Bonjour à tous, je suis désolée pour le retard. J'ai à peine publié le début de l'histoire que j'ai déjà du retard ... Bref, je ne vous sortirez pas de fausses excuses ou d'excuses bidons et vous laisse à votre lecture !
Chapitre 3 : Exorcismes
Mai arrêta d'hurler lorsqu'elle prit conscience qu'elle se trouvait dans sa chambre d'hôtel dans un futon aux côtés d'Ayako et de Masako. Puis, elle entendit enfin les cris et les pleurs venant de tout l'établissement. En plus de ceux-ci, des pas martelaient le sol et le plafond et les faisaient vibrer dans un vacarme assourdissant. Autour d'elles, le bâtiment semblait prendre vie.
Soudain, la fenêtre s'ouvrit en grand, forçant les trois femmes à sortirent en trombe de la pièce. Elles retrouvèrent les autres membres de la SPR dans le couloir seulement éclairé par la lumière de la lune. Mai referma ses bras autour d'elle pour se protéger des manifestations et du froid. Le souffle de toutes les personnes présentes formait un petit nuage, démontrant une température ambiante avoisinant le zéro. Par-dessus le vacarme, Mai entendit Naru leur dire de sortir immédiatement de l'hôtel. Le petit groupe s'exécuta immédiatement.
Sur le chemin, ils croisèrent M. Kasumi, sa mère et un homme d'un certain âge qui les suivirent très peu rassurés par ce qui se passait. Malgré l'absence d'électricité, leur progression fut sans difficulté grâce aux nombreuses fenêtres qui offraient de grandes ouvertures dans les murs donnant ainsi à la lune le loisir de les éclairer.
Arrivés en bas des marches du hall, Mai vit une ombre se précipiter vers eux. Elle s'agrippa au bras de John. Il ne s'agissait finalement que de Noaki qui leur demanda s'ils allaient bien avant de suivre le mouvement, lui aussi.
Cependant, même s'ils étaient sortis, le bâtiment continuait à subir les assauts surnaturels. Puis Mai entendit quelque chose se briser et tout s'arrêta. Les lumières extérieures ainsi que certaines à l'intérieur clignotèrent un instant puis s'allumèrent. Le silence qui suivit était presque angoissant, pesant. Naru et Lin osèrent un regard à travers la porte d'entrée ouverte. La jeune fille crut qu'elle allait se refermer sur eux mais rien ne bougea. M. Kasumi se posta à côté des deux hommes puis posa une question au patron de la SPR qu'elle n'entendit pas, se trouvant presque au niveau du portail.
- Ils ne veulent vraiment pas de nous, fit Bou-san en se frottant l'arrière du crâne, à côté de Mai.
- C'est impressionnant. Je n'avais encore jamais vu ça, avoua la miko, blême. Qu'en penses-tu, Masako ?
Mai se tourna vers l'intéressée. Elle ne semblait pas l'avoir entendu. Son regard étudiait en détail la façade de l'hôtel.
- Masako ? L'appela John en s'approchant doucement.
La jeune fille fronça les sourcils avant de tourner finalement le regard vers eux. Elle sembla en pleine réflexion pendant quelques secondes encore.
- Je pense que nous avons été mis dehors par les anciens propriétaires, répondit-elle, interpellant ainsi Naru, Lin et M. Kasumi qui se retournèrent vers eux. Notre présence les rend très en colère. Nous devons rester prudents car nous allons devoir faire face à d'autres manifestations de la sorte.
Elle remit sa manche de kimono devant son visage alors que son regard repartait en direction du bâtiment.
- En plus de celles des esprits coincés à cause d'eux.
Intrigué, M. Kasumi s'approcha d'elle.
- Vous parlez des esprits des victimes ?
- En effet.
Jour 2 - Day 2
Le soleil commençait à se lever lorsqu'ils retournèrent à l'intérieur, sans précipitation et avec Masako en éclaireur. Finalement, ils arrivèrent à la base sans encombre. Aussitôt, Naru et Lin se mirent à inspecter les données enregistrées par leur matériel. M. Kasumi proposa d'aller chercher des boissons chaudes et de quoi grignoter avec Noaki. John vint avec eux par mesure de sécurité. Mai grelottait dans son pyjama. Elle rêvait d'un bon bain dans les sources chaudes. Pour s'occuper l'esprit, elle se posta derrière son patron et son assistant pour observer avec eux ce qui s'était passé cette nuit.
