Chapitre 24 : IX
Une mer de brouillard épais entourait Mai. Le vent souleva ses cheveux, apportant avec lui un parfum de femme qui ne lui appartenait pas. Puis, le bruit de pas crissant contre le sol rocailleux se fit entendre dans son dos. Lorsqu'elle se retourna, elle ne put apercevoir que la silhouette d'une femme dans une longue robe au loin.
Jour 4 – Day 4
« Donne-moi tes chaussures »
Masako avait retrouvé un morceau de papier dans son lit à son réveil et l'avait montré à la SPR.
- On dirait du chantage que ferait un enfant de primaire, déclara Ayako, en soulevant un sourcil.
- Fais attention à ce que tu dis, rétorqua Naru en dardant son regard d'acier dans le sien.
- Allons voir devant l'église, décréta Bou-san, changeant de sujet.
En effet, sur la plaque en marbre, un chiffre romain y était inscrit en lettres manuscrites.
« IX »
Même Naru ne savait pas ce que cela signifiait. Un petit regroupement d'élèves les entourait et commençaient à les bousculer. Les trois surveillantes fendirent la foule. Ai et Kyoko couvrirent leur bouche en ouvrant leur yeux d'effrois.
- Savons-nous qui a reçu la mission de la reine ? demanda Nana en balayant la foule d'élèves.
Mais les membres de la SPR se tournèrent automatiquement vers Masako provoquant des murmures autour d'eux.
- Retournez en classe, dit Nana de sa voix calme en réponse.
- Mais nous n'avons pas cours, répondit une élève.
- Eh bien, allez réviser les examens à venir, fit la surveillante en dardant son regard de faucon sur elle.
Les filles ne se firent pas prier et se dispersèrent. Ai se posta devant Lin et Naru en leur montrant le carton qu'elle portait.
- C'est un autre sujet mais hier soir, je me suis souvenue d'avoir vu quelques bricoles appartenant à Madame Nadeshiko en rangeant la cave il y a quelques mois, fit Ai. Il y en a deux autres pleins à craquer.
Lin se proposa pour le porter et John d'aller chercher les deux autres avec elle. Puis, la SPR retourna dans la base où les attendait Madoka qui travaillait non loin de là. Cette dernière avait apporté d'innombrables articles sur Madame Nadeshiko. Ainsi, ils se répartirent le travail. Lin et Naru regardaient le contenu du carton de Ai et Mai et les trois autres s'occupaient des coupures de presse.
Ainsi, Mai se rendit compte que Madame Nadeshiko faisait l'unanimité et que sa réputation n'était plus à refaire. Tous les articles qu'elle venait de lire s'accordait sur sa gentillesse et sa beauté. La jeune fille finit par se dire que c'était impossible qu'elle fût l'esprit de l'école. Et si c'était le cas, que s'était-il passé ? Un journaliste avait écrit qu'elle était morte de façon naturelle dans une maison de repos près de sa famille. Et l'esprit de sa nièce ?
Mai s'intéressa aux cahiers que ses collègues avaient sorti du carton. Elle jeta un coup d'œil sur le cahier que Lin avait posé devant lui. Des tas de chiffres s'alignaient sur les pages.
- Ce sont les comptes de Madame Nadeshiko ? demanda Ayako qui avait arrêté de lire elle aussi.
- C'est exact, répondit Lin.
- On peut dire qu'elle était ordonnée et méticuleuse, remarqua Bou-san.
- Les cahiers bleus répertorient aussi ses comptes ? s'intéressa Mai.
- Ce sont ceux qu'elle dédiait aux donations qu'elle faisait. Elle utilisait les autres pour son entreprise, répondit Lin.
John arriva avec les autres cartons. Finalement, ils étaient plus nombreux. Trois cartons de plus envahirent la table déjà submergée de coupures de presse qui étaient au départ rangés dans des classeurs. Il s'agissait aussi de cahiers de compte. D'après Ai, la directrice les avait gardés pour se souvenir de la rigueur qu'observait Madame Nadeshiko. Preuve qu'elle aussi faisait partie de ses admiratrices.
La sonnerie retentit dans le couloir mettant fin aux rêveries de Mai qui somnolait à moitié sur les journaux.
- Cela faisait un bon moment que ma vie n'était plus dictée par une sonnerie, fit remarquer Bou-san en s'étirant.
- Parce que tu es si vieux que cela ? Le taquina Ayako.
La SPR s'apprêta à quitter la pièce.
- Tu ne viens pas avec nous, Masako ? fit la voix de John derrière Mai.
- Non, allez-y sans moi. Je n'ai pas faim. Je préfère me rallonger, répondit la petite voix de la médium.
