Chapitre 16 : Attaques
Février, jour 1 – Febrary, day 1
Mai sortit du bureau en silence avec les autres membres de l'équipe de la SPR. Elle gardait en tête les regards inquiets des membres du personnel de l'hôpital. Dans chacun d'eux, la jeune fille avait pu y voir un doute. D'expérience, elle savait que les gens pouvaient avoir des aprioris sur le métier qu'elle exerçait. Il suffisait de voir la réaction de l'équipe qui pourtant était à l'origine de leur venue. Son patron n'avait pas flanché, lui qui était toujours très froid face aux critiques et à l'avis des autres. Le regard droit devant lui, il menait le groupe vers le van pour apporter le matériel d'enregistrement dans le bâtiment. Mai se demandait parfois comment il était devenu aussi renfermé sur lui-même. C'était pour elle impossible de naître ainsi.
Sur cette dernière pensée, son patron se tourna vers elle pour lui donner un carton qui la fit vaciller sous son poids et de surprise car elle n'avait pas remarqué qu'ils étaient arrivés à destination. Elle le vit souffler puis reprendre le carton qu'il mit dans les bras de Bou-san avant de lui en donner un autre moins lourd. Habituée à ses sautes d'humeur, la jeune fille suivit le moine dans les marches du bâtiment comme si rien ne s'était passé, discutant tranquillement avec son ami.
Une fois le matériel installé dans la pièce, Ayako se laissa tomber en soufflant sur le canapé contre la seule fenêtre de la pièce. Mai la vit se frotter les bras, en proie à des frissons.
- Cet endroit me donne la chair de poule.
- On a connu pire, intervint Bou-san.
- Oui, mais moi je n'aime pas les affaires où il y a des enfants impliqués. Surtout dans un hôpital psychiatrique.
Le silence tomba dans la pièce alors que Lin et Naru branchaient leurs ordinateurs sur deux tables mises à leur disposition contre le mur du fond de la salle de réunion. Les regards des autres membres de la SPR étaient posés sur Ayako.
- Bah quoi ? C'est vrai. La psychiatrie m'a toujours fait peur, dit-elle en haussant les épaules. Ils sont bizarres.
- Ce sont des enfants, fit calmement remarquer John.
- Oui, je sais. Et c'est encore pire.
- Pourquoi tu dis ça ? intervint Mai, surprise de la réaction de son amie.
- Je ne sais pas, répondit simplement Ayako en regardant ses pieds le regard perdu.
Le silence retomba. Mai l'observa un instant. Elle semblait recroquevillée sur elle-même. A côté d'elle, Bou-san avait les yeux dans le vague, certainement lui aussi dans ses pensées. Comme d'habitude, Masako cachait son visage derrière sa manche de kimono mais Mai savait qu'elle ressentait aussi un malaise. John et Mai échangèrent un regard puis s'assirent chacun sur une chaise autour de la grande table au centre de la salle de réunion. Il se passa plusieurs minutes avant que quelqu'un frappe à la porte. Lin vint ouvrir. Mai reconnut l'homme qui était intervenu lorsqu'ils s'étaient présentés à l'équipe soignante.
- Je suis Yusuke, un éducateur, se présenta-t-il à son tour en se penchant devant eux. Je suis venu vous voir pour vous parler de ce qu'il se passe dans le service.
L'homme commença par raconter comme s'était passé la journée de la disparition de Noshio puis il expliqua qu'il y avait beaucoup de rumeurs qui tournaient autour de l'aile D dans l'ensemble de l'hôpital mais aussi dans la ville. Pour lui, la plupart étaient fausses. Néanmoins, deux histoires lui revenaient souvent aux oreilles à la suite de plusieurs apparitions que de nombreux témoins avaient pu voir. La première concernait un enfant suicidaire qui hanterait l'aile D et l'autre, celle d'un ancien employé qui avait été banni du bâtiment principal, obligé de travailler en pédopsychiatrie alors qu'il détestait les enfants.
Mais Yusuke n'y croyait pas non plus. En fait, il s'agissait de quelqu'un de très terre-à-terre qui ne croyait qu'à ce qu'il voyait. Toutefois, depuis qu'il travaillait dans cet hôpital c'est-à-dire douze ans, il eut été obligé de croire aux esprits.
