Au cœur des doutes
« toute sa vie un druide voit de nombreuses personnes aimer le quitter" Cette phrase sonnait si juste peu après qu'il ait accédé au statut de druide, avec la lourde responsabilité de veiller à l'équilibre des Quatre Terres, de faire vivre différemment Paranor. Mais tout devait il systématiquement se répéter? Tout ne devait être qu'aveugle dévotion, chagrin et solitude éternelle?
Non, Non! Ce n'était pas le cas. Sinon, pourquoi aurait il fait la rencontre de cette enfant dotée d'une magie semblable à celle de l'enchantement, à laquelle il avait vraiment commencé à s'attacher et éprouver une proximité familière? Pourquoi malgré toutes les difficultés avait il la volonté de continuer et de relever de nouveaux défis?
-Etre voué à voir de nombreuses personnes aimées le quitter" Parce que vous vous croyez en position de me redire ça Allanon? Avec son choix, les conséquences étaient prévisibles. Et au moment de revenir s'entretenir avec les morts au sujets d'une fillette dénommée Grianne, l'ombre abordait à présent un tout autre sujet.
-Une fois de plus, vous n'avez pas changé: vous ne croyez toujours en rien malgré les épreuves que vous avez traversées.
Vous saviez pourtant ce qui vous attendrait, Walker Boh. Que cherchiez vous à faire avec ce choix inconsidéré ? Même si il s'agissait d'une interrogation sur ce geste, le reproche était néanmoins perceptible.
Le maître de Paranor malgré son respect récent envers celui qui l'avait précédé sentit une ancienne et précieuse alliée venir à son aide : la colère. Après tant d'années à avoir du abandonner l'homme qu'il était, affronter des épreuves et y voir à chaque fois des personnes importantes à ses yeux tomber, sa vie et ce qui lui restait d'humanité, tout devrait s'effacer au profit de ses responsabilités de druide ? Et puis quoi encore ? !
-C'est ça, Ombre d'Allanon! Comme toujours vous vous complaisez dans la manipulation, le modelage des destinées comme vous l'avez toujours fait de votre vivant au nom de l'intérêt , de l'équilibre des quatre terres. N'avez vous jamais pensé à quel point Shea, Wil Brin ou Par et Wren ont perdu, marqués à vie et surtout déçus de ce que vous leur avez offert en leur demandant leur aide ?
L'obéissance! C'est ce que vous attendiez Bremen et vous? Poursuivit Walker d'une voix faussement calme avant de jeter un regard plus dur que la pierre à l'ombre vaguement humaine frôlant la surface du lac Hadeshorn.
Mais rien n'a changé : vous n'aurez rien! Paranor a son druide, et ne vous attendez pas à ce que je fasse comme vous l'attendiez.
Un éclair de foudre traversa le ciel tandis que les eaux noires du lac était toujours autant agitées bouillonnantes et crachant de fines gouttes sur la berge.
-Croyez vous pouvoir réellement mener à bien la protection des quatre terres en s'occupant d'une enfant alors que ce n'est pas votre rôle? Attaqua à nouveau l'ombre sans corps qui commençait à pâlir et à perdre de sa consistance.
-Dans ce cas, tout simplement, Bremen aurait du vous laisser à l'abandon. Il n'aurait pas du vous prendre sous son aile, à se demander pour quelle raison il ne l'a pas fait, en tant que druide...
Et cette enfant ne méritait pas d'être détruite ni par les autres ni par sa propre magie. Elle a droit à une chance, tout comme vous autrefois.
L'ombre s'effilocha davantage, des gouttes retombant dans le lac, la forme semblait devenir de plus en plus translucide comme si elle pâlissait. Waker sût qu'il avait marqué un point et profita de son avantage.
-Ne parlez pas sans connaissance ou expérience! Que connaissez vous donc, vous Allanon à l'amour aux personnes qu'on aime? Rien, ne le niez donc pas, vous n'avez jamais connu ça. Alors que vous me reprochiez d'avoir agi par compassion et ne plus être celui que j'étais, c'est hors de question !
La voix de Walker était chargée d'une rage pure glacée contrastant fortement avec le temps orageux et la moiteur de l'air.
-Rassurez vous donc, je vais essayer de faire revivre cette forteresse mais vous n'aurez pas votre mot à dire! N'oubliez pas que vous ne faites plus partie de ce monde et que personne ne vous attend! Que si le retour des druides est toujours escompté, c'est aussi à eux de montrer à ce monde qu'ils ont changé.
