Bonjour à toutes et à tous,

Cette partie de l'histoire aborde la psychiatrie de l'enfant. En-dessous je me permets de vous expliquer rapidement la pédopsychiatrie et quelques termes que vous ne connaissez peut-être pas. J'ajoute que je n'ai pas la prétention de tout connaître de la psychiatrie et encore moins de celle de l'enfant. Tout cela résulte de mes recherches et en partie de mes études. Je me suis basée sur le système psychiatrique français.

En pédopsychiatrie, les diagnostics ne sont pas ou peu posés à cause de la difficulté à les poser. Un symptôme est un indice que l'organisme envoie pour faire comprendre qu'il y a un problème comme la douleur ou encore la fièvre. La psychiatrie concerne le psychisme qui est en soi une structure compliquée. Celle-ci est forgée dès l'enfance grâce à l'éducation des parents, à l'école, etc. par les interdits, les conflits et les frustrations. En cela, se construit les limites du psychisme dans les choix et l'identification de l'individu (personnalité). A un moment donné, le psychisme reçoit un choc (accident, décès dans la famille, violence, etc.) qui produit des « fissures » dans la structure. Ces fissures sont en fait les lignes de défense inconscientes mises en place par l'esprit qui produiront ensuite les symptômes caractérisant la maladie psychiatrique. Ces symptômes sont appelés « décompensation » qui traduit le fait que la personne souffre. Il s'agit d'un signal d'alerte.

Comme les enfants sont en cours de développement physique et psychique, il se peut que les symptômes soient plus confus et se confondent ce qui peut conduire à plusieurs diagnostics. Si certains peuvent être posés comme l'autisme qui se diagnostique tôt, les autres enfants sont plutôt « désignés » par leurs symptômes.

Le soignant (pédopsychiatre, éducateur, …) aura pour but de guérir l'esprit en apaisant d'abord les symptômes afin de remédier au problème principal. Il sera privilégié l'écoute (avec des séances de psychologue par exemple), l'observation et le dialogue avec l'enfant et sa famille. Il peut y avoir utilisation de médicaments pour calmer les angoisses de tout type.

Définitions succinctes (Pardonnez les maladresses) :

Schizophrénie : se caractérise par une perte de contact avec la réalité ainsi qu'un ensemble de symptômes variés (hallucinations, trouble de l'attention, apathie, délires, …).

Anorexie mental : fait partie des troubles du comportement alimentaire, correspondant à une privation alimentaire dans le but d'un contrôle sur le poids qui conduit à une perte importante de la masse corporel. A ne pas confondre avec l' « anorexie » qui est un symptôme découlant souvent d'une maladie (cancer, etc.)

Dépression/Etat dépressif : se définit par une grande tristesse associe à une baisse d'estime de soi, une perte de motivation, une perte d'intérêt, des idées noires, une grande fatigue, etc. Chronique, elle empêche la personne de mener sa vie (arrêt de travail ou école).

Troubles maniaco-dépressif : alternance des périodes maniaques (euphorie) et des périodes dépressives. A ne pas confondre avec la schizophrénie et les troubles de la personnalité.

Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) : sont des pensées envahissantes qui génèrent troubles anxieux entrainant des gestes ou des rituels répétitifs dont le but est d'apaiser l'angoisse (peur de la contamination, agressions, …)

Hystérie : qui n'a pas d'origine organique mais qui manifeste des manifestions physiques (c'est à dire qui présente les symptômes d'une maladie sans les avoir). On parle souvent de théâtralisation.

Autisme : trouble neurodéveloppemental qui se caractérise par un repli sur soi-même et un comportement ritualisé et restreint.

Sources : J'ai rédigé les définitions en m'inspirant de mes cours et pour écrire cette partie de l'histoire je me suis appuyé sur un livre de psychologie : MAREAU Charlotte, STOKI Maryline et VANEK-DREYFUS Adeline, 8ème édition (2011) Réussir son 1er cycle de psychologie. Edition : Groupe Studyrama-Vocatis. Pour plus d'informations, vous pouvez me poser des questions ou tout simplement regarder sur internet.


