fantôme du marais l'avait bien eu ! Ici, les habitants se méfiaient plus que tout de deux choses : la magie et ceux qui la contrôlaient. La bibliothèque de la cité avait autrefois contenu des archives et des grimoires, mais une purge avait eu lieu et tout ce savoir avait été jeté aux flammes.
Il ne restait que des traités de médecine, d'herboristerie, ainsi que des manuscrits concernant l'histoire de la région.
Pour le moment, le druide observa ce qui se passait sur sa gauche.
Dans un pré qui jouxtait la cour, quelques jeunes enfants s'amusaient sous la surveillance d'une nourrice.
Trois jeunes enfants qui devaient avoir entre deux et trois ans s'en donnaient à cœur joie dans leur partie de cache cache à travers les hautes herbes.
Les deux garçons essayèrent de semer leur chat en se cachant derrière de hautes fougères. Tout en riant et en scandant qu'elle allait les attraper une fillette à la peau plutôt pale et aux oreilles pointues comme celles d'un elfes tendit la main "Je vais vous avoir"!
A ce moment, les fougères s'inclinèrent un peu sous le regard surpris et amusé des autres enfants. La nourrice à qui cette scène n'avait pas échappé se leva mais par une étrange coïncidence, le vent commença à se lever y compris de sa corbeille à ouvrage.
Tout en ordonnant aux enfants de revenir pour boire un peu d'eau, la femme desséchée se demandait si cette gamine ne possédait pas quelque chose de bizarre. Ce qui n'était pas si surprenant après tout, puisque cette morveuse n'était pas entièrement humaine, plutôt une bâtarde. Si seulement ils pouvaient être débarrassés des anormalités telle que cette gamine ou l'autre là, de cinq ans.
Et sans le moindre doute cette sale petite sorcière rejouerait un de ses tours...
Effectivement celle ci après être retournée jouer avec les autres pas loin d'un arbre à moitié pourri dont de temps en temps des branches tombaient.
Pour malchance, l'une d'elle avait commencé à céder. La petite fille cria de peur en la voyant tomber près d'elle et se recroquevilla.
Au même instant, alors que la branche aurait du la heurter violemment, elle resta quelques minutes figée en l'air comme si quelque chose l'empêchait de tomber sur elle. Comme une sorte de champ de force.
Walker avait observé avec attention ce qui venait de se passer sous ses yeux et il y avait une évidence certaine : cette fillette possédait un pouvoir, tout comme lui, Par ou bien Brin et Jair, Shea ou Wil il y avait de cela des siècles.
Une nouvelle lignée capable de faire appel à un enchantement comparable à celui de Shannara...
Étrangement, ce pouvoir magique se manifestait bien plus tôt que chez les autres détenteurs de magie. Une explication possible était que l'enchantement était bien plus puissant que chez d'autres.
Mais il n'y avait aucun bonheur à avoir ce don ! Surtout pas à cet âge !
Comment la magie avait elle pu commencer à forger des maillons d'une chaîne qui avec le temps augmenteraient et se solidifieraient ? Et combien de jeunes enfants toucherait elle ?
Encore une chose que les druides avaient décidé de cacher, continuant leurs jeux et leurs manipulations. A moins qu'avec la prospérité des quatre terres, la magie se manifeste un peu partout peu importe les races : elfes, elfes humains, gnomes, nains...
Le mieux à faire était de se rendre le lendemain à l'orphelinat et de se renseigner sur ce qui venait de se produire et de continuer à observer cette enfant. Après tout, parfois les signes de magie s'estompaient avec le temps, même si dans le cas présent, la probabilité que cela perdure était plutôt élevée.
Il n'était pas plus de huit heure trente du matin que quelqu'un frappait à la porte d'entrée.
Tout en maudissant silencieusement les intrus indésirables, le grade un homme gras aux cheveux blonds tirant sur le châtain ouvrit les verrous avec l'envie de critiquer les visiteurs de son espèce.
Cette envie s'évanouit immédiatement quand il aperçût la personne qui se tenait devant ses lui: Un homme plutôt grand à qui il manquait une bonne partie du bras droit, avec des yeux sombres qui semblaient percer tous les secrets y compris les plus profonds. Vêtu de la tenue des druides, l'inconnu semblait irradier le pouvoir.
Bizarre, y avait plus de druides depuis une éternité et le monde s'en portait mieux.
-Ouais qu'est ce que vous voulez ?
-Parler avec celui qui dirige cet établissement. La voix était glaciale et chargée d'autorité, ne souffrant aucun refus.