Sur les écrans, ils voyaient plusieurs pièces de l'hôtel, dont les chambres sept et huit ainsi que la lingerie et la chaufferie. Lin appuya sur un bouton et l'ordinateur montra qu'à partir de trois heures et demi du matin, la température avait commencé à chuter. Naru avança l'enregistrement et nota l'heure de début des manifestions. Trois heures et cinquante-trois minutes. À ce moment-là, ils virent que tout ce qui était électrique dans le sous-sol s'était mis à s'allumer et à s'éteindre en continu. Quelques minutes plus tard, les phénomènes s'étaient propagés, et ce de plus en plus fort jusqu'à forcer les occupants de l'hôtel à l'évacuer. Naru appuya sur un autre bouton et les images de la nuit disparurent pour laisser place aux actuelles. Il nota un paragraphe entier de ses observations sur une feuille virtuelle.
M. Kasumi et les autres revinrent chargés de plateaux et de couvertures. Mai les aida à distribuer les boissons chaudes. Elle en donna une à Naru et une autre à Lin qui restèrent concentrés sur leurs données et ne se formalisa pas quant au fait qu'ils ne la remercièrent pas. Ensuite, la jeune fille s'entoura avec une couverture et mordit dans un gâteau sec. Le goût sucré lui fit beaucoup de bien et l'aida à garder les pieds ancrés dans la réalité, comme elle avait l'impression d'être encore dans un rêve. Elle enchaîna avec sa tasse de thé qu'elle garda entre ses mains pour se réchauffer avant de retourner auprès des deux hommes toujours studieux. Mais alors que Naru notait quelque chose et Lin regardait sur un autre écran, Mai distingua une forme dans la chambre huit. Celle-ci se développa davantage pour former une silhouette humaine, telle une ombre. Sous ses yeux écarquillés, la silhouette traversa le mur.
- Regardez ! S'exclama Mai, attirant l'attention de tout le monde qui se mit à regarder ce qu'elle pointait du doigt.
L'ombre se trouvait à présent dans la chambre sept de laquelle elle fit le tour comme si elle cherchait quelque chose pour finalement traverser le mur opposé. Mais comme ils n'avaient pas mis de caméras dans les autres chambres, ils ne la virent plus. Peut-être avait-elle totalement disparue ? Derrière elle, Mai sentait que les autres suivait avec autant d'attention qu'elle ce qu'il se passait.
- Là ! S'exclama Ayako en désignant l'écran qui montrait le couloir du premier étage.
En effet, l'ombre venait de sortir de la chambre trois et le traversait à une vitesse impressionnante. Lin se leva d'un bond et sortit en courant de la pièce. Bou-san et John le suivirent aussitôt. Lorsque le chinois apparut sur l'écran, la jeune fille les rejoignirent. Les portes de deux chambres étaient ouvertes et à l'intérieur tout était en pagaille. Mai reconnut ses affaires dans l'une d'elles.
Après les évènements de la nuit, Naru décida qu'après qu'ils se soient tous reposés, ils pratiqueraient les exorcismes. Il répartit l'équipe en quatre groupes. Si bien qu'Ayako et Mai étaient chargées de la zone en sous-sol, John et Masako de la chambre sept et Bou-san et lui-même de la chambre voisine. Lin restait dans la base avec le propriétaire et les employés arrivés quelques deux heures plus tôt ainsi que le seul client et gardait un œil sur tout le monde grâce au système de vidéo surveillance.
Ce fut en baillant que Mai rejoignit le sous-sol en compagnie de la prêtresse dans son habit, les bras chargés chacune des objets dont elles avaient besoin pour l'exorcisme. Ayako semblait concentrée. Elle ne dit pas un mot de tout le trajet contrairement à son habitude.
Lorsque Mai actionna l'interrupteur, la lumière de la grande pièce centrale du sous-sol vacilla légèrement avant de s'allumer franchement. La jeune fille hésita un peu avant de descendre la dernière marche. Les souvenirs de cette nuit étaient encore frais dans sa tête et ne la rassuraient pas du tout. La sensation désagréable qu'elle avait ressenti la veille était revenu.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda la rouquine derrière elle.
