Bonjour à tous. Je reviens avec cette nouvelle affaire qui se déroule dans un tout autre contexte. J'espère qu'elle vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de vos avis. Bonne lecture !


Affaire n°2 : Le Guerrier Ecarlate et le Loup Blanc – File 2 : The Scarlet Warrior and the White Wolf

Chapitre 5 : Le village

Mars, jour 1 – March, Day 1

Le silence était habituel dans ce village perdu dans le nord du pays du soleil levant. Mais ce jour-là, un incident brisa ce silence alors qu'une voiture traversait à vive allure ses ruelles désertes. En même temps les hurlements d'un loup raisonnaient de part et d'autre des habitations tel un signal d'alerte d'une menace imminente. Quelques habitants intrigués sortirent de leur maison pour suivre des yeux le véhicule quitter le hameau en laissant derrière lui une étrange fumée blanchâtre dont certains diront plus tard qu'elle formât une silhouette inquiétante d'un gros chien. Sinistre présage puisque quelques minutes plus tard, la voiture s'encastra dans un arbre centenaire au large et robuste tronc. L'un des conseillers du maire revenant du village voisin fut le seul témoin de la scène et des derniers mots du fuyard, à propos d'une ombre massive qu'il l'aurait suivie.

- Le guerrier écarlate …

L'homme acheva son histoire avec une petite touche de drame dans sa voix – il ne manquait plus que la lumière d'une lampe de poche en-dessous de son visage. Toutefois, l'effet n'aurait pas été le même que s'ils s'étaient trouvés dans l'obscurité d'une pièce plutôt qu'en plein jour dans la rue, comme c'était le cas.

- Chomei, appela une femme apparaissant soudain derrière l'homme.

Elle jeta un coup d'œil à la SPR qui écoutaient l'histoire de Chomei dont elle tira le bras avec empressement.

- Il faut y aller, chuchota-t-elle.

Immédiatement, l'expression de Chomei se fit craintive, prenant soudainement conscience de quelque chose. Puis quelques secondes plus tard, il se tourna vers eux en leur adressant un sourire sans joie.

- Vous ne devriez pas venir fouiner par ici. Sinon qui sait ce qui pourrait arriver.

Non sans avoir jeté un regard alentour, il suivit la femme avant de disparaître dans la rue adjacente. Un silence dubitatif s'installa alors que la SPR observait encore l'endroit où avait disparu le villageois. L'homme aux côtés de Lin se racla la gorge, visiblement mal à l'aise.

- Les habitants sont hostiles aux personnes ne venant pas de leur village. Néanmoins, il n'est jamais rien arrivé aux étrangers jusqu'à maintenant, les rassura-t-il.

Mai tourna son attention sur lui. Il s'agissait de M. Masayoshi, l'agent de police chargé de l'enquête de disparitions et de meurtres dans le village de Kimyona, celle-là même dont elle avait entendu parler à la télévision lors de son séjour à l'hôtel KIRIBA. Cela faisait déjà plusieurs années que l'enquête avait débuté mais aucune conclusion n'avait pu être donné. Au fil du temps, les quatre autres agents qui étaient aussi sur l'affaire furent affectés sur d'autres enquêtes. Pourtant, M. Masayoshi s'obstinait, persuadé que la solution se trouvait à sa portée malgré les années écoulées.

Lors de la première année après que ses collègues aient désertés les lieux, M. Masayoshi s'était rendu à l'évidence qu'il ne prenait peut-être pas les choses sous le bon angle, même si certains éléments pouvaient faire penser à une intervention humaine. Ayant passé toutes les hypothèses scientifiques et rationnelles, l'agent de police s'était donc tourné vers ce qu'il avait toujours trouvé ridicule : le surnaturel. Se faisant, il avait fini par faire appel à la SPR.

Depuis qu'il enquêtait dans le village, M. Masayoshi avait eu à gérer pas moins d'une quinzaine de meurtres sans jamais comprendre ce qui s'était réellement passé ni en éviter un seul. Pourtant, la prochaine victime était toujours connue à l'avance par le cadavre d'un animal accroché à sa porte. Malgré les dispositifs de protection, la personne disparaissait toujours avant d'être retrouvée morte, égorgée ou éventrée avec l'expression du visage figée de peur. Même si l'agent de police était présent depuis longtemps les habitants le considéraient toujours comme un étranger et l'évitait autant que possible. Ainsi, il lui était difficile de recueillir des témoignages. Les quelques habitants de Kimyona qui avaient daigné lui répondre, parlaient d'apparitions d'un guerrier « écarlate » et d'un loup au pelage immaculé. Lui-même ne les avait jamais vu mais il avait pu constater d'étranges hurlements de loup avant un meurtre.

