Chapitre 18 : Possession
Dans son rêve, elle se retrouva dans la cour du bâtiment dans lequel elle se situait. Naru se tenait devant elle. Un grand sourire lui étirait les lèvres.
- Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu, fit Mai.
Le jeune homme hocha la tête.
- C'est parce que tu n'avais pas besoin de moi.
Alors qu'elle allait répliquer, Naru lui fit signe de regarder en face d'elle.
- Je ne t'apprends rien en te disant que l'esprit qui rode ici est dangereux.
- C'est le petit garçon que j'ai vu tout à l'heure ? demanda-t-elle en posant ses yeux sur le profil de son beau patron.
Celui-ci tourna son regard azur vers elle.
- Fais attention. Il est assez fort pour tuer quelqu'un.
A ce moment-là, la porte d'entrée s'ouvrit en grand et un courant d'air glacial la percuta. Naru se mit devant elle.
- Va-t'en maintenant.
Elle fut projetée en arrière parmi la végétation puis ses yeux s'ouvrirent brusquement.
- Ça va mieux ? demanda Bou-san assis à côté de Mai.
- Oui, dit-elle en s'étirant.
La jeune fille se frotta les yeux. Les souvenirs de son rêve lui revinrent immédiatement.
- Mais j'ai rêvé de quelque chose.
Tout le monde arrêta ce qu'il était en train de faire pour la regarder.
- L'enfant sur la photo est bien l'esprit qui hante l'aile D. Il serait assez fort pour tuer quelqu'un.
Après un silence, Bou-san prit la parole.
- Donc nous connaissons l'identité de l'esprit. Maintenant, comment procéder ?
Mai se leva et prit le morceau de journal qui était encore posé sur la table. C'était un extrait d'un article relatant de la disparition inquiétante de l'enfant de moins de dix ans. Il s'appelait Yuma Kurushima. D'après le journaliste, ses parents l'avaient laissé à l'hôpital un an auparavant puis n'avaient plus jamais donné de nouvelles. D'autres coupures étalés sur la table relataient aussi de la disparition. Toutefois, l'un d'eux dataient de plusieurs mois plus tard. Il avait été retrouvé mort mais le journaliste n'avait pas plus d'informations à fournir. Ses yeux s'égarèrent plusieurs minutes sur le visage de Yuma.
- Je l'ai vu moi aussi, fit la voix de Masako à côté d'elle.
- Tu l'as vu dans ton rêve ?
La jeune médium hocha la tête. Naru déposa un dossier sur la table. La pâleur de son visage et ses traits tirés lui sautèrent aux yeux.
- Tu veux du thé ? demanda Mai, sachant pertinemment que si elle lui demandait comment il allait, elle se ferait automatiquement envoyer bouler.
- Je peux aller le faire si tu veux, se proposa Masako.
Mai qui n'avait pas l'habitude d'un élan de sympathie de sa part marqua un temps d'arrêt. Derrière l'épaule de la médium, elle vit la mine dégoutée de Naru et s'empêcha de sourire.
- Je peux y aller. Ce n'est pas grand-chose, finit-elle par répondre.
- Tu ne vas pas y aller toute seule. Je viens avec toi, intervint Ayako.
- Je vais bien, insista Mai. Je peux au moins faire cela.
Les autres membres de la SPR l'observaient avec attention. La jeune fille finit par les rassurer en disant qu'elle irait voir les soignants si quelque chose n'allait pas. Une fois partit de la base, elle put enfin souffler. Elle n'aimait pas qu'ils soient aussi précautionneux avec elle. Mais être seule ne la rassurait pas non plus. Elle jeta plusieurs coups d'œil autour d'elle alors qu'elle se trouvait dans le couloir pour taper le code sur le clavier. Lorsque la porte s'ouvrit, elle se dépêcha d'entrer. Alors que la porte claqua, l'angoisse de Mai disparut. Elle se dirigea plus lentement vers la salle-à-manger. Au fond de la pièce, elle emprunta la porte pour accéder à la cuisine. A l'intérieur de la cuisine, la jeune fille entendit du bruit derrière une autre porte à sa droite. L'oreille tendue, elle s'approcha doucement mais il ne s'agissait que des voix des cuisiniers qui parlaient du stock. Rassurée, Mai remplit la bouilloire d'eau du robinet et sortit un pichet dans lequel elle mit plusieurs cuillères de thé qu'elle avait emporté de Shibuya.