- Rien.
Mai inspira profondément pour se donner du courage puis franchit le pas. Comme rien ne se passa, elle traversa la pièce, trop lentement pour Ayako qui la dépassa et entra la première dans la lingerie. Celle-ci communiquait avec la chaufferie par une porte que la miko ouvrit. Elles avaient convenu de pratiquer l'exorcisme dans la lingerie en gardant la porte de la pièce voisine ouverte. Mai installa la table et les cierges dont Ayako avait besoin puis celle-ci de compléter avec ce qu'elle-même avait apporté.
L'atmosphère changea sensiblement quand la prière débuta. Petit à petit, la température chutait faisant frissonner Mai appuyée contre le mur. Elle tendait l'oreille mais aucun son hormis la voix douce d'Ayako ne lui parvenait. Alerte, ses yeux passaient en revue la pièce. À la fin de la prière, la flamme des deux cierges s'éteignit d'elle-même comme à chaque fois. Mais le froid demeurait toujours. Alors qu'Ayako se relevait, la porte entre la lingerie et la chaufferie recula légèrement dans un petit grincement. La prêtresse et Mai échangèrent un regard.
En réalité, Ayako avait prévenu Naru de ses doutes quant à son intervention comme il ne s'agissait pas d'un esprit lié à la terre, ce à quoi le moine avait rétorqué qu'elle n'était qu'une fausse miko, provoquant une nouvelle dispute entre eux. Néanmoins, le patron de Mai avait coupé court à cette conversation vaine et lui avait imposé son choix.
Mai osa regarder dans l'encadrement de la porte. Mais il faisait noir. Sa main chercha à tâtons l'interrupteur de l'autre côté du mur alors que son cœur cognait très fort contre ses côtes, ayant trop peur de franchir le seuil de la porte. Enfin, la lumière s'alluma mais elle ne vit rien d'anormal.
- On ferait mieux de remonter, fit Ayako juste derrière elle.
La jeune fille hocha la tête avant de lui emboîter le pas. Cependant, elle sentit que quelque chose la retenait par la veste. Retenant sa respiration, elle fit volte face. La pièce était vide. Pas de monstre ou d'esprit à l'horizon. Pourtant, Mai avait cru que … La lumière vacilla. La jeune fille prit ses jambes à son cou et courut rejoindre Ayako dans l'autre pièce.
- Qu'est-ce que tu as ? Demanda son amie, surprise par son comportement.
- Tu ne le ressens pas ?
- Quoi donc ? S'inquiéta Ayako.
Mais Mai ne lui répondit pas. Elle s'approcha à nouveau de la chaufferie. Comme rien ne se passa, la jeune fille éteignit la lumière.
- Allons-nous-en, dit-elle en gardant son regard fixé dans le noir avant de reculer lentement.
Elle récupéra les cierges et la petite table avant de retourner vers l'escalier menant à la surface qu'elle avait hâte de retrouver. Ayako n'eut d'autre choix que de la suivre sans poser de question. Arrivée en haut, Mai poussa un soupir de soulagement. La pression qu'exerçait son angoisse sur son cœur venait de se relâcher.
Quelques minutes plus tôt, Naru et Bou-san s'étaient eux aussi dirigés vers le lieu de l'exorcisme qu'ils devaient pratiquer.
Le moine dans sa tenue traditionnelle entra dans la pièce et se retint de se boucher le nez. L'odeur était aussi insoutenable que la veille. Il se planta au milieu de la pièce avant de fermer les yeux pour se concentrer. Pour sa part, Naru ferma la porte et se tint en retrait, à l'affût de tout éléments perturbateurs. Son visage était impénétrable comme si l'odeur du sang n'existait pas. Bou-san finit par ouvrir les paupières. Ce n'était pas un médium toutefois il pouvait ressentir la présence des esprits dans cette chambre. Joignant les mains, il entama sa prière. Un petit vent froid souleva ses cheveux et tournoya autour de lui. Les murs vibrèrent mais le moine n'était pas certain que cela soit son œuvre, sachant que de son côté, John s'occupait de la chambre voisine. Il ne laissa pas ses pensées s'attarder sur ce fait et continua sa prière. Le téléphone se mit à sonner. Sa concentration en fut un instant perturbée. Le moine ferma les yeux et poursuivit en accélérant le débit de ses paroles. Mal lui en eut pris. Cela provoqua davantage la colère des esprits. Un bruit métallique se fit entendre au-dessus de sa tête. Il eut juste le temps d'entendre Naru lui crier de faire attention puis il sombra.
