Bonjour tout le monde ! Voilà donc le deuxième OS du défi d'été du forum Saint Seiya. Il est un peu (beaucoup) plus long que le précédent, je l'ai donc découpé en deux parties, pour votre plus grand plaisir. Encore merci à Sea-Rune et Arthygold d'avoir organisé ce défi !

Je vais reproduire ci-dessous le prompt que j'ai reçu, cependant je préfère prévenir : il spoile salement l'intrigue de l'OS. À bon entendeur...

Le prompt :
Saori apprend brutalement qu'un repas de famille est organisé sur l'Olympe...Mais, allergique à la connerie profonde, elle ne pouvait y assister et décida d'envoyer un représentant. Un tirage à la courte paille plus tard et Kanon est désigné, à son grand désarroi. Inquiet pour lui, Saga décide de l'accompagner, puis Aiolos décide de suivre Saga... Pour qu'au final, tout les ors finissent par suivre le mouvement, chacun voulant rester avec un de leur camarade. Les treize chevaliers débarquèrent ainsi à l'Olympe à la place de Saori, et résultats de la soirée : Poséidon a fait une crise de nerf à cause de Kanon, Hadès est tombé en dépression après s'être fait clasher par le Verseau et Aiolia a fini par convaincre les autres dieux de venir visiter la Grèce.

Bonne lecture !

OoOoOoO

Réunion de famille - Partie 1

- Aaaa... aaaa... Atcha ! Atchi ! Aaaah...

Les yeux encore gonflés de sommeil et irrités, le nez rougi de s'être trop mouchée, Saori fixa son reflet dans le miroir de sa salle de bain. Pas de doute, elle avait une tête de déterrée. Pourtant, vérifia-t-elle en jetant un œil à travers la fenêtre du couloir, ce n'était pas la saison pour les pollens, auxquels elle était pour son plus grand malheur allergique. Elle soupira, éternua, se moucha. Au fond d'elle, Athéna s'agita. Avec surprise, la jeune fille constata que la déesse semblait... gênée. Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger plus loin :

- Mademoiselle Kido ! lui parvint une voix.

Elle se retourna. Mii s'avançait vers elle, l'air encore plus sérieux que d'habitude, tenant précautionneusement une enveloppe épaisse, taillée dans un papier pourpre aux liserés d'or. Saori sentit son nez et ses yeux la démanger d'autant plus. Lorsqu'elle s'empara de l'enveloppe, elle ne put retenir une crise d'éternuements.

- Mademoiselle ? Tout va bien ? s'inquiéta la Saintia.

Saori hocha la tête :

- Ne t'inquiète pas, Mii, répondit-elle en décachetant l'enveloppe.

Sa vision se brouilla. Elle se frotta les yeux, mais ne réussit qu'à augmenter la sensation de démangeaison.

"Heu... Je suis désolée, Saori, c'est de ma faute."

La jeune fille se figea, l'enveloppe ouverte dans ses mains. Voilà un certain temps qu'Athéna ne lui avait plus parlé. Et ce ton contrit ne ressemblait pas à la fière déesse de la Guerre et de la Sagesse.

"Qu'est-ce qui se passe ?" demanda-t-elle, méfiante.
"Et bien... C'est une lettre de l'Olympe..."

La déité semblait considérer l'explication suffisante. Pas Saori.

"Ce qui signifie ?" interrogea-t-elle avec impatience.
"Je suis allergique à la connerie", finit par avouer Athéna du bout des lèvres... enfin, de l'esprit. "Et l'Olympe est un nid à stupidités. Pourquoi tu crois que je passe mon temps entre réincarnations et Elysion ? Voilà bien deux millénaires que je n'y mets plus les pieds."

Ignorant tant bien que mal sa pressante envie d'éternuer et ses yeux qui pleuraient, Saori lut rapidement la missive. Elle grimaça.

"J'ai une mauvaise nouvelle", annonca-t-elle à la déesse.
"Quoi encore ?", grogna celle-ci, qui avait visiblement hâte de s'éloigner de la lettre.
"C'est une invitation à un repas de famille."
"Oh non."

- Mademoiselle Saori ? demanda Mii, un peu inquiète.
- Ah ! Désolée, Mii. C'est une invitation à une réception, expliqua-t-elle en montrant la lettre. Pour fêter la paix définitive entre les différentes divinités du panthéon grec, je crois. Sauf que, ajouta-t-elle d'un ton désolé, je ne pourrais pas m'y rendre moi-même.

"Je vois que tu saisis vite", commenta Athéna. "Si tu te pointes là-haut, tu vas passer ton temps à jouer les fontaines."

- Pourquoi donc, Mademoiselle ? interrogea la Saintia, interloquée.
- Parce que, heu...

Ses méninges tournant à cent à l'heure, Saori essaya de trouver une excuse qui n'aurait pas l'air trop stupide. Hors de question de parler de cette histoire d'allergie à la connerie !

- Parce que, et bien, hum... J'ai un voyage d'affaires, voilà ! Au Japon. Exactement. Prévu de longue date, et ça tombe le même jour, quel dommage...

Mii hocha la tête, ne semblant pas mettre en doute la crédibilité quelque peu vacillante du prétexte de sa patronne, et Saori hocha la tête également, soulagée. Maintenant, il lui fallait juste espérer que Tatsumi arrive à lui arranger un petit quelque chose... La jeune fille saisit son portable dès que la Saintia tourna dans le couloir menant au réfectoire et au petit-déjeuner.

- Oui, Tatsumi ? ... C'est moi. Dis, tu n'aurais pas du boulot à la fondation Graad à me confier ? De préférence du boulot faisable uniquement depuis la maison-mère au Japon, de préférence entre le vingt décembre et le six janvier prochain. ... Oui, sur la période de Noël et Nouvel An. ... Parfait ! C'est arrangé, alors !

Saori rangea son portable et la lettre dans une de ses poches. Elle éternua une nouvelle fois, se moucha, se frotta les yeux, le regretta aussitôt lorsque la démangeaison s'accentua, puis partit en trottinant vers la salle commune. Elle avait faim. Et une annonce à faire.

Les hautes voûtes du réfectoire répercutaient le son, amplifiant le brouhaha généré par deux ou trois dizaines de personnes mangeant ensemble. Avaient en effet accès à la salle commune du palais popal les Ors, les Bronzes divins, les Saintia, ainsi que quelques autres personnes triées sur le volet. Saori aimait cette ambiance bruyante et détendue. Les repas étaient toujours très animés, très vivants, et elle appréciait de voir ces gens, qui avaient tant souffert lors des précédents conflits divins, profiter enfin de la vie.