- Que vous a-t-il poussé à y croire ? relança Naru alors que Lin tapait sur les touches de son clavier d'ordinateur.
- Une accumulation d'événements, commença l'homme en fronçant les sourcils. Comme des objets qui se déplacent tout seul dans le service ou de notre service à un autre, des pas dans le couloir la nuit ou des graffitis sortis de nulle part qui apparaissent sur les murs de la salle de bain ou dans les chambres, commença-t-il par énumérer. Il arrive parfois que la salle de jeux soit sens dessus dessous alors que nous y étions deux minutes auparavant et que tout était normal.
Il se pencha légèrement en avant, avant de reprendre.
- La chose qui m'a le plus marqué ce fut ce jour où j'étais partis chercher Eichiro pour le repas. Lorsque je suis entré dans la chambre tout semblait normal et comme cet enfant est autiste, cela ne m'a pas étonné qu'il me tourne le dos et m'ignore lorsque je l'appelais. Mais il faisait très froid dans cette chambre alors que la fenêtre était fermée. Je me suis tourné pour vérifier le radiateur mais il était bel et bien allumé. Puis soudain, j'ai entendu des objets tomber par terre dans mon dos. Je me suis retourné aussitôt pour découvrir la chambre en bazar alors que Eichiro se tenait dans la même position, sain et sauf entouré du lit retourné et des livres et des jouets que comportait le coffre renversé.
Il passa une main dans ses cheveux.
- Je l'ai pris dans mes bras. Il tremblait et était complètement gelé. Ce n'est pas la première fois que je suis témoin de choses étranges qui se passent autour de lui. A plusieurs reprises, j'ai remarqué ses poignets scarifiés. Ce ne sont pas les autres enfants non plus qui lui ont fait cela, c'est certain. Eux aussi ont vu ou entendus des choses étranges. Il m'est souvent rapporté que lorsque nous sommes dans la salle de bain, l'on peut être témoin d'apparitions ou de bruits ainsi qu'entendre dans la pièce voisine une voix. Différente de celle d'Eichiro.
En effet, la chambre du plus jeune patient se situait à côté de la salle de bain, là où avait été retrouvé de corps de Noshio. C'était la dernière chambre du service, la sixième.
- Nous avons souvent parlé de cela entre collègues. Nous sommes persuadés que la chambre six est hantée, conclut l'éducateur.
Naru attendit que Lin termine d'écrire le témoignage.
- Bien, je vous remercie pour votre participation dans cette enquête, dit-il en se levant.
- Nous avons envie que tout cela cesse, pour les enfants et pour nous. Je voulais ajouter que nous sommes désolés d'avoir était aussi distants et méfiants envers vous.
Sur ces mots, il se courba une nouvelle fois et sortit de la pièce.
Ayako, Bou-san et Mai prirent chacun des caméras, des micros et un thermomètre avant de quitter la pièce alors que John et Masako faisaient le tour de l'établissement psychiatrique et que Lin et Naru s'entretenaient avec deux soignants venus leur confier leurs témoignages. Il était convenu d'installer le matériel dans la salle-de-bain, la chambre six qui n'avait plus de résident, le couloir, la salle-à-manger et le salon, tout en conservant l'intimité des patients. Mai se chargea d'abord de la salle-de-bain. Il était convenu que lors des passages des petits patients dans cette pièce, la caméra serait éteinte.
Lorsque la porte s'ouvrit, une large pièce séparée en deux se révéla sous ses yeux. L'ambiance était lourde à l'intérieur, à moins que ce fût seulement parce que le corps de Noshio avait été découvert ici.
Mai inspira profondément avant de franchir le seuil. Elle installa le trépied dans un coin opposé à la scène de crime pour en avoir une bonne vision. Lorsque le test de la caméra fut réussi, elle sortit un thermomètre. Il ne faisait pas spécialement chaud mais pas au point de l'alarmer. Le bip du thermomètre sonna et l'objet afficha dix-huit degrés virgule cinq. Elle le nota sur son bloc-notes et ne perdit pas de temps pour sortir de la pièce, non sans réprimer un frisson.