Dans la chambre sept, un autre exorcisme avait lieu. Avec la médium, John se trouvait en présence de l'esprit d'un jeune homme. Masako s'efforçait de le raisonner pendant que l'australien priait. La température basse de la pièce obligea la petite brune à refermer un peu plus son kimono autour d'elle. L'esprit n'était pas hostile, elle le sentait. Mais la jeune fille ne parvenait pas à le faire réagir.
- Quoi qu'il ait pu se passer, il n'y a plus besoin de se sentir coupable.
Les murs vibrèrent alors que l'esprit se mettait en colère. John se mit devant Masako sans interrompre sa prière. La médium avait déjà fait face à des esprits récalcitrants. Cela ne la faisait pas reculer, au contraire. Plusieurs minutes défilèrent alors qu'ils continuaient l'exorcisme. Mais un grand bruit suivi d'un cri les alerta. John et Masako se tournèrent dans un même mouvement vers la source du bruit. Cela eut pour effet de faire fuir l'esprit. Ils se précipitèrent vers la chambre huit et découvrirent Naru qui essayait de réanimer Bou-san.
La base ressemblait désormais à un camp de réfugiés ayant survécu à une catastrophe qu'à une salle de réception. Tout le monde semblait accuser le coup suite aux derniers évènements, affichant une mine sombre et fatiguée. Allongé sur le canapé, Bou-san se remettait de l'incident. Il tenait un sac de glaçons sur son crâne à l'endroit où était tombé le lustre. Ayako se tenait près de lui assise sur une chaise, une trousse de secours sur les genoux qui lui avait servi pour soigner sa blessure. Tout aussi silencieux que les deux autres, Mai, John et Masako étaient installés autour de la table avec les employés, le client et Aika et sirotaient leur thé le regard soucieux. Noaki était reparti chez lui avant les exorcismes, comme il avait veillé toute la nuit étant d'astreinte. Seules les voix de Lin, Naru et M. Kasumi résonnaient dans la pièce.
Finalement, les employés de l'hôtel retournèrent vaquer à leurs occupations dès que Naru leur assura qu'il n'y avait plus aucun danger. Quant au propriétaire, il invita sa mère et le client à prendre le déjeuner dans la salle à manger pour laisser l'équipe se concerter. Lorsqu'il n'y eut que les membres de la SPR, Bou-san se redressa.
- Que comptes-tu faire, Naru ?
- Toi, tu te reposes, le coupa Ayako en l'obligeant à se rallonger.
Le jeune homme vêtu entièrement de noir se tourna vers eux, la mine déterminée.
- On continue.
Ce fut au tour de Mai de se redresser.
- Tu veux qu'on retourne faire les exorcismes ? Demanda la jeune fille en fronçant les sourcils.
- Bien sûr. Nous n'allons pas rester les bras croisés, répliqua son patron d'un ton sec.
Ses sourcils se froncèrent davantage alors qu'elle digérait mal la réponse.
- À moins que tu aies autre chose à proposer.
Devant son silence, le visage de Naru prit un air entendu avant de se tourner vers les autres.
- Je voudrais que nous nous répartissions une nouvelle fois et que nous ratissions le bâtiment avant de refaire un exorcisme. Nous allons nous concentrer sur une pièce à la fois. Et ce sera la chambre huit.
- Tu crois qu'on a manqué quelque chose ? Demanda John.
- Nous n'avons pas toutes les informations concernant l'esprit qui hante cette chambre. Il semble être l'un des esprits les plus puissants dont font certainement partie le premier couple de propriétaires. J'ai demandé à M. Kasumi de nous apporter tous les journaux qui mentionne de près ou de loin cet hôtel.
Après avoir déjeuner, Masako et Ayako partaient en direction de l'étage et Mai et John vers le sous-sol. De leur côté, Naru et Lin étudiaient les journaux apportés par M. Kasumi dans la base avec Bou-san qui se reposait.