Affaire n°5 : Aliénation … ou Surnaturel –

File 5 : Alienation … or Supernatural

Chapitre 14 : Point de départ

Janvier 1960 – January 1960

C'était un après-midi gris et morne où la pluie avait cessé de tomber après plusieurs heures d'affilées. Le sol rendu boueux salissait ses petites chaussures blanches. Ses jambes plus petites que sa mère peinaient à suivre le rythme qu'elle lui imposait en le tirant par la main. Celle-ci ne lui adressait aucun regard et fixait droit devant elle où son père marchait lui aussi d'un pas rapide, semblant vouloir s'acquitter aussi rapidement que possible de la tâche pour laquelle il se trouvait ici.

Ils traversèrent le jardin de l'hôpital pour se rendre dans un endroit plus reculé. Le bâtiment qui se profilait devant eux était entouré d'arbres hauts et d'autres végétations touffues qui le dissimulaient en grande partie. Une fois la petite forêt traversée, le bâtiment était plus impressionnant et plus austère que ce que l'on aurait pu croire. Gothique et catholique, l'architecture était clairement occidentale.

Le père de l'enfant s'avança sans hésiter vers l'entrée et toqua à la porte. Une femme vêtue d'une longue robe noire et d'une coiffe identique apparut dans l'encadrement de porte après quelques secondes. Le petit garçon la détailla, un peu surpris et remarqua la croix accrochée à une petite corde autour de son cou. Son père et la dame évoquèrent un échange épistolaire et semblèrent se comprendre en parlant en énigme. Au bout de quelques minutes, cette dernière les laissa entrer dans un couloir étroit puis elle se tourna vers l'imposant escalier en plein milieu du hall pour appeler une autre personne. Une femme en tenue blanche agrémentée d'une coiffe de la même couleur avec une croix rouge en son centre arriva. Elle échangea un regard avec la religieuse puis adressa un sourire au petit garçon.

- Tu viens ? Il y a du gâteau au chocolat dans le salon.

Un sourire apparut sur les lèvres de l'enfant qui prit la main de l'infirmière et la suivit. Mais derrière lui un sanglot étouffé résonna dans le couloir. Il voulut se retourner mais la femme le tira vers elle en le rassurant d'une voix douce.

- Tout va bien.

Le petit garçon obéit. Mais avant de disparaître dans l'escalier, il eut juste le temps d'entendre la voix fâchée de son père.

- […] ne voulons plus de lui […].

De nos jours - Today

Airi Kangoshi, dix-neuf ans, entamait la deuxième année de son école d'infirmière par un stage de plusieurs semaines à l'hôpital apparenté à son école. Elle avait déjà effectué deux précédents stages dans des services dits généraux dans le même établissement mais cette fois-ci était différente. En effet, celui-ci se déroulerait en service spécialisé de pédopsychiatrie, c'est-à-dire, avec les enfants en service de psychiatrie.

En règle générale, la psychiatrie subissait de nombreux clichés souvent liés au surnaturel. Elle était qualifiée de bizarre par beaucoup de personnes, même par les soignants qui n'y travaillaient pas. Peut-être y avait-il une certaine crainte à cause des images véhiculées par les films, les livres ou les histoires racontées comme les patients en pleine crise psychotique qui étaient soi-disant possédés par le diable. Même les hôpitaux excluaient les chambres treize, organisant ainsi leurs services en numérotant les chambres en passant de douze à quatorze. Il était courant aussi que des rumeurs non fondées soient propagées sur le service ou l'hôpital psychiatrique. Et Airi avait entendu beaucoup de rumeurs sur le secteur de psychiatrie de son hôpital et surtout sur l'aile où elle allait être affecté.