Répondant d'un signe de tête aux salutations qu'elle reçut sur son passage, elle alla s'asseoir à sa place habituelle, à la table des Bronzes divins. Tous n'y étaient pas : Hyoga, comme souvent, avait préféré manger avec Camus et Milo, quelques tables plus loin. Mais sa place n'était pas vide, Seiya en ayant profité pour inviter Jabu. Le jeune Chevalier de la Licorne salua la déesse en rougissant, un peu intimidé par sa présence. Saori lui répondit d'un sourire qui se voulait rassurant, puis éleva doucement son cosmos. Peu à peu, les conversations se turent et les visages se tournèrent vers elle. Elle se leva à nouveau.

- Bonjour tout le monde ! lança-t-elle d'une voix claire. J'espère que vous avez bien dormi... Permettez-moi de vous emprunter quelques minutes de votre petit-déjeuner...

DeathMask protesta pour le plaisir de protester. Saori l'ignora et poursuivit :

- Aujourd'hui, j'ai une annonce importante à faire. J'ai reçu une invitation à une réunion de famille sur l'Olympe !

OoOoOoOoO

- J'ai été comment ? chuchota Saori à Seiya en se rasseyant, laissant le reste de la salle s'enthousiasmer ou s'affoler après son annonce.

Le Chevalier la fixa quelques instants, le regard vide, puis Jabu lui donna un coup de coude dans les côtes, le ramenant à la réalité :

- Ah ! Heu... Très bien, tu étais très bien ! Et... C'est sérieux ?
- Oui, confirma Saori en levant les yeux au ciel. Ce n'est pas mon style, de raconter n'importe quoi.
- Si je puis me permettre, Déesse... intervint Jabu.
- Juste Saori, s'il te plaît, l'interrompit la jeune fille.

Après tout, il avait le même âge qu'elle, il n'allait pas lui donner du "Déesse". Mii s'accrochait déjà suffisamment à ce genre de cérémonial... La Licorne prit un air buté. Saori soupira.

- Bon, que voulais-tu dire, Jabu ? reprit-elle, laissant tomber la question des honorifiques.
- Et bien, ne vaudrait-il pas mieux annuler votre voyage au Japon ? Il doit certainement pouvoir être avancé ou reporté... Alors que cette soirée sur l'Olympe, c'est une grande occasion et, hum... Si vous me permettez d'être franc, Déesse, les Chevaliers d'Or sont-ils vraiment les plus aptes à vous remplacer ?

Saori grimaça. Elle comprenait les doutes de Jabu. À part Camus, aucun des Ors n'était vraiment diplomate, alors elle n'était pas certaine de leur faire entièrement confiance pour ne pas faire n'importe quoi sur l'Olympe. Cependant, elle n'avait pas le choix : elle ne pouvait envoyer Shion, qui administrerait seul le Sanctuaire en son absence, et elle connaissait son père. Celui-ci se vexerait certainement si elle envoyait des personnes plus diplomates mais moins gradées que ses Ors. Le fait qu'elle préfère un séjour d'affaires à son invitation lui resterait déjà en travers de la gorge...

- Bien, bien, silence ! lança soudainement Shion en se levant.

Il jeta un petit coup d'œil à Saori, qui lui confirma d'un signe de tête qu'il pouvait prendre les choses en main.

- La nouvelle que vient de nous annoncer notre déesse est surprenante, je le reconnais. Mais ne nous laissons pas aller, réfléchissons calmement. Nous devons à présent choisir quel Chevalier d'Or représentera le Sanctuaire lors de cette soirée.

Le Pope se tut quelques instants, parcourant la salle du regard avec un air inspiré, comme s'il était en train de réfléchir. En vérité, son choix était fait. Saori ne lui avait laissé que treize options - treize, oui, car Kanon avait définitivement renoncé à l'Écaille du Dragon des Mers pour partager l'Armure des Gémeaux avec Saga.

- Il me semble que pour ce genre de "mission", reprit-il en mimant les guillemets autour du dernier mot, Camus est le mieux qualifié... Oui, Camus ? ajouta Shion en voyant le Verseau lever la main.
- Sauf votre respect, Grand Pope, vous vous trompez.
- Comment cela ?
- Je ne suis pas le mieux qualifié. Certes, je me suis chargé de l'essentiel des dîners et réunions diplomatiques du Sanctuaire ces dernières années, mais cela ne dit rien de ma capacité à faire bonne figure au milieu d'une assemblée divine. Je sais parler aux êtres humains, pas forcément aux divinités.

Shion soupira. Bon, Camus n'avait pas tort, mais que proposait-il ? Comme s'il avait entendu les pensées pourtant bien protégées du Pope, le Verseau s'empressa de continuer :

- Je dois aussi souligner que quelqu'un d'autre parmi les Ors est parfaitement à même de participer à ce genre de réception. C'est un homme qui a déjà eu affaire à plusieurs dieux, qui a même su en manipuler... Kanon, je parle de toi, bien sûr.

Le silence retomba sur le réfectoire. Le second Gémeau semblait abasourdi, n'ayant visiblement pas du tout envisagé qu'on puisse le considérer un bon ambassadeur du Sanctuaire. En même temps, vu les casseroles qu'il se traînait... Shion sourit. Bien sûr. Camus avait entièrement raison de désigner Kanon comme le meilleur candidat, et pas seulement car l'ancien Marina avait prouvé en contrôlant Poséidon qu'il était tout à fait capable de gérer les caractères difficiles des divinités.

Oui, au-delà de ça, le passé sulfureux de Kanon en avait fait un personnage atypique, presque une légende, qui énervait autant qu'il intriguait les déités. Or, ces dernières aimaient par-dessus tout être agacées, provoquées, titillées ; bref, n'importe quoi, tant que cela les détournait de l'ennui qui les menaçait sans cesse. Envoyer Kanon sur l'Olympe, c'était jeter un pavé dans une mare qui ne demandait qu'à ce qu'on agite son eau croupie. Saori, qui s'était fait la même réflexion, accrocha le regard de son Pope et hocha lentement la tête. Conforté par le soutien de la déesse, Shion annonça :

- Merci pour ta pertinente intervention, Camus. Je dois admettre que tu as raison. Kanon, acceptes-tu cette mission ?
- Heu...
- Non ! s'exclama Saga en se levant avec fougue. Après ce qu'il a fait... Si vous l'envoyez sur l'Olympe, cela créera un scandale, il va se faire tuer !
- Allons, Saga, lui répondit le vieux Bélier avec un brin d'agacement, l'Olympe n'est pas une zone de non-droit, et Kanon a été pardonné. Tes inquiétudes sont un peu excessives.
- Ou pas, l'interrompit Saori.

