Comme un parfum d'incertitude dans l'air

Rien ne serait jamais plus comme avant sur bien des points.

D'abord pendant son sommeil druidique, Par, Coll, Morgan et Wren avaient quitté ce monde laissant la place à leurs descendants qu'il ne connaissait pas et ne les rencontrerait jamais.
Allanon, qui lui avait laissé en plus de faire revenir Paranor la tâche ardue de faire revenir les druides. Qui l'avait prévenu du tournant que prendrait sa vie : éternellement seul, devant protéger l'équilibre des quatre terres, sans personne pour lui apporter amitié ou réconfort.

Mais Walker se doutait que même en étant décédé il y a plus de deux siècles de cela, Allanon s'arrangerait pour que les druides aient la même réputation qu'à son époque.

Sauf que Walker n'était PAS Allanon, et qu'il ne répéterait pas le passé. Quand il avait affronté La Mort il s'était promis de devenir quelqu'un d'autre : quelqu'un qui ne prendrait pas les personnes dans de savantes machinations ou mentirait pour servir ses intérêts comme les druides d'antan l'avaient fait.
En dépit de ses efforts et de sa résolution, ses voyages dans les Quatre Terres, Paranor était toujours aussi déserte et mystérieuse qu'à l'accoutumée. Quoi de plus normal pour l'antique demeure des druides avec la réputation de manipulateurs menteurs travaillant pour leur propre compte ? On ne pouvait pas effacer si simplement le passé hélas.

Le druide accorda un retard à la fillette qui semblait assommée par la fatigue. Le sort en était jeté: il serait responsable de ce petit être, d'une enfant.


D'un simple geste, Walker ouvrit les deux lourdes portes d'entrée, la cour était embrasée d'une riche lumière orangée si caractéristique des couchers de soleil tandis qu'une masse sombre avançait vers lui.

Le gigantesque félin des landes s'arrêta devant lui marchant de long en large avant de s'asseoir devant lui et d'émettre un ronronnement de bienvenue.

-Content de te voir, Rumeur mon vieil ami, murmura le druide.

A ces paroles, le félin ronronna plus fort avant de prendre en compte la petite étrangère inconnue et de poser son museau dessus. Il n'en fallût pas davantage pour que la petite fille, reprenne sa vivacité en une seconde et éclate en sanglots avant de tomber sur le sol. Elle se réfugia illico presto derrière Walker en continuant à sangloter ponctués de "va t'en, va t'en !" tandis que Rumeur avait reculé et ne la quittait pas de son regard doré.

-Je... veux qu'il parte!

-Il ne va pas partir. Ecoute moi Talia, continua Walker en la regardant dans les yeux, c'est mon ami Rumeur. Il est très gentil et ne te fera aucun mal. Il a juste eu peur, comme toi.

-C'est vrai, Walker? Et il aime jouer? Demanda elle toujours aussi inquiète face au gigantesque félin des landes

Décidément, il ne parvenait absolument pas à s'habituer à la présence de cette enfant! Mais elle aussi probablement...

Pour le moment, il fallait faire les présentations. D'un geste, Walker invita le félin à se rapprocher davantage alors que Talia avait cessé de pleurer et s'était décroché de sa robe bien qu'ayant encore un peu peur. Elle n'était plus qu'à deux pas de Rumeur et l'observait maintenant avec une fascination non dissimulée, avec son pouce dans la bouche pour se rassurer.

Rumeur pour sa part, la flaira avec intérêt et tourna un peu autour d'elle avant de conclure qu'elle n'était pas dangereuse. Il se rassit devant elle et lui donna un coup de langue sur le visage, puis un second ce qui la fit rire aux éclats. Une minute plus tard, elle promenait maladroitement sa main sur sa fourrure tout en babillant.

Walker éprouva une certaine satisfaction de voir que les choses s'étaient bien passées entre le félin des landes et la gamine tout en semblant ne pas pris trop de temps.

Il était à présent de lui montrer sa chambre…
Au moment où elle entra dans la pièce, Talia n'en crût pas ses yeux. Que c'était grand! Et ce lit, ces rideaux et...

-C'est vraiment, vraiment pour moi?