Toutefois, le dernier décès en date avait dévié du schéma habituel comme l'avait expliqué Chomei, ce qui lui avait valu un reportage à la télévision locale. Mai l'avait vu comme l'hôtel KIRIBA ne se trouvait pas loin. Ce que n'avait pas dit le villageois, c'était que l'homme avait remis en cause la légende de ce village avant d'être retrouvé mort.

- Parlez-nous de cette légende, demanda Naru. S'il vous plait, ajouta-t-il alors que Lin lui jetait un coup d'œil.

Lin, Bou-san et Mai suivaient Naru et l'agent de police qui les menait vers la mairie pour qu'ils rencontrent le chef de Kimyona. Leurs autres collègues de la SPR avaient eu des empêchements qui les retenaient dans les quatre coins du pays.

- Elle se déroule lors de la période Edo, au début du dix-sept siècles. Un groupe de samouraïs pillaient et dévastaient tous les villages qui croisaient leur route. L'homme à sa tête était surnommé le guerrier écarlate en raison de son armure entièrement tachée de sang. Lorsque le chef de notre village eu vent de leur arrivée imminente, il décida d'aller voir une femme qui avait la réputation de provoquer d'étranges phénomènes et que tout le monde appelait sorcière. Elle leur offrit la protection d'un esprit qui se manifestait sous la forme d'un loup blanc. Cela fonctionna et ils n'entendirent plus jamais parler du guerrier écarlate.

M. Masayoshi leur indiqua un morceau de tissu accroché au niveau de la cheminée d'une petite maison sur leur droite. Dessus était représenté un loup blanc.

- Les habitants vouent un véritable culte au loup blanc.

- Et lorsqu'ils disent ou font quelque chose à son encontre, ils en paient les conséquences ? Demanda Bou-san.

- C'est ce qui est arrivé à Hide Giseisha dernièrement. Sa famille est retranchée chez elle et ne souhaite plus aucun contact avec qui que ce soit.

- Avez-vous pu voir ce guerrier ou ce loup ? Questionna Naru.

- Non jamais, répondit M. Masayoshi.

- Un guerrier écarlate, un loup blanc, une sorcière, … On dirait un conte pour enfant, remarqua Bou-san.

- Mais qui fait peur, ajouta Mai en réprimant un frisson.

Le silence retomba alors qu'ils continuaient à traverser Kimyona dans les ruelles étroites bordées de maisons ouvragées collées les unes aux autres, souvent recouvertes par des plantes grimpantes. Mai avait déjà visité des villages dans ce style et aimait s'y promener. Cependant, ce que venait de raconter l'agent de police estompait le charme de l'architecture. Au bout de quelques minutes, M. Masayoshi reprit la parole.

- Je doute que les villageois vous accueillent à bras ouverts. Je vous ai trouvé un hôtel à à peine cinq kilomètres d'ici.

- Mon équipe et moi-même avons l'habitude de loger sur place pour pouvoir enquêter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, répondit Naru. Il s'agit d'être efficient dans notre observation afin de prendre les mesures adéquates par la suite.

Mai haussa un sourcil devant autant de mots difficiles. Heureusement, elle se trouvait derrière lui ce qui empêchait son patron de se moquer encore de sa dite « stupidité ».

- Je comprends, acquiesça l'agent de police. Nous parlerons de tout cela au maire directement dans ce cas.

Il montra du menton une bâtisse un peu plus grande que les autres au bout de la rue. En quelques pas, ils s'y rendirent. A la hauteur de la superficie du village, la mairie pouvait se confondre avec une maison seulement un peu plus grande que les autres. Une secrétaire les firent attendre sur des sièges en plastique à côté de la porte du bureau du maire. Lorsque la réunion se termina, quelques personnes sortirent et adressèrent à peine un regard à l'équipe et à M. Masayoshi. Dès que la dernière personne fut sortie, ce dernier entra sans plus tarder avec la SPR. La pièce était un rectangle dont l'espace avait été comblé par un bureau et ses chaises ainsi que plusieurs armoires de rangements qui cachaient les murs et réduisait amplement l'espace.

- Bonjour, Messieurs, Dames. Je vous souhaite la bienvenue à Kimyona, les accueillit un petit bonhomme rond et moustachu. Matsuo Narida, je suis le maire de ce village, ajouta-il en s'inclinant respectueusement puis il désigna les deux hommes derrière lui qui l'imitèrent. Voici mes deux conseillers, Razan Ichikawa et Sen Nigao.