Shion réprima un juron. Camus, Saga, et maintenant Saori ? Merde, cette jeunesse ne pouvait donc pas le laisser prendre les décisions en paix ? Aaah... l'époque où tout ce beau monde était au pire en couche-culotte, au mieux pas encore né...

- Saga n'a pas tort. La présence de Kanon sur l'Olympe pourrait effectivement être mal perçue. Alors, en l'absence de solution idéale, je propose de s'en remettre au destin !

Un silence dubitatif suivit. Le destin... Bien sûr. Et c'était une déesse qui préconisait de se battre toujours, jusqu'au bout, même dans les situations désespérées, même contre le destin, qui voulait à présent passivement le laisser faire ? La jeune fille profita de cette petite pause pour se moucher - elle s'était retenue jusque là, mais ça commençait à bien faire - , puis décocha un sourire éclatant à l'assistance :

- Et si nous décidions avec un tirage à la courte paille ?
- Déesse, fit remarquer Jabu d'une voix un peu tremblante, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée...
- Et bien, heureusement que j'en suis convaincue et que c'est moi, Athéna ! lui rétorqua Saori, qui se sentait toujours autant enrhumée et n'avait qu'une envie : aller brûler la lettre olympienne et se mettre au lit.

La Licorne se recroquevilla. Shion soupira puis céda. Au pire, il serait toujours temps de changer le destin plus tard, de préférence lorsque Saori serait au Japon pour son voyage d'affaires.

- Bon, si vous en êtes convaincue, faisons ça, lança-t-il, résigné.

La jeune fille hocha la tête avec enthousiasme et fit apparaître dans ses mains des pailles argentées de taille a priori identique. D'un pas assuré, elle circula dans la salle, permettant à chaque Chevalier d'Or d'en piocher une. De son côté, le Pope se sentait de plus en plus inquiet. Par Athéna, et si le sort désignait DeathMask ? Ou pire, son Tigrou d'amour ? Pourquoi avait-il accepté, parbleu !

Saori vint finalement se poster près de lui, toujours souriante :

- Bien ! Tout le monde a une paille ?

Murmure d'assentiment.

- Bon, maintenant comparez leurs tailles et dites-moi laquelle est la plus courte ! claironna-t-elle.

Shion se mordit la lèvre. Non, vraiment, il n'aurait pas dû céder, et... Saori se pencha vers lui et murmura :

- Pourquoi tant de nervosité ? Ne me dites pas que vous avez cru que je laisserais vraiment faire le hasard ?

Le Pope sursauta :

- Vous... Vous, reprit-il moins fort, vous avez truqué le tirage ?
- Évidemment, répondit en chuchotant Saori. Kanon est le meilleur choix, mais je n'ai pas envie d'en débattre avec les instincts surprotecteurs de Saga, même si je peux comprendre son inquiétude. Là, au moins, il n'aura personne à qui adresser des plaintes de quatorze pages en police 12.

Shion cligna des yeux. Sous ses yeux, et sans qu'il s'en soit douté, Saori grandissait, devenait plus mature et roublarde, bénéficiant d'autant plus de l'expérience d'Athéna qu'elle arrivait à ne pas se faire submerger par la déesse. Une exclamation d'indignation inquiète toute sagaesque les informa que les Ors avaient fini de comparer leurs pailles. Kanon s'avança, une ombre de sourire ironique sur ses lèvres.

- Il semblerait que le destin ait répondu à vos vœux, déclara-t-il en montrant la minuscule paille qu'il avait piochée.
- Je vois, fit Saori, impassible.

Le Pope hocha la tête et essaya de ne pas ricaner.

- Je suis certain que tout se passera bien, dit-il, s'adressant autant à Kanon qu'à son frère visiblement bouleversé.
- Vous n'allez pas vous en remettre à un... un tirage au sort ?! s'exclama le premier Gémeau.
- Et bien, si, répondit du tac au tac Shion. Après tout, nous en avons discuté plus tôt, et il n'y a pas de candidat idéal. D'ailleurs, plus j'y songe, plus je me dis qu'au fond, nous pourrions envoyer n'importe quel Or, mentit-il avec autant de conviction que possible. Alors autant tirer au sort, c'est simple, rapide et il n'y a pas de jaloux.

Saori approuva avec un doux sourire :

- Exactement ! Bon, maintenant que cette question est réglée, je dois me retirer, j'ai un peu de travail à faire...

Sans laisser à quiconque le temps de réagir, la déesse se leva, alla remplir son assiette de pancakes au buffet, piqua au passage un pot de Nutella et un couteau, puis sortit de la salle. Direction ses appartements privés avec clef fonctionnelle, et surtout son lit !

OoOoOoOoO

- Bordel, Kanon, tu ne peux pas faire ça ! répéta une fois de plus Saga.

Allongé sur le canapé, l'ancien Marina soupira en croisant puis décroisant les jambes :

- Frangin, répondit-il une fois de plus, je n'ai pas le choix. C'est une mission. Et puis, ça va être marrant. Peut-être même que ce sont des gens sympas.

Saga le regarda comme s'il avait dit une énormité. Ce qui était le cas, Kanon devait le reconnaître. Toutefois, le bon menteur se devait de ne jamais abandonner :

- Mais oui, insista-t-il. Tu as bien vu Athéna, non ? C'est quelqu'un de bien, quand même...
- Quelqu'un de bien, oui, qui de ce que j'ai compris n'a pas mis les pieds sur l'Olympe depuis un bail. Le lieu lui manque tellement que, confrontée à la perspective d'une soirée organisé par Zeus, elle préfère aller s'occuper de la fondation Graad. D'excellent augure, comme réaction, ça.

Le second Gémeau soupira et ne répondit pas. Il n'avait pas envie de reprendre ce débat avec son frère, pas alors que son départ était prévu pour le surlendemain, et pas alors que Saori s'était déjà envolée pour le Japon - le mauvais garçon qui voulait détruire Athéna se sentait maintenant gêné à l'idée de faire quoi que ce soit derrière son dos, hilarant. Kanon prit donc un air buté et alluma la télévision, se passionnant pour un documentaire traitant de la migration des hirondelles. Avec un grognement, Saga quitta la pièce.