Un fracas assourdissant ponctué d'éclairs se fit entendre puis les eaux du lac Hadeshorn se calmèrent à l'est la grisaille de l'aurore était percée de faibles rayons lumineux et d'une ligne rouge l'aube n'était plus très loin.
Malgré la fatigue due à l'invocation, Walker Boh, se sentit quelque peu apaisé après cette "conversation". Cependant il était assez lucide et réaliste sur un point : Le revenant du lac Hadeshorn ne serait pas le dernier à considérer son choix avec suspicion ou reproche.
Fragile et candide, enveloppée dans une chaude couverture contre un félin des landes qui montait la garde, une enfant d'à peine trois ans s'éveilla lentement.
Dans l'aube naissante, père et fille entamèrent un petit déjeuner matinal. La gamine tout en prenant de petites bouchées de sa tartine l'observait pensivement pouce à la bouche de ses yeux verts, sans se jeter sur lui. Comme si elle voulait savoir ce qu'il avait, pourtant elle semblait comprendre que son père était en colère. Le druide se contenta d'un regard bienveillant à son égard, malgré sa fatigue et son inquiétude... L'Oncle Obscur avait recouvré avec elle un peu de réconfort et d'espoir. En trois semaines, ils avaient commencé à s'adopter mutuellement, à un point que ça en devenait surnaturel à ses yeux. Il ne devait cependant pas oublier la mission qui n'était pas totalement achevée: "cherche Paranor et fais revenir les druides" Ils étaient indispensables à l'équilibre des Quatre Terres.
Oui un jour un conseil renaîtrait dans cette forteresse. Si ils avaient plus de tolérance et de doute à l'égard de tous ces hommes. Le monde avait changé et évolué en cent dix ans et les druides également.
-T'es revenu papa! Dis on fait quoi? Promenade? Oh oui allez!
Elle en avait profité pour se coller contre lui et utiliser son regard vert comme quand elle voulait avoir quelque chose. Il chassa ses réflexions d'un haussement d'épaules, prêtait attention aux cailloux qui bougeaient sur le sol au pieds de sa fille.
Pas maintenant. Il faut que je me repose un peu moi aussi, car je suis fatigué.
-oh non! J'ai pas envie! Pas envie répéta elle en tapant du pied. D'aller jouer maintenant, maintenant!
Au moins le point positif de ce caprice car il y en avait un ; prouvait qu'elle agissait comme une enfant normale et plus comme l'enfant égarée de l'orphelinat dont il l'avait tiré de ce lieu infernal. Elle essayait petit à petit de tester les limites, faire semblant d'écouter, ou ne tenait pas en place : un début de relation que tous deux commençaient à découvrir.
Il ne se doutait pas que dans peu de temps, ses responsabilités de druide reviendraient au premier plan. Que les fils d'un drame étaient en place et qu'allaient se tisser quelque chose de terrible. A l'impact important qui ne laisserait personne en paix pour un bon moment.
La soirée d'automne était déjà bien entamée : à l'extérieur il faisait nuit depuis belle lurette, des vents froids et du gel annonciateurs de l'hiver étaient arrivés en avance cette année. Dans peu de temps, dans les Montagnes des Dents de Dragon, les première neiges tomberaient.
Il serait peut être temps de repartir de Paranor pour Culhaven ou voyager dans les grandes villes de l'Anar, de réussir à trouver des personnes douées de magie et les covaincre de rejoindrel'ordre des druides. Ou de séjourner quelque temps à la forteresse pour y mener des études sur les races et les Quatre Terres. Un nouvel ordre, différent constitué des principales races. Pas ce qui avait été du temps d'Allanon.
Pour l'heure, l'homme du nom de Walker relisait avec attention une archive druidique à son bureau tandis que Rumeur s'était installé près de la cheminait ou seules de petites flammes fournissaient encore de la chaleur. Quant à Talia... Elle s'était installée près de Rumeur et tantôt observait avec fascination le ciel étoilé visible de la fenêtre, tantôt essayait de comprendre pourquoi il y avait tant d'ombres sur le mur et comment elles faisaient pour devenir grandes ou petites, s'étirer ou partir.
Jusqu'à ce qu'elle finisse par rompre ce silence.
-Dis papa...
Walker leva rapidement les yeux de son livre pour savoir ce qu'elle voulait.