-Oui. Tu n'es plus à l'orphelinat, tu as droit à avoir ta chambre.
La pièce en question était spacieuse, orientée sud-est, avec une grande fenêtre d'où on apercevait la forêt. Un lit confortable, un petit bureau, une armoire ainsi qu'un tabouret composaient le mobilier de la pièce.

-Merci merci, merci! Elle est très grande, la plus grande du monde! Comme le lit!

Il n'en fallût pas plus pour qu'elle grimpe sur le lit et s'amuse à sauter dessus avant de s'intéresser aux rideaux et de s'enrouler dedans, ne croyant pas à son bonheur. Dire qu'avant elle devait dormir avec d'autres enfants. Puis son enthousiasme retomba aussi vite qu'il était venu. Elle jeta un regard triste à sa chambre avant de revenir près de son mystérieux sauveur.

-Mais... il n'y a pas de jouets!

-Pas pour le moment.

A l'extérieur, le soleil se couchait, baignant la pièce d'une lueur orangée.

-Il va être temps que tu dormes. Tu en as grand besoin.

A ces mots, le visage de la gamine se tordit avant qu'elle le regarde d'un air suppliant, ses petits poings serrés.

- Toute seule ? Noooon, je veux pas! Pas là! Même , même que là j'ai beaucoup peur!

-Pourquoi? Tu es une grande fille, pas un bébé, remarqua l'homme d'un ton calme et sévère.

Talia agrippa sa robe de ses petites mains à nouveau inquiète et apeurée, à tel point qu'elle se réfugia près de « ce grand même si elle avait peur de lui »
En la voyant si inquiéte, Walker se rendit compte que la perspective de dormir ici dans ce lieu inconnu la terrorisait réellement. Elle semblait déjà faire tant d'efforts pour s'adapter…

Dans des cas comme celui ci, la meilleure solution était déjà trouvée. Cependant, elle se détacha de lui en deux minutes avant de grimper sur le lit, toujours pâle et inquiète. Comme si elle avait peur d'être punie ou grondée, d'ailleurs elle avait ramené sa main contre sa poitrine ce qui trahissait son mal être.

Le druide connu sous le nom de Walker ne quittait pas du regard la jeune enfant qu'il avait ramenée en ces lieux et qui était complétement perdue, indécise et avait besoin d'un peu de réconfort. Lentement et calmement, il prit sa main, à ce contact, elle se calma un peu quoique toujours quelque peu inquiète. Quand elle le vit s'asseoir sur le lit à côté d'elle, elle se pelotonna sous les couvertures sans aucun problème.

-Tu... Tu veux bien rester avec moi? J'ai encore un peu peur. Mais là avec toi, j'ai pas peur. Walker accepta de rester près d'elle, il éprouva à nouveau ce sentiment de familiarité en l'observant. Désespéré terrifiée, loin de tout ce qui lui était familier, elle était perdue et il semblait être la seule chose à laquelle elle puisse se raccrocher. Cette situation lui rappelait son périple à Eldwist quand il s'était retrouvé dans la même situation et que Force Vitale lui avait offert réconfort compréhension et les clès pour découvrir son avenir.

Talia avait l'air un tout petit peu moins terrifiée et ne le quittait pas du regard, tout ayant une main sur son oreiller et l'autre agrippée à la robe du druide. Elle ne savait vraiment pas quoi penser de lui et il lui faisait toujours aussi peur avec son bras en moins et sa tenue aussi noire que ses cheveux et sa barbe. Cependant, harassée de fatigue, elle tomba dans les bras de morphée.

Elle s'était enfin endormie.
Un peu de sommeil serait le bienvenu pour tous, surtout après les récents évènements qu'ils venaient de vivre.

Décidément, Paranor réservait plus de surprises que ce qu'il ne croyait en utilisant la pierre noire il y a un siècle de cela.


De retour dans sa chambre, Walker s'était également endormi très vite.

Tandis que son esprit et son corps étaient enfin au repos, les nébuleuses des rêves se dessinaient au fur et à mesure.

Du néant, se matérialisa un chemin et progressivement un paysage apparût devant ses yeux. Un endroit et une maison qu'il reconnaissait entre mille; depuis combien d'années n'était il plus venu à la Pierre d'âtre? Tout était intact et aussi beau qu'autrefois; un tapis de feuilles mortes s'étendait jusque sur le paillasson.