Bou-san avait terminé d'installer la caméra dans le couloir et se dirigeait tranquillement vers la salle-à-manger sans remarquer la jeune fille. Cette dernière avança vers la chambre six. Contrairement à la salle-de-bain, aussitôt le seuil franchit elle sentit que la température était plus basse. Le thermomètre afficha quinze degrés virgule trois. Elle nota les chiffres sur le bloc de papier puis ses yeux firent le tour de la pièce pour trouver un endroit pour poser la caméra en même temps qu'elle reculait. Dos à la fenêtre, son regard passa sur les deux seuls mobiliers présents, le lit dans le coin à sa gauche et un coffre en bois à sa droite. Elle hocha la tête lorsque ses yeux se posèrent à nouveau sur le coin qui devaient leur offrir une vue d'ensemble sur la pièce. Mais alors qu'elle esquissait un pas en avant, des grattements contre la fenêtre se firent entendre. Mai se retourna mais il n'y avait rien.
- Oh, c'est vous, fit une voix derrière elle qui la fit sursauter violemment.
Une jeune fille que Mai avait vu lors de leur rencontre avec l'équipe soignante une heure plus tôt se tenait sur le seuil de la porte. Elle interpréta mal l'expression de Mai puisqu'elle se justifia.
- C'est que j'ai vu la porte de la chambre ouverte et je …
Mais Mai n'écouta pas la suite puisqu'elle entendit à nouveau les grattements mais cette fois au niveau du plafond.
- Vous avez entendu ? demanda Mai aussitôt, en louchant vers le plafond.
Le silence retomba alors que l'autre jeune fille tendait l'oreille avec la mine concentrée. Mais les grattements s'étaient tus.
- Non, je n'entends rien, répondit-elle finalement, les sourcils froncés.
- C'est bizarre, lâcha Mai en regardant à nouveau son interlocutrice.
L'expression de cette dernière se déforma face à son inquiétude. Mai se reprit aussitôt.
- Enfin, cela ne veut rien dire. J'ai peut-être mal entendu, dit-elle en se frottant l'arrière du crâne en riant alors que l'image de Naru se forma dans son esprit en la traitant d'idiote.
Elle arrêta aussitôt de rire. L'autre fille hocha la tête.
- Il y a beaucoup de vent aujourd'hui. C'étaient peut-être les branches, proposa-t-elle.
Le silence retomba pendant une minute ou deux.
- Au fait, je suis Airi. Je suis étudiante infirmière.
- Enchantée, je m'appelle Mai. Ton stage se passe bien ?
- Mise à part le décès de l'enfant et les remous de l'affaire qui s'en suit, j'aime beaucoup, répondit Airi.
- Ah oui, fit Mai, gênée. Je suis désolée.
- Non, il n'y a pas de mal, sourit Airi.
Là, un grand bruit résonna dans la pièce. L'ambiance légère s'alourdit soudain. L'angoisse monta en flèche alors que les regards paniqués des deux filles pétrifiées se croisèrent. Mai regarda partout dans la pièce mais tout était à sa place. Elle se permit de rependre sa respiration. Une odeur nauséabonde lui donna aussitôt une envie de vomir.
- Bon, je crois que je vais sortir de cette pièce.
Airi se dirigea presque en courant vers la sortie. Mai la suivit pour installer rapidement la caméra et prendre la poudre d'escampette. Mais son regard méfiant parcourrait la pièce alors qu'elle la traversait.
A peine arrivées au milieu de la pièce, quelque chose se déplaça en glissant sur le sol derrière elle. Lorsque Mai se retourna, elle vit que le coffre se trouvait au centre de la chambre. Airi glapit avant d'échanger un regard inquiet avec Mai. En bonne professionnelle, cette dernière s'avança lentement vers la boite en bois. Sa main se posa sur le couvercle qu'elle ouvrit une vingtaine de secondes plus tard. L'odeur nauséabonde était encore plus forte. Rance. Elle venait du rat en décomposition au fond du coffre. Le hurlement d'effroi d'Airi lui indiqua qu'elle aussi avait vu le rongeur. Son cri s'éloigna indiquant à Mai que l'étudiante quittait la pièce. Des pas précipités résonnèrent dans le couloir alors que cette dernière continuait de crier à l'autre bout du service.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandèrent Bou-san et Ayako en chœur.