Ruminant son agacement et son inquiétude, il alla dans sa chambre. Pourquoi Kanon était-il si entêté ? Pourquoi avait-il accepté cette mission ? Un instant, le premier Gémeau eut un doute. Par Athéna... Était-ce pour s'éloigner de lui ? Son petit frère le trouvait-il trop envahissant ? trop attentionné ? Ou avait-il finalement un crush sur le Spectre de la Wyvern, comme Saga le soupçonnait encore malgré les nombreuses dénégations des deux concernés ? Minute... Rhadamanthe était un fils de Zeus, non ? Oui, c'était un fils de Zeus. Alors... Allait-il être invité ? Par Athéna ! Kanon allait-il profiter de cette petite sauterie divine pour sauter son amant secret ?

NON !

La respiration de Saga s'accéléra, devint plus forte. Impossible. Non, non, non, impossible. Kanon et lui s'aimaient, depuis toujours, et le premier Gémeau était certain qu'au fond, leurs "je t'aime" voulaient dire la même chose. Kanon le réaliserait sûrement, n'est-ce pas, qu'ils ne ressentaient pas que de l'amitié l'un pour l'autre. Peut-être attendait-il déjà qu'il se déclare ? Peut-être qu'il utilisait simplement Rhadamanthe pour le pousser à être plus franc ? C'est vrai, Saga avait tout le temps été timide, secret, implicite, là où Kanon aurait probablement voulu un peu plus de sincérité...

Le premier Gémeau respira profondément. C'était décidé. Après-demain, il se débrouillerait pour suivre Kanon sur l'Olympe, au nez et à la barbe de Shion. Et là, il se déclarerait. C'était une promesse, se répéta fermement Saga en serrant le poing. Cette fois, c'était la bonne. Après un instant d'hésitation, il attrapa son téléphone portable. Juste au cas où, il allait prévenir Aiolos. Le Sagittaire était un type bien, qui détestait dénoncer ses camarades, il garderait le secret.

OoOoOoOoO

'Je vais avec Kanon sur l'Olympe. Ne dis rien à personne. Tout va bien se passer.'

N'osant y croire, Aiolos fixait la quinzaine de mots qui s'affichait sur l'écran de son téléphone. Sérieusement ?

- Bordel, Sagaaa... gémit-il avec désespoir. Qu'est-ce tu fous encore ?
- Qu'est-ce qu'il y a, mon chéri ? s'inquiéta une voix chantante qui sortait de la cuisine accompagnée par une délicieuse odeur de muffins aux myrtilles. Excellente recette, au passage, précisa Myu avec un sourire fier, ils sont parfaits !

Le Spectre posa le plateau sur la table basse du salon et s'installa aux côtés de son compagnon depuis quelques semaines.

- Qu'est-ce qui se passe ? répéta-t-il.
- Saga qui fait des siennes, soupira Aiolos. Saint Saga, mon cul ! Pardon.

Myu pouffa :

- C'est quoi, son nouveau plan de domination du monde ?

Aiolos lui montra son portable. Le Papillon relut plusieurs fois le SMS, histoire d'être sûr.

- Il veut... aller sur l'Olympe ? En secret ? Pour accompagner Kanon qui représente Athéna ?
- Oui, lâcha le Sagittaire atterré.
- C'est pas une blague ?
- Hélas...

Myu resta quelques secondes silencieux, réfléchissant. Puis...

- Et si tu y allais avec lui ? Comme ça, tu pourras le surveiller. Pour être honnête, je comprends qu'il soit inquiet pour son frère. Même si officiellement il a été pardonné, Kanon n'est pas vraiment apprécié, en tout cas aux Enfers. Ce sera peut-être différent sur l'Olympe, cependant. Enfin bref, peu importe. Dans tous les cas, l'important c'est que Saga ne fasse pas de vagues, non ? Et si tu y vas aussi, tu pourras t'en assurer.

Aiolos sourit, acquiesça :

- Bonne idée.
- Parfait ! s'exclama Myu. Occupons-nous de ces muffins, maintenant !
- Attends, j'envoie juste un SMS à Aiolia...
- Pourquoi faire ?
- Pour le prévenir, pardi ! Mais c'est mon frère, ajouta Aiolos en voyant la moue dubitative de son amant, il ne dira rien !

OoOoOoOoO

'Coucou Aiolia ! Saga a décidé de suivre Kanon après-demain, je l'accompagne. Il faut bien quelqu'un pour veiller sur ces deux gamins... Aiolos.'

Au début, Aiolia n'avait pas trop réagi à ce message. Bon, il avait ricané devant les deux papas poulets qu'étaient devenus Aiolos et Saga, mais c'est tout. Les vieux - presque trente ans, quand même - pouvaient bien aller s'amuser sur l'Olympe, lui il s'en fichait. Et puis, le lendemain, il avait utilisé le service à thé préféré de Marine pour son petit-déjeuner. Une tasse et une petite assiette cassées plus tard, et les pauvres restes ayant été discrètement jetés dans le jardin où sa dulcinée les découvrirait probablement le lendemain après-midi en allant récolter ses tomates, il se sentait beaucoup plus intéressé par cette escapade.

"N'empêche", se disait-il en descendant vers le quatrième Temple pour rendre une BD qu'il avait empruntée à DeathMask, "n'empêche, je m'inquiète un peu pour Aiolos. L'Olympe, c'est pas de la rigolade, quand même... Il vaudrait mieux que je l'accompagne, pour veiller sur lui. J'ai pas envie de perdre mon frère une énième fois..."

La dernière phrase était vraie, au moins. Sa décision prise, il sonna chez DeathMask, qu'il surprit en pleine séance de câlins avec Mû.

- Oh, j'espère que je ne dérange pas, s'excusa-t-il pour la forme.

Le Bélier secoua la tête, DeathMask lui décocha un regard noir.

- Je suis juste venu pour rendre cette BD.
- Ah ! s'exclama le Cancer, un peu moins grognon. Tu as aimé ?
- Beaucoup ! Je vais voir si je trouve d'autres bouquins de cet auteur...
- Demande à Camus, c'est lui qui m'a offert celui-là, conseilla DeathMask.
- Camus, sérieux ?
- Bah oui, Camus. Je vois pas ce qu'il y a de surprenant, il lit de tout, vraiment de tout.

