Bonjour à tous, voici le dernier chapitre de cette première affaire. J'espère qu'elle vous a plu ainsi que les suivantes. Je vous souhaite une bonne lecture.
Chapitre 4 : Confrontations
Lin et Naru furent les premiers sur place et constatèrent en effet que la pièce était recouverte de sang des murs au plafond. Ils demandèrent aux employés de ne pas s'en approcher jusqu'à nouvel ordre. La base fut improvisée en refuge pour ceux qui devait rester la nuit. Pour le reste, ils avaient été évacués par mesure de sécurité. Moins il y avait de personnes dans l'hôtel, mieux cela serait. Puis la SPR forma des petits groupes comme dans l'après-midi pour faire le tour de l'hôtel.
Lorsque John et Mai descendirent, la température ne devait pas excéder les dix degrés. Cela arracha un frisson à la jeune fille qui frotta ses bras nus pour se réchauffer. L'australien passa le premier et se rendit directement dans la chaufferie. L'instinct de Mai l'alertant d'un danger imminent. Malgré cela, ses jambes lourdes et tremblantes la menèrent à sa destination. Au moment où elle franchit la porte, un rire familier retentit dans la cage d'escalier avant qu'une porte claque au loin. Mai voulut se tourner vers John mais la lumière s'éteignit. Elle tenta d'actionner l'interrupteur, sans succès cependant. La panique commençait à l'envahir, transformant ses muscles en coton.
- Il faut que nous sortions d'ici, dit John en revenant sur ses pas.
Des pleurs se firent entendre un peu plus loin dans la pièce. Des pleurs d'une femme. Tout les sens en alerte, Mai prit une grande inspiration, se tenant prête à courir à tout moment. Elle sentit un mouvement près d'elle ce qui la décida à sortir de la chaufferie sans plus attendre. Croyant que John la suivait, elle entreprit de monter l'escalier mais la jeune fille se rendit compte qu'elle n'entendait pas de bruit derrière elle. Seuls les pleurs se répercutaient dans la pièce souterraine.
- John ? L'appela-t-elle.
Pas de réponse.
- Tout va bien ? Réitéra-t-elle en esquissant un mouvement pour avancer.
Soudain, des pas rapides vinrent dans sa direction.
- Allons-y, dit la voix du prêtre.
Mais il y eu un bruit sourd, ce qui la stoppa net dans ses mouvements. Les pleurs cessèrent alors qu'un silence angoissant s'installait.
- John ?
Le silence lui répondit. La panique commençait à faire tambouriner son sang contre ses tempes alors que le froid lui faisait claquer des dents. La jeune fille avança à tâtons jusqu'à buter dans quelque chose qui la fit tomber. Sa main rencontra des cheveux.
- John !
Tout à coup, elle entendit des voix derrière la porte en haut de l'escalier. Parmi elles, Mai reconnut celle de Bou-san qui l'appelait.
- John est inconscient, leur cria la jeune fille en tentant de tirer son ami vers la sortie.
Elle parvint à faire à peine un mètre avant qu'un vent froid tourbillonne autour d'elle et la pousse violemment au sol. Les pleurs revinrent, plus forts cette fois. Le moine continuait à l'appeler à travers le panneau de bois. Alors qu'elle allait se relever, une main aussi froide qu'un glaçon entoura sa cheville ce qui la déséquilibra et la fit tomber. Puis, l'esprit commença à la faire glisser sur le sol fesse contre terre. Elle hurla. Un rire rauque se distingua des pleurs. Ses jambes effectuèrent des mouvements dans l'air pour se libérer, en vain. Alors elle passa à une autre méthode.
- Rin Pyou Tou Sha … commença à réciter Mai lui permettant de se libérer.
Et celle-ci d'en profiter pour rejoindre John. Mais le vent froid la percuta une nouvelle fois. Il ne parvint cependant pas à la faire tomber grâce au mantra. Avec tout le courage qui lui restait, elle se tourna vers l'escalier visible grâce au rectangle de lumière autour de la porte et courut dans sa direction. Ses poings frappèrent le panneau de bois à s'en faire mal tandis que Bou-san et d'autres personnes essayaient de l'ouvrir. Comme Mai focalisait ses efforts à l'ouverture de la porte, les esprits pouvaient aisément l'atteindre. Un grognement ressemblant à celui d'un animal lui effleura l'oreille en même temps qu'un souffle putride. Mai priait de toutes se forces, acculée contre la porte.
Tout d'un coup, la porte céda. La jeune fille sentit des bras la réceptionner avant qu'elle n'atteigne le sol. Bou-san se mit devant la porte ouverte et récita une prière qui firent reculer les esprits jusqu'à les faire disparaître. La lumière se ralluma quelques secondes après.