-Pourquoi y a autant d'étoiles?
-Parce que c'est la nuit.
-Pourquoi c'est la nuit? et pourquoi les ombres là bas (elle fit un geste devant le mur en question) changent de taille, elles sont magiques?
-Non. c'est un jeu de lumière.
-Alors pourquoi le soleil est pas là? Hein pourquoi? insista elle son regard vert brillant de curiosité. Au moins contrairement à d'autres enfants, elle avait au moins le mérite de poser des questions un peu sensées.
Mais Walker n'avait jamais eu l'envie de se plier à des réponses qui relançaient la machine à pourquoi et préférait de loin qu'elle acquière de la logique le plus tôt possible.
-Essaie de comprendre, ce n'est pas si compliqué. Sa voix était tout aussi posée, signifiant que ce n'était pas un reproche.
La petite fille regarda une nouvelle fois la fenêtre avant de s'exclamer triomphalement:
-C'est parce que c'est la nuit et qu'il y a les étoiles et même la lune! Mais j'ai pas encore sommeil, moi!
Comme pour démontrer le contraire, elle était affalée un peu plus contre le félin qui la regarda, tandis qu'elle clignait des yeux. Elle soupira de mécontentement quand elle vit son père se lever. Elle n'avait aucune envie d'aller au lit, aucune! Mais c'était comme ça et pas autrement et elle l'avait vite compris.
Par chance, la chambre était au même étage que le bureau. Cette fois ci, il avait réussi à trouver le bon moment tandis que la fillette ne le quittait toujours pas des yeux assise sur son lit.
Elle s'était également bien habituée à se mettre au lit sans trop faire de simagrées ,mais ce soir, au moment où il retira la couverture, Talia se mit vers elle à quatre pattes.
Elle le regarda intensément avant d'essayer de l'enserrer à la taille de ses petites mains.
-Tu sais, je t'aime beaucoup beaucoup très fort papa,dit elle collée contre lui. Une touche de douceur brillait dans ses yeux.
-Je sais. Dors, tu ne feras pas de cauchemars cette nuit. Sans un mot, il lui accorda un regard chaleureux en retour.
Il n'en fallût pas plus pour qu'elle se laisse telle une poupée de chiffon installer sous le drap et la couverture et s'endormir en un tournemain son pouce à la bouche.
Le geste de cette enfant l'avait troublé bien plus qu'il ne voulait l'admettre. Qu'il lui laisse le temps de savourer ce bonheur et ce geste assez important pour elle.
Surprenant et troublant. Encore un changement de plus progressif et pourtant différent de tous ceux qu'il avait traversé au cours de sa vie. Walker se remémorait l'époque où il avait refusé d'accepter son destin, la mission qui lui incombait et ou au cours de cette quête il avait changé ,s'était transformé, et accepté à contrecœur son rôle et son héritage. Sans pour autant que ce qu'il était véritablement en soit modifié, heureusement puisque ce changement lui avait coûté rudement cher et il en payait encore le prix.
La magie était quelque chose qu'on ne pouvait pas annuler, au même titre que ses origines ou son apparence. Il était seulement possible de donner des outils ou des leçons pour que ce pouvoir ne devienne pas une malédiction, ou une charge qui vous enferme dans la solitude et la discrimination ou le rejet et qu'on ait que pour seule issue de chercher quelqu'un pour apprendre à la contrôler.
Mais une fois de plus ça ne suffisait pas toujours. Qu'en serait il de cette enfant?
Walker éprouvait toujours la même familiarité envers elle, qui l'avait poussé à tendre une main secourable à son égard avant que ne vienne l'irrémédiable.
Les choses avaient alors pris une tournure totalement inattendue: elle s'était très rapidement attachée à lui, ne le quittant pas d'un pouce, lui posait plein de questions, ne tenait pas toujours en place, essayait de dessiner sur certains grimoires.
Non ce n'était pas seulement un besoin de sécurité, ni une sorte de support pour s'adapter à son environnement. Son pouvoir lui avait bien montré ce que signifiait cette conduite: elle cherchait à nouveau quelqu'un en qui avoir confiance, un parent et de l'amour. Rien de plus.
"Tout comme toi, ne crois tu pas? C'est ce que tu as escompté depuis si longtemps? "
Oui, c'était vrai: être apprécié pour ce qu'on est simplement et non craint ou respecté à cause de pouvoirs, ou de rôles et devoirs acquis.
