Affaire n°6 : Leçon – File 6 : Lesson

Chapitre 20 : Mai Se Fait des Films

Juillet, jour 1 – July, day 1

Ce jour-là, premier jour de la semaine, il faisait beau. La chaleur du soleil traversait les fenêtres et réchauffait la pièce. Le cours de sciences venait de se passer sans encombre et les élèves prenaient une pause bien méritée en ce milieu de matinée. Mai ferma son livre et le mit dans son sac en attendant que ses deux amies reviennent des toilettes. Elle joignit ses mains sous son menton en pensant au soir même. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle travaillait avec la SPR tous les soirs de la semaine sauf le dimanche et le samedi toute la journée. Même si cela avait mal commencé, elle adorait désormais ce qu'elle faisait. Elle n'avait assisté qu'à deux affaires dont la première à peine traité de surnaturel à cause du poltergeist généré par Kuroda. C'était le jeu et le jeu en valait la chandelle. Et, l'impatience d'une nouvelle affaire la faisait trépigner.

Michiru et Keiko entrèrent dans la pièce en discutant. D'autres élèves retournaient également à leur place puisque le prochain cours allait débuter dans quelques minutes. Les deux filles s'installèrent sur les chaises devant le bureau de Mai et se tournèrent vers elle dans un même mouvement.

- J'ai quelque chose à vous raconter les filles, fit Michiru, sur le ton de la confidence.

- Dis-nous, la pressa aussitôt Keiko avec intérêt.

Michiru jeta un coup d'œil alentour et se pencha en avant. Les deux filles l'imitèrent.

- Samedi, j'étais chez ma grand-mère avec mon petit-frère. On jouait au ballon mais je l'ai lancé trop fort et il a atterri dans les arbres. Sauf que lorsqu'on est allé le chercher, il est tombé dans le jardin voisin.

Elle prit une pause en regardant par-dessus son épaule.

- Alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ? questionna Keiko, impatiente.

- Ma grand-mère nous a toujours dit de ne jamais nous y rendre. Mais on y est quand même aller. Le jardin n'est pas entretenu donc les herbes sont hautes. On a mis du temps à le trouver mais quand on a enfin mis la main sur le ballon la porte de la maison s'est ouverte.

- Tu es allée voir ? demanda Mai, contaminée par Keiko.

- Oui mais la porte s'est refermée alors que j'allais entrer.

Keiko et Mai échangèrent un regard.

- Et c'est tout ? demanda Keiko, s'attendant à plus de croustillant.

- Oui, répondit Michiru. J'avais trop peur. On est parti en courant après ça.

- Elle ne fait pas peur du tout ton histoire, intervint quelqu'un.

Les trois amies se tournèrent vers l'origine de la voix. Il s'agissait de Kenzo, un garçon avec qui elles s'entendaient bien.

- Je t'ai connu meilleure conteuse, rit Kenzo.

- Mais j'ai vraiment eu peur, insista Michiru. En plus, ce n'est pas n'importe quelle maison. Il y a pleins de rumeurs autour d'elle.

- Tu parles de la maison à côté de chez ta grand-mère ? demanda Nao, le voisin de Mai qui s'installait justement à sa place.

Michiru hocha la tête.

- Tu la connais ? fit Kenzo, surpris.

- Oui, mes grands-parents habitent dans le même quartier. Ils m'ont parlé de cette maison. Les gens disent qu'elle est hantée. Beaucoup de familles y ont vécu mais elles sont toutes parties dans des circonstances tragiques moins d'un an après.

- Quelles sortes de circonstances ? demanda Mai, intriguée.

- Des accidents, des décès, des maladies et la faillite d'entreprise, répondit Michiru. Cela fait plus de vingt-ans qu'elle est inhabitée.

Le silence s'installa.

- Il faut qu'on aille voir ce soir, décida Keiko.

Ce fut à ce moment-là que décida Kuroda pour pointer le bout de son nez. La jeune fille les regarda d'un air suspicieux avant de partir faute de pourvoir les accuser de faire quelque chose d'illégal car elle n'avait pas entendu toute la conversation. Les cinq amis échangèrent un regard amusé. Ensuite, ils se mirent d'accord sur un lieu de rendez-vous ainsi que sur l'heure puis le professeur arriva pour le cours suivant.