Pendant que l'eau chauffait, elle se perdit dans ses pensées. Un sifflement venant de l'appareil électrique la ramena à la réalité. L'eau commençait à déborder. Elle prit l'initiative de débrancher la bouilloire mais l'eau bouillante était projetée partout. A ce moment-là, la porte s'ouvrit à la volée.
- Attention ! cria la personne qui était arrivé trop vite pour que Mai assimile l'information.
La personne se mit devant la jeune fille pour la protéger alors que la bouilloire volait à travers la pièce. Un grand bruit résonna dans la pièce. Mai rouvrit les yeux lorsque le silence revint. Elle vit d'abord la bouilloire en pièce par terre puis Naru qui se tenait le bras.
- Tout va bien ici ? demanda l'un des cuisiniers alerté par le boucan.
- Oui, merci, répondit Naru.
- Oh, fit le cuisinier en voyant la bouilloire. Je crois qu'elle est fichue. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Je … je n'ai pas fait attention et je l'ai fait tomber, répondit Mai pour éviter de les effrayer.
Il la ramassa mais la lâcha.
- Bon sang, elle est encore très chaude.
- Attends, j'ai des gants, intervint l'autre cuisinier en attrapant la maudite bouilloire. Il vaut mieux la laisser refroidir avant qu'elle ne mette le feu à la poubelle.
Ils ne posèrent pas plus de questions et quittèrent la pièce avec. Mai s'approcha de Naru.
- Ça va ? Tu t'es fait mal au bras ?
- Non.
Mai lui lança un regard dubitatif.
- Alors montres-moi, dit-elle fermement, faisant soupirer son patron.
Mais cela eut l'effet escompté puisqu'il libéra son bras. Une trace rouge s'étalait sur son avant-bras. Les yeux de Mai s'agrandirent.
- Il n'y avait plus d'eau dans la bouilloire.
- Oui mais la bouilloire était quand même brûlante, rétorqua la jeune fille en posant sa main sur celle de son patron pour regarder la blessure de plus près.
Ce fut ce moment que choisis la SPR pour arriver en trombe dans la cuisine.
- Est-ce que ça va ?! s'écrièrent Ayako et Lin en entrant dans la pièce tout essoufflés.
- Naru s'est blessé, répondit Mai.
Lin se précipita aux côtés de son petit protéger. Ce dernier fronça les sourcils en enlevant son avant-bras du champ de vision du chinois.
- La bouilloire nous a attaqué, dit Mai.
- Elle vous a attaqué ? demanda John, médusé.
Mais des cris les interrompirent. Mai sentit que le danger s'était déplacé dans le service. Elle sortit de la pièce en courant suivit par l'équipe de paranormal. Les cris provenaient du salon. Mai vit en premier Haneko qui se levait dans un sursaut en même temps qu'elle arrivait. Il y avait quelque chose d'étrange dans sa posture. Ses cheveux formaient un rideau devant son visage. Un grognement sortit de sa bouche et la jeune fille entrevit ses lèvres marmonner quelque chose. Puis cela se transforma en cri de rage.
L'infirmière et Daijiro qui étaient assis à la même table qu'elle, reculèrent vers le mur et les autres enfants et soignants qui étaient éparpillés dans toute la pièce se levèrent avec une expression de peur sur le visage.
- Haneko, calmes-toi s'il te plait, tenta l'infirmière à côté d'elle.
La jeune patiente tourna sa tête brusquement vers elle puis se jeta dessus d'un bond agile. Plusieurs personnes eurent un mouvement en avant pour aider l'infirmière mais Haneko s'arrêta net.
- Je la tue, s'écria-t-elle d'une voix rauque, en tenant l'infirmière par le cou.
- Haneko, supplia l'infirmière.
- Haneko, dit Chikara plus fermement.
Elle s'était approchée doucement sans que personne ne s'en aperçoive, pas même Haneko au vue du sursaut qu'elle fit avant de se tourner vers elle.
