The Serpent's Claws
Chapitre VI
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Rowena n'arrivait pas à dormir.
Elle était en suractivité cérébrale et ressassait ses souvenirs constamment. Elle se tournait, se retournait, gigotait dans son lit, ne trouvant pas de position susceptible de la faire dormir. Elle revoyait constamment le visage de Salazar s'approcher du sien, elle rejouait la sensation qu'elle avait éprouvé lorsqu'elle avait senti son souffle sur sa peau...
Avec un frisson dans l'échine, elle se leva. Elle enfila rapidement une fourrure et sortit du château à pas de loup, mais il faut le préciser, un loup rudement pressé. Ne voulant réveiller tout le monde avec le bruit de la grande porte, elle sortit par une petite issue des cuisines, placée là spécialement pour les elfes. Lorsqu'elle posa le pied dehors, elle fut secouée par un vent glacé. L'hiver ne touchait malheureusement pas à sa fin, et il neigeait dehors. Heureusement, pas à la même échelle que pendant ses trois jours à Pré-au-Lard.
Ces souvenirs remuèrent en elle la plaie de son manque de respect à Salazar. Malgré ce qu'il lui avait dit, elle se sentait toujours horriblement mal, et ne pensait pas qu'il l'ait pardonnée. Elle effectua quelques pas pour se rendre dans la cour du château, et éventuellement s'asseoir à un banc.
Mais Rowena ne voulait pas tomber dans la passivité, et remuer ses pensées douloureuse comme une vieille aigrie. Elle décida alors de laisser tomber sa cape et regarda fièrement le ciel sombre. Elle sentit ses ailes pousser, son bec apparaître, ainsi que ses griffes et ses plumes, et son corps rapetisser jusqu'à faire la taille d'un grand rapace. Elle prit son envol fièrement, luttant contre les vents acharnés et les cristaux de glace. Elle survola le château pendant un bon moment, mais même sa vision aiguë ne pouvait percer le blizzard. Elle se posa sur sa tour et se figea telle une statue de glace. Elle songea que le château aurait plus fière allure si ils y installaient des gargouilles et des statues...
Elle aperçut une lumière allumée dans la tour d'en face. Elle descendit en piqué et s'arrêta sur un rebord de muraille, assez près pour bien voir mais assez loin pour rester dissimulée. En regardant bien, elle pouvait voir un homme accoudé à un bureau, face à la fenêtre.
Son cœur s'arrêta. À chaque fois qu'elle essayait de ne plus penser à lui, voilà qu'il réapparaissait soudainement. Bon, c'était un peu de sa propre faute, elle ne l'aurait pas vu si elle n'était pas sortie. Mais le sort prenait visiblement plaisir à la tourmenter. Elle regarda encore une fois son beau visage et s'envola, décidée à se changer les idées. Elle ne supportait plus cette torsion dans le ventre qui s'accompagnait à chaque fois de culpabilité et d'envie.
Rowena survola la forêt. Elle n'en avait pas peur mais il était hors de question qu'elle s'y aventure seule, la nuit qui plus est. Elle n'était pas suicidaire. Dans une grande clairière, elle crut distinguer de gigantesques masses inanimées, qui se révélèrent être les géants endormis. Avec un frisson à leur vue, elle se décida à rentrer au château. Arrivée à la lisière de la forêt, elle se préparait à son atterrissage dans la cour mentalement et déplia ses serres.
Elle s'était posée sur le sol devant la porte secrète, se changea en femme et s'apprêtait à y entrer quand un râle la surpris.
Une main pourrie s'était posée sur son épaule, et tout d'un coup, tout sentiment de bonheur ou d'allégresse la quitta. Son pouls s'arrêta lorsqu'elle se retourna: derrière elle flottait sinistrement une grande silhouette vêtue de capes déchirées avec l'emplacement du visage voilé comme une religieuse, mais la chose qui la tenait n'était nullement une femme de Dieu. Rowena en avait entendu parler mais n'en avait jamais vu, et elle aurait souhaité ne jamais en voir.
Le Détraqueur avait une force remarquable pour une créature aussi mince et apparemment faible, mais Rowena savait qu'il ne comptait pas sur sa force. Elle savait aussi ce qu'elle devait faire: les Détraqueurs ne percevaient pas les animaux, seulement les sorciers. Il fallait qu'elle se retransforme en aigle, mais la force et l'envie étaient drainés d'elle par cette chose morbide. Elle chercha fébrilement sa baguette dans ses robes, mais le Détraqueur commençait avec un bruit d'aspiration à lui voler ses moments les plus chers.
Elle se paralysé, et vit déferler tous ses souvenirs: sa première amitié avec Helga, la librairie du château Serdaigle, les embrassades de son père après des longues périodes d'absence, les tableaux qui représentaient sa mère... Même à la pensée de sa mère, elle n'était capable de pleurer. Elle vit ensuite leur rencontre avec Godric et Salazar, malgré toute attente, son séjour à Pré-au-Lard, et enfin, son baiser avec Salazar...