En levant la tête, Mai vit le visage de Naru au-dessus d'elle alors qu'elle était allongée sur ses jambes. Toute colère contre lui envolée, elle enfouit son nez dans le pull de son patron et pleura de tout son saoul.
John reprit conscience dans la base. Seule une bosse et une petite égratignure sur l'arrière de son crâne était à déplorer. Le soulagement fit s'effondrer Mai sur une chaise tandis qu'Ayako continuait à prendre soin de lui.
- J'ai trouvé ceci à côté de John, déclara Lin en le tendant à Naru.
Mai fronça les sourcils en apercevant le serre-livres qu'elle avait l'impression d'avoir déjà vu. Le narcissique le tourna, dévoilant du sang séché sur l'arrête du socle. C'était cet objet qui avait assommé John. La jeune fille avait déjà raconté ce qui s'était passé. Son esprit se concentra sur un détail dont elle avait fait part aux autres et sur lequel ils n'avaient pas eu le temps de s'attarder dans le sous-sol. Elle avait reconnu la voix du client juste avant que la porte claque et que les phénomènes commencent à se manifester. La question était de savoir s'il était à l'origine de tout cela. En avait-il réellement le pouvoir ? Mai était certaine que le client n'était pas dans la pièce après que la porte s'était fermée. Elle n'avait entendu personne descendre l'escalier.
Absorbée par ses pensées, elle ne se rendit pas tout de suite compte qu'à travers l'interstice des portes de la base, quelqu'un y avait glissé son visage et l'observait depuis quelques minutes déjà. Elle n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il disparut aussitôt. Bou-san se leva d'un bond, ayant visiblement assisté à la scène.
- Le client ! Cria-t-il avant de s'éclipser dans le couloir.
Lin et Naru le suivirent en courant. Grâce aux caméras, les autres purent voir l'homme étrange se diriger vers les chambres de l'équipe avant d'être intercepté par le moine qui le plaqua au sol. Mai partit les rejoindre suivie de près par le reste de la SPR et de M. Kasumi.
Lorsqu'ils arrivèrent, le client était agenouillé par terre et tournait la tête dans tout les sens en débitant des paroles incohérentes en continu. Puis il se pencha jusqu'à poser sa tête par terre avant de hurler de toutes ses forces.
- De toute façon, ils méritent ce qu'il leur est arrivé !
Mai s'approcha doucement de lui mais Naru la retint par le bras. Toutefois, elle se défit de sa poigne pour se pencher vers l'homme.
- Qui ? Commença-t-elle en étant la plus douce possible. De qui parlez-vous ?
Tout en gardant la tête contre le sol, le client tourna son regard dément vers elle. Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'il donne sa réponse.
- Eux.
Ses yeux se posèrent sur une grande photo en noir et blanc encadrée accrochée sur le mur à quelques centimètres de Lin. Ils découvrirent le portrait d'un couple entouré par deux enfants d'environ dix ans dans leur tenue traditionnelle. Lorsqu'ils reportèrent leur attention sur le client, celui-ci en avait profité pour s'enfuir. Le moine n'eut pas le temps de le rattraper puisque l'homme s'enferma dans sa chambre à double tour. À travers la porte, Mai put entendre les sanglots de l'homme. Tout en s'épongeant le front, M. Kasumi leur fit signe de s'éloigner d'ici.
- Qui est-il ? Demanda aussitôt Naru, sur un ton accusateur. Il semble en savoir plus que ce qu'il ne veut bien avouer.
Le propriétaire se pinça la lèvre.
- En réalité, nous ne savons rien de lui.
- Pourtant, il vient ici depuis des années, remarqua Naru.
- Il ne vous a jamais posé de questions à propos des meurtres qui se sont passés dans cet hôtel ? Intervint Bou-san.
- Non. Il a toujours été quelqu'un de discret. Je le connais depuis que je suis petit et je crois ne l'avoir entendu tenir une conversation de plus de trois phrases.
- Vous souvenez vous à partir de quand a-t-il commencé à venir ici ?
M. Kasumi se tourna vers Naru en faisait mine de réfléchir.
- Il me semble qu'il venait avant même que mes parents achètent cet hôtel. Je crois aussi que le précédent propriétaire le connaissait.
Devant les mines interrogatives de la SPR, il précisa.
- En réalité, il y a eu trois générations de propriétaires avant moi. Le premier couple de meurtriers puis un entrepreneur qui possédaient déjà d'autres hôtels dans tout le Japon et qui, après seulement deux ans, a finit par le vendre à mes parents. Ensuite, j'ai pris leur suite.