Mai soupira lorsqu'elle se retrouva dans le couloir.
- Qui a-t-il ? demanda John alors qu'il fermait la porte de la base.
- C'est juste que … commença la jeune fille.
Ce n'était pas qu'elle hésitait à se confier car elle savait qu'elle pouvait le faire sans crainte qu'il ne la juge. En réalité, il lui était difficile d'exprimer ce qu'elle ressentait.
- J'ai un mauvais pressentiment quand je suis dans le sous-sol. Je ne m'y sens pas du tout à l'aise.
L'australien posa une main sur son épaule, dans une moue qui se voulait compréhensive.
- Ne t'inquiète pas. Il ne t'arrivera rien, la rassura-t-il.
- Tu as ressenti quelque chose toi aussi ?
Il secoua la tête.
- Je ne suis pas aussi sensible que toi ou Masako aux esprits.
Devant le manque de réaction de Mai, il se reprit.
- Mais j'ai bien senti qu'il y a quelque chose en bas et dans les deux chambres à l'étage.
À ce moment-là, l'une des jumelles fit coulisser l'une des portes en papier de riz et entra dans le couloir. La soudaine lumière du soleil lui fit plisser les yeux et le parfum floral du jardin intérieur l'enveloppa, amené par la brise printanière qui souleva ses cheveux alors que la porte s'ouvrait. Cela lui fit oublier pendant un court instant le sujet de leur conversation. Le contraste entre l'ambiance à l'intérieur de l'hôtel et celle à l'extérieur était vraiment déroutant.
L'employée leur adressa à peine un regard avant de s'éclipser rapidement vers le fond du couloir, certainement pressé par le retard qu'avait pris son travail à cause des évènements du matin.
Pensive, Mai tourna les talons sans attendre John.
- Quelque chose d'autre te tracasse ? La héla-t-il tandis qu'ils franchissaient l'un des salons.
La jeune fille s'arrêta. Son rêve lui revenait sans cesse depuis qu'ils étaient retournés dans la base. Elle le lui raconta.
- Il faut que tu en parles à Naru.
- Je le lui dirai quand on reviendra. Pour le moment, il faut qu'on termine ce qu'il nous a demandé, dit Mai en se remettant à marcher vers la réception ayant hâte d'en finir.
Dans le hall d'entrée, ils croisèrent le seul client de l'hôtel. La jeune fille se rendit compte qu'elle n'avait pas vraiment fait attention à lui alors qu'il avait une apparence plutôt étrange. Il portait un bob blanc passé sur des cheveux mi-long gris qu'elle devina gras à cause de sa frange collée à son front et mangeant la moitié de son visage. Une grande veste d'imperméable kaki recouvrait une multitude de couches de vêtements. Il évita leur regard en baissant la tête alors qu'il passait à côté d'eux avant de disparaître dans la direction opposée sans un bruit, tel un fantôme.
La même sensation désagréable lui revint lorsque Mai se retrouva dans la pièce principale. Mais cette fois, les employés des cuisines s'affairaient dans la pièce voisine. Contrairement aux autres, ils étaient beaucoup plus sympathiques et les accueillirent à bras ouverts. Ils répondirent à leurs questions mais n'apportèrent pas davantage d'informations. Les deux comparses visitèrent la lingerie puis la chaufferie sans incident. Ensuite, ils poursuivirent leur investigation dans le local à poubelles. La porte en ferraille qui menait à l'extérieur était difficile à ouvrir. L'un des commis se mit à rire à l'autre bout de la pièce.
- Nous aussi au début on n'arrivait pas à l'ouvrir, leur dit-il en s'approchant d'eux. Elle est particulièrement lourde aussi.
Toutefois, il l'ouvrit sans difficulté.
- Mais j'ai l'habitude maintenant, reprit-il tout en faisant un clin d'œil à Mai.
Celle-ci rougit légèrement devant le jeune homme qui lui faisait du charme et John le remercia, un peu inconfortable. Le cuisinier appela son employé qui repartit aussitôt vers les cuisines. Le regard de Mai tomba sur le prêtre qui semblait encore mal à l'aise.