Aiolia hocha la tête pendant que son hôte allait ranger la BD.

- Bon et bien, heu... Je vais y aller ? finit par dire le Lion.
- Quelque chose te préoccupe ? interrogea Mû en fronçant les sourcils.
- Quoi ?
- Mon mouton a raison, tu n'as pas l'air dans ton assiette, lâcha le Cancer.

Le Grec hésita. Aiolos ne lui avait pas demandé explicitement de garder le secret, si ? Et puis, bon, on ne pouvait jurer de rien pour DeathMask, mais Mû était quelqu'un de confiance, qui saurait garder un secret.

- Pour tout vous dire, Saga et Aiolos vont accompagner Kanon en secret.
- Attends... Tu veux dire, sur l'Olympe ?! s'exclama DeathMask. Les salauds ! Ils vont aller s'amuser sans nous !
- Bien sûr que non, gronda Aiolia. Saga s'inquiète pour Kanon, et mon frère s'inquiète pour Saga et la paix. Et vu que moi, je m'inquiète pour mon frère... Je vais y aller aussi.
- Quoi ? lâcha Mû. Tu ne peux pas faire ça ! Vraiment, je le sens pas. Tu vois Zeus tolérer que trois humains non-invités se baladent dans son palais ? Moi non. Ça va mal finir, essaie de convaincre ton frère de renoncer. Ou préviens Shion, au moins.
- Eh ! Je suis pas une balance, moi !
- Non, tu es Lion, ricana l'Italien.
- Chéri, tais-toi, l'interrompit Mû.

Le Tibétain respira profondément. Il devait exposer les choses clairement, calmement, pour qu'Aiolia l'entende.

- Avoue, disait DeathMask, c'est quoi, la vraie raison ? Tu veux aller draguer ?
- Pas du tout ! s'offusqua Aiolia. Je suis fidèle !
- Bon, alors quoi ?

Léger silence. Un peu agacé par les facéties de son amant, Mû lâcha :

- Alors rien, Aiolia veut y aller car il est inquiet pour son frère. Et comme c'est un très mauvaise idée, nous allons l'en dissuader. N'est-ce pas, Aiolia ? insista-t-il.
- En fait... J'ai cassé une tasse du service à thé préféré de Marine et elle va m'en vouloir à mort, avoua le Lion. J'ai vraiment pas le choix, comprenez-moi.

DeathMask éclata de rire pendant le Bélier plongeait dans un silence réprobateur.

- J'te comprends, va, ricana le Cancer. À ta place, j'aurais probablement fait la même chose.

Mû haussa un sourcil :

- J'ose espérer, mon chéri, que tu ne casseras jamais une de mes tasses.
- Ce n'était qu'une hypothèse théorique !
- Hum.

Là-dessus, DeathMask se réinstalla dans le canapé, déployant des trésors d'imagination câline pour se faire pardonner une hypothèse si scandaleuse. Constatant que plus personne ne s'intéressait à lui, et enfin libéré d'un poids, Aiolia quitta le quatrième Temple. Il était presque midi, et c'était son tour de cuisiner.

OoOoOoOoO

- Et du coup, vous me conseillez de faire quoi ? demanda Mû.

En face de lui, Aldébaran buvait lentement sa bière et Aphrodite terminait son sirop grenadine, réfléchissant à toute vitesse. Les trois hommes étaient venus prendre un verre à Athènes, dans un café assez chic découvert par le Poisson lors de son précédent rendez-vous avec le Taureau. L'endroit était discret, intime et parfaitement inconnu des gens du Sanctuaire. Parfait pour évoquer les plans secrets d'un bon tiers de l'élite de la chevalerie d'Athéna.

- Donc, récapitula le Suédois. Kanon part pour l'Olympe demain, Saga, Aiolos et Aiolia le suivent pour veiller les uns sur les autres, et maintenant c'est Death' qui a décidé de s'incruster, pour le fun ?
- Oui.
- Ça m'a l'air d'une mauvaise idée, intervint Aldébaran.
- C'est exactement ce que je lui ai dit, approuva Mû. Mais DeathMask ne veut rien entendre. Tu sais comme il peut être buté, Aphrodite...
- Oh que oui. Surtout lorsqu'il est certain d'avoir fait le meilleur choix. Ce qui, si je ne m'abuse, est le cas ici.

Silence.

- Pardon ? questionna Mû avec agacement.
- Tu es sûr, Aphrodite ? demanda lui aussi Aldébaran.
- Absolument certain. Et nous devrions l'imiter.
- Quoi ?! s'exclamèrent en chœur les deux bêtes à cornes.

Aphrodite leva les mains en signe d'apaisement. Il héla un serveur, recommanda un sirop grenadine et attendit d'être servi pour parler enfin :

- Faire changer d'avis Death', ça va être très compliqué. Conclusion : on doit aller avec lui, histoire de le contenir un peu.

Léger silence.

- Et puis, admit le Poisson, j'ai toujours rêvé de visiter l'Olympe. Mais on n'oublie pas que l'objectif principal, c'est de surveiller Death' ! Les quatre autres veilleront très bien les uns sur les autres, mais pour ce qui est de Death'... Imaginez le, complètement libre de ses mouvements, sans personne pour le raisonner ?

Des images défilèrent dans la tête des trois hommes, des images terribles : des tables renversées, DeathMask ivre se déhanchant sur une table, ses blagues douteuses, des incidents diplomatiques, une nouvelle Guerre Sainte peut-être...

- Par Athéna, murmura Mû d'une voix blanche.
- Je crois qu'on n'a pas vraiment le choix, ajouta Aldébaran sur le même ton.
- À la bonne heure ! approuva Aphrodite, les yeux brillants de satisfaction.

Le Bélier et le Taureau s'entre-regardèrent, et se mirent d'accord : il n'y aurait pas que DeathMask à surveiller, Aphrodite promettait d'être un sacré numéro lui aussi...

"Je vais prévenir Shura", lança Mû par télépathie à son homologue à cornes. "Il est raisonnable et plutôt proche de DeathMask et d'Aphrodite, il pourra nous aider à les canaliser."

Aldébaran hocha imperceptiblement la tête et enroula ses doigts avec ceux de son compagnon qu'il embrassa sur la tempe. Oui, Shura ne serait pas de trop pour les aider. Il connaissait son Poisson, celui-ci serait impossible une fois là-haut. Oh, il serait aussi brillant, charismatique, pétillant, s'intégrant parfaitement à la société olympienne, mais il serait quand même surtout impossible et excité comme une puce.