Les autres hochèrent la tête. Les sanglots redoublèrent, les faisant se retourner. Puis après avoir échangé un regard, ils descendirent dans la base. Plusieurs heures passèrent et la nuit commençait à passer au jour suivant. Les jumelles qui étaient restées leur avaient préparé le thé et avaient apporté des petits gâteaux comme ils n'avaient pas eut le temps de manger. Mai ne toucha même pas à sa boisson chaude. Elle était enfoncée dans le canapé aux côtés de John et de Masako et gardait les yeux dans le vide sans penser à rien. Ce fut pour cette raison que la voix du propriétaire la fit sursauter.
- Que diriez-vous d'aller vous détendre un peu ? Je sais qu'il est tard mais mon hôtel possède des bassins d'eau chaude. Vous pouvez vous y rendre autant que vous le souhaitez.
Cette idée la ragaillardit. Elle coula un regard vers son patron. Celui-ci était concentré sur ses données informatiques avec son assistant et ne semblait pas avoir suivi la conversation. Elle croisa les yeux compatissants de M. Kasumi dont le sourire bienveillant se dessinait sur son visage.
- Je ne pense pas que Naru voit un inconvénient à ce que nous nous détendions, pas vrai ? Intervint Ayako en attirant l'attention du narcissique.
- Vous faites ce que vous voulez, répondit celui-ci sans se retourner.
La prêtresse se leva.
- Bien évidemment toi et Lin ne viennent pas avec nous, n'est-ce pas ?
Il daigna enfin lui adresser un regard. Sauf que celui-ci était aussi noir que le charbon. Mai se leva à son tour.
- Merci, dit-elle simplement au propriétaire.
- C'est tout à fait normal. Gaiya va vous accompagner et vous fournir ce dont vous avez besoin et moi je m'occupe des hommes.
Bou-san, John et M. Kasumi quittèrent la pièce puis tournèrent à droite pour prendre la direction du bassin dédié aux hommes. Masako, Mai et Ayako suivirent Gaiya. au fond du couloir de gauche. Le moment de détente fut agréable. Les trois femmes purent discuter librement, avec l'intervention de Bou-san et John de l'autre côté de la paroi qui les séparaient. La jeune fille oublia les évènements récents pendant l'espace d'une heure. Puis il fut temps de sortir du bassin puisqu'il se faisait tard et qu'ils s'endormaient dans l'eau chaude. Pour rejoindre la base, elles retraversèrent le couloir. Toutefois, Mai fit tomber ses chaussons qu'elle n'avait pas voulu remettre et ils glissèrent sur le parquet jusqu'à l'une des portes ouvertes. Son regard se posa sur le jardin illuminé sous le ciel parsemé d'étoiles. Elle s'aventura dehors malgré la brise fraîche et inspira l'air en fermant les yeux.
- Ce jardin est vraiment magnifique, dit Masako derrière elle.
- Il dégage une atmosphère presque magique, fit Ayako à ses côtés.
Mai rouvrit les yeux pour profiter du spectacle. Elle ne pouvait qu'être d'accord avec elles. Un sourire fendit son visage.
- Il est tard. Nous devrions aller nous reposer, dit une voix grave, les faisant sursauter.
Elles se tournèrent dans un même mouvement. Naru se tenait dans l'embrasure de la porte. Seul son visage pâle était visible, ses vêtements sombres le faisant ressortir. Elles acquiescèrent avant qu'il disparaisse aussi vite qu'il était apparu.
- Naru est toujours aussi … commença Ayako en cherchant un mot qui ne sonnait pas comme une insulte.
- Sérieux ? Froid ? Proposa Mai qui avait d'autres qualificatifs bien plus désagréables mais se gardait bien de les dire.
- En tout cas, c'est quelqu'un d'exceptionnel. Un expert dans son domaine, répliqua Masako les sourcils froncés.
Ayako et Mai ne pouvaient la contredire. Il était certain que ce jeune homme était un expert et bien plus. Un scientifique menant des recherches avancées à son âge pouvait même être appelé un génie. Mais cela, il ne fallait pas lui dire. Sinon, son égo déjà démesuré aurait l'occasion de gonflé davantage.
- Dites-moi les filles, où en êtes-vous avec lui ? Lança Ayako, taquine. Vous vous êtes un peu rapprochée de lui ?
Mai rougit de plus belle alors que Masako se drapait dans sa dignité en se cachant derrière sa manche de kimono. Elle se redressa de toute sa hauteur en passant devant la rousse.
- Nous avançons bien, lui et moi, répondit la médium avant de s'éclipser dans le couloir.
Ayako tourna son regard vers Mai dans une attitude qui voulait lui dire : « et toi ? ». La jeune fille imita la petite brune.
- Nous avançons bien, lui et moi.