Dans le bâtiment, il y avait quatre étages. Les deux premiers étaient consacrés aux enfants et les deux derniers aux adultes. Les services étaient répartis en huit « ailes », deux ailes par étage, nommés par des lettres. La jeune étudiante était affectée à la dernière aile du secteur enfant. La D, comme Dépression avait dit l'un de ses camarades. Mais Airi n'avait pas vraiment peur. Elle se demandait surtout comment le stage allait se passer et si elle arriverait à s'adapter aux enfants et à leurs pathologies.

Tôt ce matin-là, l'étudiante se trouvait dans le bus qui la menait vers l'hôpital de sa ville natale. Le soleil n'était pas encore levé. Les quelques personnes qui étaient présentes demeuraient silencieuses, absorbées par leurs pensées ou simplement encore mentalement dans leur lit. Airi relut une dernière fois ses notes qu'elle avait prises sur la pédopsychiatrie. Puis elle descendit plusieurs minutes plus tard devant l'entrée principale de l'hôpital. Il faisait assez frais ce qui l'obligea à remettre sa veste qu'elle avait retiré dans le bus. Son regard parcourut le bâtiment de six étages face à elle. Son architecture ne faisait aucun doute quant au fait qu'il avait été dirigé par la communauté religieuse de la ville il y avait encore une petite décennie. La dernière sœur était partie en retraite huit ans auparavant. Avec la progression de la médecine et sa technicité, les anciennes méthodes qu'elles utilisaient appartenaient désormais à une autre époque. Toutefois, certaines sœurs de la génération suivante intervenaient en tant que bénévoles auprès des personnes qui le souhaitaient et surtout au niveau des enfants hospitalisés en service général ou psychiatrique.

En route justement vers le bâtiment dédié à cette spécialité, Airi ne croisa personne. Elle s'engagea sur un chemin entre deux buissons hauts qui l'empêchait de voir à plus de deux pas devant elle. Lorsqu'elle se trouva face à l'édifice, la jeune fille l'observa avec curiosité malgré le fait qu'elle voulait rester neutre vis-à-vis des rumeurs. La structure était identique en tout point à celle du bâtiment principal. Néanmoins, il s'y dégageait quelque chose de différent. Airi secoua la tête. La neutralité, c'était ce qu'elle voulait ressentir.

Ses yeux se perdirent à nouveau dans la contemplation de l'architecture, dans les détails de la structure. Elle soupira. Son avance allait bientôt se transformer en retard si elle restait planter là le nez en l'air. Airi baissa la tête pour regarder droit devant elle puis se dirigea vers la porte d'entrée. Elle frappa mais personne ne répondit ni ne lui ouvrit après une ou deux minutes. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle mais l'endroit était toujours désert. La poignée en fer de la porte s'actionna facilement sous sa main et le panneau de porte lui laissa l'accès au bâtiment. Un hall puis un escalier se révélèrent sous ses yeux. Un écriteau décrivait les différents étages. C'était le deuxième étage qui l'intéressait. Elle se dirigea naturellement vers lui. Mais arrivée sur le palier, Airi n'était pas plus avancée. Elle se trouvait dans un petit couloir avec de chaque côté une porte à double battant verrouillée par un code et en face une volée de portes closes. Un téléphone était accroché au mur à côté du clavier à code. D'après l'écriteau au-dessus de la porte, l'aide D se trouvait sur sa droite. L'étudiante infirmière s'avança vers lui mais elle entendit des pas dans l'escalier. Une femme habillée d'un coupe-vent fouillait dans son sac-à-main en montant les marches. Elle vit Airi au dernier moment alors qu'elle sortait un badge d'une petite poche de son sac qu'elle fixa sur sa chemise en-dessous de son coupe-vent.

- Ah ! Tu es l'étudiante qui devait arriver aujourd'hui, fit la femme en lui adressant un sourire. Enchantée, je suis Aya, une infirmière.

- Bonjour, je suis Airi Kangoshi.

- Cela tombe bien que nous nous rencontrions ici. Je suis ta référente. Je te montre comment entrer.

