Me voici avec la suite. Cette affaire se déroule sur un chapitre seulement, histoire de souffler un peu (même si la fin ne laisse pas souffler, enfin si mon écriture permet de vous faire ressentir et percevoir ce que je veux). Bref, bonne lecture et à la prochaine.


Affaire n°3 : Égaré – File 3 : Lost

Chapitre 9 : Jeux d'enfant

Mai colla son front contre la vitre à côté d'elle. Les paysages défilaient sous ses yeux alors que le ciel s'était à nouveau voilé. Entre les champs et les plaines verdoyantes, il n'y avait pas grand-chose d'autre mais la jeune fille les contemplait avec satisfaction. L'enquête à Kimyona était enfin terminée ce qui lui procurait un grand soulagement. Elle se sentait plus légère mais aussi très fatiguée. Sa tête lourde sur ses épaules se cogna contre la fenêtre lorsque la voiture de Bou-san rencontra une irrégularité sur la route goudronnée. Soudain, sans prévenir, elle éternua. Et le moine à sa droite sursauta.

- Bon sang ! Tu m'as fait peur, s'indigna-t-il.

Mai renifla en réprimant un frisson.

- Tu as peur d'un éternuement alors que tu gardes ton sang froid face à un esprit ? Se moqua-t-elle alors qu'un rire lui échappa. Tu es bizarre.

Son ami allait répliquer, Mai éternua une seconde fois.

- Je crois surtout que tu es tombée malade à cause de ce foutu village.

La jeune fille haussa les épaules.

- Je pense que le village n'y est pour rien. Il faisait froid là-bas, c'est tout.

Le silence se réinstalla. Ils étaient tous exténués après cette affaire. Il n'y avait qu'à voir les cernes sous leurs yeux. Mai se renfonça dans le siège et posa la tête sur le dossier. Ses yeux retournèrent à sa contemplation précédente et finirent par se fermer d'eux-même.

Au bout de quelques minutes, alors que cela faisait à peine une heure qu'ils avaient quitté Kimyona, Mai sentit la voiture ralentir ce qui lui fit ouvrir ses yeux. Elle finit par les tourner vers le conducteur et suivit son regard intrigué. La camionnette de Lin et de Naru devant eux avait actionné le clignotant et se dirigeait vers le bas côté. Bou-san s'arrêta derrière elle et ils sortirent les rejoindre.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda le moine lorsqu'ils arrivèrent à la hauteur de la fenêtre de Naru.

Celui-ci la baissa.

- Tu t'y connais en mécanique ?

Surpris par sa question, Bou-san mit un peu de temps à répondre.

- Pas vraiment mais dis-moi.

- Il y a ce voyant rouge qui s'est allumé depuis plusieurs minutes et j'ai bien peur que nous devions consulter rapidement un garage, répondit Lin au-dessus du manuel de la voiture.

Mai regarda par-dessus le bras de Naru pour voir le fameux voyant rouge. Ses yeux s'agrandirent alors qu'elle le reconnaissait.

- Je sais ce qu'il signifie, s'exclama-t-elle.

Trois paires d'yeux surpris se tournèrent vers elle. La jeune fille se sentit insultée surtout venant de son patron qui avait dans les siens du mépris.

- Je t'assure que je sais de quoi il s'agit, rétorqua-t-elle, vexée en fixant Naru droit dans les yeux. Le problème vient des freins.

Un silence accueillit sa déclaration. Leur expression toujours surprise la mit en colère.

- Contrairement à ce que vous pensez – et notamment toi, Naru – je sais des choses. Je ne suis pas complètement idiote.

Voyant qu'ils gardaient le silence, elle poursuivit.

- La voiture du père d'une amie avait ce même voyant il y a quelques semaines alors qu'il nous emmenait au cinéma. Il a dû trouver rapidement un garage pour la réparer.

Le silence perdura quelques secondes encore puis Lin reporta son attention sur le petit livret qu'il tenait dans ses mains.

- Tu as raison. C'est en effet ce qu'indique le manuel.

Il lut à voix haute.