Et celle-ci de disparaître à son tour dans le couloir. Derrière elle, elle entendit Ayako éclater de rire.
Jour 3 – Day 3
Mai se trouvait encore dans le hall de l'hôtel. Cette fois, elle n'était pas seule. Naru se tenait droit comme un i dans une tenue traditionnelle face à elle. En s'inclinant légèrement, il lui adressa un sourire avant de s'éloigner dans la direction opposée. Quelqu'un était aux côtés de la jeune fille mais cette dernière n'arrivait pas à distinguer ses traits. Cette personne devait être un homme au vu de son kimono. D'ailleurs, elle aussi en portait un, assorti au sien. Son compagnon lui prit la main et ils suivirent Naru. En croisant un miroir, Mai aperçut ses cheveux étrangement longs dans une coiffure sophistiquée. Plusieurs éléments du décor lui indiquèrent l'époque dans laquelle elle se trouvait. Des journaux posés sur une table basse du salon ou encore le calendrier au niveau de la réception dataient tous de l'année 1910. Et quelques clients qu'elle put voir portaient tous des vêtements de l'époque.
Ensuite, leur guide les mena dans la salle à manger dans laquelle ils s'installèrent. Lorsque l'homme qui l'accompagnait s'assit en face d'elle, Mai découvrit qu'il avait le visage de Naru. Celui-ci lui sourit en lui prenant la main. Le regard de la jeune fille se posa sur leurs mains entrecroisées. L'anneau surmonté d'une petite pierre brillait autour de son annulaire gauche.
Le décor changea et la jeune fille se trouva dans un futon aux côtés de son mari dans une des chambres de l'hôtel. Un bruit à l'extérieur l'alerta. Elle se leva et se déplaça discrètement vers la fenêtre ouverte. Ses yeux s'écarquillèrent alors que l'homme laissait tomber le corps devant une petite porte en dessous de la fenêtre du rez-de-chaussée. Elle sortit de la chambre sans réveiller son mari et se rendit dans le jardin. De plus près, le corps formait un angle étrange. Des bras l'encerclèrent et la bâillonnèrent avant qu'elle n'ait le temps de réagir. Elle cessa de lutter contre la force de l'autre personne qui eut raison d'elle. Puis, elle perdit connaissance.
Lorsqu'elle se réveilla, Mai sentit des cordes très serrées autour de ses poignets coincés entre elle et le sol. Un linge l'empêchait de parler. Elle tourna son regard paniqué dans tous les sens. La cheminée de la chaufferie n'était pas condamnée comme dans son souvenir. Elle était bel et bien en état de fonctionnement puisque des flammes crépitaient furieusement dans son âtre. Leur chaleur faisait transpirer la jeune fille. À moins qu'il s'agît de la peur ?
À quelques mètres d'elle, elle entendit quelqu'un s'affairer. Deux silhouettes se détachèrent de l'obscurité et s'approchèrent dangereusement d'elle. Soudain, un cri lui fit tourner la tête. Une femme aux longs cheveux vêtue d'un pyjama se tenait en face de lui. Elle tenait sa tête entre ses mains tout en contemplant le feu avec effroi. Puis son expression se fit plus dure en se tournant vers Mai.
- C'est ici qu'ils nous ont tous tué.
Puis des mains l'attrapèrent et la jetèrent dans le feu.
Mai se réveilla en hurlant. Ayako et Masako se tenaient au-dessus d'elle comme si cela faisait un moment qu'elle tentait de la réveiller.
- Mai ? Tenta la rousse, un peu fort. Est-ce que tu vas bien ?
La jeune fille eut le réflexe de se redresser pour s'asseoir au risque de se prendre de plein fouet les fronts de ses amies qui reculèrent d'un bond.
- Je vais chercher de l'aide, entendit la jeune fille alors que l'une d'elle s'éloignait.
- Tout va bien. C'est fini, la rassura Ayako alors qu'elle lui frottait le dos.
Mais la jeune fille ne bougeait plus et avait le regard dans le vide. Elle sentait encore les flammes cauchemardesques autour d'elle.
- Qu'as-tu donc rêvé cette fois ?
Mai sembla se réveiller en reconnaissant la voix près d'elle. Dans un état second, elle tourna la tête vers Naru, agenouillé près d'elle.
- Tiens, fit John en lui tendant une tasse de thé fumante.
Elle la lui prit doucement. Son regard se perdit dans le liquide dont la surface reflétait son visage pâle.
- Mai ? L'appela Naru.
Ses yeux rencontrèrent à nouveau les siens.
- J'ai vécu les dernières heures d'une femme tuée par les propriétaires.
Et elle le leur raconta, en omettant bien évidemment la présence de Naru.