Il avait connu un peu ça avec Par et la proximité qu'ils avaient tissé de part leur pouvoir, héritage ancestral. Et cette gamine à l'ascendance elfique était à la fois si touchante, gentille tendre et candide. Oui, si il devait la protéger ou veiller sur elle et s'en occuper, ce ne serait pas seulement à cause de ce qu'elle détenait comme aptitude à la magie. mais parce qu'elle aussi, avec toute la tendresse et l'amour qu'elle lui donnait y avait largement le droit aussi en plus de sa protection.
L'air dans la clairière était étouffant et empestait la chair brûlée, la putréfaction... Chargé aussi de suie, de poussières et de la mort qui s'était abattue il y avait de cela deux jours seulement.
La maison valombrienne avait été détruite, il ne restait que des gravats et des poutres calcinées. Le drame était visible de loin : une fumée noire s'apercevait à mille mètre de là, les feuilles mortes avaient été piétinées, des mottes de terre arrachées, des arbres brisés. Les intrus qui étaient venus n'avaient aucune considération ni pour l'endroit ni pour les innocents.
Personne ici ne risquait d'avoir survécu au raid meurtrier qu'une dangereuse créature avait orchestré qui n'était qu'un simple détail de son plan subtil et maléfique.
Une silhouette encapuchonnée s'avança dans le crépuscule. Sa présence semblait absurde et déplacée, toutefois, sombre et abîmée, elle se déplaçait avec une incroyable discrétion.
De loin, il était difficile de savoir ce qu'était l'inconnu : ni un elfe, ni un gnome à cause de sa grande taille. Son capuchon rabattu empêchait quiconque de voir ses traits, une créature faite de mystère et de danger, voilà ce qu'était la créature !
« Maudit Mwellrets ! Ils ont fait le grand ménage par ici. Retrouver quelqu'un ne sera pas chose aisée, tout ça à cause de jeux de pouvoir » gronda Truls Rohk. Le métamorphe chassa de son esprit son dégoût pour se concentrer sur sa tache : trouver d'éventuels survivants.
Un éclat d'inspiration traversa son esprit : mieux valait chercher dans les endroits clos. Avec la rage et l'amertume en plus de sa volonté, Truls remua les décombres pendant de longues heures. Il ne s'arrêta que pour calmer sa soif avec quelques gorgées d'ale.
Ce ne fût qu'au lever du jour qu'il posa la main sur un four assez grand, noirci par une épaisse couche de suie d'où se faisait entendre de faibles grattements.
Après dix bonnes minutes, la porte s'ouvrit. Sans la moindre hésitation, le métamorphe tendit sa main vers le fond avant d'en tirer une forme molle et fragile enveloppée dans un linge.
« Ce gosse est terrorisé et affamé, mais il a une chance incroyable ! Il aurait pu mourir plusieurs fois après ce qui s'est passé, et pourtant il est en vie »
Il n'y a pas grand chose pour toi, petit. Tu vas devoir être encore courageux quelque temps mais tu seras bientôt en sécurité.
Pour toute réponse le petit bébé aux yeux bleus éclata en pleurs bruyants incontrôlables. Il était épuisé émotionnellement, physiquement et moralement. A présent, il n'avait plus rien une grande partie de son innocence lui avait été arrachée normal d'être dans cet état
-Ton heure n'est pas encore venu, mon garçon. Rien n'est encore commencé, au contraire c'est maintenant que ça deviendra intéressant, alors n'abandonne pas.
Même si ces paroles n'avaient rien de rassurant, le petit garçon semblait deviner que ça irait, que ce n'était qu'un très vilain cauchemar.
******
Il parvînt à une petite maison qui appartenait à des paysans. Ces derniers l'avaient prêtée contre quelque bourse bien garnie le temps de livrer leur marchandises. Une agréable odeur de pain chaud et de ragoût se répandait alors que des assiettes et des couverts avaient été déposés sur une table en bois usée. Au moment ou Truls poussa la porte, il sentit un regard perçant se poser sur lui.
-Il n'y a aucune trace de la fille. Ils l'ont sans doute emmenée et commencé à la manipuler pour en faire une parfaite sorcière.
Le druide accueillit en silence ces propos, il ne se souvenait que trop bien de ce que lui avait dit l'ombre au lac. D'un signe de la main, il invita Truls à s'asseoir ce que ce dernier fit avec soulagement avant de poser sur une chaise le gamin et de lui donner une tranche de pain.
