The Serpent's Claws

Chapitre IV

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La nuit tomba très rapidement, aussi Rowena ferma son livre et jeta un coup d'œil en direction de Salazar. Il avait apparemment arrêté d'écrire et rangeait tous ses parchemins sur le coin de son bureau. Elle laissa tomber son ouvrage sur le sol avec un bruit sourd, ce qui fit lever les yeux à Salazar.

"Tu devrais être plus respectueuse avec tes livres," dit-il.

"Il a vu pire." assura-t-elle dans un bâillement.

Salazar se leva et commença à enlever sa veste, qu'il déposa sur le dos de la chaise de son bureau. Il rangea le reste avec précaution, prit les papiers dans ses bras, et fit disparaître le bureau. Il avait mis sa veste sur son épaule et ouvrit la porte.

"Tu déménages?" demanda Rowena d'une voix fatiguée.

"Non, je te laisse dormir." répondit Salazar comme à une question stupide.

"Voyons, c'est ridicule. Écoute, comme c'est moi qui ai dormi là la nuit dernière, je te laisse. Je vais encore lire un peu." proposa Rowena.

"Tu es clairement fatiguée et je ne le suis pas. Je vais descendre."

"Non, je ne suis pas fatiguée! Je comptais également descendre pour lire." répliqua Rowena.

Elle n'aimait pas l'aisance avec laquelle il semblait tout prévoir, cela la mettait mal à l'aise. Elle se leva et coinça son livre sous son bras après l'avoir ramassé. Elle se dirigea vers la porte que Salazar tenait ouverte. Elle se demanda pourquoi il restait là à attendre, lorsqu'elle vit la main du sorcier tendue en signe de politesse. Les dames d'abord. Elle le regarda en essayant en vain de transmettre des remerciements et de l'agacement par les yeux, et descendit. Elle choisit une table dans le coin du mur et fit apparaître une chandelle. Salazar descendit lentement après elle, ses affaires toujours dans les bras. Il déposa tout sur une table et tira un dé-à-coudre de sa poche.

Il va faire quoi, là, de la couture? ironisa mentalement Rowena.

"Tu veux voir de la belle magie?" questionna Salazar d'un air amusé.

"J'aimais bien la magie du silence, mais fais en à ta guise." répondit-elle d'un air buté.

"Très bien. Je peux t'expliquer, alors. C'est à la fois un entraînement à mon premier cours et une manière très pratique de transporter des choses. Vois-tu, je compte lancer un sortilège d'extensibilité à ce dé-à-coudre pour qu'à l'intérieur, il fasse la taille d'un grand sac. J'en ai une réserve dans ma poche, comme ça on pourra emmener tout ce qu'on aura acheté ici jusqu'à Poudlard." expliqua-t-il très savamment.

"Je connais déjà ce sortilège." dit Rowena. "Et puis je doute que tes élèves arriveront à maîtriser ça dès le premier jour, j'espère que tu leur as préparé des bases sinon on t'enlèvera le cours de Sortilèges..." Elle avait envie d'un peu l'énerver. Ce n'était pas dans sa nature d'être aussi ouvert et en paix.

Salazar se refroidit un peu et ne répondit pas. Finalement, il n'était pas resté ouvert très longtemps...

Il pointa sa baguette sur le petit objet et une lumière bleue illumina la pièce. Une vague de chaleur se répandit dans l'air, et Rowena ne put que regarder Salazar qui s'épuisait. Il forçait avec sa baguette, et son visage se creusait de rides d'effort. En une ultime tentative de réussir le sortilège, il poussa un grognement de douleur et d'un coup, la magie s'évapora. Il retomba sur la table, exténué, et le dé-à-coudre roula par terre.

Rowena se leva et le ramassa avec appréhension, ayant peur qu'il explose. Elle le plaça à côté de Salazar, qui respirait bruyamment et dont la tête reposait sur ses bras. Elle put distinguer un léger sourire sur ses lèvres quand il parla.

"Tu as raison," souffla-t-il. "Aucune chance que les première année apprennent ça."

Rowena le scruta d'un air inquiet.

"Tu es sûr que ça va?" demanda-t-elle. "Tu n'as pas l'air très bien."

"Je m'en fiche d'aller bien, tout ce que je veux, c'est que le sort ait marché."

Il prit le dé dans une main, et une plume à écrire dans l'autre. Sous les yeux ébahis de Rowena, il glissa la plume entièrement dans l'objet. Il avait raison, c'était de la belle magie. Un sourire satisfait ornait ses lèvres, et Rowena ne l'avait jamais vu sourire autant. Il vint vers elle et lui montra le dé comme si elle ne l'avait pas vu.

"Magnifique! C'est parfait!" il se rassit néanmoins, encore vidé par le sort. "On n'aura rien à porter demain."

"Moi qui comptais tout mettre sur mon dos. Il faudra que je change mes plans."