Quelques heures plus tard, la SPR se réunit dans la base avant les exorcismes finaux. Naru pensait que si John exorcisait le serre-livres, cela libérerait l'esprit à l'intérieur qui devait être celui d'un des premiers propriétaires. De ce fait, ceux-ci pourraient être purifiés dans un deuxième temps. Ensuite si l'hypothèse du jeune scientifique s'avérait exacte, les esprits des victimes coincées en bas à cause de leurs meurtriers disparaîtraient en même temps.
Sauf qu'ils n'arrivaient pas à remettre la main sur le serre-livres depuis qu'ils s'étaient levés. Et cela mettait le patron de Mai de mauvaise humeur. Les membres de la SPR et de l'hôtel avaient beau chercher partout, l'objet était introuvable.
Mai n'allait pas très bien, ressentant tantôt des nausées tantôt des vertiges. Ayako l'accompagna se reposer dans leur chambre après avoir prévenu tout le monde. Les volets étaient restés fermés ce qui empêchait totalement le passage du soleil. La prêtresse alluma la lumière. Mai esquissa un pas pour entrer à son tour mais son amie l'en empêcha.
- Que faîtes-vous, là ? Demanda Ayako, d'une voix sévère.
Surprise, Mai se mit sur la pointe des pieds pour voir ce qui se passait. Toutefois, elle n'en eut pas le temps puisqu'une ombre la percuta et la miko s'élança à sa poursuite très rapidement avant qu'elle ne puisse réagir. Pantoise, la jeune fille tourna la tête vers la chambre et remarqua quelque chose entre les futons pliés les uns sur les autres. Elle y glissa sa main et rencontra un objet qu'elle n'identifia pas tout de suite. Lorsqu'elle l'extirpa, une poupée en tissu cousue grossièrement dont les membres pendaient mollement reposait dans sa paume. Un fil noir dessinait son visage dans une expression figée qui lui fit froid dans le dos. Elle se releva puis se rendit au rez-de-chaussée. Au pied de l'escalier, elle retrouva les autres membres de la SPR qui encerclaient le client terrorisé. Tous les regards se tournèrent vers elle alors qu'elle tendait la poupée à Naru.
- Qu'alliez-vous faire de ceci ? Vous vouliez faire du mal à mes amies ? S'écria Bou-san en agrippant le col du client. Parlez !
- Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire cela, tenta vainement M. Kasumi.
Misérable, l'homme se mit à pleurnicher dans les mains du moine. Dégoûté, celui-ci le lâcha sans pour autant s'éloigner de lui.
- Allons voir ce que nous pouvons trouver dans sa chambre. Il a certainement fabriqué d'autres poupées. Nous trouverons peut-être le serre-livres avec un peu de chance, décida Naru. Mai et Lin avec moi, les autres restez avec lui le temps que nous revenions, ajouta-t-il à l'adresse de Bou-san qui hocha la tête avant d'empoigner l'homme par le bras.
- Je viens avec vous, annonça M. Kasumi en suivant Naru et ses deux assistants qui montaient l'escalier.
La chambre était en désordre. Le futon était un fouillis de couverture au milieu de la pièce et la table basse et deux coussins avaient été poussé contre le mur. À côté de ce dernier, la porte d'un placard était ouverte alors que son contenu s'était déversé sur le sol comme si le client avait cherché quelque chose dedans dans la précipitation. Une odeur de renfermé régnait comme le client rechignait à ce que les employés viennent y faire le ménage et à ouvrir la fenêtre pour aérer. Ce fut le premier réflexe de Naru d'ailleurs.
Mai posa ses poings sur ses hanches tandis qu'elle observait les autres à l'œuvre. Où avait-il bien pu cacher le reste de ses poupées ? Et le serre-livres dans tout cela ? Lin et M. Kasumi s'occupaient de chiner dans le placard ouvert tandis que Naru secourait les couvertures du futon. Le regard de Mai parcourra la pièce. Cela faisait des années que le client occupait cette même pièce. Il avait eu amplement le temps d'y faire des aménagements sans que personne ne le sache. Son attention se porta donc sur le sol. Elle le regarda en détail en passant sa main sur des endroits qui lui paraissait suspect. Mais il n'y avait rien d'anormal. Alors elle observa le plafond qui ne donna pas non plus de résultat. Du coin de l'œil, la jeune fille vit que Naru la dévisageait, ne comprenant sous doute pas son comportement. Elle n'y prêta pas attention longtemps pour se concentrer sur les murs nus et réguliers. S'il ne s'agissait pas du sol, des murs ou du plafond alors cela ne pouvait qu'être … Mai se tourna vers Lin et M. Kasumi qui avaient vidé le contenu du placard et qui n'avaient rien trouvé de suspect au vu de leurs mines déçues. Oui, les placards pouvaient aisément dissimuler un coffre fort ou une petite trape. Combien de fois gamine elle rêvait de cacher ses jouets préférés dans un coffre dans le mur de son placard ?