Si au moins sa sœur avait disparu, lui avait survécu et pouvait être caché du Morgawr, mince consolation.
Tandis que les deux hommes déjeunaient en silence et que le gamin du nom de Bek s'était endormi dans son assiette, ils parlèrent du futur. Truls soutenait qu'il était toujours possible de ramener à eux Grianne.
-L'épée pourrait l'aider à voir à la vérité, à savoir qui lui a vraiment fait du mal. Druide tu sais où elle est alors pourquoi ne pas agir maintenant avec un plan ?
-On ne peut pas prendre ce risque, ce talisman a certes le pouvoir de révéler la vérité... Mais en ne le contrôlant pas, ce talisman peut devenir aussi dangereux que la pire des malédictions ou des poisons. De plus cette enfant est si bouleversée qu'elle s'est agrippée à la toile de mensonge qu'avait tissé le Morgawr à son égard.
-Il joue donc les mêmes jeux de dupes que toi à ce que je comprends ! Ricana Truls rohk d'une voix dure. Tu sous entendrais donc que tu ne feras rien pour elle ? Bah pourquoi ne suis je pas surpris, c'est n jeu que vous jouez parfaitement vous les druides d'antan et du présent ! Sa voix n'était plus qu'un grondement de déception. A cet instant des pleurs fusèrent d'une pièce fermée, l'homme en noir se leva et revînt juste après avec une enfant à peine plus âgée que celui qu'il avait sauvée de la mort.
-La question n'est pas là, lui dit Walker avec gravité. Tout va bien ma chérie, c'est un ami, il ne te fera pas de mal.
Truls observa la petite elfe se coller inquiète contre le druide qui continuait à la rassurer jusqu'à ce qu'elle redevienne calme.
-Ne me dis pas que c'est ta fille !
-Et c'est le cas, je l'ai sorti d'un orphelinat. Le druide sembla un instant plus déterminé et prêt à relever les critiques. Pour Grianne, tu peux être sûr que si c'était en mon pouvoir, ce qui s'est passé serait défait. Mais c'est tout à fait impossible et notre Némésis ne nous laissera aucune chance. Quant à Bek, nous savons où lui trouver un nouvel endroit qui lui apporte ce qui lui a été enlevé.
-C'est peut être la meilleure idée que tu aies eu, Walker. Mais ne compte pas sur moi pour le voyage, l'avertit Truls avant de les dévisager tous les trois.
Le métamorphe resta encore deux jours avant de repartir comme il était venu, par simple amitié pour cet homme, même si il se méfiait de lui sur bien des points.
Le voyage avait été long pour parvenir dans les montagnes de Leah, surtout à cheval, mais ils étaient enfin arrivés . Au moment où il avait entendu des éclats de voix et aperçu une maison, le bébé de deux ans devînt un peu plus calme regardant avec curiosité l'endroit, sans se soucier de la petite fille aux cheveux noirs qui le regardait d'un air boudeur et jaloux.
Une femme aux cheveux auburn et aux yeux bleus sur le seuil de la grande maison, remarqua immédiatement la présence de l'inconnu accompagné d'un énorme félin des landes avant d'appeler son époux. Puis elle s'approcha de lui non sans lui jeter un regard de suspicion car elle connaissait les rumeurs sur le descendant d'Allanon.
-Qui êtes vous et que venez vous faire en ces lieux avec ces enfants ? L'homme qui se tenait près d'elle ne lui inspirait qu'à moitié confiance, mais elle nota immédiatement l'inquiétude et la fatigue du bébé dans le bras de l'inconnu habillé de robe noire et d'un manteau de la même couleur. Elle enregistra immédiatement qu'il lui manquait un bras sa haute taille ses yeux noirs et perçants et son visage avant de s'intéresser aux deux enfants.
Bonjour petit bonhomme, sois le bienvenu en ces lieux. Tu as de très jolis yeux tu sais, ne t'inquiète pas ici personne ne te fera de mal. Mais toi aussi tu es très mignonne, petite! Ajouta elle à l'adresse de la petite fille collée au mystérieux visiteur qu'on prétendait puissant magicien et le dernier des druides.
