Guérir des blessures du passé.

Disclaimer : Dans ce chapitre, je commence à dépeindre des personnages qui seront importants dans ma fanfic. Le principe de « failles, de mondes multiples » est inspiré par les excellents romans de Feist. Cela dit, je n'utilise qu'un seul de ses éléments, de plus, aucun de ses personnages, lieu ou trame n'est repris. Donc aucune contradiction avec son refus de fic sur ses œuvres. Toutefois, même si je garde la trame et le style de Brooks, l'histoire sera plus proche de celles de Fantasy traditionelle.
Bonne lecture à tous !

Depuis qu'il l'avait rencontrée à l'orphelinat, la conduite de cette enfant lui avait tout de suite laissé une impression de maltraitance. Pas physique, davantage psychologique de par sa conduite et sa crainte des adultes. Walker n'y avait plus vraiment prêté attention à cause des récents évènements, trop importants qui avaient éclipsé le reste. En revanche, cette impression revînt à la fin d'un repas, quand cinq minutes avant de sortir de table : Sans le faire exprès, Talia avait renversé son assiette par terre comme son verre qui se brisa. Les adultes ne la grondèrent pas conscients que c'était une maladresse d'enfant, mais elle baissa la tête inquiète avant de dire « pardon, pardon ! Je suis désolée, je voulais pas être vilaine ! »
Elle eût un regard apeuré et triste, se demandant si elle se ferait gronder plus tard quand elle serait toute seule. Quentin interrompit ce moment désagréable en lui demandant si ils voulaient sortir de table pour s'amuser ensemble dehors.

Alors que le soleil était au zénith et que la chaleur commençait à être plus forte, les adultes restèrent entre eux. Tous étaient surpris par l'attitude de la petite. Toutefois, ce n'était pas la seule bizarrerie que Coran et Liria avaient noté : elle ne s'approchait presque pas d'eux, elle les regardait craintivement et ne demandait rien, pas même des jouets, des gâteaux ou même un câlin.

Cette conduite était décidément bien trop suspecte, il semblait plus que jamais évident qu'à l'orphelinat elle avait vécu un cauchemar. Avec des personnes qui s'étaient occupés d'elle ou plutôt l'avaient blessée, l'empêchant de vivre. Le druide assis sur sa chaise occupa son temps à réfléchir, décidé à ce que demain, la vérité se révèle. Pour le moment, elle avait plus qu'autre chose besoin de jouer et s'amuser se chamailler comme tous les enfants de son âge. Surtout que ces petits moments étaient rares pour elle.

Le lendemain juste après le petit déjeuner, père et fille se retrouvèrent dans une petite chambre. Walker lui expliqua calmement qu'ici, personne ne lui en voudrait pour l'incident d'hier. Que ça arrivait à tous les enfants, mais chose plus importante : il voulait comprendre de quoi elle avait aussi peur.
- Avec mon pouvoir, je peux parler à toutes les formes de vie, mais aussi voir des souvenirs. Si tu es d'accord, tu pourrais me montrer ceux de l'orphelinat.

- Ca... Ca fera très mal? Et on sera là-bas? S'inquiéta Talia saisie par la peur et se réfugia sur un coin du lit.
Pourquoi devait- on faire ça ? Elle détestait les méchants de là-bas, ce qu'ils lui faisaient, en plus elle n'y reviendrait jamais !

- Ca ne te fera aucun mal, et je serai avec toi. Je sais que ce sera dur mais que tu es aussi très courageuse. Si tu ne veux pas, nous ne ferons rien répondit Walker avec un sourire rassurant. Mais j'aimerais savoir ce qui t'es arrivé, n'oublie pas que tu n'es plus seule et que tu as le droit de me dire ce qui ne va pas.
La fillette ne se dégagea pas quand il lui caressa doucement les cheveux. Talia repensa aussitôt à ce qu'il lui avait dit et aux horreurs qu'elle avait connu. Même après le temps passé avec cet homme, elle continuait à hésiter. A l'extérieur le temps était beau malgré quelque nuages et l'air était parfumé, de nombreuses fleurs étaient ouvertes, une beauté qui donnait envie de penser à autre chose.
Mais son père ne lui avait jamais fait de mal, se montrait toujours gentil avec elle… elle saisit l'ours en velours beige qu'il lui avait offert et se rapprocha de lui.
-Bon on le fait, mais j'ai quand même peur. Je fais quoi ?