D'un pas décidé, Mai tira sur la poignée de la deuxième porte de placard qui coulissa sur la droite révélant un joyeux bazar où se mêlaient diverses sortes d'objets. Patiemment, elle commença à vider chaque étagère pour finalement confirmer sa théorie. Au niveau de la troisième étagère, une petite porte s'ouvrait sur une boîte en métal abîmée qui portait une marque célèbre de biscuits. Le silence derrière lui indiqua que ses collègues et le propriétaire de l'hôtel avaient arrêté les recherches. Mai prit la boîte.
- Vous avez trouvé, constata la voix soulagée de M. Kasumi dans son dos.
Elle rencontra les regards curieux des trois hommes. Sa curiosité était également piquée, devait-elle l'avouer. Elle ouvrit le couvercle qu'elle déposa à côté de ses jambes repliées et déversa le contenu. Plusieurs poupées identiques à celle qu'elle avait trouvé dans sa chambre tombèrent sur le tatami puis un objet plus lourd rencontra le sol dans un bruit sourd.
- Finalement, c'est vraiment lui qui a volé le serre-livres, dit le propriétaire, dépité. Et ce sont bien ses poupées.
- Inutiles quand nous ne possédons pas le pouvoir adéquat, intervint Naru.
- Mais pourquoi a-t-il fait cela ? Demanda M. Kasumi qui semblait encore avoir du mal à y croire.
- Il voulait nous ralentir dans notre enquête et croyait sûrement que ces poupées fonctionneraient sur nous, interpréta Lin en observant une poupée qu'il avait dans ses mains.
La taille des aiguilles plantées dedans fit loucher Mai.
- Retournons à la base. Cet homme nous en dira davantage, déclara Naru en quittant la pièce.
Sur le chemin, Mai se mit à sa hauteur.
- Tu crois qu'il a le pouvoir de les utiliser.
L'expression du visage de son patron forma un rictus méprisant.
- Certainement pas.
Arrivé dans la salle de réception, le jeune homme fourra sous le nez du client la boîte pleine de poupées et le serre-livres sans plus de cérémonie.
- Qu'avez-vous à nous dire à propos de cela ? Dit Naru d'un ton glacial.
Mai voyait presque la colère émaner de lui telle une aura meurtrière. L'homme aux cheveux gris ouvrit de grands yeux puis les baissa sur ses mains qu'ils trituraient sur ses genoux. La culpabilité pouvait se lire dans son regard. Le silence répondit à Naru. Avant que quelqu'un d'autre bouscule le pauvre homme, le propriétaire prit les devants. Il s'accroupit devant lui en lui adressant un regard compatissant.
- Je vous en prie, M. Kureji, commença-t-il avec douceur. Expliquez à ces personnes la raison de votre comportement. Expliquez-nous pourquoi vous semblez lié aux événements qui affectent cet hôtel.
Quelques secondes passèrent sans que l'homme n'esquisse le moindre geste. Mai se demanda même s'il avait arrêté de respirer. Puis M. Kureji, puisqu'il s'agissait de son nom, leva des yeux larmoyants vers l'homme en face de lui.
- C'est une longue histoire, dit-il d'une voix trainante.
- Nous sommes là pour l'entendre, répondit M. Kasumi toujours sur le même ton calme.
Le client baissa à nouveau les yeux sur ses mains.
- Ça a commencé quand ma mère est morte.
Tout le monde était suspendu à ses lèvres.
- Comme vous devez le savoir les personnes qui ont bâtit cet hôtel était en réalité des meurtriers. Le couple avait une passion tordue mais non moins macabre. Ma mère était employée ici en tant que femme de ménage depuis quelques semaines avant que le drame se produise.
Il fit une pause pour reprendre son souffle.
- Un jour, elle a surpris leur jeu et en a subi les conséquences. Elle est morte bien bêtement. Mon père a voulu se venger.
Un sourire amer étira ses lèvres craquelées tandis que sa voix se faisait plus dur et forte.
- Alors il les a assassinés puis il s'est retrouvé en prison.
Son visage se froissa et sa bouche se tordit dans une grimace de dégoût alors qu'il semblait se perdre dans ses pensées.
- Alors vous êtes venu vous venger vous-même, conclut Naru.
M. Kasumi se détourna un peu de son client pour adresser un regard interrogatif à Naru. Celui-ci comprit sa question muette.
- Les phénomènes qui se manifestent actuellement n'est en aucun cas de son fait. Il a seulement brouillé les pistes avant que nous découvrions la véritable identité des esprits.