"Je sais que tu es contente." dit Salazar.

Sur ce, il s'avachit sur la table et mit sa tête dans ses bras. Il ne bougea plus, mais Rowena soupçonna qu'il ne dormait pas. Elle observait son dos se soulever et retomber au rythme de sa respiration. Elle sentit soudain que Salazar s'était endormi lorsque la cadence ralentit, et ses propres yeux fatiguaient. Ses paupières se fermèrent doucement, toujours le regard posé sur Salazar. Et pour une fois, elle savait qu'il ne lui tendait pas de piège. Ce qu'elle avait vu ce soir était un Salazar épanoui et satisfait de son travail personnel. Il lui faisait un peu penser à elle quand elle réussissait aussi un sortilège difficile. Apaisée par des pensées pour une fois positives, elle ferma les yeux et s'endormit presque aussitôt.

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Le lendemain matin, Rowena se réveilla dans un lit. Et pas n'importe lequel : le lit de leur chambre de location. Elle mit lentement à réveiller son cerveau et déduisit que quelqu'un l'avait forcément montée jusque là-haut. Elle ne mit pas longtemps à trouver qui, puisqu'il n'y avait qu'une seule option. Avec un frisson, elle s'imagina la scène: un Salazar exténué la portant comme un vieux sac de pommes de terre sur son épaule. Elle se redressa, et regarda dans la pièce. C'est alors qu'elle vit au coin de la pièce Salazar assis contre le mur, somnolant vaguement. Il avait les genoux repliés et avait posé sa tête dessus. Pas étonnant que Rowena ne l'aie pas remarqué plus tôt, il ne faisait aucun bruit.

Elle hésita entre le laisser dormir, notant qu'il devait être absolument épuisé à cause de cette nuit, ou le réveiller. Mais elle n'avait guère envie d'être la proie d'un Salazar mal luné, aussi opta-t-elle pour la première option. Elle se leva avec difficulté, essayant de faire le moins de bruit possible, et descendit pour manger un peu et se brosser les cheveux.

Lorsqu'elle remonta après une vingtaine de minutes, elle poussa la porte de la porte sans hésiter en imaginant que Salazar dormait toujours. Grave erreur.

Quand elle ouvrit la porte elle eut juste le temps d'apercevoir Salazar qui enfilait sa chemise sur son torse nu. Elle referma aussitôt la porte avec un haut le cœur et commença à aller dans la direction opposée, les joues rouges.

La porte s'ouvrit à nouveau sur Salazar qui cachait son sourire à la gêne de Rowena.

"C'est pour quoi?"

Rowena sursauta et se retourna.

"Rien, je voulais simplement te dire que toutes les livraisons sont là et que l'on peut partir," annonça-t-elle en évitant son regard.

"Ah, tu tombes bien. Entre, j'ai quelque chose à te donner." dit sobrement Salazar, toute plaisanterie effacée de son visage.

Il commença à fouiller dans la poche de sa veste qui reposait sur le dossier d'une chaise. Il en sortit deux dés-à-coudre et les tendit à Rowena, qui hésita avant de les prendre.

"Je viens de les ensorceler pendant que tu étais en bas," dit-il. "Pour que tout rentre dedans, il te suffit de les placer devant l'objet et ça marchera. Évite juste de laisser traîner tes mains quand ça se passera." dit-il d'un air moqueur.

Rowena se sentit soudain moins à l'aise avec les deux petits objets. Elle les serra avec appréhension et descendit sans trop regarder Salazar. Elle ne remarqua donc pas le sourire en coin de celui-ci. Il pensa qu'il devrait faire rougir Rowena plus souvent, c'était plutôt amusant.

En rencontrant l'aubergiste en bas, il lui indiqua l'emplacement des provisions, dehors. Rowena le remercia de son aide et sortit avant que quelqu'un ne les vole. Elle sortit discrètement les dés de sa poche et, les faisant distraitement tourner dans sa main, elle s'avança devant la pile de nourriture et de biens qui se tenait devant elle. En suivant les conseils de Salazar, elle plaça les deux dés sur la pile, les tenant fermement dans ses mains. Soudain, une lumière blanche l'éblouit et quelques secondes plus tard, la pile avait disparu. Seuls restaient dans ses mains les deux petits objets métalliques, et un peu plus lourds qu'au départ.

Satisfait d'elle-même et assez surprise, elle remonta pour chercher Salazar. Sur le chemin, elle lança une bourse d'or à l'aubergiste en le remerciant silencieusement. Ils avaient de la chance qu'il ne fût pas un grand intellectuel, mais heureusement il se contentait de son or et n'en demandait pas plus. Elle rouvrit la porte sur un Salazar qui enfilait son manteau.

"On peut partir," lui dit-il.

"Mais tu n'es pas encore allé chercher les fournitures magiques chez le..."

Elle fut interrompu par Salazar qui lui tendit un dé-à-coudre avec un air vaguement agacé.