Tandis que la pluie d'automne qui lui dégoulinait dans le cou et avait rendu ses cheveux humides persistait, il poussa la porte de la maison.

Te voilà enfin de retour, mon garçon!

Le vieil homme ne s'était pas levé continuant son repas solitaire avant de boire une gorgée d'ale brune.

-Combien de temps cela faisait il? Assez longtemps je crois

-Et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai! Les leçons m'écœuraient même si elles étaient utiles puisque rien n'a jamais changé! La magie me retient toujours prisonnier quoi que je fasse!

-Tu refuses toujours de comprendre et de l'admettre Walker, soupira Cogline. Une fois de plus tu nies la réalité puisque ce qui est inchangé c'est ta peur.

Cette dernière phrase créa un malaise dans la pièce tandis que Walker eût un geste agacé de la main, de sa main droite!

-Vous vous trompez. Et je n'ai plus besoin de votre aide! Pourquoi ce dérangement?

-Cette maison était aussi la mienne autrefois, de plus il y a quelque chose que je tenais à te donner. Quelque chose qui te tirera moins dans les méandres profondes de la solitude. Cogline eût un geste vers un panier garni de couvertures où un petit félin des landes qui baillait leva son museau vers sa direction.

En quelques enjambées le petit animal mordilla sa botte et se frotta à ses jambes

-Il s'appelle Rumeur, un nom parfait pour un félin des landes qui t'appartient.

Les choses ne sont pas immuables, mon garçon, ce qui est immuable n'est qu'illusion ce qui est changement est réalité...

A l'extérieur une neige abondante avait commencé à tomber, de lourds blocs de pierre les séparèrent.

Puis il se retrouva à nouveau dans les murs de Paranor avec la pierre noire en main se demandant pourquoi il était seul.

Un cercle se matérialisa sous ses pieds alors qu'une multitude de papillons multicolores en surgissaient se regroupant pour former la silhouette de la faucheuses puis disparurent.

-Tu savais que ça arriverait. Dit une voix derrière lui. Tout comme tu savais que ce que t'as prédit Allanon t'a marqué.

Cogline était réapparu plus squelettique et âgé que jamais.

Quand il sentit ses doigts fins et fragiles, le nouveau druide se sentit troublé et confus.

« Il n'a annoncé qu'un fait commun, et a oublié quelque chose de très important: tant qu'on se souvient des personnes aimées elles ne nous quitteront jamais, elles font partie de nous. Même avec de nouvelles rencontres notre âme se souvient.

Tu avais vraiment fait du bon travail tu sais... Ce n'était pas mal pour une première fois. »

-J'avais agi à peu près correctement, soupira il un peu triste. Et ai je bien agi à nouveau?

-Avais tu vraiment le désir d'aider cette enfant et de ne pas la condamner à une vie de tristesse alors qu'autre chose t'attendait? Si c'est le cas, alors oui Walker, tu as fait le bon choix. Il est temps que tu apprennes à faire confiance aux autres et à toi ! Tout cela dure depuis trop longtemps et tu le sais ! rugit Cogline.

A présent, les arbres étaient en fleurs et un parfum se répandait dans la forteresse. Un silence s'installa, chargé d'incertitude et d'appréhension, que ressentait parfaitement le vieil homme. Tout comme la culpabilité que ressentait Walker d'avoir vu impuissant Force Vitale et Cogline mourir même si c'étaient leurs choix. L'appréhension de vivre seul à jamais une fois de plus cette fois écrasé par un devoir et non exclu par les autres.

Finalement, il fit oui de la tête quoi qu'il en soit personne ne méritait de pourrir seul enchaîné par un trop gros fardeau.

A cet instant, une averse de printemps intense se déchaîna transformant alors le paysage.

Derrière lui se trouvaient les murs de la citadelle en face de lui le lac Hadeshorn qui bouillonna avec violence des ombres se mouvant.

Une forme humaine l'observa un court instant avant d'être engloutie par le lac, que des vaguelettes ondulent à sa surface.

Puis un arc en ciel se dessina devant lui.