-Voyez vous ça ! Alors qu'ici tout le monde est en train de trimer dur. Mais vous, vous avez sans doute du temps à perdre et... Les mots moururent une seconde après un regard particulièrement meurtrier. La grande porte s'ouvrit dans un grincement sinistre.
Le bureau du directeur se situait au rez de chaussée près de la cour intérieure, afin de mieux surveiller les pensionnaires. C'était une large pièce avec pour tout mobilier un grand bureau parsemé de papier, deux fauteuils assez usés et une bibliothèque.
Le directeur Beren drayt leva à peine les yeux de son registre de comptes quand on frappa à la porte. Sans doute encore une histoire de gamins malades ou qui s'étaient mal conduits.
Il marmonna d'entrer à ses visiteurs tout en continuant d'écrire. Ce ne fût que lorsque la porte se referma avec un claquement sec ponctué d'un « Je vous laisse parler de ce qui vous amène, moi j'ai du travail » que Beren Drayt consentit enfin à accorder de l'attention à son interlocuteur en essayant de ne pas trop le dévisager, mais il se demandait vraiment si la personne qui lui faisait face était ou non un druide. Désireux de faire un minimum bonne impression, il agita une clochette pour qu'un thé soit servi.
-Soyez le bienvenu druide, en toute sincérité je ne m'attendais pas à la visite de quelqu'un d'aussi important. Pourquoi êtes vous venus jusqu'ici ?
-Pour une de vos pensionnaires. Une enfant d'environ trois ans, cheveux noirs.
Ah vous voulez dire Talia ? Comprit le directeur qui venait de tendre sa tasse à son invité.
Cette gamine, je me demande encore ce qu'elle a fait. Ce n'est pas une sale gosse, elle est plutôt sage mais... il semblerait qu'elle descende de sorciers avec ce qu'elle est fichue de faire. Fort heureusement, il n'y en n a qu'une parmi toutes, je vous laisse imaginer si ces horreurs se multipliaient.
C'est ça, idiot fini. Comme si la magie n'était que maléfice, utile pour les ambitions les plus néfastes et horribles qu'il soit. Certes c'est souvent un fardeau, quelque chose qu'on ne parvient pas à contrôler mais envers et contre tout, chaque forme de magie a son utilité. Pensa intérieurement Walker tout en percevant une forte dose de mépris à l'encontre de la jeune orpheline en question.
-Serait il possible de la voir un petit peu ?
-Si vous y tenez, je n'y vois aucun inconvénient. Je vais la faire appeler tout de suite. En son for intérieur, Beren Drayt était secrètement ravi de pouvoir se débarrasser de cette petite abomination dont il se méfiait par dessus tout et qui aurait sans le moindre doute découragé par ses pouvoirs les familles qui auraient voulu l'adopter. Pire encore, les familles croiraient que tous les enfants étaient aussi dangereux et anormaux qu'eux, le forçant dans ce cas à gérer énormément de pensionnaires.
Si elle pouvait partir d'ici, bon débarras !
Dix minutes plus tard, une des institutrices leur amena Talia.
Habillée de l'uniforme de l'orphelinat, un pull gris et une jupe noire avec des sandales noires, elle les salua poliment après avoir senti de la part de sa maîtresse une pression sur l'épaule.
Mais dès que la porte se referma, elle se précipita dessus pour essayer de sortir car si elle était ici, c'est sans doute qu'elle allait être punie.
-Arrête ton cirque et reste ici !
L'ordre l'apeura davantage et la fit tout de suite fondre en larmes. En plus l'inconnu qui était devant elle lui faisait peur, vraiment très peur ! Des dossiers tombèrent du bureau sur le sol alors qu'un encrier se renversait aussi parsemant le tapis d'encre.
-Tu ne peux pas t'en empêcher hein ? Ca te plaît de faire des bêtises et encore plus devant des inconnus ? Tu mérites vraiment de recevoir une bonne correction pour te passer l'envie de recommencer et...
Walker s'était levé à son tour et de sa main gauche retînt cet individu odieux par le poignet en le serrant fort.
-Depuis quand réagir sous le coup de la peur est il considéré comme un comportement méritant une punition ? Est ce pareil quand les autres enfants ont très faim ou vont réclamer une histoire ?
Beren Drayt aurait en temps normal envoyé vertement sur les roses quiconque lui aurait parlé sur ce ton. Mais le regard menaçant et assassin du druide tout comme le ton qu'il venait d'employer l'avaient immédiatement dissuadé et il se contenta d'observer ce type s'approcher de Talia.