- Lâche-là, reprit Chikara.
Haneko la regarda fixement sans bouger. Ses pupilles noires avaient une lueur rouge, témoignant de toute la rage qui émanait de son être. Chikara continua à avancer vers elle.
- Lâche-là, s'il te plait, répéta-t-elle en tendant la main tout aussi doucement qu'elle s'était approchée.
Alors qu'il restait moins d'un mètre entre elles et que tout le monde retenait son souffle, Chikara s'agenouilla près de l'infirmière. Cette dernière lui lança un regard d'avertissement. Mais ce qui devait arriver arriva. Haneko la gifla si fort que la tête de la jeune fille percuta le sol avec force. Lin réagit aussitôt. Un sifflement résonna dans l'air puis Haneko se figea dans un cri de rage animal.
- John, interpella Naru. A toi !
La prière du prêtre débuta. Mai vit la croix autour de son cou bouger sous ses yeux ébahis.
- Attention John, prévint-elle.
Mais trop tard, la corde l'étranglait au point de l'interrompre dans sa prière. La jeune fille tira sur la corde pour aider le pauvre John qui manquait de souffle. Son visage prenait une teinte rouge virant au bleu. Masako leur vint en aide avec une paire de ciseaux mais rien n'y faisait la corde était indestructible. Bou-san prit le relais en priant ainsi qu'Ayako. Naru prit la paire de ciseaux des mains de la médium et s'y prit à trois fois avant que la croix se détachât enfin de la corde autour du cou du prêtre. Il tomba à genoux en se tenant le cou et en crachant ses poumons. Son visage demeurait rouge mais il n'était plus bleu.
Mai vit Haneko se tortiller quelques minutes avant de s'effondrer par terre. Les lumières du plafond semblèrent éclairer davantage la pièce comme si des nuages avaient obstrué le soleil. Un soignant vint s'enquérir de l'état d'Haneko toujours inconsciente par terre et un autre se mit à genou à côté de Chikara qui se tenait la tête, les yeux hagards. L'infirmière qu'Haneko avait étranglée se releva, légèrement sonnée. Personne n'osait parler à part la SPR. Naru se tourna vers les soignants.
- Je pense qu'il faut appeler les médecins.
- J'y vais tout de suite, fit Airi.
Il ne fallut pas longtemps pour qu'une horde de médecins et de soignants arrivent. A ce que compris Mai, il s'agissait de l'équipe des urgences de l'hôpital. Ils emmenèrent Haneko, Chikara, l'infirmière blessé et John. Mai voulut les accompagner et Naru accepta.
Deux ou trois heures plus tard, John et Mai retournaient du côté de l'hôpital psychiatrique. Le médecin qui l'avait pris en charge avait conclu que le prêtre aurait mal à la gorge pendant plusieurs jours comme une angine mais qu'il n'avait rien de grave. Il lui avait prescrit des pastilles pour la gorge et des comprimés pour la douleur en plus si c'était trop douloureux. Mai se proposa d'aller lui chercher cela à la pharmacie non loin de l'hôpital mais John avait insisté quand au fait qu'il se portait bien.
Mai n'avait pas pu se renseigner sur l'état de santé des trois autres. Lorsqu'ils revinrent, Hatsuno leur expliqua qu'elle avait eu au téléphone l'infirmière qui les avait pris en charge et les rassurèrent. Chikara avait eu un léger traumatisme crânien qui n'avait pas de conséquences mais elle restait une nuit en surveillance. Haneko s'était réveillé et agissait comme d'habitude et n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé. Elle restait une nuit en surveillance également. Et l'infirmière allait bien et attendait son compagnon pour la ramener chez elle.
Les enfants restants étaient tous choqués et mangeaient silencieusement dans la salle-à-manger. Mai eut de la peine pour eux. Elle sentit quelque chose lui tirer la manche de son pull.
- On devrait retourner à la base, lui dit John.