La maison était entourée de murs hauts au-dessus desquels dépassaient d'épaisses branches d'arbres et d'un grand portail en bois par lequel ils ne purent ni passer ni apercevoir la bâtisse. Michiru les interpella discrètement en leur désignant un peu plus loin un trou dans le mur caché par de la végétation par lequel ils étaient passés son frère et elle deux jours plus tôt.

Lorsque Mai découvrit la maison, ses yeux s'agrandirent de surprise. Même s'il était évident que le temps était passé et qu'il y avait un manque d'entretien, l'architecture était magnifique sous le peu d'éclairage qu'offrait la lune. Et, les grandes ombres sur la bâtisse et la végétation sauvage rendaient aussi le spectacle un peu effrayant. Les fenêtres étaient pour la plupart ouvertes ou cassées. La jeune fille ne donnait pas cher de l'état de l'intérieur de la maison.

Soudain, elle entendit quelqu'un tomber derrière elle. Quand elle se retourna en même temps que ses amies, elle vit Nao se relever en jurant. Kenzo pénétra dans le jardin à leur suite puis ils se mirent en marche en silence, les lampes torches brandies devant eux. Mai sentait les mauvaises herbes accrocher son pantalon qu'elle avait justement enfiler après le travail pour cet effet ainsi que des chaussures et des chaussettes hautes. Elle n'avait pas parlé de leur expédition à son patron ou aux autres sachant pertinemment qu'ils n'auraient pas été d'accord. Michiru en tête du peloton s'arrêta devant la porte d'entrée. Keiko et Nao se postèrent à ses côtés.

- Qu'est-ce que tu attends ? demanda Nao. Allons-y.

Il actionna la poignée de la porte. Le temps sembla s'arrêter alors que les cinq adolescents retenaient leur souffle et qu'une odeur de moisie emplissait leurs narines. Néanmoins, il ne se passa absolument rien. Mai pointa le faisceau de sa lampe de poche à l'intérieur et pénétra la première dans la maison en faisant craquer le parquet sous ses peids. Il s'agissait d'une grande pièce où tous les meubles semblaient avoir été renversé avec les objets qu'ils contenaient. La tapisserie aux murs était décollée par endroit, totalement absente ou carrément en bouchon par terre. La jeune fille contourna un fauteuil déchiré qui avait dû coûter le quadruple de son salaire. Le faisceau de lumière parcourut l'ensemble de la pièce poussiéreuse, vite rejoint par d'autres faisceaux. Son pied buta une boite de conserve. Mai fronça les sourcils et la prit dans ses mains. Des haricots qui se périmaient en septembre. L'année était cachée par une tâche de rouille.

Mai fit signe à ses amis d'avancer vers l'une des portes. Lorsqu'elle l'ouvrit, ce fut un long couloir sombre qui se révéla sous ses yeux. Le sol et les murs en bois semblaient épargnés par l'usure du temps. Le vernis sur la boiserie était à peine écaillé. Michiru sur ses talons, la jeune fille entrevit une cuisine au bout du couloir sinistre. Elle finit par l'atteindre après une minute ou deux.

La pièce était grande, elle aussi. Le carrelage était fendu et il manquait des carreaux par endroit. Il y avait des flaques d'eau mélangés à des feuilles un peu partout à causes des fenêtres grandes ouvertes qui donnait sur l'autre côté du jardin. Une ouverture sur ce jardin où devait se trouver une porte laissait passer un courant d'air. Le vent à l'extérieur s'était levé – interrompant le silence avec le bruissement des feuilles des immenses arbres entourant la maison ainsi que les branches qui s'entrechoquaient. L'odeur de moisie était donc moins forte ici.