- Fermes simplement les yeux, souviens toi le plus fort possible de comment c'était là-bas, en bien comme en mal. Mais nous resterons là, et il n'y aura ni risque ni danger. Tu as ma parole, conclût il.

Je sais que tu as très peur et c'est normal, poursuivit-il calmement. Mais après tout sera fini pour de bon. En plus tu ne remettras jamais les pieds dans cet endroit. Tu le sais bien n'est ce pas?

Elle murmura un faible oui, ponctué d'un signe de tête. Elle s'assit sur le lit sans faire un seul mouvement et ferma les yeux repensant le plus fort possible à sa vie d'avant. Devenu aussi léger que de l'air, Walker se laissa porter par un flot de pensées commençant à explorer des souvenirs qui n'étaient pas les siens.

Ce dernier l'emporta dans une salle de classe où d'autres enfants étaient assis à des petites tables. Tous étaient occupés à dessiner et une enfant aux traits elfiques s'amusait à dessiner un très beau ciel rouge et une maison verte, de l'herbe bleue quand un homme passa et regarda le papier avant d'avoir un regard méprisant pour la petite.

C'est le dessin le plus stupide que j'ai vu. L'herbe bleue et le ciel rouge n'existent pas! Par contre celui-ci est très réussi commenta il en voyant un enfant faire des traits multicolores et indisciplinés. Bien mieux que le tien, tu devrais le recommencer, avec de l'herbe verte et un ciel bleu, sur ces mots il attrapa le papier des mains de la fillette avant de le déchirer sous ses yeux. Furieuse elle fit tomber les crayons par terre avant de quitter la table.

C'était l'heure du déjeuner, des assiettes de purée de légumes furent servies. Le plat ne semblait pas réjouir beaucoup d'enfants et certains n'y touchèrent pas. Une des femmes de service à la mine sévère se planta devant trois enfants réticents.

- Vous avez intérêt à manger ce que vous avez dans votre assiettes sinon pas de dessert. Dépêchez-vous ou je m'occuperai de vous moi- même ! ajouta-t-elle d'une voix menaçante.

- C'est pas bon! j'en veux pas ! protesta un enfant de trois ans en poussant son assiette.

A cet instant, Talia se fit pincer le nez et la dame lui approcha une cuiller pleine de mixture devant la bouche la forçant à manger, peu lui importe le goût mauvais du plat. Elle appliqua la même méthode aux enfants réticents

Elle était tombée dans la cour, une femme la regarda pleurer sans accourir vers elle.

Relève-toi. Tu sais le faire toute seule, alors qu'est-ce que tu attends? Talia continuait à pleurer mais l'adulte ne faisait aucun mouvement vers elle, finalement malgré son gros bobo elle essaya de se lever d'avancer vers elle avant de retomber et à nouveau la femme l'observa froidement.
- Tu peux te lever, qu'attends-tu ? Et ça ne sert à rien de chouiner.

Elle jouait à chat avec trois autres enfants, puis l'un d'eux prétendait qu'elle trichait. Elle nia cette accusation et clama que c'était lui, en lui tirant la langue sur ces mots. Le garçon la poussa par terre et elle essaya de le mordre, à cet instant, ils furent séparés "C'est elle qui m'a fait mal!" protesta il. Elle se retrouva écartée d'eux en disant que ce n'était pas vrai, mais ils lui disaient qu'elle était vilaine.