- « Signifie une baisse de niveau de liquide de freins ou de pression du circuit de freinage. Veuillez impérativement faire vérifier votre véhicule ».

Un sourire satisfait naquit sur les lèvres de Mai alors qu'elle toisait son patron qui ne lui prêtait déjà plus attention.

- Il fallait que cela arrive maintenant, soupira-t-il.

- Bon, nous n'avons plus qu'une chose à faire, dit le moine.

- Cela fait une heure que nous avons quitté Kimyona et nous n'avons pas croisé âme qui vive, répliqua Naru.

- C'est bien la première fois que je te vois baisser les bras aussi facilement, répondit Bou-san. D'ailleurs, à Kimyona tu n'étais pas vraiment dans de meilleures conditions. Ne me dis pas que tu es fatigué, le taquina-t-il.

Le regard noir qu'il lui lança fit reculer Mai qui sentit l'orage arriver.

- Si nous ne nous mettons pas en route maintenant, nous n'allons jamais trouver ce garagiste, intervint-t-elle en prenant un faux air enjoué et en tirant le bras de son ami.

Il leur fallut près d'une bonne demi-heure avant d'arriver enfin dans un petit village. Au début, ils aperçurent uniquement des habitations, une supérette au coin d'une rue et une pharmacie. Il y avait aussi des gens qui marchaient dehors en toute insouciance. Mai eut l'impression que cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas vu cela.

Plusieurs tours plus tard, ils s'arrêtèrent enfin devant un garage. Une station essence le jouxtait et Bou-san s'y rendit. Lin et Naru disparurent dans le garage. Pendant ce temps, Mai était sortie de la voiture. Elle s'étira comme une gymnaste. Ou presque.

De ce côté du village, il n'y avait plus les promeneurs qui emplissaient les rues. Le silence régnait mais l'ambiance était totalement différente de Kimyona.

Elle soupira d'aise. Mais tout à coup, un frisson lui parcourut l'échine et un courant d'air froid lui balaya le visage. Son manteau était fermé mais elle sentait quand même le froid qui la fit encore plus frissonner. Les branches des arbres un peu plus loin ne bougèrent pourtant pas. Mai haussa les sourcils d'étonnement et pivota vers ses collègues pour savoir s'ils avaient ressenti la même chose. Cependant, elle entendit les roues d'un skate arriver à toute allure vers elle. La jeune fille se retourna en entendant toujours la planche à roulettes et fit même un bond en arrière alors qu'elle avait cru percevoir un mouvement rapide vers elle. Néanmoins, à son grand étonnement il n'y avait personne dans la rue. Pas l'ombre d'un enfant avec un skate. Elle tourna la tête à droite puis à gauche sans voir personne d'autre que les membres de la SPR. Confuse, elle secoua la tête comme pour se sortir ce qu'il venait de se passer. En réalité, la fatigue devait lui jouer des tours. D'ailleurs, elle éternua. Deux fois de suite. Bou-san lui jeta un coup d'œil.

- Lorsque nous rentrerons à Tokyo, tu iras directement te coucher, dit-il sur un ton paternel.

Mai n'eut pas le temps de répondre puisqu'elle trébucha et s'étala de tout son long sur le bitume. Pour la deuxième fois de la semaine, la jeune fille était tombée devant son patron qui était sortit du garage et qui leva les yeux au ciel lorsqu'il la vit par terre. Elle entendit un rire d'enfant en même temps qu'elle se redressait.

- Ça va ? Demanda la voix du moine.

Non, cela n'allait pas. Elle était fatiguée. Elle voulait rentrer chez elle. Elle avait mal au genou gauche et à ses mains qui avaient amorti sa chute. L'expression contrarié sur son visage alerta son ami qui vint la retrouver.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as de la fièvre ? Tu as mal quelque part ?

- Ça va, répondit simplement Mai en se frottant les mains pour enlever des petits cailloux qui lui avaient écorché la peau. Tout va bien, ajouta-t-elle en se levant.

Bou-san lui épousseta le manteau avec un sourire.