"Trois bêtes à cornes", répondit-il silencieusement, "ça me semble un minimum."

OoOoOoOoO

Shura soupira une fois de plus en regardant son téléphone. Après avoir vu ce SMS, il ne pourrait pas reprendre sa lecture, c'était certain.

- Qu'est-ce qu'il y a, Shushu ? interrogea finalement le Scorpion en refermant son thriller.
- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça, Milo.
- Rhooo, t'es pas...
- Bon, interrompit Camus pour calmer le jeu. Qu'est-ce qui se passe, Shura ?

Le Capricorne soupira - il n'était plus à un soupir près - et releva la tête.

- J'ai reçu un message de Mû.
- Qu'est-ce qu'il dit ?
- Lis toi-même, fit Shura en tendant son téléphone au Verseau.

'Demain, Saga, Aiolos, Aiolia, DeathMask, Aphrodite, Aldébaran et moi-même allons sur l'Olympe avec Kanon. Accompagne-nous, Aldé et moi on n'arrivera jamais à gérer Aphrodite et DeathMask sans toi. Surtout, ne dis rien à Shion !'

Ting ! Le Verseau consulta sans réfléchir le message qui venait d'arriver, encore hébété par celui de Mû. Il ne put retenir un ricanement.

- Quoi ? demanda Shura. C'est un message de qui ? Repasse mon téléphone !

Ricanant toujours, Camus obtempéra. Le Capricorne fronça les sourcils. Que voulait Aldébaran ?

'Stp, entre bêtes à cornes...'

- J'ignorais que vous étiez solidaires entre bêtes à cornes, lança le Verseau, un peu moqueur. En tout cas, je vois que ta présence est demandée...
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'impatienta Milo. Qu'est-ce qui se passe ?
- Il se passe, expliqua Camus, que la moitié des Ors a décidé d'accompagner Kanon sur l'Olympe. Et que Shura vient de se faire embarquer là-dedans, au nom de la solidarité entre bêtes à cornes.

Milo hocha la tête et se plongea dans une intense réflexion. Soudainement, le Verseau sentit un mauvais pressentiment descendre le long de sa colonne vertébrale. Lorsque Kanon avait été tiré au sort, son arachnide s'était montré particulièrement... déçu.

- Non, chéri, intervint-il dans une vaine tentative d'empêcher le pire.
- Au fond... l'ignora le Scorpion. Au fond, les cornes et les dards, c'est pas un peu la même chose ?
- Non, Milo, nous n'irons pas sur l'Olympe, tempêta Camus. C'est hors de question !
- Bah, lâcha un Shura résigné, à ce stade, autant tous y aller... Par solidarité entre Ors.
- Au pire, tu peux rester, dit gentiment Milo à son compagnon.

Compagnon qui étouffa un juron. Rester au Sanctuaire ! Et puis quoi encore ? Il n'y aurait plus que lui, Dohko, Shaka et un Pope en rogne.

- Tu sais, lui indiqua obligeamment Shura, il paraît qu'Apollon a une immense bibliothèque. Il n'est pas le dieu des Arts et de la Médecine pour rien, c'est quelqu'un de très cultivé.

Moui, bon, le prétexte était acceptable. Inutile cependant de le reconnaître. Camus soupira, affichant un air d'adulte raisonnable agacé par les gamineries de ses pairs :

- Pas la peine de me tenter avec ce genre de bêtises. Je vais venir, je n'ai de toute façon pas le choix : il faut bien qu'une personne raisonnable garde un œil attentif sur la situation...
- Génial ! s'exclama Milo en exécutant quelques pas de danse. On part bringuer sur l'Olympe !

Camus frissonna. Malgré l'immense attrait d'une réception divine et de la bibliothèque d'Apollon, il ne pouvait s'empêcher de se dire que tout cela allait mal, très mal se finir. Tant pis, les dés étaient jetés, il fallait faire confiance au destin.

"Enfin, le destin, le destin... Prenons quand même quelques précautions", pensa Camus en envoyant discrètement un SMS à Shion.

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Toute la journée, le Pope avait eu l'impression que quelque chose se tramait derrière son dos. Tout était trop tranquille. Un parfum de conspiration planait dans l'air. Dohko avait essayé de le rassurer, pourtant, en lui parlant et aussi avec des méthodes moins... conventionnelles, disons. Shion caressa pensivement de la main le bois pâtiné de son bureau, qui était étonnamment doux et tiède contre une peau nue. Il rougit, puis se morigéna. Plus de deux cents ans, et il continuait de piquer un fard comme un enfant dès qu'on parlait de... de... Enfin bref. Ça en devenait ridicule.

Il attrapa une liasse de papiers censés constituer un fragment de la comptabilité du Sanctuaire, mais qui s'avéraient parfois être des actes de naissance, des listes de courses et même parfois des poèmes. Il était temps de faire un peu de tri. Soudainement, son téléphone vibra. Trop heureux d'avoir un prétexte pour échapper un peu plus longtemps à cette corvée, il attrapa le petit appareil. Tiens, un message de Camus. Shion se figea, hésitant à déverrouiller son portable. Son mauvais pressentiment était revenu. Il hésita, tapota sur le bois de son bureau. Bon, il n'y échapperait pas de toute façon, alors autant y aller franco. Il ouvrit le SMS.

'Demain, tous les Ors sauf Dohko et Shaka ont prévu de suivre Kanon sur l'Olympe. J'ai pensé qu'il serait opportun de vous prévenir. Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien.'

Oh bordel.

- DOHKO ! hurla-t-il.

La mine chiffonnée par sa sieste d'après-midi, son compagnon apparut dans l'entrebâillement de la porte entre son bureau et ses appartements.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? marmonna-t-il en se frottant les yeux.

Shion le trouva adorable, puis se reprit :

- Il se passe que nos gamins font leur crise d'adolescence !

Silence.

- Hein ?

Le Pope soupira. C'était désolant de constater qu'il était le seul dans leur couple à considérer les Ors comme leurs enfants.

- Les Ors, précisa-t-il donc.
- Ah. Qu'est-ce qu'ils ont fait, encore ?
- Ils prévoient d'accompagner Kanon clandestinement demain.

Le Chevalier de la Balance cligna des yeux, ahuri, puis son expression s'assombrit :

- Les sales gosses. Je vais aller leur parler.
- Non ! Surtout pas !
- Pardon ?