Les meubles, les murs et le sol étaient blanc, ce qui rendait la cuisine plus lumineuse avec la lumière de la lune qui pénétrait par les fenêtres. Ils n'avaient même pas besoin de leurs lampes de poche. La pièce était pauvre en mobilier et ne contenait que des meubles de rangements vides dont les portes et les tiroirs avaient été ouverts ainsi qu'une table sans chaise qui trônait au milieu de la pièce. Kenzo ouvrit la porte à côté de celle par laquelle ils étaient entrés. Il s'agissait du garde-manger vide de la maison. Une porte à double battant se tenait sur le même mur quelques mètres plus loin. Michiru et Keiko actionnèrent chacune une poignée et poussèrent les panneaux de bois. Cette maison était vraiment dans la démesure. Cette pièce était encore plus grande que les autres. Mai se demanda à quoi elle pouvait bien servir. Un salon, une salle de réception ou encore autre chose. De nouveau, le craquement du parquet sous leurs pieds vint les accompagner dans leur exploration. Une autre porte donnait sur un autre salon plus petit alors que deux autres menaient vers un couloir un peu moins sombre. Cette fois, ce couloir-ci s'ouvrait sur plusieurs pièces dont la première qu'ils avaient visitée et contenait en son centre un escalier. Ces pièces n'étaient autres que des chambres et des salle-de-bains.

Alors que Kenzo posait son pied sur la première marche de l'escalier, le vent traversa la maison et fit claquer les portes un peu partout, faisant sursauter le petit groupe. Le bois grinça sous le poids de Kenzo, rendant encore plus sinistre la situation. Lorsqu'ils furent arrivés au premier étage, les adolescents constatèrent qu'ils y avaient aussi beaucoup de chambres. Soudain, Keiko s'arrêta en plein milieu du couloir.

- Attendez, chuchota-t-elle dont les yeux étaient remplis d'angoisse. Et si on tombe sur un cadavre ou des squatteurs ?

- C'est un peu trop tard pour y penser, répondit Nao.

- Ne t'inquiète pas, la rassura Mai, qui se persuadait par le même temps. Je ne pense pas que nous allons tomber sur quoi que ce soit.

En fait, la jeune fille avait pensé aussi à la possibilité de croiser des squatters ou même un possible propriétaire mais elle n'avait rien dit. Sa soif d'aventure l'avait poussée à oublier ce détail-là.

Ils reprirent leur ascension avec cette même odeur de moisie mais ils remarquèrent que toutes les portes étaient ouvertes sauf une. Kenzo et Nao tentèrent de la forcer mais sans succès.

- Allons voir au deuxième étage, dit finalement Keiko.

Mais le dernier étage était identique au premier mais n'avait pas de porte fermée. Mai n'en démordait pas et souhaitait vraiment ouvrir la porte du premier étage. Keiko et Michiru la suivirent dans ce désir et poussèrent de toutes leurs forces contre le panneau de bois. Les garçons les aidèrent ensuite devant l'absence de résultat. Mais la porte demeurait hermétique. Tout d'un coup, un grand bruit les obligea à boucher leurs oreilles alors que le sol se mit à vibrer vigoureusement. Mai vit que les autres s'étaient eux aussi accroupit pensant à un tremblement de terre. Elle croisa leurs regards effrayés. Puis quelques chose se mit à bouger dans une pièce sur le palier. Michiru se leva d'un bond et prit les mains de ses deux amies avant de courir comme une dératée dans les marches de l'escalier, les garçons sur leurs talons. Ils retrouvèrent rapidement la sortie. Un bruit se fit entendre avant qu'ils l'atteignent. Mai tourna la tête vers le haut de l'escalier et vit la petite silhouette d'un chat qui les observait le dos arrondi. La peur était toujours bel et bien présente et le groupe d'adolescents prit la poudre d'escampette.

Arrivés dans la rue, ils reprirent leur souffle en se tenant les côtes. Même les deux garçons, sportifs à temps complet, frôlaient la crise d'asthme.

- Dites, commença Michiru. Vous aussi vous avez vu le chat ?

Nao hocha la tête.

- Ne me dites pas qu'on a eu peur d'un chat ? rit-il.