Elle tapa un code à quatre chiffres que Airi mémorisa et la porte se déverrouilla. Airi entra à sa suite. Lorsqu'Aya se décala, la jeune fille découvrit un long couloir dont elle voyait à peine la fin et qui comportait d'innombrables portes. En effet, à sa droite il y avait plusieurs portes numérotées qui devaient être les chambres des enfants et à sa gauche les autres portaient les noms d'un médecin et d'un psychiatre et le nom de leur utilisation. La première se nommait « Bureau du cadre ».

- Je te présenterais le service et les enfants après les transmissions, dit Aya avant de lui faire signe de la suivre.

Un peu plus loin dans le couloir, il y avait deux portes ouvertes située au centre du couloir du service. Le bureau infirmier en premier et la salle de pause en deuxième. Aya et Airi posèrent leurs sacs dans des placards fermés à clés dans la salle de pause avant de rejoindre les deux hommes qui les attendaient dans le bureau infirmier. Il s'agissait des deux veilleurs de nuit, Hayao et Toshiya, deux éducateurs. Airi se présenta également. Apparemment, Aya et elle étaient les deux premières arrivées. Quelques minutes plus tard, le reste de l'équipe qui prenait le relais pour la journée arriva. Il y avait deux éducateurs, Yusuke et Tadase et deux infirmières, Aya et Norika avec Airi jusqu'à vingt heures.

L'équipe de nuit leur rapporta que la nuit avait été calme. Un certain Akira avait dormi toute la nuit alors qu'il avait fait une crise la veille – fait devenu rare grâce à son nouveau traitement mis en place deux semaines plus tôt. Le petit du « six » s'était levé à cinq heures et demi parce qu'il voulait manger son petit déjeuner pour être prêt à jouer ensuite. Trois quart d'heures leur avaient suffi pour le calmer – cela prenait en général plus d'une heure d'après Yusuke assis à côté d'Airi. Sinon les autres avaient dormis tranquillement toute la nuit.

Après le départ d'Hayao et Toshiya, Norika, Yusuke et Tadase quittèrent le bureau pour préparer les activités de la journée et planifier certaines activités de la semaine. Il n'était que huit heures quinze. Les enfants devaient se lever à huit et demi pour prendre leur petit déjeuner. Aya se leva.

- Je vais en profiter pour te faire visiter les lieux.

Airi acquiesça.

- Nous ne passons pas beaucoup de temps dans ce bureau, hormis pour les transmissions et les coups de fils que nous devons passer pour organiser une activité extérieure ou contacter les familles. Derrière cette porte se trouve la pharmacie, ajouta l'infirmière en lui désignant une porte fermée qu'Airi n'avait pas vu.

Elle l'ouvrit et découvrit une petite pièce avec une petite table chargée de cahiers et des documents et une armoire assez grande pour toucher le plafond.

- Nous donnons les médicaments à ceux qui en ont besoin avant les repas. Les prescriptions sont ici.

Parmi les cahiers, il y avait un classeur bleu avec les prescriptions de plusieurs enfants. Aya et Airi quittèrent le bureau et s'arrêtèrent dans le couloir.

- Ici, nous possédons tous une clé qui ouvre toutes les portes. Comme tu dois t'en douter, les fenêtres et les portes sont fermées à clé par soucis de sécurité. Pour la porte principale, il te suffit de rentrer le code que je t'ai montré ce matin. Tu t'en souviens ou je te l'écris ?

- Je m'en souviens, merci, répondit Airi.

- Tu as une bonne mémoire. Cela te servira bien dans ce métier, sourit l'infirmière. Pour en revenir aux clés, le cadre du service t'en donnera une. Comme tu dois t'en douter, évite de la perdre ou de la prêter aux enfants ou à d'autres personnes. Les personnes qui en ont besoin en ont déjà une.

Elle remarqua qu'Airi ne comprit pas où elle voulait en venir.