Une enfant terrifiée par le bruit du tonnerre qui se réfugiait contre quelqu'un en le serrant et ce dernier qui la repoussait deux minutes après en disant qu'il n'y avait pas à avoir peur, que ces gosses étaient stupides. D'autres enfants eux aussi essayaient de ne pas se montrer blessés par cette attitude.

On l'avait traitée de petit cochon elle et deux autres enfants parce que son lit avait été taché d'urine. Puis, en jouant ils étaient tombés dans la boue et les adultes avaient appelé les autres en leur demandant de venir admirer "les vilains cochons dans la boue"

Les souvenirs disparurent aussi simplement que des volutes de brume dans le ciel, le monde dans lequel il se trouvait était à nouveau réel. Le druide s'extirpa de l'esprit de la fillette de trois ans. A présent, c'était certain, elle avait été maltraitée et victime de nombreuses injustices toutes plus odieuses les unes que les autres. Cependant, Walker nota tout de suite un détail: elle était prostrée contre le lit et en larmes. Quand il tendit une main vers elle, elle recula violemment en criant qu'elle n'avait rien fait.

Talia sentit le regard de son père se poser sur elle mais elle ne voulait pas qu'on la regarde, qu'on lui parle. Elle eût un mouvement de recul après s'être rendu compte qu'elle n'était plus dans ce lieu horrible.

- Laissez-moi tranquille! Laissez- moi, à l'aide ! cria-t-elle terrorisée, avant de croiser le regard perçant du druide. Elle le soutînt avec le peu de courage qui lui restait, ses yeux verts ne reflétaient que tristesse et colère. La douleur vive et profonde qu'elle ressentait refusait de la quitter. Elle était là- bas à nouveau, c'était de sa faute ! Et c'est aussi à cause de lui qu'elle avait aussi mal, que toutes ces horreurs étaient de retour.

Quand elle vit une main s'approcher d'elle, elle la repoussa, le geste ne lui plaisait pas du tout, avant de dire sèchement : "laisse-moi!" Sa colère était presque palpable, prête à se déchainer tel un feu.

- Tu m'as dit que j'aurai pas mal! Qu'on serait pas là- bas mais si! De nouvelles larmes de colère coulèrent sur son visage, ses petits poings serrés elle tremblait.

- Talia...

- Et ils étaient tous méchants avec moi! Et toi aussi! Hurla- elle en pleurant. Pourquoi t'as fait ça? POURQUOI ? demanda elle à nouveau en croisant son regard.

Walker la dévisagea, calmement une lueur de compréhension brillait dans son regard

- il me fallait savoir ce qui t'était arrivé dans cet orphelinat. Comme je te l'ai dit c'était très important. Savoir qu'est- ce qu'ils t'avaient fait pour que tu aies tellement peur des adultes. Ce qui t'arrivait et l'état dans lequel ça te mettait, m'inquiétait beaucoup. Mais ni les mots ni gestes réconfortants n'atteignirent pas le cœur de cette enfant. Ce qu'elle venait de vivre en se remémorant ces souvenirs abjects l'avait blessée à nouveau. Sa colère était normale.

- Je m'en vais! Très loin ! Je veux plus te voir ! Elle s'avança précipitamment vers le bout du lit mais fût trop rapide et tomba sur le sol. Au moment où elle vit son père se lever pour vérifier qu'elle n'avait rien, malgré sa jambe qui lui faisait mal, elle se releva ouvrit la porte avant de se ruer dans le couloir.

- Je te déteste! Je t'aime plus! je vous déteste tous! Rapide et légère, elle s'enfuit à toutes jambes avant de courir dans la maison et de s'enfuir dans le jardin.
L'oncle obscur se sentit étouffé par des ombres lourdes, comme si un fossé venait de se creuser entre eux deux. A moins que ce ne soit qu'une fine faille pouvant être comblée ? Il n'était pas dans une voie sans issue.