- Vas donc te reposer dans la voiture.

La jeune fille hocha la tête et s'installa dans le véhicule de son ami sans demander son reste alors qu'elle sentait le regard de son patron la suivre. Elle était sûr que dans sa tête, il la traitait d'idiote. Lorsqu'elle croisa son regard, celui-ci lui confirma ce qu'elle pensait. Elle souffla et ronchonna dans son coin.

Plusieurs minutes passèrent. Lin était toujours avec le garagiste et Bou-san et Naru discutaient devant la voiture du moine. Soudain, les phares s'allumèrent et les enceintes sur les portières se mirent à grésiller avant qu'une musique du moment en sorte. Bou-san se tourna vers Mai qui était figée. Elle n'avait rien touché. La clé n'était même pas sur le contact.

- Comment tu as fait ça ? Demanda le moine en s'approchant.

- M-mais je n'ai rien fait, balbutia-t-elle en levant les mains pour lui prouver.

Bou-san voulut ouvrir la porte du côté conducteur mais elle demeura close.

- Déverrouille la voiture, Mai, commença-t-il à s'énerver alors qu'il pensait certainement à une blague de sa part.

La jeune fille vit le loquet ouvert pourtant. Elle tenta quand même de tirer dessus mais en vain. Elle actionna la poignée intérieure mais rien ne fonctionnait. La panique commençait à l'envahir.

- Je n'arrive pas à l'ouvrir, cria-t-elle.

- Calme-toi, Mai. Essaye d'ouvrir l'autre porte, intervint Naru, posté devant la fenêtre du côté passager.

Elle obéit mais encore une fois la voiture ne s'ouvrait pas. Elle voyait son patron actionner de l'extérieur la poignée de la portière. La musique continuait à hurler à travers les baffles qui emplissait la voiture, n'arrangeant en rien l'état dans lequel la jeune fille se trouvait. Comprenant qu'ils n'arrivaient à rien, elle se força à recouvrer son calme. Elle s'était déjà retrouvée dans des situations bien plus périlleuses. Compter jusqu'à vingt en fermant les yeux et en se concentrant sur sa respiration fonctionna.

- Mai ? Ça va ? Demanda la voix de Bou-san.

Elle ouvrit les yeux puis quelques secondes plus tard, la musique s'arrêta et les phares s'éteignirent. Le bruit de déverrouillage de la voiture lui indiqua que tout était terminé. Soulagée, Mai esquissa un geste vers la portière mais celle-ci s'ouvrit d'un seul coup, assommant Naru au passage. Choquée, elle mit plusieurs secondes à réaliser ce qu'il venait de se passer puis réagit rapidement en se rendant aux côtés de son patron. Celui-ci se redressa en se tenant la tête. Le regard noir qu'il lui adressa l'empêcha de s'approcher davantage.

- Tu n'étais pas obligé d'ouvrir cette fichue porte aussi fort.

- Tu crois vraiment que j'ai autant de force, rétorqua Mai.

- Je ne pense pas non plus que c'était elle, la défendit Bou-san qui venait de s'accroupir à côté d'eux. Tu vas bien, Naru ?

- Hm, marmonna ce dernier qu'ils prirent pour un « oui ».

Il se leva avec l'aide de Bou-san.

- Tu as quelque chose sur le front ? Demanda-t-elle puisqu'il le cachait avec sa main.

Il ne bougea pas pour autant et ne dit rien. Alors elle lui attrapa le bras et le força à l'abaisser, révélant une petite plaie. D'un naturel prévenant, le moine gardait une trousse de secours dans sa voiture qu'il alla chercher. Lorsqu'il revint, le moine donna des compresses et du désinfectant à Mai qui s'appliqua à nettoyer la plaie alors que son narcissique patron ne disait rien pour une fois. Leur regard se croisèrent une ou deux fois en toute simplicité. Ce moment de calme entre eux se brisa lorsque Lin sortit du garage. L'attitude de Naru changea. Il refusa net que Mai lui mette un pansement. Cette dernière rangea le matériel dans la trousse en soupirant alors que le jeune homme demandait à son assistant des nouvelles du van. Elle donna le petit sac à Bou-san qui rit de son expression lasse.