Elle se raccrocha à ce souvenir de toutes ses forces, bien qu'elle eût préféré un souvenir moins rabaissant, plus élevé dans l'esprit. Elle serra sa baguette pour se ramener à la réalité, et hurla:
"Spero Patronum!"
Une brume lumineuse et argentée sortit de sa baguette, juste assez pour repousser le Détraqueur. Elle reprenait ses esprit lentement, maintenant la créature à distance, quand son cœur retomba dans sa poitrine. Une dizaine de capes noires flottaient vers elle en poussant des râles de mort, prenant leur temps. Rowena se remettait à peine du premier et eut envie de faire un malaise. C'était malheureusement un sort qu'elle n'avait jamais pratiqué, et ne connaissait que la formule qu'elle avait lue dans un livre. Elle se dit mentalement qu'il lui fallait s'ouvrir à d'autres matières que la Métamorphose.
Clouée par la peur, elle parvint quand même à articuler:
"Spero Patronum!"
Mais le sort ne redoubla pas d'intensité, et les Détraqueurs continuaient à approcher. Elle se sentait trop faible pour reprendre sa forme d'aigle, et songea à Transplaner dans la chambre d'Helga, fallut-il qu'elle y arrive à l'article de la mort, quand une voix claire prononça la formule dans son dos:
"Spero Patronum!"
Un long serpent argenté se glissa à travers la brume comme une rivière de glace. Il s'enserra autour des Détraqueurs, en faisant mine de les étouffer, même si ces derniers n'étaient pas considérés comme vivants. Les Détraqueurs se libérèrent de son étreinte et fuirent dans la nuit, mais encore deux d'entre eux restaient et s'approchaient de Rowena, appuyée au mur pour ne pas tomber. Elle ne les voyait plus et ne voyait plus grand chose. Sa vision commençait à se voiler.
Lorsqu'une autre main putride lui attrapa le visage et le tourna vers elle, comme pour l'embrasser grossièrement, une voix plus forte et moins suave que la première prononça:
"Spero Patronum!"
Un lion argenté courut puissamment vers les choses voilées et les assaillit de coups de griffes et de crocs. Il rugit triomphalement, mais Rowena ferma les yeux et tomba dans la neige.
"Rowena!" crut-elle entendre.
Une main ferme se glissa doucement sous son corps et la souleva. Elle croyait reconnaître cette main et voulu la serrer quand elle sentit la poitrine se l'homme qui la tenait vibrer sous le son de sa voix:
"Salazar! Viens, dépêche-toi! Ce ne sont sûrement pas les seuls!" tonna Godric.
Rowena pouvait sentir la rage de Salazar émaner de lui, même si elle ne pouvait pas le voir. Godric serra Rowena de peur qu'elle ne tombe, et avança précipitamment vers Salazar.
"Qu'ils viennent!" hurla ce dernier. "Qu'ils viennent ces putain de spectres!"
C'était la première fois que Salazar jurait devant qui que ce soit, et Rowena fut choquée du venin qu'il insufflait à ces mots. On ne pouvait pas vraiment haïr les Détraqueurs, juste en avoir peur. Et Salazar devait être la seule personne au monde à les haïr à ce point.
"Viens!" dit Godric plus gentiment, comprenant que la force n'y ferait rien. Il posa sa main sur l'épaule de Salazar.
Ce dernier ne montra pas son visage à son ami. Il était encore déformé par la rage, et il commençait à ne plus savoir vers qui la tourner. Il était en colère contre Rowena, car elle était sortie en pleine nuit et sans protection, sans personne. Il fallait qu'il se résigne à sa nature solitaire, mais il ne pouvait supporter l'idée de la savoir mise en danger par sa propre faute. Il l'estimait plus que ça. Ensuite, il éprouvait tant de colère envers les Détraqueurs qu'aucun Moldu n'aurait su la tarir. Et enfin, il se blâmait plus que quiconque. Le tourbillon intérieur de ses émotions se retournait contre lui. Même si c'était physiquement et moralement impossible, il aurait voulu être là. Il aurait dû être là. Il avait le sentiment que c'était sa faute, même si il n'avait rien fait pour.
Il glissa rageusement sa baguette dans sa ceinture. Il suivit Godric qui tenait Rowena dans ses bras, apparemment évanouie, avec dans le ventre la sensation douloureuse qu'il avait déjà ressentie une fois. Lorsque la vie d'une jeune fille avait été en jeu...
Non. Il ne pouvait pas se laisser couler par ces souvenirs. Il devait être fort, ou il perdrait Rowena. Il leva la herse du château sans baguette, d'un geste puissant de la main, mais Godric ne le remarqua pas.
Il laissa tomber la lourde grille de métal lorsqu'ils l'eurent passée, et guida Godric vers la chambre de Helga. Après l'avoir réveillée en sursaut, ils lui fournirent les explications pendant qu'elle étendait son amie sur la table de sa chambre.