Cela déclencha l'hilarité générale. Plus d'un quart d'heure passa puis ils se séparèrent pour rentrer chez eux avant le couvre-feu de leurs parents qui pensaient qu'ils faisaient leur devoir de Mathématiques chez l'un ou chez l'autre. Quant à Mai étant orpheline, elle retrouva son appartement vide. Son esprit tournait à mille à l'heure à cause de l'adrénaline qui coulait encore dans ses veines. Les souvenirs de la maison passaient en boucle dans sa tête sans qu'elle ne puisse les refreiner. Elle s'endormit ainsi.

Dans son rêve, Mai se revit traversant la maison qu'elle avait visité une heure plus tôt. La maison semblait immatérielle comme si elle n'était pas dans ce monde. Les contours étaient comme flous. En haut de l'escalier, elle entendit des pas. Son regard remonta jusqu'au visage du venu. Mais l'ombre le cachait. Elle devina qu'il s'agissait de Naru. Elle lui adressa un sourire timide mais celui-ci tourna les talons. Mai se dépêcha de monter les marches pour le suivre mais il allait trop vite. Naru disparut dans le couloir alors qu'elle arrivait sur le palier. Elle jeta un regard des deux côtés mais il n'y avait personne. Soudain, elle entendit quelqu'un taper contre la porte fermée. Le cœur de Mai bondit dans sa poitrine. Elle s'approcha doucement de la porte. Des grattements s'ajoutèrent aux coups. Mai actionna la poignée mais la porte ne demeura close. Les bruits s'accentuèrent alors que la jeune fille tentait toujours d'ouvrir la porte. Puis d'un coup, quelque chose cogna fortement contre la porte à l'intérieur. Mai bascula en arrière et tout devint noir.

Lorsque la jeune fille regarda l'heure, il n'était que trois heures du matin. Allongée dans son lit, elle repensa à la visite de la maison avec ses amis et dans son rêve. Elle était persuadée qu'il y avait quelque chose derrière cette porte. Elle se promit de vérifier le soir même, toute seule s'il le fallait.

Jour 2 – Day 2

La jeune fille ne parvint pas à se rendormir et se rendit à l'école avec des cernes jusqu'aux joues.

- Toi aussi, tu as eu du mal à dormir ? Demanda Michiru en se frottant les yeux.

Mai hocha la tête. Keiko, Nao et Kenzo ne semblaient pas affectés du tout.

- C'était sympa cette petite visite, fit Nao en s'installant à côté de Mai.

- Vous par contre, vous avez mal dormi, remarqua Kenzo en observant Michiru et Mai.

- Ce n'était qu'un chat. Ne vous inquiétez pas, les rassura Keiko.

- Mais le bruit qu'on a entendu. Vous croyez que c'était quoi ? Rétorqua Michiru.

- Et la porte qu'on n'a pas pu ouvrir ? enchérit Mai.

Nao haussa les épaules.

- Je pense que le chat a fait tomber quelque chose, répondit Kenzo. Quelque chose de lourd. C'est pour ça que le sol a vibré.

- Vous êtes sûr ? demanda Michiru, encore effrayée.

- Oui, Michiru, dit Keiko en posant ses mains sur les épaules de son amies.

- Et la porte qui ne s'ouvre pas ? Insista Mai.

- Sûrement à cause de l'humidité, proposa Nao.

Mai resta dans un silence pensif toute la matinée. A la pause de midi, elle exposa son projet de revenir le soir-même dans la maison à ses deux amies.

- Mais tu es folle ! S'exclama Michiru, attirant l'attention des autres élèves à côté. Il ne faut pas y retourner.

- Surtout pas toute seule en plus, ajouta Keiko.

- Mais je veux savoir ce qu'il y a derrière cette porte.

- Qu'est-ce qu'il se passe, les filles ? Vous complotez encore ? Intervint Kuroda.

Les trois amies se retournèrent dans un même mouvement vers leur délégué.

- Non, nous parlions des examens, répondit Michiru.

- C'est ça, riposta Kuroda. Je vous ai à l'œil toutes les trois.

Elles ne trouvèrent rien à répliquer alors la délégué s'en alla. Le regard de Mai se perdit dans la contemplation du paysage à l'extérieur. Mais ses amies n'allaient pas la laisser s'en tirer comme cela.