-Ne te sens pas inquiet. Tu découvriras de nouvelles choses, enferme donc ta peur... Ceux qui tiennent à toi ne te laisseront jamais, les morts comme les vivants.

Il se mit à nouveau à neiger alors que la neige le glaçait jusqu'aux os. A cet instant le rêve prit fin, la nuit était encore calme.
Même après la mort, Cogline restait toujours près de lui et comme toujours parvenait à trouver les mots pour le rassurer. Ce qu'il venait de vivre n'avait beau être qu'un rêve, ça ne signifiait pas que son ancien ami ait tout comme Allanon ou Bremen une ombre de pouvoir qui lui permette de visiter les habitants de ce monde.


Le soleil était levé depuis une bonne heure et demie, il devait être environ huit heures.

Pour le moment, seul le chant des oiseaux troublait le silence qui régnait non loin de l'immense forteresse.

Qui lui aurait dit que la forteresse des druides abriterait si tôt des arrivants même si ce n'était pas ceux escomptés?

Peut être qu'avec ce nouvel âge, le fait de se soucier de personnes plus vulnérables comme des enfants rendraient enfin les choses différentes.

La porte s'ouvrit sans un bruit, les rideaux de la chambre filtraient des rayons de soleil. Une forme roulée en boule était sous les couvertures du lit.

Etrangement, la fillette ne s'était même pas levée ou n'avait pas fait un moindre geste alors qu'il y avait de légers mouvements de couverture.

Le dernier des druides s'approcha du lit et souleva la couverture, à cet instant précis, la gamine croisa son regard avant de se rouler en boule de l'autre côté les yeux rouges et les joues sillonnées par des larmes.

-Allez vous en ! y a plein de monstres qui veulent me manger ! Et plein de noir! cria elle toujours prostrée, avec l'appréhension d'être considérée comme une pleurnicheuse comme on le lui répétait si souvent.

Oui, observa Walker qui avait perçu ce « cri de terreur » comme un bruit retentissant dans son esprit. il y avait une forte trace de peur et beaucoup de confusion, des bribes de mauvais rêves et de la perplexité. Cette enfant était de toute évidence complétement perdue pour des raisons évidentes et avait peur de lui.

Rumeur choisit ce moment pour entrer dans la chambre et s'approcher du lit en le contournant de sa démarche féline. Le félin des landes s'assit devant Talia qui ne le remarqua pas tout de suite. Il posa son regard doré sur elle en ne bougeant pas, attirant finalement son attention.

-Tu sais, j'ai fait des cauchemars! Même qu'il y avait plein de monstres que j'ai eu peur! Et même qu'il y avait des bruits bizarres ! dit elle en se remettant à pleurer et à enserrer l'animal qui se laissa faire puis caresser.

Au moment où Walker essaya de les rejoindre elle fit un bond sur le lit et eût un geste de recul.

De toute évidence elle n'avait pas encore assez confiance en lui... Ca allait prendre du temps beaucoup de temps, dans un sens comme dans l'autre.

-Tu as le droit de me dire si tu fais des cauchemars, c'est important. Et tu n'es pas une peureuse, Talia.

-Si, c'est ce qu'on m'a dit! répondit elle en pleurant et en se raccrochant à nouveau au cou de Rumeur qui se mit à ronronner en lui donnant un léger coup de museau comme pour la consoler.
Ce « qu'on lui avait dit » ? Qu'avaient donc pu faire les adultes de l'orphelinat pour qu'elle soit si mal à l'aise et ait peur des adultes pour un simple cauchemar ?
Elle avait subi de mauvais traitements, c'était une certitude, sans doute à cause du seul fait d'avoir une ascendance elfique, comment cela pouvait encore être possible, se demanda l'Oncle Obscur.
Au moment du petit déjeuner, elle avait hésité à toucher aux fuits aux tartines de pain et à la confiture posées sur la table, comme si elle redoutait qu'on lui interdise de manger ce qu'elle voulait.
Talia fût dubitative quand son mystérieux sauveur lui demanda de manger et de choisir ce dont elle avait envie, incertaine, elle lui demanda si c'était vrai. Quand elle eût la confirmation, elle grignota lentement une tartine de confiture et essaya une pomme coupée en quartiers.
Elle repensa à ses repas dans le réfectoire où il y avait toujours beaucoup de bruit, les surveillants qui amenaient le petit déjeuner et veillaient à ce qu'ils terminent tout et ne fassent rien tomber. Ici, elle était toute seule dans un lieu qu'elle ne connaissait pas, loin des autres de sa vie d'autrefois, sans personne avec qui jouer. Pourquoi était elle ici ? et cet homme, Walker qui était il : un gentil ou un méchant ?
Ne trouvant pas de réponses à ses questions et ayant encore faim, elle rassembla son courage pour lui redemander une tartine. Et si il ne lui donnerait pas à manger dans la journée ? Pour cette raison, elle regarda la tranche de pain comme si elle n'aurait rien d'autre. Elle prêta aussi à peine attention au moment où il la félicita parce qu'elle n'avait pas gaspillé la nourriture.


