The Serpent's Claws

Chapitre V

~o~

Salazar avait le regard perdu dans l'encre du ciel nocturne.

Finalement, il appréciait le fait de pouvoir être dehors, la nuit, vraiment au calme depuis des semaines. Même si ils avaient du camper plusieurs fois avant d'arriver au terrain du futur château, Salazar ne s'était jamais vraiment senti en paix. Il y avait toujours les autres pour lui rappeler qu'il n'était pas seul, même si ça ne partait pas de mauvaises intentions. Il ne s'était pas non plus senti très bien à Pré-au-Lard. Il y avait trop de gens. Mais heureusement, ce n'étaient pas des Moldus. Sinon il ne se serait jamais proposé pour venir.

Il observait les étoiles du ciel noir, reconnaissant chacune d'entre elles. Il voulait enseigner l'Astronomie à Poudlard, en plus des Potions. Il avait décidé d'abandonner le cours de Sortilèges et de faire ce qui lui plaisait vraiment. Il fixa la constellation d'Orion, l'une de ses préférées, puis les Gémeaux. Il aurait aimé pouvoir se rapprocher des étoiles, partir. Il se sentit un peu ridicule. Même si les Moldus prenaient l'Astronomie pour une matière futile, même les sorciers ne l'affectionnaient pas tant que ça. Il avait décidé de changer ça à Poudlard.

Ses yeux dévièrent alors sur Rowena. Il la voyait à peine et ne l'entendait même pas. C'était une chose qui lui plaisait chez elle: elle ne s'imposait pas. Malgré son tempérament irritable, songea-t-il, Rowena était une personne noble, et certes un peu fière. Elle n'aimait pas se donner en spectacle ou se ridiculiser, ce qui faisait plus que simplement parler à Salazar. Avec hésitation, il se rapprocha d'elle et caressa doucement les cheveux. Il replaça une mèche qui lui tombait sur le visage derrière l'oreille et resta immobile à la regarder.

Soudain, ses sens se mirent en alerte lorsqu'il entendit un bruissement dans les feuillages derrière lui. Il se tint sur ses gardes et pointa sa baguette dans la direction du bruit suspect.

"Lumos," murmura-t-il.

À la lueur de sa baguette, premièrement, il n'y avait rien. Mais quand il se rapprocha un peu des arbres, il vit apparaître deux grands yeux blancs. Il ne sursauta pas car il connaissait bien ces yeux. Il tendit le bras vers la créature et toucha la peau dure et sombre de son corps squelettique. Ce n'était pas le premier Sombral que Salazar voyait, et à chaque fois qu'il en rencontrait, cela lui rappelait pourquoi il avait cette triste aptitude. Il se rapprocha du cheval squelette, lui caressa l'encolure et s'appuya sur lui comme on s'appuie sur un ami quand on a du chagrin. Car oui, Salazar était rongé de chagrin. Voir ce Sombral l'avait ému, mais avait réveillé en lui une douleur encore vive. Il se mit à pleurer le plus silencieusement possible, ses larmes étaient brûlantes de haine et de honte.

Rowena se réveilla au bruit de sanglots silencieux. Elle n'ouvrit les yeux que très brièvement pour voir Salazar penché sur un Sombral, et les referma aussitôt. Elle n'aurait pas dû voir ça. Ni entendre. La présence du cheval squelette la gêna un peu, car elle se rappela immédiatement qui elle avait vu mourir. Ce n'était heureusement pas quelqu'un de cher, mais ça avait changé une partie d'elle-même. Un jour, sur les terres de son père, elle avait vu un jeune garçon mourir de maladie alors qu'elle effectuait sa promenade habituelle dans le domaine. Son père lui avait, depuis, interdit d'y retourner, car elle avait été choquée pendant des semaines. Mais elle n'avait pas oublié. Et quand elle vit Salazar pleurer sur le Sombral, ses bras autour de lui, elle eut une boule dans le ventre en pensant à ce qu'il avait pu voir.