Mai leur désigna le coffre. Ses deux amis se couvrirent le nez et la bouche. Lorsqu'elle vit le rat, Ayako fit mine de vomir.
Bou-san se débarrassa du rat mort. Ayako et Mai retournèrent dans le couloir près de la porte de sortie où Airi s'était réfugiée. John et Masako étaient avec elle. Le jeune prête et Aya faisaient de leur mieux pour calmer l'étudiante qui était dans tous ses états. Avec toute cette agitation, les autres éducateurs et infirmiers les rejoignirent. La tutrice d'Airi finit par lui proposer de rentrer chez elle pour qu'elle puisse se remettre de ses émotions.
- Je crois que c'est une bonne idée, répondit la jeune fille au bord des larmes.
- Je vais vous raccompagner jusqu'au bus, intervint John en lui souriant gentiment.
Mai vit apparaître des rougeurs sur les joues d'Airi.
- Euh … Je … balbutia-t-elle en évitant son regard.
- Allez-y, Airi. Il ne mord pas, dit Mai, taquine provoquant des rougeurs sur les joues des deux concernés.
- Bien, répondit Airi. Merci, ajouta-t-elle en penchant la tête à l'encontre du prêtre.
Après le départ de l'étudiante et de ce dernier, le matériel put enfin être mis en place. John revint quelques minutes plus tard dans la base. Bou-san le charria.
- Il y en a qui devrait prendre exemple sur lui au lieu de se moquer, rétorqua Ayako avec un mouvement de tête dédaigneux.
- Que veux-tu dire par là ? demanda le moine de mauvaise humeur.
Une dispute éclata entre eux. Naru passa entre les deux en les ignorant royalement pour se rendre à l'autre bout de la pièce. Mai le regarda faire puis se laissa tomber sur le canapé à côté de Masako.
- Que ressens-tu cette fois ?
- Ce n'est pas facile à dire, répondit la médium. L'hôpital est un endroit qui rassemble beaucoup de présences et d'empreintes. Je ne sais pas si tu sais ce qu'est une empreinte énergétique.
Naru lui avait expliqué un jour. L'être humain est un réservoir énergétique dont il se sert afin d'équilibrer son état émotionnel et qu'il puise à travers son environnement. Lorsqu'il est dans un lieu par exemple, il peut laisser une empreinte énergétique derrière lui suite à un évènement ou de fortes émotions comme un meurtre, une grande tristesse ou encore une grande joie. Cela fonctionne aussi avec les autres êtres humains qui peuvent en être affectés, de sorte qu'ils soient totalement imprégnés de l'émotion présente et la ressente à la place de la première personne. Mai hocha la tête.
- Il doit y en avoir énormément, dit-elle.
- Oui. Bien sûr, je peux les distinguer de la présence d'esprits mais cela reste difficile. L'aile D rassemble beaucoup de ressentis négatifs.
- Et dans la chambre six ? demanda Naru alors qu'il s'était rapproché des deux filles en silence.
- Il y a beaucoup d'empreintes énergétiques négatives ou peut-être s'agit-il du ressentiment d'un esprit, répondit Masako. C'est très confus.
L'après-midi se passa calmement. Lin et Naru s'étaient une nouvelle fois entretenus avec le médecin et le cadre du service. Mai, Masako et John avaient fait le tour du service et surtout de la chambre six pour obtenir plus de ressentis de la part de la médium. Ensuite, ils prirent le temps de jouer avec Akira et Daijiro. Le plus âgé était très enthousiaste à l'idée de s'amuser avec de nouvelles personnes. De leur côté, Bou-san et Ayako avaient interrogés le personnel des autres ailes qui leur apprirent qu'eux aussi ils avaient pu être témoin de phénomènes paranormaux mais beaucoup moins puissants que l'aile D.
