Chapitre VIII

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Rowena tenait doucement le bras de Salazar. Elle n'osait poser les yeux sur lui. Son cœur battait si fort que sa poitrine semblait trop petite pour le contenir. Salazar ne marchait pas aussi vite que d'habitude, il semblait à Rowena que son allure avait diminué. Ses longues jambes prenaient cette fois-ci le temps d'arpenter les couloirs du château, et de grimper lentement les escaliers qui menaient à la tour de la jeune femme.

Alors que l'air de l'extérieur avait été frais, Rowena brûlait de l'intérieur. Elle craignait que cette chaleur émanant de son corps, y compris de ses doigts, ne repousse Salazar. Même si ce dernier gardait un visage calme et froid comme à son habitude, elle ne se rendait pas compte de la légère rougeur qui se trouvait sur ses joues, ni du tumulte qui se déroulait à l'intérieur de sa poitrine.

Pour Salazar, maintenir un calme apparent était une délicieuse torture. Embrasser la belle jeune femme avait déchaîné la bête qui dormait au creux de son ventre. Elle lui déchirait à présent les entrailles, demandant plus, toujours plus. Il avait l'impression que son torse allait éclater. Mais il fallait qu'il la ramène à sa chambre, sans trop presser les choses. Il ne voulait pas brusquer Rowena. Comme un oiseau, il avait peur qu'elle ne s'envole farouchement à tout mouvement trop brusque. Salazar avait été également éduqué d'une telle façon qu'il ne voulait pas s'abaisser à abuser d'elle.

Bien sûr, il était bien plus fort qu'elle. Il ne doutait pas non plus de ses capacités en tant que sorcier, et se savait plus rapide et vif. Il pensa à la fragilité de Rowena, et à sa beauté. Il s'imagina la jeune femme se faire brutaliser par un autre, et son sang bouillonna dans ses veines. Malgré l'envie qui le dévorait, il parvint à museler la bête qui lui réclamait tant.

Il imagina un instant un oiseau gracieux posé sur son bras. Le moindre mouvement le ferait s'envoler à tire-d'ailes, mais lui gardait son bras immobile, et tentait, de l'autre main, de caresser doucement le plumage de l'oiseau.

Revenant de ses pensées brèves, Salazar était arrivé devant la porte de la chambre de Rowena, dans sa tour.

"Nous sommes maintenant tous bien éloignés." lui dit-il. "Je préfère cela, j'aime mon intimité."

Rowena osa enfin le regarder, interloquée par le sujet de conversation.

"Oui... J'aime aussi bien ma solitude. Mais c'est étrange, de vivre seule dans cette tour..."

"Quand des élèves peupleront notre école, tu regretteras ta tranquillité." ajouta Salazar sur un ton joueur.

Sur ces mots, il regarda intensément Rowena. Il leva le bras, et lui effleura la pommette du dos de sa main. La peau de la jeune femme lui transmit une légère décharge électrique. Il la trouva douce et chaude, et eut envie d'embrasser ses joues. Salazar n'avait pas envie d'ouvrir la porte de la chambre de Rowena pour lui dire bonne nuit. Après ce baiser, il n'avait qu'une seule envie.

"Bonne nuit, Rowena." dit-il en la regardant droit dans les yeux.

Rowena pouvait sentir sa faim. Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les siennes, beaucoup plus doucement que leur précédent baiser. Elle ne sut comment réagir, surprise par ce mouvement de sa part. Elle ferma les yeux, et lorsqu'elle les rouvrit, la sensation de chaleur venait de disparaître. Salazar tenait la porte ouverte, face à Rowena, et la regardait intensément. Rowena voyait bien qu'il n'avait pas envie de partir, mais comprit pourquoi il s'y forçait.

Elle avait cru déceler chez lui, ces derniers jours, quelques petites erreurs. Parfois, une faille paraissait dans son maintien rigide, un regard de trop, une tentative de geste avorté, ou encore une respiration dont il ne contrôlait plus le rythme. Rowena avait aussi remarqué que la froideur et la brusquerie habituelles de Salazar laissaient parfois place à un ton joueur, ou à des mots plus doux. Bien sûr, cet homme froid et distant n'était pas devenu un agneau. Mais la jeune femme avait compris qu'à côté d'elle, il se mettait à se comporter, par moments, d'une façon qu'il ne connaissait pas lui-même.

"J'ai hâte de vraiment te connaître..." dit Salazar en quittant Rowena.

Elle le regarda s'éloigner de sa démarche élégante, ses robes virevoltant derrière lui. Lorsqu'elle était enfin dans son lit, Rowena n'arrivait pas à dormir, une fois de plus. Elle se tournait et se retournait dans les couvertures, ne trouvant pas le sommeil. Ses pensées étaient obnubilées par le sorcier. Jamais elle n'avait eu d'obsession sur qui que ce soit, et avait presque honte de penser incessamment à Salazar. La honte s'intensifiait lorsqu'elle s'imaginait avec lui, dans ses bras, dans son étreinte... Un feu brûlant s'était logé au creux de sa poitrine, et semblait déterminé à lui empêcher tout repos.

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Salazar, après un sommeil désastreux, se leva beaucoup plus tard qu'à son habitude. Le Soleil était levé depuis longtemps, et perçait à travers ses rideaux fermés. Salazar, lorsqu'il dormait mal, était toujours de très mauvaise humeur pendant une bonne partie de la journée. Le manque de sommeil lui donnait des obsessions, et le rendait plus prompt à la colère. Il s'habilla de façon négligée, et ne prit même pas la peine de choisir une robe de sorcier bien pliée. Commençant à avoir faim, il descendit à la Grande Salle, qu'ils étaient pour l'instant toujours les seuls à occuper.