- Il y a des bénévoles et des intervenants pour des activités spécifiques telles que l'équitation ou des spécialistes comme l'orthophoniste pour le petit du « six » qui sont amenés à venir régulièrement.

Ensuite, l'infirmière passa devant les portes numérotées qui étaient bien les six chambres des enfants. A côté, la salle de bain et les toilettes du service étaient fermés à clé. Aya ouvrit la porte pour que l'étudiante découvre la pièce. Celle-ci était séparé par une cloison. D'un côté, il y avait quatre douches individuelles et de l'autre côté, se trouvaient six ou huit cabines de toilette ainsi que des lavabos. Il y avait systématiquement un soignant lorsqu'un enfant souhaitait aller aux toilettes et pour les douches.

Le bureau du médecin du service, le pédopsychiatre Eita Furuisha et celui du psychologue, Kureiji Igakusha se trouvait à côté de celui de l'équipe. Toutefois, le Dr Furuisha n'était présent que le matin lors des staff ou en cas d'urgence puisqu'il était chargé des quatre ailes de psychiatrie infanto-juvénile. Ensuite, il y avait le bureau du cadre, Genki Sabisu qui était actuellement en réunion hebdomadaire avec les cadres des autres ailes. Derrière trois autres portes se trouvaient des salles d'activité dédiées l'une à la musique et l'autre à l'art plastique et une dernière un peu fourre-tout, tantôt défouloir avec un pushing-ball tantôt relaxation avec des tapis et un lecteur CD pour la musique zen.

La salle à manger où allait bientôt arriver les enfants fut ouverte par Aya qui l'y fit entrer. La pièce était meublée par trois petites tables rondes disposées comme sur une terrasse de café. Sur les murs été dessinés des paysages sereins et une grande fenêtre qui remplaçait tout un pan de mur ouvrait la pièce sur le grand parc qui entourait l'hôpital. Au fond de la salle à manger se trouvait un volet roulant au-dessus d'une planche en fer à mi-hauteur dans le mur et une porte. Aya ouvrit cette dernière et fit découvrir la cuisine à l'étudiante. Airi comprit que le volet roulant était une ouverture sur la cuisine qui permettait de passer les plats aux enfants – pour ceux qui étaient capables de venir les prendre eux-mêmes. Ensuite, l'infirmière lui expliqua le déroulement des différents repas qui s'y déroulait et les horaires. Puis elles passèrent à la suite.

La configuration du service était en forme de L, commençant par la grande porte verrouillée se poursuivant par un long couloir qui formait un angle quelques mètres plus loin et qui donnait accès à une grande pièce lumineuse qu'Aya appela « le salon ». D'après elle, les enfants passaient leur temps libre ici et aimaient beaucoup cet endroit. Il y avait de quoi. Airi jeta un regard circulaire les yeux brillants. La lumière entrait par les grandes fenêtres qui remplaçaient le mur du fond. Les autres murs étaient quasiment invisibles par le nombre de meubles de rangements et de bibliothèques pleins à craquer qui s'alignaient contre eux. Airi avait presqu'envie de se perdre dans les étagères de livres, elle qui aimait tant lire. Des jouets en énorme quantité remplissait plusieurs caisses un peu partout dans le salon. S'ajoutaient à cela des tables, des chaises, des canapés et des poufs.

Au bout d'un moment, elle fut interrompue dans sa contemplation par des pas venant du couloir. Les pas trainants se dirigeaient vers eux les faisant se tourner pour voir de qui il s'agissait. Un garçon d'environ douze ans apparut à l'angle de mur en se grattant la tête tout en baillant.

- L'adolescent dans toute sa splendeur, rit Aya. Bien dormi, Akira ?

Le dénommé Akira mit quelques secondes avant de comprendre que quelqu'un lui avait parlé puis lorsque les brumes du sommeil disparurent de son cerveau, ses yeux se posèrent sur Aya puis sur Airi. Il leur adressa un sourire.