Elle tenta de se rendormir, mais ce fut difficile. Son esprit imaginait toutes sortes de choses que Salazar avait pu voir, mais elle ne trouva pas grand chose. Salazar ne disait rien sur lui, et elle avait seulement appris de Godric qu'il était l'héritier de la maison Serpentard, qui possédait des fiefs dans le Nord de l'Écosse. Elle s'endormit avec tourments et maudit son sommeil léger, son oreille fine, et sa curiosité.

~o~

Lorsque l'aube perça, le Sombral partit. Salazar avait passé la nuit à le regarder et à réfléchir sur son passé. Il avait les yeux rouges et cernés, et remarqua le regard curieux de Rowena quand elle se réveilla. Aussi, il évita de la regarder le plus possible, de lui parler également, et partit dès qu'il put.

Ils arrivèrent au château vers dix heures, et furent stupéfaits de l'avance que Godric et Helga avaient pris. Le château correspondait exactement au plan de Salazar, mais il semblait tellement plus réel là, sous ses yeux... Les tours étaient là, le donjon aussi, et même le parc était aménagé. Salazar et Rowena restèrent bouche bée, lorsque la masse de Godric se rua sur eux dans une grande embrassade.

Rowena ne pouvait plus respirer et était désagréablement électrifiée par tout ce contact physique, apparemment comme Salazar. Lorsque Godric les relâcha, elle lui dit bonjour d'une manière affectueuse et polie, puis retrouva Helga. Cette dernière avait l'air bien fatiguée, mais rayonnait de bonheur.

"Ah, Rowena, si tu savais combien tu m'as manqué!" elle l'attira dans un câlin chaleureux. "Nous avons construit tout ce qui était sur le plan, c'est merveilleux! C'était une brillante idée, je suis si fière de toi, et... Oh Rowena, j'ai tellement hâte de te montrer qui nous a aidés!" Helga était apparemment surexcitée.

"Ils sont au bord du lac, vous voulez venir les voir?" demanda Godric.

"Bien sûr," ironisa Salazar, "mais je sais déjà qui c'est."

Rowena suivit le groupe, interloquée, et fut estomaquée lorsqu'ils arrivèrent en vue du lac.

Au bord de celui-ci jouaient trois géants, les premiers que Rowena eut vu dans sa vie. Elle eut presque besoin que quelqu'un vienne lui refermer la mâchoire avant qu'elle ne se décroche.

"Godric, comment avez vous..." commença-t-elle.

"Nous leur avons proposé un marché. En échange de leur aide, je leur ai promis de pouvoir s'installer sur nos terres. C'est magnifique, hein?" s'émerveilla-t-il devant les créatures immenses.

"Godric, on ne peut pas faire cohabiter des géants et de jeunes sorciers, jamais les parents ne voudront voir leurs enfants avec ces... hum..." expliqua Rowena.

"On trouvera une solution," promit Godric, "mais on ne peut pas les renvoyer comme ça, on leur doit quasiment tout." plaida-t-il.

"Bon d'accord, on va attendre un peu et trouver un moyen," dit Rowena, "mais en attendant je ne veux pas les voir tout détruire. Ils n'auront qu'à habiter dans la forêt." planifia-t-elle.

"Merci Rowena." dit Godric avec un grand sourire. "Je savais que je pouvais compter sur toi."

"Hum hum..." toussota Helga derrière eux.

"Pardonne moi Helga, il est vrai que sans ton magnifique talent pour la gentillesse et l'honnêteté, nous n'aurions jamais pu les convaincre." Il lui lança un clin d'œil, ce qui agaça un peu Rowena en la voyant rougir.

Soudain, elle pensa à Salazar mais ne le vit plus. Il avait disparu. Elle ne prit pas la peine de le mentionner aux autres, et mentit en disant qu'elle allait explorer sa toute nouvelle chambre. Elle décida d'aller de l'autre côté du parc du château, à la rechercher de Salazar.