"Salazar, Godric, pourriez-vous sortir s'il-vous-plaît?" implora-t-elle.
Ils s'exécutèrent rapidement, laissant Helga seule.
Rowena avait perdu connaissance.
"C'était quoi, ça?" fulmina Godric, le dos tourné à Salazar.
Ce dernier ne répondit rien. Après un moment de réflexion silencieuse, il lâcha:
"Des Détraqueurs, je suppose..."
"Tu te fiches de moi! Ne fais pas ça maintenant, Salazar, ce n'est vraiment pas le moment! Je parle de ton attitude!" Il marqua une pause et se massa les tempes. "Tu aurais pu tous nous faire tuer!"
"J'avais le contrôle!" répliqua Salazar. "J'aurais pu les détruire!"
"Non!" hurla Godric. Il vint se placer face à son ami. "Non." répéta-t-il plus calmement. "On ne peut pas. Tu n'imagines pas le nombre de sorciers qui ont..."
"Je sais très bien!" vociféra Salazar. "Mais je ne suis pas le nombre de sorciers, j'aurais pu les vaincre!" Il défia Godric du regard.
"J'ai eu peur, Salazar." lâcha Godric. C'était rare qu'il affirme ce genre de choses. "Pour Rowena, et pour toi!"
"Je suis un adulte! Je sais me défendre!" lui répondit Salazar avec colère.
"Mais tu sais combien ce sortilège est épuisant, tu ne te rendais pas compte! Si ça se trouve, cette forêt en est peuplée! Oh, c'est ma faute," se lamenta Godric, "je n'aurais jamais dû acheter ce terrain..."
"Non, jamais tu n'aurais dû..." ironisa Salazar. Mais Godric ne l'avait pas entendu.
"Tu ne peux pas savoir ce que ça me fait, c'est horrible... Tous ces monstres morts-vivants, je ne sais quoi... Ces choses... Elle vont revenir... Elle vont détruire notre école..." il avait une voix saisie par l'angoisse et la colère.
"Arrête, Godric. Arrête de faire le gamin. Quelques bons sorts de protection et on n'en parlera plus." coupa Salazar.
Il s'était un peu calmé devant l'état de son ami. La tournure que la conversation avait prise l'arrangeait. Il ne voulait guère parler de son "saut d'humeur" face aux Détraqueurs, en raison de Rowena. Il posa une main réconfortante sur l'épaule de Godric, contrairement à son habitude.
"Je vais voir si Helga a fini."
À ce moment-là, Helga ouvrit prestement sa porte et sortit doucement dans le couloir, refermant silencieusement derrière elle. Elle s'avança vers les deux hommes.
"Elle dort." dit-elle. "Les... hum... Les Détraqueurs l'ont vidée de beaucoup de son énergie, elle mettra un ou deux jours à se remettre. Je lui ai donné une potion de guérison au cas où, mais je ne pense pas qu'elle en ait beaucoup besoin." expliqua-t-elle rapidement.
On comprenait à son visage qu'elle avait eu peur pour son amie, et ses mains tremblaient un petit peu.
"Elle dormira dans mon lit pour cette nuit, je vais prendre le sien. Bonne nuit, Godric. Salazar."
Elle allait dans la direction de la tour mais la voix de Godric l'interrompit.
"Laisse, Helga. Je la ramènerai."
Une torsion dans le ventre de Salazar lui fit sentir qu'il n'aimait pas beaucoup cela. Il regarda Godric avec un regard un peu haineux, mais ce dernier ne le remarqua pas. Il regardait Helga.
"Il ne vaut mieux pas, Godric," répondit cette dernière en rougissant. "Je préfère qu'elle reste dans ma chambre, l'air y est plus sain." Et sur cette excuse minable, elle fila.
Godric salua Salazar et tous deux allèrent dans leurs propres chambres.
Salazar ne dormit pas du reste de la nuit, l'esprit vagabondant sur Rowena, sur le château, sur ses pouvoirs. Avec un regret douloureux, il pensa à elle. Il la chassa de son esprit mais elle revenait. Il s'endormit avec les larmes aux yeux.
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Je m'excuse pour le retard de ce chapitre, je suis actuellement en période de révisions et c'est difficile pour moi de trouver le temps pour écrire. Et je me suis dit, mais pourquoi pas à deux heures du matin? La voix de la sagesse a parlé, et j'ai écrit.
Je pense que ce chapitre est un peu plus court que le dernier mais il n'y en aura pas beaucoup des courts. J'ai voulu vous donner quelque chose à vous mettre sous la dent avant d'aborder les choses sérieuses ^^
Et n'oubliez pas, comme d'habitude, si il a des choses en particulier que vous voulez voir, n'hésitez pas à me le demander en review ou par message privé. J'en tiendrai compte, je vous le promets. Passez une bonne soirée! x