Une semaine s'était déjà écoulée et les choses en étaient toujours au même point. Pour Talia, prendre le petit déjeuner en silence était devenu un nouveau rituel, tout comme d'aller chaque matin dans un nouvel endroit de la citadelle, certains étaient interdits d'autres non.
Ici, tout était désert austère et on ne pouvait pas vraiment s'amuser, pas comme à l'orphelinat !
Une partie de la mélancolie due à son départ revînt s'insinuer en elle, ici pas d'amis pas grands Quand Walker lui proposa d'aller se promener en forêt, son ennui et son inquiétude se dissipèrent comme un vent qui chassait de gros nuages gris.
La forêt était encore verdoyante malgré quelques feuilles séchées par le soleil et agréable, l'air chaud et parfumé, le vent rappelaient à Walker La Pierre d'âtre dont il gardait encore quelques rares bons souvenirs. Un reste de son ancienne vie qui n'avait pas été écrasé par la transformation que lui avaient imposé les druides.
Bien entendu Talia avait écouté avec attention ses recommandations : rester près de lui, ne pas s'éloigner, et avait approuvé à contre cœur restant toujours hors de sa portée. Il ne lui en voulait pas, même si une fois de plus on avait pas confiance en lui, mais rien n'était jamais acquis et certain, ce qui était immuable n'était que chimère.
Absorbé par ses réflexions sur le présent, il ne réalisa pas tout de suite ce qui venait de se passer : la fillette n'était plus à ses côtés !
Talia essaya de revenir sur ses pas mais elle ne se souvenait plus du chemin, lequel était ce ? Pourquoi était il si rapide et était il parti devant elle ? Et elle n'avait rien fait de mal, elle avait seulement voulu rester voir des jolies fleurs roses !
Talia se retînt de hurler et chercha un arbre ou un buisson qu'elle aurait vu mais rien. Et comme si ce n'était pas suffisant, un grognement d'animal résonna à ses oreilles.
Des bruissements se firent entendre dans des broussailles : des gnomes araignées et des loups !

Habituellement les gnomes araignées n'essayaient pas de s'approcher si près de Paranor! Maudites bestioles!

Sans compter le fait qu'il ne savait plus où avait disparu Talia et qu'elle ne répondait pas à ses appels sans doute parce qu'elle était trop loin. Tout ça était de sa faute, si jamais il lui arrivait quelque chose, il s'en voudrait. « Tu aurais du faire plus attention. Combien de personnes tiens tu donc à voir mourir ou être en danger à cause de toi ? Souviens toi, souviens toi de tout ce qui est arrivé à cause de toi. Tu n'es qu'un incapable Walker Boh ! » Le murmure venimeux semblable à ceux qu'aimait distiller le fantôme du marais résonnait dans son esprit, et le ramena au cœur de la forêt. Il n'échouerait pas encore une fois, plus jamais ça ! Son esprit refusait d'envisager le pire, il y avait encore de l'espoir, par le passé il avait déjà réussi de nombreux tours de force. Ce ne serait pas un petit incident de ce genre qui ferait tout basculer. Le druide chassa de ses pensées ses reproches inutiles, autant réparer ce qu'il avait fait.

Il fallait la retrouver le plus vite possible, il ALLAIT la trouver.