"Mais tu n'es même pas sorti, je t'ai vu!" dit Rowena. "À moins que... Oh non, tu n'as pas fait ça..." s'affola-t-elle.

Sans répondre ni même la regarder, Salazar sortit et commença à prendre le chemin du retour, Rowena sur ses talons. Elle renonça à lui parler, mais elle avait bien deviné qu'il avait transplané. C'était stupide venant de lui. Il avait perdu tellement de force en enchantant les dés, et en plus il gaspillait de l'énergie en transplanant pour faire quelques mètres?! Rowena n'y croyait pas, elle ne comprenait pas cet homme.

Le voyage fut lent, et Rowena utilisa tout ce temps pour observer Salazar. Elle marchait derrière lui, pour éviter le contact visuel et pour l'observer tranquillement. Il avait une allure régulière et sans faux pas, mais Rowena soupçonnait qu'il fut très faible. Il était pâle et avait de grands cernes sous les yeux. Même si il l'avait énervée, elle ne pouvait pas le laisser se faire emporter par sa fierté personnelle.

"Salazar, attends!" lui cria-t-elle dans un air faussement affaibli.

Il se retourna et la toisa de la hauteur où il se trouvait.

"Je me sens assez mal, j'aimerais qu'on fasse une pause." dit-elle en espérant qu'il la croie.

Évidemment, il savait. Pas besoin de lire ses pensées pour comprendre. Il fut néanmoins touché par ce geste un peu maladroit, et redescendit. Rowena s'était assise sur une pierre dans la forêt et se prit la tête entre les mains. Elle sentit qu'elle aussi allait mal, et c'était pour de vrai.

"J'ai des potions dans mon sac si tu as besoin." dit Salazar d'une voix neutre.

"Merci, ça ira. J'ai juste besoin de me reposer un peu." dit Rowena. Elle s'allongea là où il n'y avait pas de neige et jeta sa cape par dessus ses épaules. Elle vit Salazar créer un feu devant eux.

"Le froid, ça endort." dit-il simplement.

Il consulta le ciel: celui-ci devenait de plus en plus sombre. Il savait bien qu'ils allaient devoir passer la nuit ici, ce qui ne lui plaisait pas pour plusieurs raisons: de un, cette forêt communiquait avec la forêt du château, que Godric avait surnommée la Forêt Interdite. Ensuite, il y avait le risque que Godric parte à leur recherche, et si il en venait à croiser les gobelins, Salazar serait dans de beaux draps...

En effet, Salazar avait bien lu les pensées de Godric à ce sujet-là. Il avait vu que l'épée des Gryffondor avait été donnée au père de Godric, lord Gryffondor, par des gobelins, en signe d'alliance. Cependant, à la mort du père de Godric, les Gobelins estimaient cette épée comme la leur et tentèrent de la récupérer. C'était une de leurs œuvres les plus précieuses et ne ils supportaient pas qu'elle soit entre les mains d'un sorcier. Malheureusement, ils avaient insulté la mémoire du père de Godric, et celui-ci brisa leur alliance et les chassa de ses terres. Depuis, ils cherchaient à le retrouver, le tuer et lui reprendre l'épée.

Mais tout cela, Godric ne l'avait jamais dit à Salazar, et si il découvrait que ce dernier avait lu ses pensées... Malgré toutes leurs différences, Godric était un ami que Salazar chérissait par dessus tout, comme un frère. Et l'idée de le perdre lui était insupportable. C'est pourquoi il se fit jurer à l'instant d'arrêter de lire les pensées de son ami. Et peut-être de ses amies...

Sur ces mots, il regarda Rowena dormir. Son buste se soulevait lentement et régulièrement, et son visage était beaucoup plus apaisé lorsqu'elle dormait. Il repensa à sa tête après qu'elle l'aie vu torse nu et songea à quoi elle pouvait ressembler sous ses robes. Il pouvait très bien chercher dans sa mémoire, mais malgré ces multiples violations du domaine privé, il s'était refusé à faire ça. Il avait des limites et malgré ce que l'on pouvait croire, des manières.

Il s'adossa à un arbre et hésita à s'assoupir, puis refusa. Rowena était bien gentille de les laisser se reposer, mais elle aurait pu trouver un meilleur endroit.

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Chapitre 4 en ligne! Je suis fière, cette histoire se publie relativement vite. Encore un chapitre écrit taaard taaard dans la nuit, donc attendez vous aux fautes et aux erreurs habituelles. J'admire le courage de ceux qui continuent à lire, vous êtes de vrais Gryffondors! (offense aux Serpentards faite exprès.)

Je vous remercie et j'espère publier la suite bientôt! Je vous informe juste que je n'ai pas relu, pour raison d'heure et de fainéantise.
Spoilers pour la suite: Une créature attend dans l'ombre de la forêt, et une surprise attend les deux fondateurs au sommet de la colline!