Elle le trouva adossé à un arbre, loin du château. Elle hésita à aller le rejoindre, mais elle prit son courage en main. Quelque chose n'allait clairement pas depuis la rencontre entre Salazar et le Sombral, et en plus de la curiosité qui la poussait à vouloir en savoir plus, elle n'aimait pas le voir encore plus renfermé que d'habitude. C'était elle, normalement, qui évitait de se livrer aux autres, et voir quelqu'un d'autre comme ça la faisait se sentir mal. Même si c'était Salazar.

Rowena s'avança lentement vers lui, mais il ne la voyait pas. Il était adossé au côté de l'arbre opposé de là où elle arrivait. Elle remarqua que sur ses genoux repliés se trouvait un parchemin et une planche de bois. Entre les doigts il tenait un fusain et elle se rendit compte qu'il dessinait. Elle était encore trop loin de lui pour qu'il la remarque, et elle en profita pour essayer de voir ce qu'il dessinait. Elle était loin, mais elle avait une bonne vue. Soudain, une idée folle lui prit.

Elle se dépêcha de se changer en aigle pendant qu'il ne la voyait pas, et s'envola dans les airs.

Elle revivait. Lorsqu'elle prit un peu d'altitude, elle pu voir le château dans son ensemble, comme sur les plans. Il était magnifique. Elle se dit qu'elle irait l'observer de plus près sous sa forme d'aigle une autre fois. Là, elle avait autre chose à faire.

Elle descendit lentement vers l'arbre de Salazar, et se posa prestement sur une branche. Salazar entendit le bruissement d'ailes et se retourna. Il la scruta pendant quelques instants, puis se leva.

"Rowena, je te promets que la prochaine fois que je te surprends à m'espionner, je le dirai aux autres." Salazar avait la voix tendue et un peu cassée, comme s'il avait pleuré juste avant. Mais ce que Rowena pouvait déceler dans son ton était avant tout de la colère.

"Pars, ou c'est moi qui pars." vociféra-t-il.

Rowena ne fit aucun mouvement. Même s'il savait, elle ne voulait pas se révéler. Elle se contenta de le fixer de ses yeux de rapace, encore plus perçants que ceux de Salazar.

"Très bien." dit-il durement. "Au revoir, Rowena."

Il se leva et marcha rapidement en direction du château. Il fit disparaître son croquis sous son manteau mais Rowena avait eu le temps d'apercevoir ce qu'il avait dessiné. C'était une jeune fille, une très belle jeune fille. Elle avait de grands yeux, un nez fin, de beaux cheveux bouclés et une silhouette menue. Salazar l'avait dessinée assise sur un mur, la tête levée vers un ciel étoilé et un sourire mélancolique sur son visage. Rowena ne pouvait nier le grand talent de Salazar, mais elle fut blessée qu'il n'ait jamais même mentionné cette personne. Elle semblait être plus importante que tout pour lui, et pourtant rien.

Rowena traita plusieurs hypothèses en essayant de faire un lien avec le Sombral. Peut-être était-ce un membre de sa famille, un amour perdu... Ça lui faisait trop mal d'y penser, surtout à la dernière option. Elle repensa à sa conduite et à ce moment-là, elle redescendit au sol, reprenant sa forme humaine. Elle avait blessé Salazar. Elle avait violé son intimité. Elle lui avait manqué de respect, et avait fait irruption dans sa tristesse comme une vulgaire voyeuse. Elle s'en voulait horriblement et, abandonnant toute retenue, elle pleura à l'endroit même où Salazar était assis quelques minutes avant. Elle se laissa glisser le long de l'arbre et noya ses larmes dans ses mains.

Jamais Rowena ne s'était sentie aussi mal, et aussi faible.