- Promets-nous que tu n'iras pas là-bas, insista Michiru.

- Je ne peux pas vous le promettre, commença Mai qui dû faire face aux regards perçants des deux filles. D'accord, je n'irai pas, finit-elle par capituler.

Mai allait en parler à son patron. Elle verrait bien ce qu'il en dira.

- Non, fut sa réponse.

- Mais je ne t'ai pas … Commença Mai.

- Je n'irai pas là-bas. J'ai d'autres choses à faire alors laisse-moi, coupa Naru en portant sa tasse de thé à sa bouche.

Mai prit une mine boudeuse. Mais face à l'inflexibilité de son patron, elle ne pouvait rien faire. Elle quitta son bureau.

- C'est quoi cette histoire de maison abandonnée ? Demanda Bou-san qui était assis à côté de John dans le salon au milieu du bureau de la SPR.

Mai s'assit en face d'eux pour leur raconter tout depuis le début.

- Tu fais de l'exploration urbaine maintenant ? Demanda le moine, surpris. C'est dangereux tu sais.

- Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous croyez qu'elle est hantée ? Les questionna la jeune fille.

John sembla réfléchir un instant.

- Je n'en suis pas sûr. Il y a d'abord le chat qui a pu faire tomber un objet et faire du bruit par une quelconque façon. De plus, il y a beaucoup d'humidité d'après ce que tu nous as décrit ce qui pourrait expliquer la porte fermée. Le bois a du gonflé ce qui rend impossible son ouverture.

- Mais pourquoi une seule ?

- Les autres sont cassées ou elles étaient ouvertes avant que le bois gonfle. Tout est possible et tout peut être expliquer de façon logique et non surnaturel, répondit Bou-san en haussant les épaules.

- Tu as peut-être envie que nous ayons une nouvelle enquête mais pour le moment il n'y en a pas, intervint Lin qui venait de sortir de son bureau. Il peut arriver que nous n'en ayons pas avant plusieurs mois.

L'homme posa sa tasse vide sur la table.

- Merci pour le thé, dit-il avant de retourner dans son bureau.

Mai croisa le regard des deux autres qui semblaient penser la même chose. La colère monta en elle.

- Je suis persuadée qu'il y a quelque chose derrière cette porte.

- Il faut toujours savoir faire attention aux interprétations dans le domaine du surnaturel.

Elle lança un regard noir au moine avant de se lever et de partir vers la cuisine. Elle lava la vaisselle et lorsqu'elle eut terminé, John la rejoignit. Il lui fit un sourire gêné.

- Je dois partir. Merci pour le thé et à demain.

- A demain, répondit Mai, maussade.

Son entêtement la poussa à se rendre seule devant la maison abandonnée vers vingt-trois heures. Il n'y avait aucun bruit dans la rue et le vent avait fini par s'arrêter. Ainsi, Mai pénétra dans le jardin dans le silence le plus complet, interrompu par le bruit de ses pas dans l'herbe.

Lorsqu'elle ouvrit à nouveau la porte d'entrée, la jeune fille s'attendit à quelque chose mais il n'en fut rien. La pièce était toujours aussi en désordre. Rien n'avait bougé et il n'y avait pas un bruit.

Mai entra. Il y avait cinq ou six portes dans le mur plusieurs mètres plus loin. Seulement trois avaient été ouvertes lors de leur visite. La jeune fille préféra monter d'abord jusqu'à la porte qui l'intriguait tant. Mais la porte était désespérément, hermétiquement close. Mai poussa un soupir. Elle passa le faisceau de sa lampe de poche dans le couloir de chaque côté d'elle, en réfléchissant à une solution. Puis, elle laissa tomber quelques minutes pour trouver l'origine du bruit qui les avaient effrayés la veille. Surnaturel ou non, elle voulait en avoir le cœur net.