Alors qu'elle était toujours en larmes et apeurée, les mains dans les genoux, la petite métisse sursauta quand elle entendit un craquement, leva prudemment les yeux et vit dans la main de l'inconnu une boule de lumière bleue vive.
-Moi aussi, j'ai un pouvoir. Tu n'es pas la seule à pouvoir faire ce genre de choses et tu n'es pas une sorcière. Walker avait pris le soin d'être à sa hauteur et de parler plus gentiment pour ne pas la terroriser davantage.
-Laissez moi ! Ne me faîtes pas de mal ! Cria elle en tendant la main une vague d'air se propagea devant elle faisant voler au passage quelques papiers.
-Pourquoi t'en ferai je ? Si c'était mon intention je l'aurai déjà fait. Je sais que tu es confuse apeurée et bouleversée, mais ne t'inquiète pas : ça va s'arranger, ça va s'arranger.
Après trois bonnes minutes la situation redevînt normale.
Sans qu'il ne sache expliquer précisément pourquoi, le dernier des druides avait ressenti un sentiment de familiarité à l'égard de cette si jeune enfant. Peut être à cause de son apparence et du fait d'être persécutée car elle détenait un pouvoir qu'elle n'avait pas réclamé et qui avait commencé à l'enchaîner.
-Hé bien, impressionnant, druide ! Bon maintenant que les choses sont redevenues normales, toi, adressa il à l'encontre de Talia, tu vas aller jouer avec tes camarades. Et nous, nous devrions avoir une discussion plus sérieuse.
La cloche retentit dans les couloirs, le directeur la laissa partir rejoindre les autres. Les enfants avaient l'air plutôt bien traités mais ne semblaient pas être particulièrement heureux en ce lieu.
Vous vous rendez bien compte qu'elle a besoin de vous.
-Pas si elle a une famille, c'est peut être le mieux pour elle, répondit Walker tiraillé. Depuis qu'il avait appris au lac Hadeshorn en compagnie de Wren et Par quelle avait été sa mission, ce qu'il avait vécu au cours du siècle précédent, il savait que son destin avait déjà été tracé et n'incluait pas de nouvelles relations. Sans parler du fait que rencontrer des personnes porteuses d'enchantement était une chose, devenir responsable de quelqu'un et l'ajouter aux autres nombreuses responsabilités en était une autre. Surtout avec la gestion de Paranor !
-Seriez vous à ce point insensible, druide? Vous avez vu ce qui s'est passé et personne ne peut l'aider, à part quelqu'un qui connaît cette situation. elle sera crainte, brimée, voire rejetée, livrée à elle seule. Et pour parler honnêtement, je ne lui donne pas longtemps avant qu'elle soit lapidée, battue à mort ou brûlée. Vous voudriez vraiment avoir ce tragique destin sur la conscience ?
Il y avait du vrai, et le fait d'avoir toujours été craint, considéré comme l'oncle obscur avec un fardeau immense, qui n'était en aucun cas un don, c'était quelque chose de très difficile qui était lié jusqu'à la mort.
Personne absolument personne ne méritait ce genre de sort. Non seulement elle était déjà persécutée à cause de ses ascendances elfiques, mais en plus le personnel commençait déjà à la considérer comme une paria en cet endroit. Il n'y avait pas vraiment le choix : si il fallait agir ce serait maintenant, après il serait trop tard sa vie serait brisée et de façon définitive.
Elle aurait sans doute besoin de lui, de maîtriser ses pouvoirs. Indirectement elle lui faisait écho à son passé. Trop rares avaient été les personnes qui avaient été proches de lui que ce soit par affection ou par la magie héritée des Ohmsford.
Pour le moment , le plus sage à faire était de partir d'ici et de mettre un peu d'ordre dans ses pensées. Hors de question de prendre à la légère et sans réflexions ou avoir pesé le pour et le contre concernant la décision.
L'entretien se termina une demie heure plus tard, Beren Drayt était soulagé de voir cet individu inquiétant partir enfin de son bureau et espéra que ce serait sa dernière visite.
Cependant, le lendemain à la même heure, il dût revoir à nouveau cet homme qui ne lui inspirait aucune confiance et ne lui plaisait pas du tout. Mais si il pouvait le débarrasser de cette épine dans son flanc ce serait la meilleure chose qui ne lui soit jamais arrivée ! Il ne lui fallût donc pas plus de vingt minutes pour dénicher les bons papiers d'adoption, un temps record. Tout comme pour se saisir de la bourse tendue et d'envoyer quelqu'un acheter des vêtements neufs. Les derniers détails furent rapidement réglés et le départ aurait lieu deux heures après le déjeuner.