~o~

Un mois passa.
Chaque jour fut un jour terriblement occupé, chacun vaquait à la décoration du château et à l'installation du mobilier. Rowena avait donné à Helga les dés-à-coudre, non sans un pincement au cœur, et lui expliqua comment ils marchaient. Helga en fut ravie, mais s'excita un peu trop sur l'un d'eux. Toute la nourriture fut déversée dans la pièce des cuisines, et la pauvre Helga en fut si confuse que pour le restant de la journée elle ne cessa de s'excuser à Rowena.

Rowena avait choisi les salles qui lui serviraient pour faire cours, et s'était battue avec Godric pour la salle qu'elle désignait en tant que salle de Métamorphose. Lui voulait y enseigner les Sortilèges, que Salazar lui avait octroyés, mais Rowena gagna cet affrontement. Au lieu de le régler par duel, comme d'habitude, elle avait proposé à Godric un questionnaire sur les diverses raisons qui feraient de cette salle une meilleure salle de Sortilèges ou bien de Métamorphose, et Godric avait trouvé cela si ennuyeux et inutile qu'il lui céda la salle.

Cette victoire amère fut ruminée par Rowena pendant au moins une semaine. En revanche, elle avait fini l'installation et la décoration de sa chambre, qui se trouvait dans une des tours. Celle de Salazar se trouvait dans les étages plus bas, mais celle de Godric était aussi à côté. Helga, elle, avait choisi de dormir près des cuisines. Elle avait réussi à recruter des elfes de maison et tenait à rester près d'eux pour s'en occuper.

Salazar était très peu vu. Il vaquait principalement à ses occupations de Maître des Potions et d'Astronome: il passait donc la plupart de son temps dans le Donjon ou dans la Tour d'Astronomie, qui avait, il faut préciser, la plus belle vue de tout le château. Il allait aussi beaucoup dans le parc et vers la forêt, il aimait le calme et l'absence totale d'humanité quelconque. Il était toujours en colère contre Rowena à cause de son irruption dans ce moment d'une solitude incomparable, et ne s'attendait même pas à ce qu'elle s'excuse. Il restait froid avec elle, et avait pris soin à effacer les quelques liens qu'ils avaient pu tisser pendant leur court séjour à Pré-au-Lard. Cependant, il la regrettait beaucoup. Elle aussi l'évitait, mais la fierté de chacun les empêchait de s'excuser ou de pardonner.

Sa voix lui manquait, et il enviait Godric et Helga à chaque fois qu'il les voyait lui parler. Il se surprenait de plus en plus à l'observer du coin de l'œil, lorsqu'elle ne regardait pas. Ses yeux glissaient le long de sa silhouette comme des lames affûtées, étudiant chacun de ses traits.

Quand à elle, Rowena évitait également la compagnie trop fréquente des deux autres. Elle se sentait toujours mal pour Salazar, mais n'oserait jamais aller lui faire ses excuses. À chaque fois qu'elle le remarquait dans un couloir, elle rougissait et détournait la tête.

Mais le pire, ça devait être le dîner. Comme il n'y avait pas encore d'élèves, la grande salle était vide. Il n'y avait qu'une table sur l'estrade des professeurs, et elle était bien petite comparée à l'échelle de la salle. Généralement, elle était en face de Godric et Helga était en face de Salazar, ce qui les plaçait l'un à l'opposé de l'autre. Mais à la fin du mois, Helga échangea soudainement les places sans rien dire. Un soir, elle était juste arrivée la première, et elle s'était assise en face de Godric.

Rowena avait dû prendre place en face de Salazar, et il était dur à la fois de manger, d'éviter son regard, et de partir le plus vite possible sans avoir l'air trop étrange ou impolie. Malheureusement, un soir, elle avait poussé ses jambes trop loin sans faire exprès, oubliant à quel point celles de Salazar étaient longues, et l'effleura. Elle sursauta, causant plusieurs objets sur la table de trembler, et Salazar se raidit comme si il avait un balai dans le dos. Helga et Godric les dévisagèrent bizarrement.