- Allons-y, changea-t-elle de sujet.
La porte cachait un escalier en pierre construit dans la terre du jardin dans lequel ils arrivèrent. Une allée dallée entre la végétation menait à une porte dans le mur d'enceinte dissimulée par les bambous. Une fois la porte franchie, Mai et John découvrirent la route principale et des bennes à ordures contre le mur. N'ayant rien trouvé d'intéressant, ils rebroussèrent chemin. Tandis qu'ils traversaient le hall d'entrée, Mai surprit le regard intrigué du client penché sur la rambarde, un étage plus haut. A peine le temps d'un battement de paupières, il disparut. La jeune fille haussa les épaules et suivit John jusqu'à la base où ils retrouvèrent les autres.
Ayako et Masako étaient parties de leur côté enquêter à l'étage. Elles avaient vu plusieurs des employés et d'après leurs dires, ils avaient été froids et distants. La miko insista même sur le fait qu'elle les trouvait comme figés dans le temps ou qu'ils agissaient tels des automates. De ce fait, cela ne les avait pas vraiment aidés à poser des questions. La mère du propriétaire avait consenti à leur faire visiter leurs appartements mais cela ne leur apprit rien de plus. En revenant, un charriot s'était mis à rouler très vite dans le couloir et avait percuté la médium qui s'était effondrée sous le choc. À ce moment-là, elle avait senti la présence d'un esprit qui s'était enfui en direction de la chambre sept. Lorsqu'Ayako et Masako l'eut suivi, la porte s'était fermée violemment devant elles. Impossible pour elles de l'ouvrir ensuite.
- Vas-y, Mai, l'encouragea John en chuchotant.
Comme rien ne lui échappait, Naru tourna ses yeux perçants vers eux.
- Que voulais-tu me dire, Mai ?
- J'ai fait un rêve cette nuit et … commença la jeune fille.
- Pourquoi n'en as-tu pas parlé avant ? La coupa Naru.
Surprise par le ton employé, elle ne sut pas quoi dire pendant plusieurs secondes.
- Alors ? Quel était ce rêve ? Soupira Naru.
La jeune fille finit par lui raconter. Le silence revint lorsqu'elle eut fini tandis qu'il réfléchissait.
- Cet esprit qui s'est suicidé … fit Bou-san. Qui était-il ?
Naru prit plusieurs journaux et le leur montra.
- Je pense qu'il s'agit du fils des premiers propriétaires.
Un nouveau silence accueillit sa déclaration. Sous leurs yeux, il leur désigna l'un des intitulés des articles : « Le fils des propriétaires de l'hôtel Kiriba retrouvé pendu ». Cela correspondait au rêve de Mai. À cette pensée, elle porta une main à son cou. Ayako prit le journal des mains du narcissique et lut l'article.
- Il ne supportait pas ce qu'avait fait ses parents alors il s'est suicidé … laissa-t-elle tomber en même temps que le journal sur la table.
Cachée derrière sa manche, Masako s'approcha discrètement et y jeta un coup d'œil.
- Allons faire cet exorcisme, déclara Bou-san, qui semblait plus motivé que jamais.
- Non, l'interrompit cette fois le patron de la SPR. John et Lin vont s'en charger.
- Je viens aussi, intervint Masako d'une voix ferme, surprenant tout le monde.
Mai s'apprêtait à ouvrir la bouche mais Naru fut plus rapide.
- Toi aussi, tu restes ici. De toute façon, tu ne seras pas d'une grande utilité là-bas.
La colère lui fit serrer les poings.
- Mais qu'est-ce que tu as Naru ? Tu n'arrêtes pas de t'en prendre à moi ! S'énerva-t-elle.
Les autres la regardèrent médusés, sans doute étonnés par sa réaction comme celle de Masako juste avant. Seul le jeune homme ne réagit pas. En fait, il l'ignora royalement et s'assit devant l'un des ordinateurs.
- Très bien, si c'est comme ça je m'en vais !
Elle entendit les autres essayer de la retenir avant qu'elle claque la porte aussi fort qu'elle put. N'ayant aucun moyen de revenir chez elle par ses propres moyens, elle se contenta de faire le tour du village dépourvu évidemment de transports en commun. Quelques heures plus tard alors que le soleil s'était couché, elle revint à l'hôtel.