- Cesse un peu de pleurnicher! Personne ne va te manger!
-Mais ça piiiique! j'aime pas le savon y en a dans les œils, protesta la petite fille. Pour toute réponse à sa protestation, elle sentit les mains lui masser énergiquement la tête et voir de la mousse dégouliner de ses cheveux. Avant d'être emportée dans le baquet par un seau d'eau tiède et de se retrouver dans un drap de bain.
Etrange... Ce n'était pas l'heure de la toilette pourtant; personne d'autre n'était là.
-C'est pour aller dormir, demanda Talia de son ton innocent.
-Non, pour être plus jolie. Comme tu t'en vas bientôt, il faut que tu sois belle. La femme qui s'occupait d'elle était un tout petit peu plus gentille que les autres mais ses yeux n'exprimaient aucune tendresse à son égard. Elle lui passa sans cérémonie une robe neuve et propre d'une belle couleur bleue roi avant de lui essorer les cheveux et de passer un peigne dedans.
Au plus grand déplaisir de la fillette qui se sauva à quelques reprises avant de la laisser finalement attacher ses cheveux en une tresse.
-Je pense que tu es prête. Suis moi et ne pose pas de questions.
Talia mit sa minuscule main dans celle de la soigneuse et pour la dernière fois parcourût les couloirs, entraperçût certains de ses compagnons dont une fillette rousse et dugarçon aux cheveux d'un brun terne qui avait aussi une ascendance elfique et le seul à avoir été très gentil, plus que les autres qui s'accrochèrent à elle en pleurant à chaude larmes, trépignant.
Il ne fallût pas plus de deux secondes pour qu'un autre adulte vienne les chercher pour les ramener dans la cour, alors qu'ils arrivaient dans une pièce où elle n'avait encore jamais mis les pieds. Que pouvait il donc bien se passer?
L'inconnu qu'elle avait déjà vu à plusieurs reprises était plongé dans une discussion sérieuse avec le directeur de l'orphelinat.
Sans la moindre hésitation elle s'approcha de cet homme étrange avant de reculer de deux pas quand elle croisa son regard sombre et sévère. Puis elle se rapprocha à nouveau en constatant que les "grands" avaient fini de discuter.
-Tu vas rester avec cet homme, Talia. Tu devrais te sentir plus contente que ça, quelqu'un te porte de l'intérêt! C'est plus de chance que tes amis n'ont pas.
Mais le ton était tout sauf aimable, aux yeux de cet homme c'était plus un soulagement de se débarrasser de cette gamine bizarre. Et ça ne lui avait pas échappé malgré son très jeune âge.
En dépit de toute sa perplexité et de son appréhension de sa tristesse, elle leva à nouveau son regard vert vers lui et lentement avec d'infinies précautions, elle tendit une main et agrippa craintivement le manteau noir de cet homme
-Pour de vrai de vrai? et où qu'on va? Ce dernier ne repoussa même pas sa main en lui disant d'aller jouer autre part comme les autres grands.
-Oui c'est vrai. Tu ne reviendras plus jamais ici, ne t'inquiète pas.
Le ton n'était pas chaleureux et il ne lui avait pas dit ça avec un grand sourire ou en la serrant dans ses bras comme d'autres adultes faisaient de temps en temps quand des enfants étaient adoptés.
Mais elle partait d'ici, elle partait vraiment !
Encouragée par cette idée, elle esquissa un sourire et tendit sa main à cet inconnu qui lui apprit qu'il s'appelait Walker et qu'il s'occuperait d'elle à présent.
Ce dernier l'observa à nouveau avec attention à cause de la familiarité qu'elle dégageait dans son apparence: sa peau pâle, ses oreilles, ses cheveux noirs et fût surpris de la voir chercher si rapidement du réconfort ainsi que de sentir le contact de sa petite main fragile dans la sienne.
Après avoir pris congé du personnel, la grille de l'établissement se referma à nouveau dans un grincement sinistre.
Talia eût un dernier regard vers l'endroit et pleura un peu du fait de laisser ses « amis » là et de tout ce qui s'était passé.
Puis en essuyant ses larmes et en reniflant elle posa la question qui lui brûlait les lèvres.
-Et maintenant, où on va ? On va où ?
-A Paranor, la forteresse des druides, mais pas tout de suite. Il faut organiser le voyage de retour car c'est loin.
A suivre