C'était bien la première fois que ce genre de chose venait de se produire depuis le temps qu'ils se côtoyaient. Mais une voix chuchota dans l'esprit de Walker que ça devrait arriver et qu'elle ne disait pas ce qu'elle pensait, que dans quelque temps père et enfant se réconcilieraient comme toujours. Cependant il ne parvenait pas à chasser l'amertume qu'il éprouvait. Mais pour le moment l'un comme l'autre avaient besoin de solitude et de recul.
Coran Leah les bras chargés de registres, observa avec étonnement la fillette qui courait dans le couloir sans faire attention à lui.
Il avait dû se produire quelque chose de fâcheux, mais cela ne le concernait en rien. Toutefois si besoin était, il pourrait être une oreille attentive, prêt à recueillir des soucis. En voyant l'air découragé du druide, le lien avec ce qui s'était produit se fit immédiatement.

- Vous n'avez pas à vous justifier de ce que vous éprouvez Walker. Pour cette enfant, de parfaits inconnus lui ont donné naissance, qu'elle n'a côtoyé que trop peu de temps. »

C'est toujours facile de donner naissance à un bébé sans se soucier de ce qui lui arrivera, ou de l'abandonner si ça ne marche pas comme convenu. Coran marqua une pause avant de poursuivre en prenant une gorgée d'ale.

« Mais croyez le ou non, ce qui fait d'un homme un père, c'est tout autre chose. C'est lui donner ses repas quand sa mère ne peut pas le faire, le soigner si elle est malade, de l'écouter vous parler après une longue journée fatigante, et de l'écouter parce que cet enfant est le vôtre. Venir la voir quand la nuit elle a peur ou fait des cauchemars, la rassurer, jouer avec elle... Et quand je vous vois avec cette enfant, continua Coran sans quitter des yeux Walker, je sais que c'est ce que vous faîtes. »

-Les attentions et l'amour que vous lui portez sont bien plus que ce que vos prédécesseurs ont pu faire. Vous agissez vraiment en père pour elle, même si rien ne nous y prépare avant. Nous faisons tous des erreurs, mais les enfants sont assez gentils pour nous pardonner.
Walker écouta ce discours sans enthousiasme et garda ses pensées pour lui, en dépit de la vérité que lui confiait le père de Quentin.
-Que puis-je donc faire pour qu'elle soit libre de cet enfer à par continuer à être à ses côtés ?
-C'est la meilleure chose à faire, elle oubliera petit à petit. Ses souvenirs ne disparaîtront pas à jamais, mais ils l'aideront à grandir. Ce n'est que le début et elle fera face à bien d'autres choses, avoua Coran.
Assis sous le pin, les deux hommes arrêtèrent là leur discussion avant de profiter de la beauté de la journée et du chant des oiseaux. C'était insignifiant mais tellement bienvenu après toutes ces années de solitude, à avoir été considéré comme un paria.


Monde de Benedia, royaume d'Injastra

En cette journée de printemps, le ciel vert était particulièrement nuageux, annonciateur des stamits, pluies intenses et longues. Un groupe d'oiseaux rouge et orange s'envola d'un perchoir en pépiant bruyamment, cherchant un autre endroit dans la jungle. Une silhouette de petite taille, vêtue d'une robe bleue et d'une cape de la même couleur bordée d'or ne semblait pas s'en soucier, avançant sur un chemin poussiéreux. Après un bon quart d'heure de marche, l'énigmatique personne arriva au pied d'un escalier menant à un temple très haut, fait de pierre blanche et décoré d'une fresque de plumes.

Deux grands fauves à la robe brun constellée de tâches blanches s'approchèrent d'elle en grondant. Tous deux étaient assez dangereux pour l'abattre.

- Gardiens du temple, je viens sans intention maléfique. Le chemin que j'ai suivi est celui du mystère et je suis ici pour entrevoir ce qui est caché, déclara une voix douce et calme.