À la fin de ce repas excessivement tendu, Rowena sauta presque de sa chaise et fonça vers sa chambre. Elle prit le chemin le plus long, à la fois désireuse de faire une promenade digestive et d'éviter quiconque suivrait le chemin le plus court. Elle ne pouvait plus supporter ça, lui en face d'elle... Cette fascination qu'elle avait eue pour Salazar s'était transformée en honte et en obsession. Elle avait développé pour lui au cours de leur séjour à Pré-au-Lard des sentiments très complexes et indéfinissables, mais à sa grande peur, elle savait très bien en quoi ils se changeaient. Et elle ne le voulait pas. Elle connaissait bien les peines que l'amour faisait souffrir, et elle ne voulait pas finir comme tant de gens l'avaient fait avant elle.

Perdue dans ses tourments, elle ne vit pas la personne qui marchait dans le tournant du couloir, apparemment, aussi rêveur qu'elle. Ils entrèrent an collision, et elle serait tombée par terre si une main forte ne l'avait pas rattrapée.

"S... Salazar?" bégaya-t-elle. "Je suis... désolée..." dit elle en vitesse, tentant de l'éviter, quand sa main se posa sur son épaule.

"Rowena." Il prononça son prénom comme si ça lui faisait mal.

Elle ne répondit rien, mais pour la première fois depuis des semaines, elle le regarda dans les yeux. Elle se demanda comment elle avait pu se passer de son visage magnifique, de ses yeux bleu-verts si pénétrants, de ses cheveux sombres et de ses sourcils inquisiteurs...

"J'aimerais te parler." La voix la ramena à la réalité.

"Écoute, Salazar, je suis tellement désolée... Je n'aurais jamais dû..." Sa voix s'emballa. "Je n'aurais jamais dû t'espionner tout en te cachant que j'étais un Animagus, mais je ne voulais absolument pas que les autres le sachent, et tu es si proche de Godric... Salazar, je suis désolée..." Elle se mit à pleurer dans ses paroles. Elle fut coupée par un sanglot.

"Je t'ai vu avec le Sombral, et je... J'ai voulu savoir. Je suis désolée..." Elle le sentit se tendre puis se relâcher à la mention du Sombral. "J'ai été si désagréable avec toi... Si tu savais comme je m'en veux, je ne suis pas comme ça d'habitude, c'est juste que tu m'impressionnais..."

Salazar eut un petit rire.

"Tu t'excuses d'avoir violé mon intimité alors que tu savais très bien que je ne faisais que ça à Pré-au-Lard?"

Il lui releva le menton doucement.

"Rowena, il n'y a pas plus fier que moi. Un jour, l'orgueil me perdra. Et il n'y a rien de quoi tu doives t'excuser, c'est ma faute." Il marqua une pause. " Moi aussi, j'ai été désagréable avec toi, et je te demande pardon."

Et sans la prévenir, il l'attira dans ses bras et l'entoura. "C'est ma faute." répéta-t-il.

Rowena tenta de se calmer au contact de son torse chaud. Elle ferma les yeux, et eut un léger sourire en coin.

"Alors... J'avais raison, tu es un Legilimens?"

"Disons... Que je suis perspicace," éluda-t-il.

Rowena essuya ses larmes d'un revers de manche et se dégagea des bras de Salazar.

"Tu n'aurais jamais dû me voir pleurer." dit-elle avec amertume.

"Ce n'est pas la première fois, pourtant... Et d'après ce que j'apprends, toi aussi tu m'as vu pleurer. Et je n'en suis pas plus content que toi." Marmonna Salazar.

"Personne ne m'avait vue pleurer. C'est juste qu'avec la tension qu'on a eue pendant ces derniers jours, et ma culpabilité, mon manque d'honneur... Tout ça fait que j'ai craqué. Mais c'est la dernière fois." Se dit-elle plus à elle-même qu'à Salazar. Elle essuya une dernière larme qui coulait le long de sa joue.

Salazar ne répondit pas. Elle était belle quand elle pleurait, mais trop orgueilleuse à son goût. Il voulait l'arrêter, il voulait qu'elle se taise.