- C'est la première fois que je le voyais se laisser faire comme ça. Surtout par une fille.

Mai haussa les épaules. Lin ne fit aucun commentaire lorsqu'il vit le front blessé de Naru et annonça qu'ils devaient attendre une petite heure avant de pouvoir enfin partir.

- Vous avez compris ce qu'il vient de se passer ? Demanda-t-elle après que Bou-san ait expliqué ce qui venait de se passer avec sa voiture.

- Je ne sais pas. J'ai cru que c'était toi qui t'amusais, répondit le moine. Il y a peut-être un esprit ici.

Lin et Naru n'eurent pas le temps de répondre puisqu'un homme en salopette et tee-shirt sortit de son atelier pour les apostropher.

- Messieurs ! Savez-vous où sont passés les clés du van ?

Lin resta interdit.

- Je vous les ai laissés, il me semble, répondit-il hésitant, tout en cherchant dans son manteau.

- Ah ! Fit le garagiste, mal à l'aise. J'ai dû mal regarder.

Il porta une main à son front qu'il gratta, puis tourna les talons en marmonnant dans sa barbe. La conversation reprit entre les membres de la SPR. Toutefois, elle fut interrompue quelques minutes plus tard. Juste avant que le garagiste pousse un grognement de colère, un bruit de clés qui tombent sur le sol résonna dans l'atelier.

- Saloperie de garnement, entendit Mai.

Un enfant ? L'enfant qu'elle avait entendu s'était-il caché dans le garage et taquinait l'employé ? La jeune fille s'approcha doucement et se posta devant la porte ouverte sans bruit. Elle ne vit que l'homme qui continuait à pester dans son coin. Lorsqu'il l'aperçut, il changea immédiatement d'attitude comme un enfant prit en faute en se concentrant sur sa tâche.

- Tout va comme vous voulez ? Demanda Mai.

- Oui, oui, répondit l'homme en évitant son regard.

Elle comprit qu'elle n'obtiendrait pas de plus d'informations. La SPR plus loin lui lança un regard interrogateur. Elle haussa les épaules. Avant de retourner auprès des autres, la jeune fille tourna son attention une dernière fois sur le garagiste. Au même moment, tous les outils sur l'établi tombèrent la faisant sursauter. L'employé se leva et lança un regard consterné sur son matériel de travail alors que la SPR arrivait à la hauteur de Mai. Le téléphone se mit à sonner dans la pièce voisine.

- Excusez-moi, fit l'employé avant de disparaître à l'intérieur.

Mai vit un mouvement à sa droite. Le bras de Bou-san fut tiré en arrière. Un enfant de dix à douze ans le tenait. Un sourire éclairait son visage tandis qu'il demeurait silencieux.

- Que fais-tu là ? Demanda Bou-san.

- J'habite ici.

Mai se retint de regarder les autres.

- Votre voiture est tombée en panne ? Ça tombe bien. Je suis un pro. Je vais vous réparer cela en un rien de temps !

La SPR observa l'enfant se diriger tranquillement vers le devant du véhicule. Son regard s'attarda quelques instants sur le moteur découvert de son capot avant de plonger sa main dedans et de retirer une pièce. Naru fut le premier à réagir.

- Qu'est-ce que tu fais ?! Remets ça tout de suite où c'était.

- Je ne peux pas, fit l'enfant d'un air effronté. C'est cassé.

Et un rire s'échappa de sa gorge. Le même que celui qu'elle avait entendu lorsque Mai était tombée. Le garagiste choisit ce moment-là pour revenir. Lorsqu'il vit le petit garçon, son regard passa de la pièce de moteur dans sa main à son visage. Son expression ahurie aurait fait rire la jeune fille dans d'autres circonstances.

- Eh ! Toi ! Redonne-moi ça !

Le rire de l'enfant retentit à nouveau dans le garage.

- Il faudra aller le chercher.

Il se mit à courir mais Naru le rattrapa par le bras.