N'aie pas peur, ajouta elle un peu décontenancée quand elle la vit l'éviter en lui jetant un regard méfiant qui signifiait clairement "laissez moi tranquille"
-Pourquoi êtes vous venu jusqu'ici avec ces deux enfants, druide ? demanda Coran Leah, le mari de Liria qui les avait rejoints. Il y avait quelque chose de louche là dessous. Quelque chose de grave et dramatique avait du se produire si cet homme était venu jusqu'en ces lieux. On murmurait habituellement que c'était le descendant d'Allanon et qu'il cherchait à faire renaître l'ordre druidique, mais il n'avait pas rencontré de succès pour l'instant. Et voilà qu'il se présentait à eux flanqué de deux très jeunes enfants ce qui différait totalement de la conduite des druides. Il fallait tirer tout cela au clair .
Mais si vous le souhaitez, nous pouvons en parler autour d'un verre d'ale et d'un peu de fromage et de confiture de myrtilles. Venez donc Walker, il y a un endroit très agréable où nous ne serons pas dérangés.
-Ce ne serait pas de refus, merci. Mais comment pouvez vous savoir qui je suis? L'Oncle Obscur fronça les sourcils.
-Mon aïeul Morgan parlait beaucoup de sa jeunesse et de Walker Boh un grand compagnon d'armes courageux et qui avait eu le courage de devenir ce qu'il abhorrait.
Une table près d'un grand sapin avait été dressée et au fur et à mesure du repas le récit fût écouté avec attention. Ainsi donc cet enfant était orphelin et ne reverrait jamais sa sœur, et tant qu'un monstre tant que le Morgawr existait, si il n'était pas à l'abri dans un endroit où la magie ne le protégeait pas ses jours seraient en danger. Seule la magie de l'épée et des personnes courageuses pouvaient veiller sur le dernier des Ohmsford. Coran et sa femme n'eurent aucune hésitation : ils le garderaient avec lui et l'élèveraient comme si il était leur propre enfant. Lui offrant amour sécurité éducation, une fratrie, tout ce qui lui avait été volé .
D'autant plus que ses parents avaient bien connu sa famille même si ils n'avaient jamais été leur était cependant arrivé de se voir pour célébrer la victoire sur les ombreurs, un fait notable qui s'était passé cent ans auparavant.
-Vous pouvez être surs que je m'occuperais de lui comme de mon propre fils. Vous avez ma parole, druide.
-Au moins je serais sure de te reconnaître Bek, avec tes jolis cheveux noirs, ajouta Liria en lui redonnant du jus de fruits tandis qu'il commençait à être fatigué. Et cette jolie petite elfe?
-C'est ma fille, mais elle a seulement une ascendance elfique je l'ai adoptée. Elle s'appelle Talia.
La réponse eût l'effet prévisible: tous deux furent assez estomaqués par le fait qu'un druide puisse prendre en considération des choses qui semblaient aussi futiles pour eux que de veiller sur une enfant. Liria et Coran se demandèrent même un court instant si ce n'était pas un nouveau jeu de manipulation , mais l'idée était insensée et plus qu'absurde. Qui plus est cet homme semblait fait d'un bois très différent de ses prédécesseurs, même si le mystère et la solitude l'enveloppaient d'une étoffe invisible mais solide.
Quant à « sa fille » elle ne l'avait effectivement pas quitté d'un pouce et était restée à côté de lui se contentant de quelques bref "merci" chuchotés. Pour le moment elle jeta un regard inquiet à l'homme vêtu de noir qui lui adressa un regard et un sourire rassurant.
-Je te l'ai dit nous devons rester un, peu ici et ensuite nous repartirons tous les trois. c'est promis.
La fillette resta collée contre lui en clignant des yeux de fatigue alors que Bek s'était endormi sous l'effet de la nourriture et avait posé sa tête sur la table.
Excusez moi, mais je crois que ces enfants ont besoin d'un bon lit, constata Liria. Elle se leva pour prendre Bek dans ses bras tout en estimant secrètement que l'homme du nom de Walker paraissait assez attentif et gentil envers cette enfant. Alors que Talia secoua la tête en dénégation. A cet instant Rumeur se leva et vînt se coller près d'elle en feulant doucement prêt à la défendre si besoin était.
-Tu restes avec moi, hein Rumeur? Dis papa, tout à l'heure tu seras là hein dis ?
- Oui je ne serai pas loin. Va te reposer maintenant,tu en as besoin, il sera avec toi, intervînt Walker d'une voix douce et rassurante en lui caressant les cheveux. Nous on doit parler de choses de grands.