Le client releva vivement la tête mais ne dit rien. Le propriétaire de l'hôtel se releva en soupirant longuement et épousseta son kimono.
- Je pense qu'il est grand temps que vous retourniez chez vous et que vous viviez pour vous. Vous avez trop longtemps consacré votre vie à un objectif vain. Je vais vous accompagner moi-même jusqu'à votre chambre pour vous aider à rassembler vos affaires.
Il posa une main sur l'épaule de M. Kureji qui mit quelques secondes à sortir de son hébétement puis ils quittèrent la pièce en silence. Mais Masako laissa échapper une exclamation d'horreur.
- M. Kasumi est possédé par un esprit malveillant !
- Comment cela se fait-il que tu ne l'aies pas vu avant ? Demanda Bou-san, avec surprise.
- Je crois que c'est arrivé lorsque M. Kureji a raconté le meurtre de sa mère, répondit Masako en traversant la pièce. Vite ! Il ne faut pas perdre de temps.
Le reste de la SPR se dépêcha de courir après les deux hommes. Un cri retentit dans le couloir de l'étage. Mai ressentit un frisson parcourir sa peau tandis que la température ambiante chutait. Rapidement, ils les rejoignirent mais la scène qui s'offrait sous leurs yeux les firent s'arrêter net. M. Kasumi se tenait au-dessus de son client blessé au niveau du front. Ses bras étaient levés et tenaient le serre-livres sanglant. Visiblement, ils l'avaient interrompu dans son geste. Les yeux déments du propriétaire se posèrent sur l'équipe alors qu'un sourire tordu se dessinait sur ses lèvres. Un rire s'en échappa, le même que Mai avait entendu dans le sous-sol. Ce souvenir raviva sa peur. John entama une prière. Aussitôt, M. Kasumi laissa tomber l'objet en métal pour tenir sa tête entre ses mains en hurlant.
Bou-san attrapa par les épaules M. Kureji trop choqué par ce qui se passait et le mit à l'abri. Puis, le moine revint en arrière pour récupérer le serre-livres. Qu'il laissa tomber à son tour. Il secoua ses mains avec une expression de souffrance sur le visage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Mai en haussant la voix pour se faire entendre par-dessus les hurlements de M. Kasumi.
Bou-san lui montra ses paumes rouges.
- Il semblerait qu'un esprit ne soit pas content.
- Exorcise-le, ordonna Naru qui se mit à côté de Mai.
- Maintenant ? Tu es sûr ?
- Oui.
Le moine s'exécuta. Derrière eux, le propriétaire continuait de gesticuler en hurlant. Les exorcismes tenaient en haleine les autres membres de la SPR qui attendaient l'issue de la situation. Ayako se rapprocha du scientifique. Masako, manche devant le visage, la suivit tout en gardant ses yeux tournés vers les exorcismes.
- Que veux-tu que nous fassions ensuite ? Demanda la rousse, tendue.
Le narcissique, bras croisés, gardait une attitude parfaitement calme et se contenta de lui montrer M. Kasumi du menton. Celui-ci avait arrêté de hurler et s'effondra au sol. En même temps, le serre-livres produisit un bruit de flamme qu'on éteint puis se fissura. L'australien et le moine arrêtèrent leurs prières.
- Non. N'arrêtez pas les exorcismes. Ce n'est pas terminé, fit Naru en décroisant les bras.
Mai s'inquiéta du silence soudain et de l'étrange sensation qu'elle ressentait. Elle avait l'impression que quelqu'un se trouvait derrière elle mais lorsqu'elle se retourna il n'y avait personne. Un éclat sur sa gauche attira son attention. Elle découvrit son visage dans un miroir. En plus du sien, celui d'une femme la regardait par-dessus son épaule. Le bord de ses lèvres se recourbèrent dans un sourire terrifiant. Mai cria. Tout le monde se tourna vers elle, surpris. Un courant d'air froid tourbillonna autour d'elle alors qu'elle reculait.
- Attention, la prévinrent ses amis.
John la rattrapa de justesse avant qu'elle dévale l'escalier en arrière. Mais le courant d'air froid n'en avait pas fini. Il renversa Masako et M. Kasumi qui avait reprit conscience et qui se relevait. Un sifflement retentit dans le couloir. Lin appela ses shikis. Les fenêtres vibrèrent et Mai eut peur qu'elles se brisent. Au loin, elle entendit les portes se fermer dans des claquements sonores. Les membres de la SPR se rassemblèrent autour du propriétaire et du client et se positionnèrent pour les protéger. Soudain, un objet traversa le couloir obligeant tout le monde à se baisser.
- Le serre-livres ?! S'exclama Bou-san, surpris. Mais je croyais que ...