A ces mots, les fauves s'assirent, lui permettant d'entrer dans cette enceinte sacrée, mais ne la quittèrent pas d'une semelle. En haut des escaliers un vieil homme en robe de moine gris observa la visiteuse. Sa peau brune était ridée, ses mains noueuses parcourues de taches de vieillesse.

- Soyez la bienvenue au temple de Gallian. Le temple était un des nombreux endroits ou la divinité de la chance et du travail était vénérée, il se murmurait que l'ordre existait depuis près de mille cinq cent ans.

Voilà bien longtemps que vous ou l'un de vos compagnons n'est pas venu en ces lieux. Il doit donc se tramer quelque chose de néfaste et sournois encore une fois?

Le hochement de tête perceptible de sa visiteuse lui tînt de réponse. Celle- ci sortit de son sac une longue guirlande de fleurs rouges et de gros fruits verts, les offrandes au temple et à ses serviteurs. Puis elle fit brûler un cône d'encens violet.

- Allez- y, l'oracle vous attend.

La visiteuse enleva son capuchon, révélant de courts cheveux auburn bouclés, un visage simple et des yeux bleu clair comme l'eau. De petite taille, elle n'était ni jeune ni âgée, simplement entre les deux. Ses vêtements étaient de coupe et de tissu simple. Elle pénétra dans des couloirs avant d'arriver dans une salle énorme occupée aux deux tiers par un oiseau au plumage argenté parsemé de bleu et de vert. Celui-ci faisait bien dix mètres de haut, et sa grande tête au bec long, ses yeux intelligents en faisaient définitivement un être différent. Il entrouvrit une aile avant de tourner sa tête vers sa visiteuse qui mit un genou à terre par respect.
L'entité n'était pas un simple oiseau mais l'un des derniers descendants d'une race antique les Celja. Suffisamment connu à travers Benedia, mais craint pour ses multiples pouvoirs, les mortels le connaissaient sous le nom d'Oracle de Riag.

- Sois la bienvenue en ces lieux, magicienne Delaris d'Injastra.

- Mon seigneur, murmura elle. Le temps ne vous semble-il pas éternel?

- Non le temps se ressemble et est différent à la fois. Une année n'est pas comparable à une autre. Mais les choses anodines ne sont pas la raison de ta visite, me tromperai je?
Tous deux se connaissaient depuis près de dix ans, si l'oracle ne lui accordait pas autant de confiance dans ses jugements qu'à une autre magicienne, elle s'estimait cependant en droit de faire part à sa visiteuse de ses craintes ou visions.

Il eût un geste de l'aile, à cet instant de longs serpents d'eau pénétrèrent dans la pièce les entourant tandis que la lumière des torches devenait plus intense diffusant des ombres dansantes sur le mur. Delaris se lança dans son récit et l'oracle après un long silence prit la parole.

- Il est très possible que cette fois, notre monde ne se remette pas de l'épreuve qui le guette.

- Voulez-vous dire qu'il court à la destruction? Demanda-t-elle.

- Oui et les dieux n'en auront cure, il ne s'agit que d'un endroit insignifiant parmi ceux qu'ils ont créés. La menace qui se profile semble plus venimeuse et mystérieuse. Bien plus que celle auxquelles toi et tes compagnons avaient toujours eu affaire.
- Est-ce une menace venant d'un autre monde ? D'une trahison de quelqu'un, ou d'un dieu ?
- De soif de puissance et d'un des royaumes divins, Ordre ou Chaos, je l'ignore encore. Toutefois sache que ce n'est pas les dieux qui sont le plus à craindre.
Delaris accueillit ses propos en silence. Il était déjà arrivé que des créatures des deux royaumes menacent le monde. Toutefois, qui donc pouvait posséder assez de puissance ou de charme pour créer une menace plus dangereuse et plus imprévisible que les Dieux eux-mêmes.