Vers dix-huit heures, Lin et Naru rejoignirent tout le monde dans le salon. Ils s'étaient séparés en deux groupes et jouaient à un jeu de devinettes. Les deux hommes restèrent à peine cinq minutes puis ils s'éclipsèrent certainement dans la base. Mai ne fit pas attention à eux, sachant parfaitement qu'ils n'étaient pas vraiment à l'aise avec les enfants. Ayako lui fit un clin d'œil en les voyant partir, ayant le même chemin de pensée qu'elle. Une heure plus tard, Aya déclara que l'heure était venue de dîner ce qui provoqua une vague d'enthousiasme de la part des enfants, surtout d'Akira qui sautilla sur place. Le salon était en bazar et les enfants prirent l'initiative de le ranger avec de partir. Mai sourit face à cela qu'elle trouva touchant. A ce moment-là, elle croisa le regard d'Hatsuno. Ses yeux semblaient la sonder. Ceux de la jeune fille ne parvinrent pas à les soutenir. L'infirmière finit par quitter la pièce en silence à la suite des enfants et de ses collègues.
Ils n'avaient pas le droit de manger avec eux, repas thérapeutique oblige. Le reste de la SPR se dirigea tranquillement vers la base.
- J'avais oublié quelque chose, entendit Mai à l'arrière du groupe.
Elle se mit sur la pointe des pieds et vit le psychologue sortir du bureau infirmier. Il leur adressa un sourire et les accompagnèrent jusqu'à l'escalier du palier qu'il prit après leur avoir dit au revoir. Ayako se tourna vers les autres.
- Ils font souvent des heures sup', ici ?
- Il a dit qu'il avait oublié quelque chose. Ne cherche pas plus loin, rétorqua Bou-san, toujours fâché après elle.
Ils se lancèrent un regard mauvais puis le silence revint. La soirée se passa aussi calmement que l'après-midi. Vers minuit ou une heure du matin, les yeux de Mai commençaient à se fermer alors qu'elle était assise sur le canapé. Elle se réveilla lorsque sa tête heurta soudainement quelque chose. Ses yeux croisèrent le regard mi-outrée, mi-choquée de Masako. Elle en déduisit que sa tête avait touché son épaule puisque celle-ci prit ses distances avec elle en se décalant sur le côté, le visage caché derrière sa manche de kimono. Mai s'excusa avant de se lever car elle allait vraiment finir par s'endormir. Dans ces cas-là, elle aimait bien observer les écrans qui diffusaient les images des caméras de surveillance. Mais elle devait l'avouer ce n'était pas vraiment quelque chose qui la maintenait éveillée. Cinq minutes plus tard, son attention se tourna vers Naru qui était assis à côté des écrans, casque sur les oreilles et regard fixé sur l'écran devant lui. Elle s'approcha pour voir ce qu'il observait. Il s'agissait d'analyses audio qui n'avaient pas grand intérêt sans casque.
- Si tu as assez de temps pour m'admirer, tu devrais travailler davantage, dit soudain son patron sans la regarder.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? demanda Mai, las de son mauvais caractère.
- Il y a ces dossiers à trier, répondit-il en désignant la table derrière lui.
- Je l'ai déjà fait il y a une heure.
- Tu as pris les températures des pièces ? demanda-t-il en lui accordant enfin un regard.
- Oui, je les ai notés ici, répondit Mai en montrant le bloc-notes qu'elle avait remplis avant de trier les fameux dossiers.
- Et as-tu rangé le matériel audio que je t'avais demandé ?
- Oui.
- Tu as rangé par couleur les fils du nouveau matériel ?
- Oui.
- Et les …
- J'ai fait tout ce que tu m'as demandé, Naru, coupa Mai.
Il la détailla pendant plusieurs secondes avant de poser ses yeux derrière elle. Celle-ci suivit son regard.
- Tu n'as qu'à surveiller les écrans.
Mai lança un regard exaspéré à son patron qui avait reporté son attention à ses analyses audios. Elle prit finalement une chaise pour se poster devant les écrans. Naru lui jeta un coup d'œil et Mai lui répondit en faisant une moue boudeuse. Plusieurs minutes passèrent sans que rien d'anormal se passe. Elle vit les deux soignants faire le tour des chambres pour voir si les enfants dormaient puis se diriger vers le salon et revenir tranquillement vers le bureau infirmier. Avant d'y entrer, l'un d'eux appuya sur un interrupteur et les lumières du couloir s'éteignirent. Une demi-heure plus tard, il ne se passa toujours rien d'intéressant. La jeune fille se permit de bailler et de s'étirer. Elle jeta un regard alentour pour voir que ses collègues dormaient tous sur le canapé alors qu'elle était obligée de surveiller les caméras. L'heure sur l'horloge à l'autre bout de la pièce indiquait un peu moins de deux heures du matin. Mai soupira mais elle s'interrompit lorsqu'un détail attira son attention. Ses yeux n'étaient pas très fiables à cette heure-ci. Elle se les frotta. La croix au-dessus de la porte était bel et bien à l'envers.