Lorsqu'il pénétra dans la salle, sa mauvaise humeur s'éclipsa immédiatement lorsqu'il aperçut, de dos, les cheveux sombres d'une belle jeune femme à la peau pâle. Il avait pensé à elle toute la nuit. Il avança vers elle pour combler ce vide grandissant en lui.

Il fut devancé par un autre homme qui s'assit juste à côté d'elle. Salazar était encore loin. Cet homme était son ami, Godric. Il semblait enjoué, et se mit à raconter à Rowena une histoire qui la laissait sans doute indifférente, vu son manque de réaction. La bête dans le ventre de Salazar se mit à gronder. Peut-être, en effet, qu'un grondement était réellement sorti de sa gorge à ce moment-là. La mâchoire de Salazar se serra jusqu'à lui en faire mal aux dents.

La bête se calma quelque peu lorsque Rowena, apparemment gênée, se leva et fit mine d'aller se servir à une autre table. Salazar, d'un pas rapide, la rejoignit. Il s'assit sur le même banc qu'elle, et, ne trahissant pas encore leur amour naissant aux yeux de tous, ne la toucha pas. Il se contenta de lui lancer un long regard.

"Bonjour, Rowena."

"Oh, Salazar!" s'exclama la jeune femme. Son visage prit des couleurs en le voyant. Il semblait qu'elle non plus n'avait pas très bien dormi. Elle tenta de lisser ses cheveux, visiblement gênée par leur désordre, mais Salazar aimait l'air que ça lui donnait. Étrangement, cela lui semblait plus proche de sa véritable personnalité. Cette femme était capable de se changer en aigle, était de nature curieuse, et malgré tout assez aventureuse. Elle n'était définitivement pas comme les autres, et Salazar n'avait à présent d'yeux plus que pour elle. Leurs deux compagnons ne parvenaient pas à détourner son attention.

"A ce que je vois, je ne suis pas le seul à avoir mal dormi."

"Je ne vois pas de quoi tu parles." dit-elle sur un ton semi enjoué, semi fermé.

Salazar fut amusé de la réplique de Rowena.

"Tu as pensé à moi, c'est ça?" dit-il en la regardant profondément, un sourire discret au coin de la bouche.

"Peut-être que oui. Peut-être que non..." dit-elle en croquant dans un fruit. Son air devenait de plus en plus joueur. Cela plaisait beaucoup à Salazar.

"Ah, dommage... Car il se pourrait bien que moi aussi, j'aie mal dormi à cause de quelqu'un..." sussurra Salazar.

Le petit jeu qu'il avait amorcé lui plaisait de plus en plus. C'était la première fois qu'il partageait un petit moment de complicité avec Rowena, et sa langue brûlait de parler avec elle. Pourtant, Salazar avait toujours aimé la solitude, plus que tout. Mais cette jeune femme semblait faire exception: il voulait d'elle dans son isolement. Seule elle avait le droit d'outrepasser cette frontière.

Salazar n'en pouvait plus, cela le démangeait: alors que Rowena était en train de manger juste à côté de lui, il glissa sa main sous la table et la laissa doucement reposer sur le bas de la cuisse de la jeune femme. Si elle souhaitait jouer à ce jeu-là, alors il allait gagner.

Cette dernière sursauta presque, manquant de s'étouffer. Elle se mit également à rougir comme jamais elle n'avait rougi. Salazar, lui ne laissa rien paraître. Il fit mine de regarder par la fenêtre, sans se préoccuper de la réaction de Rowena à côté de lui. Il remarqua avec satisfaction qu'elle ne mangeait plus et semblait droite comme un piquet. Afin d'intensifier la torture, il fit doucement remontrer sa main, se rapprochant dangereusement de l'aine. Il sentait la chaleur de sa peau sous le tissu de sa robe. Rowena avait choisi un vêtement fin afin de venir déjeuner ce matin, et Salazar pouvait alors ressentir avec précision la forme de son corps.

Rowena passa sa propre main sous la table pour la poser sur celle de Salazar, et la repousser. Mais lorsqu'elle la toucha, elle ne parvint pas à le faire, et la laissa simplement sur la sienne. Les doigts du sorcier caressèrent la cuisse qu'ils enserraient presque.

"Salazar..." marmonna Rowena entre ses dents... "S'il-te-plaît..." Son teint était à présent cramoisi.

"Oui?" répondit l'intéressé en feignant de ne pas comprendre.

"I... Imagine que l'on nous voie..." supplia la jeune femme.

"Oh, c'est bien possible." répondit Salazar dans un sourire carnassier. "Mais bon, j'ai compris. Je vais te laisser tranquille. Je dois monter dans ma chambre pour m'habiller convenablement..."

Il fit alors glisser sa main jusqu'au haut de la cuisse de Rowena, survolant d'autres parties de son corps plus interdites encore. Elle se replia sur elle-même dans un sursaut. Salazar se leva, un sourire gravé sur les lèvres, et lui murmura à l'oreille: "A tout à l'heure... Peut-être."

Il laissa la jeune femme au teint cramoisi, n'osant prononcer mot. Au moment où il partait, Godric se retourna, interloqué par le bruit.

Salazar pensa alors en son fort intérieur qu'il avait gagné le cœur de Rowena depuis longtemps.

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Bon, eh bien que dire... Je suis peut-être de retour après cette immense pause. Soudainement j'ai eu très envie de continuer ma vieille histoire, après l'avoir redécouverte... Merci à tous ceux qui ont continué à lire cette fiction, j'espère que mon écriture s'est améliorée et que la lecture sera plus agréable.