Les mots firent trembler la jeune femme, que pouvait il exister de plus dangereux et fatal? Elle reprit ses esprits, endigua le tourbillon de pensée qu'avait déclenché cette révélation.
- De combien de temps dispose on avant que notre monde soit détruit ? Est il encore possible de retarder ce désastre qui nous nargue ? Delaris sentit des volutes de fumées s'avancer vers elle pour la lier dans les 5 enfers.
-De seulement sept mois, magicienne. Au- delà du temps et de l'espace les pièces s'imbriquent, les faits se tissent. Et d'autres mondes risquent d'être détruits, mais avec les failles, qui sait si vous ne pourrez pas mettre hors d'atteinte une partie de ce monde. Il vous reste encore un peu de temps avant que ce conflit ne nous terrasse tous. Et il est possible que l'influence d'Orimud puisse atténuer l'ampleur des dégâts.

Delaris fouetta sa monture, ils furent de retour à Sélanor la forteresse magique bien plus rapidement que lors de l'aller. Tenant dans sa main un cristal vert pâle où le souvenir de cette rencontre demeurait, la jeune femme sût ce qu'elle devait faire. Aller tout de suite au bureau d'Attarelli et la mettre au courant ainsi que Bellarac. Face au danger qui planait, les membres les plus importants devaient être prévenus et commencer à réfléchir aux diverses perspectives se formant et se déformant. Les magiciens du monde de Tanegorn devaient être mis au courant, le plus tôt possible ! Ce monde tout comme le monde de Benedia abritait de nombreux magiciens qui pourraient se révéler une fois de plus de bon conseil. De plus face à pareille menace, la faim démesurée de cette menace ne se limiterait sans doute pas à un monde… Des démons ? ou des pouvoirs sans nom débridés et utilisés à l'aveuglette ? Delaris marmonna des hypothèses à voix basses sur le chemin en regrettant de ne pas avoir emmené une tablette de chocolat.


Les Quatre Terres

Talia essayait d'avancer dans une purée verte et collante, alors que des crayons traçaient des traits autour d'elle. Un « Chat ! » la fit sursauter et courir de toutes ses forces jusqu'à ce qu'elle trébuche et tombe dans cette mixture qui fuyait par un canal. Elle se retrouva alors dans la cour de l'orphelinat déserte et elle était toute seule tandis qu'il pleuvait et que le tonnerre retentissait. Les éclairs tombaient de plus en plus nombreux et la pluie violente lui faisait mal. Terrifiée, trempée elle essaya de rentrer à l'intérieur du bâtiment. La porte était fermée et elle tambourina en criant qu'elle avait peur quand celle si s'ouvrit et des monstres lui firent face de toutes couleurs. Un d'eux tendit un bras rouge et poilu vers elle en la qualifiant de petite idiote!

Un autre agita un gâteau en lui disant de rentrer avant d'éclater d'un rire terrifiant. Blanche de peur, la petite fille cria de toutes ses forces alors qu'une femme de l'orphelinat la poussa vers le monstre.

Autre part, Talia cria vraiment avant de se retourner dans son lit et de se réveiller sous le choc. Le cauchemar l'avait terrorisée en plus, il y avait du bruit et quelque chose bougeait!

Elle avait vraiment peur: et si c'étaient les monstres qui venaient? Elle pleura silencieusement, sachant que si elle faisait du bruit, ils viendraient, espérant que ce ne soit pas le cas.

Le bruit d'une porte la fit sursauter et elle manqua tomber du lit. Quand une silhouette avec une lueur bleutée dans le creux de la main entra dans la pièce avant de s'approcher d'elle.

- Allez-vous-en ! Laissez-moi tranquille dit-elle d'une petite voix plaintive en se collant contre le mur. Puis elle aperçût un peu mieux le nouveau venu.

- Je t'ai entendu crier, tu as fait un cauchemar?