Shion se massa les tempes. Voilà qu'en plus, sa tête lui faisait mal. Le moment n'aurait pu être mieux choisi pour une migraine.

- Je n'ai pas la moindre envie de punir ces énergumènes, ni de leur donner l'occasion de piailler sur qui serait le plus apte à assister à cette foutue réunion de famille olympienne. Je vais donc les laisser faire. Cependant, puisqu'il n'est pas non plus question de tolérer n'importe quoi, tu vas les suivre discrètement et les surveiller.
- Quoi ?! Alors que c'est l'occasion de passer une soirée en amoureux ?!
- Oui, tu m'as bien entendu. De toute façon, on n'aurait pas eu de soirée en amoureux : j'ai une masse de travail monstrueuse maintenant que Saori est partie. Et en plus j'aurais été stressé à l'idée que les petits sont là-haut sur l'Olympe.

Dohko grimaça mais acquiesça finalement. Un Shion stressé et débordé n'était pas exactement de bonne compagnie... et qui sait, peut-être qu'il trouverait à s'amuser un peu sur l'Olympe ?

- Au fait, lâcha le Pope d'un ton glaciaire. Si j'entends quoi que ce soit à ton sujet impliquant autre chose qu'une cuite et une danse en caleçon sous une table, je te promets que je te quitte.
- ... Noté. On voit que la confiance règne.
- Oh, mais j'ai confiance. Ce n'est qu'un simple rappel du fait qu'aux dernières nouvelles, notre couple est strictement monogame.
- Bélier coincé du cul.
- Balance volage.

Un ange passa.

- Moi aussi, je t'aime, finit par grommeler Shion alors que Dohko retournait se blottir sous leurs couvertures.

Son compagnon lui renvoya un baiser, puis la porte se ferma. Le Pope se sentit un peu seul. Il avait envie de laisser tomber cette paperasse et ce bureau, d'aller s'allonger aux côtés de son amant, tout contre lui, que leurs corps se rapprochent, se touchent, s'épousent, ne fassent plus qu'un. Ses joues chauffèrent. Penser à autre chose, et surtout pas aux épaules de son amour, à son adorable nez, à son dos, à ses hanches. Penser plutôt archives, comptabilité. Et surtout, SURTOUT, ne pas penser au bureau.

Il fit le vide dans son esprit, respira doucement. Ayant recouvré sa sérénité, il posa devant lui la pile de papiers qu'il allait trier pendant au moins les deux prochaines heures. Bien. Un peu de routine. Après ce que venait de lui apprendre Camus, cela ne lui ferait pas de mal. Qu'oubliait-il encore, avant de commencer ? Ah, oui. Il attrapa son téléphone et tapa rapidement un message à l'attention du Verseau.

'J'envoie Dohko superviser tout ça. Il restera dissimulé, n'en parle pas à tes petits camarades. Bien évidemment, si on me pose la moindre question, s'il y a le moindre problème, je ne suis au courant de rien et je désapprouve entièrement cette initiative. Ton (trop indulgent) Grand Pope.'

Quelques minutes plus tard, le portable vibra, mais Shion n'y prêta aucune attention, concentré sur son travail. Peu importait, en vérité, car le message qui venait d'arriver était des plus banals et inintéressants : 'Bien reçu. Merci. Camus.'

OoOoOoOoO

Le lendemain soir, un Kanon tout à fait innocent alla rapidement saluer Shion au palais popal avant de partir, surprenant presque Dohko en plein préparatifs. Heureusement, le Pope avait de la ressource et de l'imagination lorsqu'il s'agissait de dissimuler des choses compromettantes : deux cents ans d'exercice du pouvoir, ça laissait des traces. Puis Kanon se rendit à l'endroit où devait apparaître le portail vers l'Olympe, sorte d'immense colonne de lumière blanche, très angélique. L'ancien Marina trouva ça tape-à-l'œil, mais ça correspondait bien à l'idée qu'il se faisait des divinités de l'Olympe. Sans hésiter, il mit son sac sur son épaule, rajusta sa veste, passa une main dans ses cheveux et franchit le portail.

Saga le suivit quelques instants plus tard, puis Aiolos. Ensuite, Aiolia se faufila discrètement, pour ne pas être repéré. Après vint DeathMask, lui aussi furtivement. Un peu plus bruyants, Mû, Aphrodite, Aldébaran, Shura, Camus et Milo passèrent à leur tour. Enfin, ayant soigneusement attendu que tout ce monde disparaisse, Dohko s'avança vers le portail, dissimulé sous une cape et un masque. Le calme revint. Imperceptiblement, la porte commença à rétrécir, ayant réalisé que les environs étaient vides de personne à faire passer.

C'est là qu'arriva Shaka. Le Chevalier de la Vierge avait passé les dernières semaines enfermé chez lui, sortant à peine, ne parlant à personne, méditant la plupart du temps. D'un commun accord, ses pairs avaient décidé de ne pas le déranger avec des futilités comme une réception sur l'Olympe ou leurs plans de désobéissance - certains se souvenaient également de la tendance de l'Indien à dénoncer leurs bêtises. Une erreur.

Intrigué par cette lumière aveuglante, Shaka s'approcha doucement. La chose n'avait pas l'air dangereuse ou agressive, il s'agissait juste d'une masse de pouvoir brut. Le Chevalier l'effleura du bout des doigts, se demandant d'où venait une telle quantité de cosmos... et fut à son grand étonnement aussitôt aspiré vers l'Olympe. Après cela, le portail s'empressa de se refermer, jugeant peut-être avoir avalé suffisamment de personnes pour une invitation à l'intention d'une seule déesse. Zeus était généreux - les mauvaises langues diraient excessif - dans tout ce qu'il entreprenait, d'accord, mais fallait pas pousser non plus.

OoOoOoOoO

La première impression de Kanon fut que l'Olympe était... gigantesque. Titanesque, même, mais il se promit d'éviter l'adjectif qui risquait de passer pour une insulte. D'ailleurs, même "gigantesque" était risqué, réalisa-t-il au fur et à mesure que ses connaissances en mythologie lui revenaient. Bon. Disons que l'Olympe était immense alors.

Il fit quelques pas, s'attendant à ce que le portail se referme. Il n'en fut rien. Bizarre, pour un portail censé transporter uniquement un représentant d'Athéna. Un bug, peut-être ? Il s'approcha à nouveau de la colonne de lumière... et eut la surprise d'y découvrir une petite silhouette humanoïde qui grossissait !