De son côté la petite fille rouvrit ses yeux avant de sentir sa main et son genou lui faire mal, ça lui revenait elle était tombée par terre à cause d'une racine et elle avait mal.

Toute seule et perdue! Elle sentit une peur énorme s'emparer d'elle et cria de toutes ses forces un "au secours!"

L'appel résonna aussi bien dans la forêt que dans les esprits, dominé par la peur panique, incontrôlée.

Par désespoir et pour éviter que le monstre la touche, Talia s'approcha de l'arbre en essayant tout de même de le faire fuir en lui lançant de la terre des branches et des cailloux.

Ce qui n'eût aucun effet, le gnome araignée avait fermement l'intention de l'attaquer, quand une silhouette surgit d'un bosquet de jeunes arbres.

-Pars d'ici, tout de suite. Comme la bête ne semblait pas prendre au sérieux l'avertissement, une langue de feu druidique la cingla et la mit en fuite.

La petite fille était restée agrippée à l'arbre et vit le monstre partir, pourtant elle n'osait pas encore bouger.

Elle n'était pas blessée et semblait indemne, tout allait bien! l'inquiétude ressentie s'était évaporée.

-C'est terminé, tout va bien.

-Tu es sur? y en a pas d'autres? j'ai eu très très peur et j'ai tombé! J'ai un peu mal, continua elle en montrant une de ses mains écorchée couverte de terre et de sang.

Tu es fâché hein ? demanda elle effarée à deux doigts de fondre en larmes. Elle savait qu'elle se ferait gronder et punir, traiter d'idiote, comme à l'orphelinat.

-Non. Ce qui s'est passé n'était qu'un accident, je suis content que tu ailles bien.

A cet instant précis, le druide de Paranor s'était mis à la hauteur d'un enfant de deux ans et demi, chose incroyable. Il ne fallut pas plus de trois minutes pour que Talia se précipite finalement contre lui et mette ses bras autour de son cou et de laisser libre cours à ses émotions.

-Je veux plus rester là ! Je veux rentrer à la maison, dit elle entre deux sanglots dus à la peur subie et la douleur qu'elle éprouvait tandis que Walker nettoya sa main avec un mouchoir propre. On s'en va ? demanda elleen agrippant de toutes ses forces la cape noire.

Au moins, à présent elle était sure de quelque chose: il tenait à elle et l'aimait, sinon il l'aurait grondée et n'aurait pas accepté de la prendre dans les bras. A l'orphelinat, personne ne se serait conduit aussi gentiment avec elle après ce qui s'était passé.

-Oui. De toutes façons, je veillerai sur toi. Viens, rentrons. Sur ces mots, Walker se redressa avec une seule envie: revenir à Paranor où elle serait en sécurité et ils pourraient boire quelque chose de chaud pour se remettre de cette péripétie.

Pour la première fois, elle n'avait pas eu peur de lui et était restée près de lui sans s'enfuir. Se pouvait il que les choses commencent enfin à évoluer grâce à ce qui venait de se passer ?

Le retour se fit en silence. La petite fille observait les arbres défiler devant elle avec une certaine inquiétude: et si il y avait encore des bêtes dangereuses et méchantes ?

Comme pour confirmer ses peurs, un bruissement de feuilles résonna. Affolée elle serra de toutes ses forces la robe de son sauveur.

Un oiseau qui s'envolait!

Pourtant elle avait encore eu peur! A nouveau les larmes lui montèrent aux yeux et elle se sentait fatiguée mais en sécurité aux côtés de cet homme étrange.

Tout en quittant pas des yeux les arbres et les buissons, elle se demanda quand ils arriveraient et si d'autres grands étaient comme lui…

-Vous êtes très gentil et très fort.

Seul le silence lui répondit.

-Walker, vous m'aimez? Parce que moi j'ai peur de vous mais je vous aime bien maintenant! Les larmes continuaient de couler sur ses joues alors qu'elle battit des paupières.

-Pourquoi?

-Parce que vous êtes comme mon papa et ma maman, dit elle avec la candeur caractéristique de son jeune âge.

Vous voulez bien être mon papa? demanda elle et elle détourna son regard dans sa direction le regard brillant d'espoir.