Talia observa son père avec la même crainte que le premier jour où ils s'étaient vus. Fragile et inquiète, elle n'était pas encore capable de lui répondre, mais elle hocha lentement la tête. Cependant, elle ne bougea pas, refusant qu'il lui refasse vivre l'enfer de ce matin.

Walker s'assit sur le lit et tendit lentement le bras en direction de sa fille. Cette dernière ne fit toujours pas le moindre geste pour bouger, mais quand il posa la main sur son épaule il la vit trembler. Elle le regarda d'un air inquiet et méfiant, n'osant pas bouger ni pleurer, toujours aux prises avec les blessures de son passé. D'un geste calme, lent et rassurant, il lui dit que c'était fini, qu'il était là, qu'il resterait avec elle. Puis doucement, Talia se rapprocha de lui avant de se blottir timidement contre lui l'enserrant de ses petites mains, avant de fondre en larmes. Un chagrin qu'elle avait tu, jusqu'à présent, redevenant une enfant comme les autres. La main dans le dos et la présence réconfortante de son père était tout ce dont elle avait besoin en ce moment. A nouveau elle semblait lui faire confiance, après avoir vu qu'il ne ferait rien de mauvais à son égard.

Elle l'entendit lui dire qu'il fallait se rendormir, aussitôt elle exprima son angoisse:

- Je veux pas. Sinon les cauchemars sont là encore. Et plus affreux, je veux pas, papa, dit elle d'une petite voix en serrant plus fort sa robe noire.

- Tu ne devrais pas en refaire pour le moment. Il refusait de lui mentir, de lui dire que ces rêves cesseraient de la hanter, mais pas maintenant. Elle avait besoin de sommeil et de calme, mais demain il lui dirait qu'elle en ferait encore et que c'était normal, que ça finirait par s'arrêter.

Tu es en sécurité, tout va bien. Je suis là et je reste un peu avec toi, mais tu dois dormir. Nous ne sommes pas loin, ajouta il de sa voix rassurante. Rumeur les rejoignit observant de son regard doré ce qui se passait. Le félin des landes vînt se coucher au pied du lit, prêt à aller chercher Walker si besoin était.

Talia se sentit un peu plus apaisée par ces propos et hésita un peu avant de se remettre sous les couvertures en murmurant un "c'est vrai, hein? tu restes un peu avec moi?"

Walker lui caressa les cheveux en reposant la couverture sur elle avant de lui dire "oui". Elle frissonna un peu et se retourna, mais sombra à nouveau dans le sommeil.

Autre part, une enfant de six ans qui malgré son âge avait su son enfance s'achever, était en colère. Pourquoi un druide avait-il voulu lui faire du mal ? Il avait tué ses parents, son petit frère alors qu'ils n'avaient rien fait ! L'oncle Oscur était dangereux et méchant, certes mais il avait détruit tout ce qu'elle avait. Elle voulait qu'il paie pour ses crimes ! Bien qu'elle ne sache qu'utiliser de manière sommaire l'enchantement de Shannara, elle était décidée à obtenir ce qu'elle désirait et personne ne pourrait l'en empêcher. La petite fille de six ans connue sous le nom de Grianne fredonna à voix basse pour savoir où se cachait le druide. Et quand elle le saurait elle partirait d'ici et le ferait souffrir. Personne ne pourrait jamais la retenir et elle pouvait voler une pie grèche ces grands oiseaux méchants et cruels.

Liria observa la fillette qui semblait triste, à cause de ses cauchemars de la nuit, sans aucun doute. Après avoir été avisée des faits, elle comprenait à présent mieux ce qui lui était arrivé. Comment pouvait on être aussi cruel et injuste pour infliger ça à une enfant ? Rien que d'imaginer son calvaire et de la voir dans cet état la rendait triste également. Cette petite méritait autre chose. La mère s'approcha doucement de Talia, étonnamment, celle-ci accepta alors la douce étreinte de la jeune femme.