- J'ai très bien dormi ! répondit-il visiblement heureux. Est-ce que tu as vu mon livre ? Je ne l'ai pas trouvé dans ma chambre, reprit-il en parcourant la pièce de ses yeux.

- Lequel ? demanda l'infirmière en se tournant pour observer la pièce. Tiens ! Ce n'est pas celui-là par hasard ?

Akira s'approcha de la petite table sur lequel était posé un livre sur les astronautes qu'Aya désignait puis le prit.

- Oui, c'est lui, sourit le jeune Akira. Merci Aya.

- Un jour, tu oublieras ta tête, fit Aya alors qu'il passait devant elles.

Tandis qu'il s'apprêtait à quitter la pièce, l'infirmière l'arrêta.

- Attends un instant. Je vais te présenter la nouvelle étudiante infirmière.

- Ah oui, excuse-moi, fit Akira en se penchant maladroitement en avant devant Airi. Je suis Akira, j'ai treize ans. Enchanté.

- Je suis Airi. Ravi de faire ta connaissance, Akira.

- Cool ! Une nouvelle étudiante. J'aime bien les étudiantes. Elles sont gentilles. La dernière m'a donné un cours de dessin, je te montrerai ce qu'elle m'a fait faire. Tu pourras m'en faire un aussi ? Tu aimes le dessin ? Peut-être que tu pourras me donner un autre cours. Ça serait …

- Akira, l'interrompit gentiment Aya. Ne commence pas. Va donc prendre ton petit déjeuner.

Le garçon en pyjama rit en tenant son livre contre lui.

- Très bien, Airi. Nous nous verrons plus tard. Je vais manger mais après nous …

- Akira, le coupa Aya une nouvelle fois.

Il éclata de rire puis tourna les talons en trottinant vers la salle à mange supposa Airi. Aya secoua la tête.

- Un gentil garçon mais c'est une vraie pipelette.

- C'est ce que j'ai cru comprendre, rit l'étudiante.

Le silence tomba dans la pièce pendant quelques secondes. Aya regardait là où avait disparu Akira puis elle tourna la tête vers Airi.

- Ils ne seront pas tous aussi accueillant avec toi. Certains ont des difficultés avec tout ce qui est nouveau. Ils vont t'accepter rapidement pour la plupart mais les autres seront plus distants. Ne le prend pas mal car ils pourraient t'éviter voire carrément t'ignorer.

- Pas de problème, je m'y suis déjà préparé, répondit la jeune étudiante.

- Tu as déjà fait un stage en pédiatrie ou en psychiatrie ?

- Aucun des deux mais je garde souvent mes neveux de trois et six ans et je me suis beaucoup renseignée sur la pédopsychiatrie.

L'infirmière hocha la tête, satisfaite.

- Retournons au bureau.

Airi la suivit. Et l'infirmière lui présenta les enfants en fonction du numéro de leur chambre. Le premier était celui qu'elle avait déjà rencontré, Akira Sutekina. Il s'agissait d'un enfant dont avait été diagnostiqué une schizophrénie à l'âge de dix ans et dont les médecins précédents avaient des difficultés à adapter son traitement. Il était donc ici pour recevoir un nouveau traitement pour sa maladie qui était le plus efficace sur le marché pharmaceutique. Toutefois, celui-ci apportait des effets secondaires importants. Ce traitement mettait un certain temps à agir, ce qui faisait qu'Akira faisait déjà parti des patients depuis plusieurs semaines.

Le deuxième enfant se nommait Daijiro Kakuhan, sept ans. Il avait eu plusieurs hospitalisations par le passé suite à des tentatives de suicide. Officiellement, il était ici pour soigner sa dépression mais aussi pour s'éloigner du contexte familial difficile.

La troisième et la plus âgée du service était Chikara Rida, quatorze ans. Elle avait développé une anorexique mentale ce qui l'avait amené à plusieurs hospitalisations avant d'arriver dans le service.

La quatrième était une fillette de neuf ans, Haneko Dokuritsu. Après une fugue et une arrestation par la police une semaine plus tard suite à un vol dans une station-service, Haneko fut diagnostiquée atteinte de troubles maniaco-dépressif.