- Eh ! Ce n'est pas juste ! S'écria-t-il.

Naru en profita pour lui arracher des mains l'objet.

- Fini de jouer, dit le jeune homme d'une voix froide.

- Vous allez le regretter, rétorqua le petit garçon en se libérant.

En même temps, tous les appareils électroniques que cela soit la voiture ou la radio s'allumèrent. Le garagiste mit ses mains sur les oreilles alors que les musiques hurlaient chacune leur mélodie de différents appareils.

- Stop ! Fit la voix étouffée par le bruit de l'homme dépassé par les événements. Pourquoi ne partes-tu pas ?

- Où veux-tu que j'aille ? Demanda l'enfant.

La tristesse dans sa voix et son expression surprirent Mai plus que la question du garagiste. Puis le souvenir de ce qui s'était passé avec la voiture de Bou-san lui revint en mémoire. Le regard du petit garçon la fixa. Elle comprit enfin. Il s'agissait d'un enfant possédé par l'esprit d'un autre enfant.

- Calme-toi, intervint Naru. Cesse tes enfantillages.

- Mais je suis un enfant ! Cria l'esprit en jetant la pièce de moteur par terre.

- Bien sûr. Nous ne disons pas le contraire, commença Bou-san d'une voix douce en s'avançant vers lui.

Il se mit à sa hauteur.

- Mais il faut que tu arrêtes d'embêter ce monsieur qui a besoin de travailler.

- Oui, tu fais fuir tout mes clients ! Intervint ledit « monsieur ».

- Tu comprends ?

L'expression du visage du petit garçon se fit triste. Il hocha la tête. Aussitôt, les appareils électroniques arrêtèrent de s'affoler.

- Bien. Maintenant tu me promets de cesser d'importuner les gens ici, reprit le moine avec paternalisme.

L'enfant garda la tête baissée pendant tout le sermon et demeura silencieux même lorsque Bou-san le termina.

- Tu comprends, mon garçon ? Insista ce dernier.

L'enfant releva lentement la tête. Des larmes coulaient sur ses joues.

- Tu dois t'en aller maintenant, dit Naru d'une voix plus douce.

La réaction de l'enfant ne se fit pas attendre. Il tourna des yeux alarmés vers lui. La panique s'était emparée de lui.

- Mais … Mais je …

Ses mains se crispèrent alors qu'il reculait.

- Ce n'est pas juste, cria-t-il.

À la fin de sa phrase, sa voix se cassa. Le voir ainsi brisa le cœur de Mai. Ce petit garçon qui n'avait rien demandé à personne était mort si jeune. Cela faisait peut-être des années qu'il errait à cet endroit d'où il était sûrement attaché ou où il y était mort. Voir cet enfant perdu face à la mort la toucha profondément. Qui ne paniquerait pas devant l'inconnu ? Surtout un enfant. Ce fut sur cette pensée, qu'elle décida de s'approcher de lui.

Mai s'avança de lui doucement alors qu'il hurlait de désespoir puis tout simplement, elle le prit dans ses bras. Au début, elle le sentit se crisper puis les mains de l'enfant s'accrochèrent à son manteau. Ses cris se transformèrent en sanglots interminables. Puis les mots apaisants de la jeune fille eurent raison de lui puisqu'il finit par se calmer après dix bonnes minutes. Mai se détacha de lui alors qu'il gardait obstinément ses mains accrochées à son vêtement. Elle prit son visage en coupe en essuyant ses larmes de ses pouces.

- Tout va bien se passer, dit-elle d'une voix douce.

Elle lui sourit. Lentement, les mains de l'enfant se détachèrent d'elle puis revint le long de son corps.

- Tout ira bien, répéta-t-il. Tout ira bien.

- Oui, répondit Mai. Maintenant, vas-y.

Les yeux de l'enfant se fermèrent et son corps retomba mollement dans ses bras. En même temps, un vent glacial lui caressa la joue. La tristesse s'empara d'elle alors que la joie faisait aussi son chemin à l'intérieur d'elle, heureuse qu'il ait pu enfin trouver la paix. Un sifflement appréciateur se fit entendre derrière elle.