-Je te jure que je ne te ferai aucun mal, allez viens, dit Liria d'une voix douce et patiente, secrétement contente de voir que cet homme agissait vraiment en père attentionnée envers cette enfant.
La fillette accepta alors avec prudence d'aller dans les bras de cette inconnue. Coran les observa quitter la table encore agréablement surpris par les actes de cet homme, dans les archives de Leah, les rencontres avec les druides avaient été consignées et jamais Allanon n'avait vraiment pris le soin de se soucier de la sorte de ceux dont il avait besoin.
Talia se sentit à nouveau mal et sans crier gare, elle rendit le contenu de son estomac sur son lit. Plus pâle que d'habitude et les traits tirés, elle se demanda ce qu'elle devait faire, tandis que Rumeur qui avait levé dans sa direction son regard doré sortit immédiatement de la chambre.
Il fallait bien que ça finisse par arriver, se dit le dernier des druides qui suivait à grandes enjambées le félin des landes. Le dernier des druides, le sucesseur d'Allanon et le protecteur des quatre terres, qui estimait que le temps était venu de chercher à nouveau des personnes intéressées par l'ordre druidique.
Pour le moment, il y avait plus important à faire. Sa fille était prostrée dans son lit malgré l'odeur de vomi. Oui sa fille. il n'avait désormais plus de difficultés à la considérer telle quelle, et s'était progressivement habitué à sa candeur sa tendresse si spontanée, même si elle s'était quand même essayée à tester les limites puisqu'elle était avec d'autres enfants.
« Tu aurais pu me prévenir et quitter ton lit. comment te sens tu?"
Talia sentit la voix résonner doucement dans son esprit, et malgré sa fatigue, elle parvînt à répondre de la même façon:
"J'ai... la tête qui tourne et très chaud..."
En effet, elle avait de la fièvre. Dans ces cas là, une seule chose à faire efficace.
L'eau du bain était tiède, et lui faisait du bien, tout comme d'avoir bu un grand verre d'eau. Habillée d'une chemise de nuit propre et de retour dans la chambre, elle observa son père changer le lit.
-Retourne te remettre au lit, mais avant tu dois boire un peu d'eau.
-J'ai pas envie, souffla elle brisée par la fatigue et la maladie
-C'est nécessaire quand on a de la fièvre. Fais le c'est tout.
Elle préféra obéir, de toutes façons, il n'y a avait jamais le choix; quand elle sentit une main réconfortante dans son dos. Elle se laissa aller à ce geste d'affection avant de se remettre à contrecœur au lit.
-Pourquoi, pourquoi je suis malade? C'est pas juste! Personne ne l'est et moi si! A ce moment, la cruche s'envola dans les airs se promenant un peu partout.
-Tout le monde peut être malade, les gnomes, les elfes, les humains. Ce sont des choses qui arrivent. Même à moi.
-Vraiment? La révélation l'étonna au plus haut point, même les grands pouvaient être malades?
Elle se sentit doublement soulagée: par cette révélation et le fait que son papa ne la laisse pas seule et lui tienne la main. A nouveau accablée de fatigue, elle ne tarda pas à se rendormir.
Pourvu que ça ne dure pas trop longtemps, c'était déjà le deuxième jour et assez contrariant.
Le plus dur serait de lui faire comprendre qu'elle devait rester alitée et prendre les potions, même si ça ne lui plaisait pas. Par chance, Liria connaissait bon nombre de remèdes et s'était montrée d'une aide précieuse. Bek semblait progressivement s'habituer à son nouvel environnement au bout de quelques jours. Bientôt il serait temps de revenir à Paranor...
De toutes façons par chances, ce n'était pas trop grave, pas comme quand l'Asphinx l'avait mordu il y a des années de cela. Une autre ère, pleine de doutes où il refusait d'accepter la vérité, et où sa quête l'avait mené sur le chemin de Paranor et fait rencontrer des personnes importantes. Comme Force Vitale, la fille du Roi de La Rivière Argentée; et comme elle le lui avait demandé, il se souvenait d'elle et de la façon incroyable dont elle l'avait guéri en chassant de son corps le venin de l'Asphinx.
Revenant au présent, Walker regarda sa fille endormie, restant à ses côtés si il y avait autre chose. Rumeur s'était lui aussi couché à ses pieds non loin du lit.
A suivre