Il ne réfléchit pour une fois pas trop à son acte. Il porta à la joue de Rowena une main, et posa l'autre sur sa taille. Il se pencha vers elle, attendant qu'elle recule, mais il vit qu'elle le regardait avec appréhension. Il prit sa chance, et posa doucement ses lèvres sur les siennes.

Le cœur de Rowena s'arrêta de battre. Elle pouvait tout ressentir à la fois, à présent. Elle glissa ses bras dans le dos de Salazar, l'attirant vers elle. Elle pouvait sentir sa mâchoire avancer contre la sienne et sa respiration effleurer sur sa peau. La main de Salazar resserra son emprise sur sa taille et la poussa encore vers lui, supprimant à présent toute limite d'espace personnel.

Salazar sentit les lèvres de Rowena s'écarter au fur et à mesure qu'il insufflait de la passion dans son baiser, et il ouvrit les siennes également. Il glissa sa langue devant les lèvres de Rowena, attendant la permission d'entrer de celle-ci. En guise de réponse, elle lui mordit légèrement la lèvre supérieure.

Salazar décida d'un peu la tourmenter en arrêtant de l'embrasser, mais en se délectant de la peau de son cou. Elle respira soudainement, prenant de longues bouffées essoufflées. Elle avait cruellement manqué d'air, et voilà qu'à présent il lui coupait à nouveau le souffle.

"Salazar..." dit-elle.

Il avait glissé sa main sous sa robe pour toucher son épaule pendant qu'il lui embrassait le cou. Ne voulant pas créer trop d'inconfort, il remonta vers sa mâchoire, puis enfin vers ses lèvres. Il plaça un dernier long baiser dessus avant de la relâcher.

Rowena ne dit rien, apparemment trop secouée pour parler.

Salazar était un peu anxieux, mais tellement satisfait. Il jaugea l'immobilité de Rowena et jugea bon de s'en tenir là pour le moment. Il prit sa main dans la sienne et l'effleura des lèvres.

"Bonne nuit, Lady Rowena." plaisanta-t-il d'une voix plus grave que d'habitude.

Sur ce, il s'éloigna prestement, un sourire amusé sur les lèvres.

Rowena le regarda s'évanouir dans l'ombre pendant qu'elle restait là comme paralysée. Jamais n'aurait-elle imaginé qu'il ferait cela, et pourtant elle dut s'avouer que ça lui avait plu au-delà les limites de la bienséance. Elle toucha ses lèvres de ses doigts encore tremblants et ferma les yeux en se remémorant l'événement passé. Elle recommença à marcher vers sa chambre, décidée à prendre une bonne nuit de sommeil afin de vérifier que tout cela n'était pas un rêve.

Le baiser à Pré-au-Lard n'était rien comparé à celui-ci. Évidemment, dans celui-ci il y avait de l'amour. De l'amour? Était-ce vraiment de l'amour, pensa-t-elle. Jamais elle n'avait ressenti de chose pareille et elle ne pouvait mettre un doigt précis dessus. Mais elle soupçonnait ce que c'était.

Ce qui lui faisait le plus peur était arrivé. Elle était tombée amoureuse de Salazar Serpentard, et ne savait à présent plus quoi faire.

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Petite surprise dans ce chapitre... Heheh c'est enfin arrivé, mais ça ne veut pas dire que tout est réglé. La vie n'est pas un long fleuve tranquille contrairement à ce que l'on pourrait croire, et je ne compte rien faire de facile là-dedans. Je suis un peu plus fière de ce chapitre que des autres, car il a une bonne chronologie à mes yeux et on peut dire, un bon scénario. ^^ J'attends comme d'habitude vos si gentilles reviews, et éventuellement des critiques et des suggestions.
Passez une bonne soirée/journée en ce Vendredi 13 Juin, soir de pleine lune!

(J'ai publié deux chapitres en un jour et je considère cela comme un exploit digne des Douze Travaux d'Hercule.)