"Oh non, ne me dites pas que..." eut-il le temps de penser avant que Saga ne le bouscule presque en sortant du portail.

- Bordel, Saga ! cria-t-il presque. Qu'est-ce que tu fous là ?
- Je...

L'aîné des Gémeaux paniqua un peu. Que pouvait-il dire à Kanon ?

- Je n'ai plus cinq ans, merde ! Je peux me débrouiller seul pendant deux jours, même sur l'Olympe !
- Oui mais...
- Mais ?

Petit silence. Saga se tordit les doigts. S'il disait à Kanon qu'il était venu parce qu'il s'inquiétait, son jumeau lui en voudrait à mort, ce qui était insupportable. Cependant, il n'imaginait pas se confesser comme ça...

- Je...

Il rougit.

- Quoi ?

Kanon avait l'air moins en colère, non ? Et plus intrigué... Oui, il parlerait ensuite de l'inquiétude, mais d'abord...

- Je t'aime, Kanon. Genre, je t'aime, pas comme un frère ou comme un ami, je t'aime, je te veux, pour moi, pour moi tout seul. Je suis désolé si je te gêne, si je te choque, je ne peux juste pas le garder pour moi.

Une pause, puis Saga ajouta d'une petite voix :

- Et aussi, je m'inquiétais un peu pour toi, on ne sait jamais, avec les divinités...
- Bordel, Saga ! Franchement, arrête de me couver, c'est... gentil et très mignon mais j'ai pas l'habitude et j'aime mon indépendance ! Et encore une fois, j'ai vingt-sept ans, pas sept...
- Tu avais dit cinq, corrigea le premier Gémeau.

L'ancien Marina lui décocha un regard noir. Bon, bon, ce n'était peut-être pas le moment pour ce genre de chipotages, certes. Kanon se détourna, fit quelques pas vers les constructions olympiennes qui se dessinaient entre les nuages, puis revint sur ses pas, se planta devant son frère. Ils avaient les yeux dans les yeux, leurs visages séparés par quelques centimètres à peine. Doucement, le cadet posa ses mains sur les joues de son aîné, un peu ému.

- Kanon...

Le second Gémeau se perdait dans les yeux bleus de son jumeau, en dévorant et mémorisant chaque détail, chaque éclat, chaque nuance.

- Kanon, heu... Je peux t'embrasser ?
- Deux secondes...
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Saga.
- J'essaie de déterminer si c'est une pointe de vert que je vois dans ton œil gauche, ou juste du bleu très très turquoise.
- Sérieusement ?
- Oui. Et je crois bien que c'est du vert.

Silence.

- Tu peux m'embrasser, maintenant, indiqua gentiment Kanon.

Leurs lèvres se rejoignirent enfin. Une merveille. Interrompue par un toussotement un peu gêné. Derrière eux, sortant du portail, Aiolos s'était figé en une pause comique, rapidement rejoint par son frère, qui avait toussoté. Une seconde plus tard, DeathMask apparut, observa quelques instants le joli petit couple enlacé et ricana.

- Saga...
- Je te promets que ce n'est pas moi ! Je me suis contenté de prévenir Aiolos, au cas où et...

La voix du premier Gémeau mourut sur ses lèvres. Mû, Aphrodite, Aldébaran, Shura, Camus et Milo venaient d'arriver sur l'Olympe.

- Tu as juste prévenu Aiolos, vraiment ?
- Mais oui ! Dis-lui, Aiolos !

Le Sagittaire se tortilla, mal à l'aise :

- J'ai peut-être laissé échapper l'info à Aiolia... Et je voulais venir pour veiller sur vous.
- J'ai suivi le même raisonnement, avoua le Lion en passant soigneusement sous silence les morceaux de porcelaine dispersés entre les plants de tomates de son jardin.

Kanon soupira.

- Et eux ? demanda-t-il en désignant les sept autres. Ils n'ont pas l'air ici pour veiller sur qui que ce soit, si je puis me permettre. Ils ont plutôt l'air prêts à faire la fête.
- Ah bah moi je suis là pour ça, oui, ricana DeathMask. Les autres, je sais pas, j'étais persuadé qu'ils resteraient sagement au Sanctuaire.
- Mon chéri, il aurait été beaucoup trop risqué de te laisser en liberté sur l'Olympe, asséna gentiment Mû.

Les autres approuvèrent, choisissant de ne pas s'étendre sur leurs motivations plus personnelles et moins... philanthropiques, dirons-nous. Kanon souffla d'agacement. Sérieusement, quels gamins ! À présent, la délégation représentant Athéna comptait non pas un, mais onze membres. Quand il pensait qu'il allait devoir expliquer ça aux divinités olympiennes... Comme si cette soirée ne promettait pas d'être en soi une épreuve ! En soupirant, il entraîna son frère et les autres Ors vers les constructions. Inutile d'être en plus en retard.

Dohko attendit à la lisière du portail qu'ils disparaissent, retenant Shaka par le col de sa tunique. Les deux posèrent enfin le pied sur le perron de l'Olympe. Derrière eux, la porte se résorba, ne laissant dans l'air quelques particules éparses.

- Alors... soupira Dohko en fermant les yeux pour mieux contenir son énervement. Est-ce que je peux savoir ce que tu fais ici, Shaka ?
- Heu... Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous mon nom ?

La Balance le fixa quelques instants, incrédule. Au moins, son déguisement était convaincant. Un peu découragé, il retira son masque et son capuchon, dévoilant son identité à Shaka qui eut l'air sincèrement abasourdi.

- Dohko ? Mais qu'est-ce tu fais là ?
- C'est à moi de poser la question, je crois, jeune homme.

L'Indien eut le bon goût de paraître gêné.

- Et bien, je me baladais, histoire de prendre un peu l'air et, heu, et bien... J'ai vu la lumière et...
- Et tu l'as suivie ?
- C'est un peu caricaturer la chose mais... oui.

Dohko regarda Shaka quelques secondes, le regard un peu vide.

- Décidément, marmonna-t-il, je me demande bien par quel miracle on a remporté cette Guerre Sainte...

Un instant, la Vierge eut envie de répondre quelque chose comme "parce que ce sont les Bronzes divins qui ont fait tout le boulot", puis décida avec sagesse de s'abstenir. Inutile de s'enfoncer encore plus, estima-t-il en ôtant une poussière invisible de sa tunique avec un air aussi digne que possible.