Le serre-livres vibra sur le sol et glissa lentement sur le sol comme si quelqu'un le déplaçait vers eux. Soudain, il vola à une vitesse vertigineuse sur Naru qui n'eut pas le temps de l'esquiver. Du sang coula de sa blessure.
- Lin utilise tes shikis pour les maintenir ici, je dois aller chercher quelque chose dans ma chambre, dit Bou-san avant de disparaître dans le couloir adjacent.
Lin siffla une seconde fois. Au loin, Mai put entendre la voix du moine maugréer contre la porte fermée d'une chambre. Un bruit sourd s'ensuivit. Alors qu'il se relevait, Naru semblait très en colère. Son pas déterminé fit se détourner légèrement Lin vers lui. L'attitude de son patron semblait l'inquiéter.
- Où est donc parti le moine ? Demanda Naru, d'un ton sec. On a besoin de lui !
- Qu'est-ce que j'entends ? On a besoin de moi ? Intervint une voix derrière Mai.
Bou-san courut entre ses collègues en tenant quelque chose dans ses mains. La jeune fille n'arrivait pas à voir de quoi il s'agissait.
- Laissez faire l'expert, cria-t-il en accélérant la cadence.
Il prononça une prière puis leva les bras avant de planter un vajra dans le serre-livres qui volait vers lui. Puis une lumière aveuglante envahit la pièce.
Jour 4 - Day 4
Mai se trouvait dans la camionnette noire en compagnie de son patron et de celle de son tout aussi silencieux assistant. Le trajet du retour s'annonçait aussi ennuyant que celui du départ. Naru et Lin échangeaient parfois mais leur conversation ne tournait qu'autour du travail. Alors la jeune fille fixait le paysage par la fenêtre. Il y avait de grandes chances pour qu'elle s'endorme comme la dernière fois. Une goutte de pluie s'écrasa contre le pare-brise. Le ciel bleu et ensoleillé avait laissé place à un amas de nuages noirs et menaçants.
- En rentrant, tu nous prépareras le thé, fit Naru, interrompant le fil de ses pensées.
Mai se redressa et leva un sourcil.
- Se pourrait-il que mon thé te manque ?
- Non. J'ai juste envie de prendre un thé en rentrant, c'est tout, répondit Naru, d'un ton qui n'incitait pas à continuer la conversation.
Mai n'insista pas mais intérieurement l'attitude du jeune homme la fit rire. Elle prit conscience qu'elle n'avait pas fait de thé durant leur enquête. C'était à chaque fois les employés de l'hôtel qui le préparait. Il était vrai qu'ils avaient été très occupés ces derniers jours, les manifestations s'enchaînant les unes derrière les autres. Cette enquête avait été courte mais intense. Sa conclusion l'avait été aussi.
En effet après l'intervention de Bou-san, les esprits du couple avaient disparu et les esprits prisonniers avec. Comme quoi, il ne fallait pas sous-estimer la puissance du moine. Cependant, il avait été décidé qu'ils resteraient jusqu'au lendemain pour s'assurer qu'ils étaient bien partis. Mais Mai s'était rendu compte que l'ambiance s'était allégée à l'intérieur de l'hôtel. Les employés avaient été beaucoup plus chaleureux et plus enclin à discuter avec l'équipe. Le commis qui lui avait fait du charme lui avait proposé de rester un peu plus longtemps mais elle avait refusé lui rappelant qu'elle avait des cours à suivre au lycée à Tokyo et qu'elle y avait un travail. Bou-san et Ayako l'avaient charriée avec cela toute la soirée ensuite. En passant par l'un des salons, Mai aperçut un serre-livres sur l'étagère du téléphone. Il était identique à celui qui avait été détruit. C'était sa paire.
Avant de se coucher, toute l'équipe ou presque – il ne fallait pas compter sur Lin et Naru pour cela – avaient pu profiter des sources thermales. Le réveil matinal avait été un peu difficile étant donné l'heure à laquelle Naru était venu toquer à leur porte, s'agaçant sur le fait qu'ils ne partiraient jamais à l'heure à cause d'elles. Mai s'était de nouveau disputé avec lui et la voilà à ses côtés pour de longues heures de route. Elle avait hâte de rentrer chez elle. Mais la jeune fille n'était pas au bout de ses peines puisqu'ils étaient censés arriver en début d'après-midi à l'agence. Là, elle serait obligée de faire un thé à son cher patron et trier les nombreux dossiers qu'elle n'avait pas pu faire quelques jours plus tôt. Cela s'annonçait réjouissant.
En attendant, la jeune fille posa la tête contre la vitre alors qu'elle observait le paysage filant. Puis elle s'endormit, rattrapant les quelques heures de sommeil perdues.