Lorsque Mai ouvrit la porte d'entrée, elle fut frappée par le silence des lieux. Personne ne se manifesta non plus quand elle la ferma. Tant mieux, elle n'avait envie de voir personne. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était retarder le moment où elle verrait Naru qui lui tapait vraiment sur les nerfs. Ainsi, elle se laissa tomber dans le canapé d'un des salons et alluma la télévision. C'était l'heure du journal. Le présentateur exposait les différents titres qu'ils allaient aborder avant de lancer le premier reportage qui traitait d'étranges disparitions dans un petit village dans le nord du Japon. Ce qui la distinguait des autres affaires se trouvait dans le fait que des animaux morts étaient retrouvés après chaque disparition. Un journaliste expliquait les circonstances de la dernière en date et exprimait l'inquiétude des habitants bien qu'ils soient réticents à l'idée de s'adresser à des étrangers à leur village. La police n'arrivait pas à avancer dans leur enquête et ce, depuis plusieurs années. Puis, le présentateur réapparut et lança un autre reportage. Les images continuaient à défiler sous les yeux de la jeune fille dont les paupières se fermaient lentement.
Finalement, son sommeil sans rêve se termina environ une demi-heure plus tard. Mai se sentit tellement bien d'avoir pu dormir. Mais ce sentiment agréable disparut aussitôt lorsqu'elle vit le client assit dans le fond du canapé à côté de ses pieds. Celui-ci fixait en face de lui sans ciller. La jeune fille se remit en position assise sans le lâcher du regard et s'éloigna le plus possible de lui. Ce fut à ce moment-là que l'homme tourna la tête vers elle. Ses yeux aussi noirs que le charbon croisèrent les siens.
- Ils méritent ce qu'il leur est arrivé.
Sa voix était cassée comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps. Un frisson parcourut l'échine de la jeune fille qui n'osait plus bouger. Était-il possédé ou simplement fou ? Telle était la question qui constituait la seule pensée dans sa tête à cet instant. Puis, le client se leva tranquillement et sortit du salon, laissant Mai pantelante.
Quelques minutes s'écoulèrent tandis qu'elle continuait à regarder l'endroit où avait disparu l'homme. Que venait-il de se passer ? Elle tourna la tête vers la télévision qui diffusait une publicité pour un shampoing. La jeune fille décida qu'il était temps pour elle de rejoindre les autres. Elle se leva et éteignit le poste avant de sortir. Toutefois, un bruit la fit s'arrêter sur le seuil. Mai se retourna. Son regard parcourut la pièce mais ne vit rien d'anormal. Elle soupira, se traitant de parano et quitta le salon.
Mai retrouva les autres alors qu'ils sortaient de la base pour se rendre dans la salle à manger.
- Alors fillette, ou étais-tu donc parti ? L'apostropha aussitôt Bou-san.
Gênée, elle se frotta l'arrière du crâne, oubliant le moment effrayant avec le client.
- J'ai fait un tour dans le village.
Elle croisa le regard de John.
- Comment s'est passé l'exorcisme ? Vous avez réussi ?
- Oui et avec brio, répondit Masako avec un petit sourire.
Chose qui était rare, le sourire. Mais la jeune fille connaissait son affection pour les esprits et comprit qu'elle avait été particulièrement touchée par celui-ci. La porte se ferma derrière Mai et le silence se fit. La jeune fille se retourna pour faire face à Naru qui la toisa d'un air glacial. Pendant cet échange silencieux, personne autour d'eux n'intervint. Puis, le jeune patron tourna les talons, laissant les autres derrière lui. Mai sentit une main se poser sur son épaule.
- Allons-y, dit Bou-san.
Alors qu'ils s'installaient à la table où était déjà assis le narcissique, un employé arriva en trombe dans la pièce.
- Ça s'est encore produit ! Cria-t-il.
M. Kasumi se leva.
- Qu'y a-t-il ?
- La chambre 7 ! Répondit le jeune homme. Il y a du sang partout.
Un rire ressemblant davantage à un croassement se fit entendre derrière la mère de M. Kasumi. Le client souriait à pleines dents avant de s'éclipser de la pièce sans que personne ne puisse réagir.