La suivante s'appelait Nanako Forowa. Une petite de onze ans atteinte d'hystérie et troubles obsessionnels compulsifs. Son contexte familial difficile ne l'aidant pas, elle se trouvait ici et attendait d'être placée dans une famille d'accueil après l'hospitalisation.

Et le dernier, Eichiro Kutushimu, six ans, avait été diagnostiqué autiste depuis ses deux ans. Ses parents se montraient de plus en plus hostiles envers l'hôpital et ses pratiques. Aya pensait qu'ils allaient bientôt retirer leur enfant du service.

L'infirmière conclut ses transmissions par quelques informations supplémentaires :

- Il faut savoir qu'il s'agit d'un publique jeune. Nous pouvons accueillir des enfants jusqu'à l'âge de quinze ans et trois mois d'après la loi. Rarement mais cela arrive, nous pouvons garder des enfants jusqu'à dix-huit ans et plus.

Une fois terminé, elles sortirent du bureau et allèrent dans la salle à manger. Akira parlait en continu sans prêter attention à sa fourchette remplie de nourriture à mi-chemin entre sa bouche et son assiette devant Yusuke désabusé assit en face. Deux filles étaient installées à la même table.

- Bonjour Aya, fit l'une d'elles lorsqu'elle les remarqua.

L'autre fille leva à peine la tête en marmonnant une salutation.

- Bonjour Chikara, bonjour Haneko, répondit Aya.

- Tiens une nouvelle venue, s'exclama Chikara enthousiaste en tapant dans ses mains. Je suis Chikara, poursuivit-elle en lui faisant un grand sourire.

- Bonjour Chikara et Haneko. Je suis Airi, une nouvelle étudiante infirmière.

Haneko la gratifia d'un coup d'œil avant de se concentrer à nouveau sur sa fourchette.

- Elle m'a dit qu'elle me ferait faire un dessin comme … commença Akira.

- Déjà ? Tu veux encore te la garder pour toi, répliqua la jeune fille avant de se tourner vers Airi tout sourire. Tu aimes le service ? demanda Chikara alors qu'Aya et Airi prenait place avec eux.

- Elle vient juste d'arriver, intervint Yusuke en souriant. Laisse-lui le temps.

- Je viens de le visiter et je le trouve très bien.

- Tu as vu le salon ? Il est juste trop bien, lui répondit aussitôt Chikara.

Elle allait ajouter quelque chose mais quelqu'un entra dans la salle à manger. Une petite tête qui dépassait à peine les tables, tira une chaise la plus loin possible de la table où étaient assis les autres et s'y installa sans accorder un regard à personne. Yusuke se leva alors qu'une autre personne entrait dans la salle à manger.

- Bonjour tout le monde.

- Bonjour monsieur, saluèrent Akira et Chikara en même temps.

- Bonjour Haneko, fit l'homme en frottant la tête de la dénommée qui grommela. Toujours d'aussi bonne humeur le matin.

Tout le monde rit sauf Haneko qui marmonna une réponse. Yusuke posa un plateau devant le petit du « six » alias Eichiro.

- Airi, c'est ça ?

- Oui, monsieur, répondit l'étudiante.

- Je m'appelle Sabisu Genki et je suis le cadre de ce service. Viens dans mon bureau, je vais te donner une clé.

Elle le suivit et entra dans son bureau.

- Installe-toi.

Airi obéit. Le cadre lui demanda si elle avait des difficultés ou réticences avec la spécificité de ce stage et si elle en avait qu'elle n'hésitait pas à en parler à n'importe qui dans le service. Les patients n'étaient pas un publique qu'elle avait l'habitude de prendre en charge, d'autant plus que chaque enfant avait un profil différent.

Après lui avoir apporter un supplément d'informations non négligeable, Monsieur Sabisu lui tendit la clé avec un sourire.

- Bienvenue.