Naru ouvrit la bouche mais le maire fut plus rapide.

- Combien de temps restez-vous ? Comprenez-nous, la visite de la police et maintenant d'une agence de surnaturel ne font pas une bonne publicité pour notre village.

- Nous enquêterons aussi longtemps que vous nous le permettrez, répondit le jeune patron.

- Bien.

Mai vit que M. Narida faisait tous les efforts possibles pour ne pas paraître désagréable. Néanmoins, l'attitude des deux hommes derrière lui était claire.

- Sera-t-il possible de louez deux ou trois chambres dans l'auberge de Mme Yamanaka ? Voyez-vous, il leur serait plus facile d'enquêter s'ils se trouvent sur place en permanence.

Le visage du maire eut un tic nerveux.

- Et de conclure enfin l'enquête, ajouta M. Masayoshi.

L'expression de l'homme se décrispa légèrement pour prendre un air plus jovial.

- Bien entendu. M. Nigao va se charger de passer un appel à Mme Yamanaka. Vous pouvez d'ores et déjà vous y rendre comme cela vous pourrez tout de suite vous installer.

Le conseiller s'éclipsa aussitôt.

- Merci beaucoup, intervint Naru. Lors de notre séjour, nous aurons besoin de vous poser quelques questions. Quelles sont les horaires pendant lesquelles nous pouvons vous rendre visite ?

- À l'auberge, il y aura un téléphone que vous pourrez utiliser pour appeler ma secrétaire. Elle vous indiquera à quel moment nous pourrons-nous entretenir, expliqua l'homme à la moustache alors que M. Nigao revenait en confirmant la réservation.

Il se dirigea vers la porte qu'il ouvrit.

- Bien, comme tout est décidé, nous vous laissons vous diriger vers l'auberge qui se trouve de l'autre côté du village. Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous, reprit-il alors que l'agent de police et la SPR sortaient. Je vous souhaite une bonne soirée.

Et il ferma la porte.

- J'ai comme l'impression de m'être fait jeter dehors, marmonna le moine.

M. Masayoshi qui ne l'entendit pas se dirigeait déjà vers la sortie et les guida tranquillement vers l'auberge. Après toutes ces années à sillonner les rues, ils en connaissaient les moindres recoins. L'auberge avait la même architecture que les autres, simples, petites et mitoyennes. Quand ils entrèrent, les regards des hommes assis autour du comptoir du bar se posèrent sur eux. Ils étaient inquisiteurs et leur silence pesant n'admettait aucun doute quant à leur ressentiment envers eux. Un petit bout de femme sortit d'une pièce derrière le comptoir.

- Bonsoir, Mme Yamanaka, la héla l'agent de police. Voici vos nouveaux clients.

- Bonsoir, répondit la femme.

Son visage ne montrait aucune expression mais son attitude figée et tendue traduisait ce qu'elle pensait d'eux. Elle posa les verres qu'elle tenait dans ses mains et se dirigea vers eux sans se presser.

- Je vais vous montrer vos chambres.

Mai échangea un regard avec Bou-san. Ils montèrent un escalier en bois grinçant jusqu'au premier palier. Là, elle les mena jusqu'à deux chambres sombres mais confortables. L'une contenait un lit double et un lit simple alors que l'autre plus petite n'avait qu'une seule couchette. Ils la remercièrent alors qu'elle redescendait sans un mot. M. Masayoshi en profita pour s'en aller aussi devant l'heure tardive. Mai se tourna vers Naru avec inquiétude.

- Je crois que cette enquête va être plus compliquée que prévu, lança Bou-san, traduisant les pensées de Mai.

- Étant donné que nous ne pourrons pas utiliser les caméras, l'enquête va être plus beaucoup plus complexe, répondit Naru, amer. À moins que le maire décide de nous expédier chez nous.

- Tu abandonneras l'enquête ? Demanda Mai surprise.

- Si je n'ai pas le choix …

Jour 2 – Day 2

Le lendemain matin, ils arpentèrent le village à la recherche du moindre indice pouvant les aider à élucider le mystère. Pour cela, ils s'étaient séparés. Naru et Lin étaient partis de leur côté depuis plusieurs heures ce qui faisait que Mai et Bou-san n'avaient aucune idée de l'endroit où ils pouvaient être et si leurs recherches avaient été fructueuses. Pour eux, elles n'avaient pas abouti du tout. Ils avaient vu seulement deux ou trois personnes depuis qu'ils étaient sortis de l'auberge et ceux-ci avaient littéralement fui devant eux. De son côté, le maire avait refusé de leur accorder une entrevue, prétextant des réunions importantes le matin et un rendez-vous à l'extérieur de Kimyona l'après midi. Les commerces étant fermés, ils s'étaient donc rabattus sur une petite bibliothèque municipale qui ne leur avait rien apporté de plus.