- Oh, lâcha-t-elle en se mettant debout alors que la peur accéléra sa respiration.
Naru et Lin levèrent la tête au même moment. Ils regardèrent là où l'attention de Mai était fixée. Celle-ci n'avait plus de mot face à ce qu'elle voyait. L'image lui renvoyait les films d'horreurs qu'elle avait pu voir avec ses amis. La croix se mit à bouger. Mai lâcha à peine un cri tellement elle était pétrifiée. Naru et Lin se levèrent dans un même mouvement ce qui réveilla les autres. La croix s'immobilisa à sa position initiale. Une ou deux minutes passèrent avant que quelqu'un brise enfin le silence.
- Vous avez vu ce que j'ai vu ? demanda Ayako.
- Je crois malheureusement que tout le monde la vue, répondit John.
- Il y avait quelque chose de malsain qui planait autour de nous, déclara Masako.
Soudain, des cris se firent entendre au niveau des écrans. Mai se tourna vers eux et vit tous les enfants sortirent de leur chambre en panique. Les soignants arrivèrent en même temps mais la lumière s'éteignit. Les enfants crièrent une nouvelle fois puis la lumière se ralluma. Mais seuls les deux soignants restaient. Les écrans s'éteignirent à leur tour. La SPR sortit aussitôt de la pièce. Naru tenta d'ouvrir la porte d'entrée en vain mais le code ne semblait plus fonctionner. Lin essaya de la défoncer mais rien n'y faisait. Les fenêtres de la porte n'étaient pas transparentes à cause d'un film protecteur apposé dessus, ce qui faisait qu'ils ne pouvaient qu'entendre les cris de détresse des enfants et des deux soignants qui les appelaient.
- On est dans le salon ! entendit Mai au-dessus de la cohue.
La SPR tenta une nouvelle fois d'entrer mais la porte n'était pas décidée à leur obéir. Finalement, l'un des soignants vint leur ouvrir et les mena au salon où les enfants s'étaient réfugiés, en pleurs. Inconsciente, Nanako était allongée par terre alors qu'un soignant tentait de la réveiller. A côté d'elle, Akira murmurait des mots incompréhensibles alors qu'il se balançait d'avant en arrière le regard dans le vide et les bras autour de lui et Daijiro avait les genoux contre lui et les bras autour de lui, enfonçant ses ongles dans sa peau. Les deux dernières pleuraient à chaudes larmes dans leur coin. Mai serra les filles contre elle pendant que les autres adultes essayaient de calmer le reste des enfants. Lorsque le calme revint peu à peu, Toshiya, l'un des éducateurs, apporta les médicaments à Daijiro et à Akira qu'ils prirent puis en proposèrent aux autres en fonction de leur ordonnance, ce qu'ils acceptèrent. Néanmoins, ils imposèrent leur condition de ne pas dormir séparément. Naru en profita pour leur demander ce qu'il s'était passé.
- Des bruits m'ont réveillé, commença Nanako.
- Oui, enchérit Chikara. J'ai entendu des chuchotements, comme si quelqu'un était énervé et j'ai eu froid tout d'un coup. Alors je suis sortie et c'est là que j'ai vu les autres dans le couloir. La lumière s'est éteinte et après on est arrivés là.
- Vous ne vous souvenez plus comment vous êtes arrivés dans le salon ? demanda Toshiya.
Les filles hochèrent la tête. Les garçons n'étaient plus en mesure de répondre pour le moment. Hayao, l'autre éducateur, proposa de leur apporter des boissons chaudes. Mai l'aidait dans sa démarche. Une heure plus tard, les enfants étaient tombés de fatigue allongés sur les canapés et les fauteuils. Daijiro avait mis plus de temps à s'endormir. Mai lui lut une histoire qu'il lui avait montré dans l'après-midi. Il avait fini par se laisser aller, la tête posée sur les genoux de la jeune fille.