- C'est le plus bel exorcisme que j'ai jamais vu, dit Bou-san. Ayako en serait jalouse.

Mai se tourna vers les autres. Le garagiste était blanc comme un linge. Le moine s'en rendit compte et posa une main sur son épaule.

- Vous allez bien ?

Pendant plusieurs secondes, ses yeux papillonnèrent et sa bouche s'ouvrit et se ferma dans une expression de poisson frit.

- I-il … Il n'est plus là ? Balbutia-t-il.

- Non, répondit Naru. Notre collègue vient de le faire partir.

- Alors … Je ne le verrais plus ?

Des larmes vinrent s'écraser sur ses mains crispées sur sa caquette qu'il venait de retirer.

- Je l'aimais bien, moi au final, reprit-il le regard dans le vague. Mais je suppose qu'il sera mieux là où il est, poursuivit-il en essuyant ses joues alors qu'un sourire illuminait son visage. Bon, le travail ne va pas se faire tout seul.

Sur ces dernières paroles, il ramassa la pièce cassée du moteur et disparut derrière le van. Une main ébouriffa les cheveux de Mai toujours assise par terre avec l'enfant dans les bras. Le moine remarqua la mine triste de son amie.

- Tu as entendu le garagiste. Il est mieux où il est.

La jeune fille hocha la tête puis tourna son attention vers l'enfant qu'elle tenait contre elle. Elle n'arrivait pas à le lâcher. Des mains apparurent dans son champ de vision avant que celles-ci soulèvent le petit garçon. Lin le déposa dans le coffre ouvert du van assez grand pour l'accueillir. Il retira son manteau et s'en servit pour le recouvrir.

Environ un quart d'heure plus tard, le petit garçon se réveilla et s'en alla un peu groggy rejoindre son foyer. Et une heure plus tard, ils étaient prêts à rentrer chez eux.

Lorsque la SPR sortit des véhicules, ses membres s'attelèrent tout de suite à décharger le coffre du van. Naru fit tourner deux fois la clé dans la serrure avant de pénétrer dans l'agence.

- Ça vous dit de manger au restaurant pour fêter l'exorcisme de Mai ? Demanda Bou-san en portant deux cartons dans ses bras.

- Non, répondit Naru, implacable.

- Oh, Naru. Pour une fois, s'il te plait ? Fit Bou-san, déçu. Mai, ça ne te dit pas ?

La jeune fille s'éclipsa dans la pièce au fond de l'agence où ils stockaient le matériel qui servait pendant les enquêtes – celui-là même qui avait été totalement inutile à Kimyona. Tout ce qu'elle voulait, c'était rejoindre son lit même si elle n'avait pas arrêté de dormir dans la voiture.

- Tu as dormi tout au long du trajet, disait en même temps Bou-san de l'autre côté du mur. Tu peux bien venir. Et toi Lin ?

Elle ne l'entendit pas répondre. Lorsqu'elle revint dans la pièce principale, le chinois actionnait le bouton du téléphone sur le bureau pour écouter les messages laissés pendant leur absence. Le premier venait d'une vieille femme qui les appelait souvent pour des événements inexpliqués dans sa maison. En réalité, il s'agissait seulement de sénilité qu'autre chose. C'était ce qu'avait répondu Naru un jour, excédé par ses appels répétés. Cela l'avait mise hors d'elle, le traitant de jeune incapable. Ils avaient cru qu'il avait réussi à les en débarrasser. À tort.

Le deuxième était plus intéressant. Et le cas semblait intéresser tout particulièrement le patron de la SPR qui s'était arrêté dans ce qu'il était en train de faire. Mai se fit la réflexion qu'ils pouvaient passer des mois sans enquêter, puis d'un coup, plusieurs enquêtes pouvaient se suivre dans un court laps de temps. En tout cas, c'était ce qu'il se passait à ce moment-là. Deux jours plus tard, ils allaient débuter leur quatrième affaire en un mois. Et pas la moindre.