Il l'observa en silence, étonné de voir que cette enfant finisse par vouloir lui accorder de l' amour et une admiration. Elle était une paria tout comme lui, une enfant rejetée par les autres qui lui avait rappelé son passé d'une façon si intense. Et Walker savait à quel point il était important de la rassurer, de lui faire comprendre qu'elle ne vivrait plus ce qu'elle avait vécu dans cet orphelinat.

-Evidemment. Sinon je ne t'aurai jamais emmené avec moi.

A ces mots, Talia se fendit d'un énorme sourire et posa avec un grand bonheur ses mains sur son visage

-T'es mon papa à moi! s'exclama elle en lui posant un baiser sur la joue avant de cligner des yeux et de commencer à s'assoupir.

Au moment de rentrer elle ne desserra pas sa main.

-Je veux rester avec toi, papa...murmura elle encore fatiguée. Elle enfouit son visage dans le cou du druide, fermant à nouveau ses yeux.
Ce contact était étrange et agréable, nouveau Walker se sentait surpris et un peu perdu par ce geste si simple.
Au moment où il la reposa à terre, elle se frotta un peu les yeux avant se coller à lui, agrippa son manteau et lui jeta à nouveau un regard plein d'amour, d'innocence qu'elle n'avait jamais eu avant.
Walker l'observa à nouveau plutôt étonné mais soulagé. Jamais sa présence n'avait vraiment été désirée, tolérée seulement, appréciée dans le meilleur des cas. Mais personne, hormis sa mère, ne lui aurait témoigné pareilles marques d'affection. Tout ce qu'elle demandait et recherchait, c'était de la tendresse, une personne qui veille sur elle et la protège, c'était si peu de choses ! Le druide resta immobile ne se dégageant pas de cette étreinte, quoique un peu gêné, sa main restant suspendue dans l'air. Il eût un court moment de réflexion et effleura rapidement les cheveux de la gamine.
-Allons manger, nous en avons bien besoin après ce qui nous est arrivé.
Le thé chaud et le jus de pomme ainsi que les gâteaux furent en effet les bienvenus. Talia leva un regard craintif vers lui quand elle tendit la main pour prendre un gâteau, mais se rasséréna quand elle vit qu'ici elle y aurait droit. La fatigue était toujours présente en elle, lourde et persistante et elle s'endormit deux heures plus tard.

Alors qu'il la déposa dans sa chambre et la mettant au lit, Rumeur les rejoignit et vînt se coucher près du lit pour veiller aussi sur elle. Le félin des landes leva sur son ami humain ses yeux dorés comme pour lui faire comprendre qu'il pouvait s'occuper de lui. Ca oui, il en avait bien besoin et réfléchissait à mille choses !

Seul dans son bureau préféré, Walker réfléchissait aux récents évènements. Tout était allé si vite ! Etrangement cette fois le Fantôme du Marais lui avait dévoilé une partie de la vérité, peut être parce qu'à présent, il était devenu un druide et qu'en tant que tel, il incarnait le mensonge. Cependant, il y avait très probablement un drame ou un grand périple qui se tramait secrètement mais c'était trop nébuleux pour élaborer un début de théorie.
Quant à cette petite fille qu'il avait adopté… Il savait qu'il avait peur de la tournure que prendraient les choses de savoir si elle serait heureuse ou non, quelle serait la réaction des autres habitants des quatre terres devant ce geste inattendu.
Bien sûr elle n'aurait pas une enfance rêvée, entourée d'amis de son âge ou de frères et sœurs de parents adorables gentils, mais au moins elle grandirait avec quelqu'un qui connaissait son pouvoir et pourrait l'aider à l'utiliser et le maîtriser.
Pas quelqu'un qui la rejetterait à cause de cet héritage ou pire, tenterait de se servir d'elle à des fins néfastes.
Elle devrait aussi comprendre que l'éducation qu'elle aurait serait sévère, qu'elle devrait apprendre à écouter, et que contrairement à d'autres enfants il serait vain de faire des caprices.
Mais au moins elle lui offrait quelque chose d'inespéré : avoir quelqu'un qui tienne à lui, et même si il ne s'agissait que d'une personne cela changeait pourtant tellement de choses !

A suivre