Mai avança vers le fond du couloir à gauche. Il lui semblait que le bruit venait de là. Et, en effet, dans la dernière chambre, il y avait une armoire renversée. Les planches s'étaient cassées en mille morceaux et le miroir brisé au sol. La jeune fille se demanda comment le plancher ne s'était pas effondré avec le poids que devait faire la lourde armoire.

Donc, il s'agissait bien d'un bruit qui pouvait s'expliquer. Le plancher étant abimé, le poids du félin a pu suffire à faire basculer le grand meuble délabré. De plus, Mai remarqua que l'un des pieds manquait. Mais la porte ? Était-ce réellement l'humidité qui la bloquait ?

Elle retourna sur ses pas et regarda le panneau de porte. Il n'y avait rien qu'elle pouvait faire pour le moment. Ainsi, elle se résolut à descendre pour explorer la partie de la maison qu'elle n'avait pas encore vu. Pour cela, elle retourna dans l'immense salle à l'entrée. Mais les autres portes ne lui révélèrent pas grand-chose d'autre que des sanitaires ou des placards. Lorsqu'elle arriva devant la dernière porte, Mai faillit abandonner, gagnée par les paroles sages de ses amis. Finalement, elle posa la main sur la poignée de la porte et l'ouvrit. A l'intérieur, l'odeur de moisissure et de poussière était davantage présente. Cela la fit éternuer.

Le faisceau de lumière de la lampe de poche de Mai fit le tour de la pièce qui était en réalité un bureau. Des documents étaient étalés en tous sens sur le bureau et par terre. Des cartes du monde tapissaient les murs ainsi que des photos en noir et blanc derrière le fauteuil du bureau. Elles représentaient un homme en habit militaire dans différents paysages.

A travers la bâtisse, la jeune fille entendit le vent se lever à nouveau, faisant claquer quelques portes et fenêtres.

Mais soudain, un bruit différent du vent lui fit faire un volte-face. Le chat de la veille se tenait sur le pas de la porte. Le soupir de soulagement de la jeune fille le fit fuir. Elle le suivit dans un brouhaha à faire trembler les murs avec l'écho des grandes pièces mais le félin allait beaucoup trop vite. Après cette course effrénée, elle se trouvait finalement sur le palier du premier étage devant la chambre avec l'armoire renversée. Mais, elle dut se rendre à l'évidence que le chat avait disparu, même si elle n'entra pas dedans par peur de traverser le sol. Alors que le silence était redevenu aussi épais qu'avant, elle se traita d'imbécile d'avoir couru comme une dératée alors que le sol n'était pas fiable.

Tout à coup, alors que Mai commençait à se dire qu'elle s'était fait des films, un frisson désagréable dévala son dos. Toutes les portes étaient ouvertes. Mai cligna plusieurs fois des yeux, et vérifia si elle se trouvait bel et bien au premier étage mais oui, tout semblait concorder. A bien y réfléchir, elle ne se souvenait plus exactement où la porte fermée se situait. Avait-elle tout inventé ? Ses amis l'avaient pourtant vu.

Elle avançait lentement le long du couloir pour vérifier toutes les pièces avec appréhension. Toutes des chambres et une salle-de-bain au milieu du dédale de portes. Arrivée à l'opposé de là où elle venait, Mai se pinçait pour être sûre qu'elle ne rêvait pas. Elle ne rêvait pas. La douleur le lui confirma ainsi que la trace rouge sur sa peau. Alors c'était une salle-de-bain qui se trouvait derrière cette porte qui l'avait empêché de dormir.

Du coin de l'œil, elle aperçut une ombre se déplacer rapidement loin derrière elle. Mai se retourna rapidement mais elle ne vit rien. La peur la poussa à prendre la poudre d'escampette. En même temps qu'elle descendait les marches, elle sentait une présence la suivre et ce n'était certainement pas le chat. Elle accéléra la cadence et se retrouva rapidement dans le jardin sans encombre, enfin presque. Mai se prit les pieds dans des branches mortes alors qu'elle regardait derrière son épaule la porte d'entrée se refermer toute seule. Oubliant la douleur, la jeune fille se releva sans douceur ce qui lui fit manquer une autre chute puis s'enfuit le plus rapidement qu'elle put.