Bredouilles, les deux amis s'installèrent sur un banc en bois dans une énième rue déserte pour déjeuner.

- On dirait un village fantôme, lâcha Mai, dépitée.

Bou-san hocha la tête alors qu'il mâchait un morceau de son sandwich. La jeune fille jeta l'emballage dans la poubelle à côté d'elle et attendit que Bou-san termine de manger. Il semblait songeur.

- Tu penses à Ayako ? Demanda Mai, taquine.

Le moine garda son regard perdu devant lui en étouffant un rire alors qu'il avait la bouche pleine.

- Cette vieille sorcière est très bien là où elle est, répondit-il après avoir avalé le morceau de pain. Je réfléchissais à un moyen d'obtenir la confiance des villageois.

- Et tu comptes t'y prendre comment ? Demanda la jeune fille, dubitative.

- Je n'ai pas encore trouvé.

- Peut-être que tu devrais improviser un petit concert, proposa-t-elle en souriant.

- C'est une idée, répondit Bou-san. Cela permettrait peut-être aux habitants de sortir de leur tanière et l'ambiance changerai radicalement.

Le moine se leva pour jeter le papier de son sandwich dans la poubelle mais il suspendit son geste. Son regard fixait quelque chose derrière le banc dans les feuilles d'un buisson.

- Qu'est-ce que tu as vu ? Demanda la jeune fille, soudain inquiète.

Elle eut sa réponse lorsqu'un petit garçon sortit la tête du feuillage. Sous le coup de la surprise, elle fit un bond en arrière.

- Que fais-tu là, mon garçon ? Demanda Bou-san en s'accroupissant devant lui.

Les yeux marrons de l'enfant s'agrandirent alors que ses joues rougissaient.

- Pardon, Monsieur, commença-t-il. Je ne vous espionnais pas, je vous le jure !

- Je te crois bonhomme, répondit Bou-san. Mais je ne suis pas certain que tes parents approuvent le fait que tu sois ici et surtout avec des étrangers.

Le garçonnet baissa la tête, honteux. Puis, il croisa les mains dans son dos et se pinça les lèvres.

- Je voulais juste vous voir.

Il releva la tête d'un coup, surprenant son interlocuteur.

- Vous êtes Nuru Shinga ?

La question surprit Bou-san dont l'expression sur le visage fit exploser de rire la jeune fille qui se tenait à distance depuis le début de l'échange. Le petit garçon se tourna finalement vers elle.

- Ce n'est pas comme ça qu'il s'appelle ?

- Non, il s'appelle Houshou Takigawa, répondit Mai en s'approchant.

- Oh ! Pardon, je vous ai confondu …

- Dani ! Appela une femme au loin.

Le garçon se tendit aussitôt.

- Je dois partir tout de suite. Au revoir.

Ils le virent sortir du buisson d'un saut agile et courir dans la rue avant d'entrer dans une maison à quelques mètres d'eux. Finalement, Bou-san se tourna vers Mai.

- Tu connais ce Nuru quelque chose ?

- C'est un chanteur à succès qui est sorti d'un télécrochet il n'y a pas longtemps, lui répondit la jeune fille en s'empêchant de rire. C'est vrai que tu lui ressembles, reprit-elle après l'avoir détaillé pendant quelques secondes. Comment ça se fait que tu ne le connaisses pas ?

- Je suis très occupé, jeune fille. Je n'ai pas le temps de regarder des émissions à la télé, moi.

Après quelques minutes à arpenter les rues, Mai était lassée.

- Je pense que nous avons fait le tour. Peut-être qu'on devrait aller voir le village voisin ?

- Oui, tu as raison. J'en ai marre de cette atmosphère.

Kimyona, village qui rassemblait à peine une centaine de personnes, se trouvait dans une zone isolée dans le nord du Japon. Aux alentours, il n'y avait qu'un seul autre village à deux pas d'ici, sinon il fallait parcourir cinq kilomètres pour croiser âmes qui vivent. Ce village se nommait Gaikoku. Ainsi, ils se dirigèrent vers la sortie du village. À mi-chemin, ils retrouvèrent Naru et Lin. Ceux-ci revenaient justement de là-bas.

- Il n'existe aucune forme de communication entre eux. Le maire de Gaikoku nous a avoué qu'il n'avait jamais vu son homologue voisin, ni aucun villageois de Kimyona depuis qu'il était né. Même les habitants de Gaikoku n'ont aucun contact avec les autres.