La jeune fille hocha la tête. A un moment dans le couloir, une odeur de brûlée titilla les narines de Mai. Elle regarda son collègue qui lui aussi semblait avoir senti la même chose. Il n'y avait pas de fumée visible. Plus ils se rapprochaient de la chambre six plus l'odeur était forte. Mai sentait aussi de la chaleur. Alors que John allait ouvrir la porte, une autre porte s'ouvrit au même moment. Le prêtre et la jeune fille se tournèrent d'un même mouvement vers la personne qui sortait d'un bureau.
- Ah ! Bonsoir, les salua le psychiatre avec un sourire.
- Bonsoir, le saluèrent les jeunes gens.
- Vous allez bien ? demanda-t-il. J'ai entendu ce qui s'est passé cette après-midi, ajouta-t-il avec une note d'empathie dans la voix.
- Euh … oui, répondit John. Nous allons bien. Les enfants n'ont rien de grave, Dieu soit-loué.
- Hatsuno me l'a dit. Quelle histoire … dit M. Igakusha, le psychologue, en secouant la tête.
Il y eut un silence. Puis, le docteur releva la tête.
- Bien, je vous laisse. Bonne soirée et bonne nuit, Messieurs, Dames.
- Bonne soirée, répondirent John et Mai en se penchant en avant.
Puis Mai plissa les yeux. « Messieurs » ? Elle se tourna et se rendit compte qu'il y avait Naru.
- Qu'est-ce que vous alliez regarder dans la chambre ?
John et Mai échangèrent un regard surpris. Ils en avaient complètement oublié l'odeur de brûlée.
- Nous avons senti quelque chose brûler, répondit John. Nous pensions que c'était peut-être dans cette chambre que venait cette odeur.
Mai ouvrit la porte et alluma la lumière. La pièce était intacte. Aucun trace de départ de feu ou quoi que ce soit n'était présent. Naru passa à côté de la jeune fille et vint vérifier de ses propres yeux puis il se tourna vers eux, l'air pensif, la main sur la hanche. Elle remarqua le bandage sur son avant-bras. Cette enquête était dangereuse. Le Naru dans son rêve avait raison. Mais elle ne partirait pas avant d'avoir résolu cette enquête avec l'équipe.
Lorsqu'ils entrèrent dans la pièce, Bou-san, Ayako et Masako se jetèrent sur eux.
- Comment tu vas ?
- Tu n'as pas trop mal ?
- Comment vont les autres ?
Furent les questions qui fusèrent en même temps et que Mai put distinguer parmi tant d'autres. Le prêtre était devenu tout rouge face à l'assaut de ses collègues et ne savait plus où se mettre. Mai finit par répondre à sa place et expliqua que les autres allaient bien aussi. Ils avaient eu de la chance.
Une heure après, ils parlent toujours des événements installés dans le canapé. Même Lin avait arrêté de taper sur le clavier de son ordinateur pour participer de temps en temps à la discussion. Mais Naru restait toujours dans son coin.
- Toutes les croix étaient à l'envers. Ce n'est pas bon signe, fit remarquer John.
- Cela devient dangereux. Mai aussi a failli être brûlée vive, dit Bou-san. Tu peux remercier Naru.
- Oui, c'est vrai, sourit Mai. Merci Naru, ajouta-t-elle en s'approchant de lui.
Mais cet idiot têtu ne leur accordait toujours pas la moindre attention.
- Il a su avant tout le monde que tu étais en danger, poursuivit le moine.
Mai haussa les sourcils.
- Il était en train d'écrire sur son ordinateur comme maintenant et d'un coup, il s'est levé et s'est mis à courir. Tu es vraiment fort Naru.
- J'ai juste eu une intuition, répondit le narcissique en le regardant.
- Oh mais c'est que tu deviens modeste, le taquina Ayako ce qui lui valut un regard mauvais.
Mai pencha la tête pour accrocher son regard. Leurs yeux se croisèrent. Un sourire étira les lèvres de la jeune fille.
- Merci beaucoup, Naru, répéta-t-elle avec reconnaissance.
Celui-ci hocha la tête puis reporta son attention sur son écran.
- Ne t'inquiète pas, Mai. Il fait son timide, dit Bou-san, hilare.
Mai lui sourit et vit la mine amusée de John, Ayako et Lin. Masako se cachait derrière sa manche de kimono mais elle savait très bien qu'elle était mécontente de la situation.