- J'aimerai oublier, murmura-t-elle.

- Ca viendra, et tu as le plus gentil des papas qui sera toujours avec toi, tu sais? Sur ce point, elle était sincère.

Talia acquiesça d'un signe de tête.

- Oui, mais maintenant, soutînt elle. Evidemment, ce fardeau était difficile à porter même si il y avait une amélioration.

Liria la fit s'asseoir sur une chaise, elle avait eu une idée qu'elle avait exposé au druide. Le résultat n'était pas certain, mais au moins changer d'apparence lui changerait les idées.

- Peut être que ça ira plus vite avec des vêtements neufs et une autre coiffure, . Elle posa sur elle un regard doux et chaleureux, cette enfant était si adorable! Elle avait hâte que sa fille de deux mois grandisse elle aussi.

- Ah bon? demanda Talia en levant vers la dame un regard émeraude surpris.

- Oui. Je vais te dire un secret: quand quelque chose me rend triste ou mal à l'aise, je préfère couper mes cheveux. Comme ça j'enlève une partie de mes ennuis. Et une tenue différente me fait du bien, expliqua-t-elle de façon simpliste. Bien sûr, rien ne remplace les câlins, conclût-elle.

Si tu es d'accord on peut essayer.

Talia l'observa un court instant intriguée par ces propos, mais peut-être était ce vrai.

-Oui, je veux bien, s'il vous plait, dit elle d'une petite voix timide.

Elle se laissa alors habiller d'une chemise blanche et d'une robe verte à manches courtes.

-Tu seras très mignonne avec les cheveux courts.
Liria lui passa un peigne humide dans les cheveux, avant d'attraper une paire de ciseaux. La fillette assise avec un livre sur les genoux, observa surprise ses cheveux tomber en longue mèches sur ses épaules et par terre.

Une fois tous ces préparatifs finis, elle s'observa surprise et amusée, sa robe était superbe et ses cheveux courts lui donnaient une agréable sensation de liberté.

Merci, merci! dit elle gaiement à Liria, celle ci lui rendit son sourire. C'était un bon début.

-Tu es très jolie comme ça.

Talia rougit, ravie par le compliment de son père. Elle se posa sur ses genoux avant de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Je ferais encore des cauchemars?

-Oui, je crois que oui, mais ils t'aideront à oublier ce que tu as vécu. Et je serais avec toi.

Réconfortée par ces paroles, Talia se pelotonna contre lui. En plus ils reviendraient bientôt à la maison !


Deux jours plus tard, ils étaient à la frontière de la principauté de Leah. On apercevait encore les montagnes dans le lointain, mais les forêts n'étaient plus constituées que de sapins.
Quand ils atteignirent une clairière, Rumeur se mit à feuler, poil hérissé. Quelque chose ne lui plaisait pas dans ces lieux, Walker lui aussi avait compris qu'un danger les attendait ici. Il ordonna à Talia de rester cachée avec Rumeur. A trente mètres de lui se tenait une petite silhouette enveloppée dans des robes gris sombres comme si elle venait du royaume de la nuit. Elle était fatiguée avait couru des risques tout au long de ce périple. Mais à présent cet homme était enfin à sa merci!

Le druide du nom de Walker, celui qui avait brisé à jamais sa vie et tué son petit frère ses parents, commis bien d'autres atrocités...

- Je t'attendais druide, ou devrai je dire : meurtrier !

Même si elle n'avait pas sa magie, elle avait en elle l'enchantement et la colère des armes précieuses. Son chant n'avait pas eu l'effet qu'elle attendait n'était pas assez puissant, même si son adversaire s'en tira avec des coupures un peu partout sur le corps.

- Tu ne crois pas que c'est mieux quand c'est plus lent druide? Réponds moi, insista la fille de six ans enveloppée dans sa cape grise.
Non loin de là Talia observait le spectacle terrifiée…

A suivre