Un silence s'installa alors que la SPR constatait qu'ils piétinaient dans leur enquête. C'était frustrant.

- Je propose donc que nous retournions à l'auberge en attendant M. Masayoshi, finit par dire le jeune patron.

Il était convenu qu'ils devaient se retrouver avec l'agent de police à cinq heures de l'après-midi. Or, midi venait à peine de passer. Dépités, le groupe suivit Naru dans les ruelles toujours désertes. Au bout d'un moment, Mai entendit des pas rapides derrière elle.

- Ah ! Vous voilà, les héla M. Masayoshi. Avez-vous avancé dans votre enquête ?

L'agent de police se trouvait devant un grand portail ouvert. Il s'agissait du cimetière du village. Mai et Bou-san y avaient déjà jeté un coup d'œil dans la matinée sans trouver quoi que ce soit de suspect. M. Masayoshi leur expliqua qu'il avait vu du sang près du cabanon. À ce moment-là, un homme d'une quarantaine d'année sortit de l'ombre, l'air furieux.

- Mais puisque je vous dis que ce n'est pas du sang humain ! Il y a pleins de bestioles qui traînent par là-bas. Je suis sûr qu'il y en a une qui s'est blessée.

Intriguée, la SPR suivit M. Masayoshi à travers les allées de tombes jusqu'à la petite cabane en question. Là, il leur désigna une tâche sombre sur le gravier devant la porte. Naru se pencha pour mieux la voir mais ne fit aucun commentaire lorsqu'il se releva. Enfin, il n'en eut pas le temps puisque l'agent de police appela le gardien du cimetière resté en retrait.

- Ouvrez-nous cette porte, M. Boshi.

Non sans ronchonner, l'homme s'exécuta et se mit sur le côté pour les laisser passer. La porte grinça sur ses gons alors qu'elle s'ouvrait, révélant une petite pièce où se trouvait une table et quelques chaises autour. Un petit meuble à étagères et tiroirs se trouvait dans un coin à côté d'outils de jardinage. Naru vérifia son contenu qui était finalement vide.

- Quel est cet endroit ? Demanda Bou-san. Vous ne l'utilisez pas que pour l'entretien du cimetière.

- Je me sers de cette remise pour bricoler.

Le bois du meuble était très abimé, témoignant de son usure à l'ouvrage. Malgré cela, Naru leva un sourcil dubitatif. Le silence qui suivit sa déclaration et les regards qu'il récolta montrèrent que personne ne le croyait. M. Boshi fit un pas en arrière et mit les mains devant lui dans une position défensive.

- Je vous jure que c'est vrai.

- Pourtant, cette table et ces chaises sont installées comme si vous recevez des invités à manger, dit M. Masayoshi. La question est maintenant de savoir pourquoi vous mentez. Peut-être voudriez-vous aller faire un tour au poste de police.

Le silence revint. La tension du moment rendait mal à l'aise Mai dont le regard naviguait entre l'agent de police et le gardien du cimetière.

- D'accord, céda M. Boshi. Je vous ai dit la vérité quand je dis que je bricole ici mais je ne fais pas que cela.

Il prit une inspiration.

- J'organise des séances de poker ici. Ma femme n'est pas au courant. Elle déteste que je gaspille notre argent comme ça.

- Alors que fait ce sang ici ? Questionna M. Masayoshi.

- Je ne sais pas. Sans doute, un animal blessé je vous dis.

- Je vous rappelle que nous retrouvons des cadavres d'animaux accrochés aux portes des prochaines victimes. Seriez-vous responsable de cela ?

- Quoi ? Mais vous me prenez pour qui ?! S'exclama le gardien, qui semblait estomaqué.

Mai le vit reculer.

- Mais attendez ! Si ça se trouve, c'est moi qui vais bientôt mourir, réalisa l'homme, devenu blanc comme un linge.

- Non, intervint Naru, d'une voix douce. Il y aurait le corps d'un animal et non seulement du sang.

- Oui, c'est ce que vous dites, répondit M. Boshi d'une voix tremblante.

Il recula jusqu'à l'extérieur de la remise, les yeux écarquillés par la peur. L'agent de police tenta de l'apaiser mais rien de ce qu'ils disaient ne l'atteignait. L'homme se tourna brusquement mais il glissa sur une tombe. Lorsqu'il releva la tête, son regard se posa sur le nom de celui qui était enterré sous ses genoux. Hide Giseisha. Un hurlement sortit de sa bouche avant qu'il se lève précipitamment et court à travers le cimetière comme un dératé.