Mai s'arrêta.
- Je reste avec elle.
- Tu n'as pas faim toi aussi ? demanda John.
- C'est toujours lorsque nous sommes seules qu'il arrive quelque chose, dit la jeune fille en retournant dans la pièce.
- Et tu crois que tu vas pouvoir la protéger toute seule ? rétorqua Ayako, avec agressivité. Tu n'es même pas capable de te battre seule.
Un silence pesant tomba. Mai la regarda alors vexée.
- Mais qu'est-ce que tu as ? Depuis que tu es arrivée ici, tu es tout le temps de mauvaise humeur, intercéda finalement Bou-san.
- De quoi tu te mêles ? Répliqua la jeune femme.
- Elle est tout à fait à même de repousser un esprit contrairement à toi, défendit Bou-san.
- Je t'ai déjà dit que j'ai besoin d'être à proximité d'arbres qui contiennent l'âme d'esprits sage, répondit Ayako férocement.
- Ça suffit, intervint Naru. Si Mai a peur qu'il arrive quelque chose à Masako qu'elle reste avec elle. Le réfectoire n'est pas loin de toute façon.
Il tourna les talons mettant fin à la discussion houleuse. Mai jeta un dernier regard à Ayako qui l'ignora royalement. Puis la porte se referma.
- Merci, fut tout ce qu'elle entendit avant que Masako eût disparu dans la chambre.
Ce n'était pas qu'elle se sentait l'âme d'un héros mais depuis qu'elle était dans cette école, elle sentait quelque chose de sombre et qui n'augurait rien de bon. Et comme Masako était en situation de faiblesse et surtout depuis qu'elle avait reçu la mission de la reine de coeur, Mai ne pouvait pas la laisser seule. Elle n'avait peut-être pas les pouvoirs des plus grands médiums mais elle savait une chose. C'était que souvent la simple présence d'une autre personne pouvait repousser les mauvais esprits.
Mai mit à profit ce temps libre pour continuer à lire les articles de journaux. Elle prit l'un des classeurs que les autres n'avaient pas encore étudié. Lorsqu'elle feuilleta les première pages, la jeune fille comprit que Madoka avait déjà trié les informations. Si les premiers articles faisaient l'éloge de Madame Nadeshiko, ceux-là étaient tout le contraire. Même si pour certains article Mai doutait de leur véracité puisqu'ils avaient tout l'air de sortir d'un magazine people, d'autres semèrent le doute sur l'opinion qu'elle avait commencé à se faire sur la fondatrice. Le second classeur était aussi rempli d'articles négatifs sur elle. Et ce qu'elle put en apprendre, fut que certains pensaient dur comme fer que Madame Nadeshiko avait maltraité sa nièce et que celle-ci en était morte. Des journalistes arguaient que des blessures avaient été retrouvés sur son corps et qu'elles avaient été faites avant son décès. D'autres parlaient de son entreprise. D'après eux, Madame Nadeshiko se faisait de l'argent sur ses employés qu'elle maltraitait aussi et qu'elle sous-payait. Aussi, elle aurait trempé dans des affaires sordides.
Ces nouvelles informations laissèrent Mai dubitative. Celle-ci se leva de sa chaise pour regarder à travers la fenêtre. Le soleil peinait à percer les nuages qui planaient au-dessus du terrain vague devant elle. Deux personnes la traversèrent en pleine conversation qui devaient être drôle puisqu'ils éclatèrent de rire. Elle reconnut les professeurs de science et d'histoire qui leur avaient été finalement présenté par Kyoko. Puis ils disparurent de son champ de vision. La jeune fille retourna s'asseoir et attendit que les autres reviennent plusieurs minutes plus tard. Lorsqu'il entra dans la pièce, Bou-san se dirigea directement vers elle avec un grand sourire et un plateau dans ses mains.
- Pour toi qui as travaillé dur pendant notre absence, dit-il en déposant le plateau rempli de victuailles.
- Merci, répondit Mai qui devait bien avouer qu'elle avait faim.
Elle attaqua tout de suite son repas sous les yeux amusés du moine et de l'australien. Naru entra dans son champ de vision en pleine discussion avec Lin sur leur étude qu'ils menaient parallèlement à l'enquête apparemment. Cela lui rappela les derniers articles.
- Il faut que vous lisiez ça, dit-elle en poussant les deux classeurs vers John et Bou-san.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le moine.
- Je pensais que tout le monde adorait Madame Nadeshiko mais il y a des personnes qui croient qu'elle était une mauvaise personne.
- La popularité, ma petite, fit Bou-san.
Même Ayako qui s'était mise à l'écart se rapprocha pour regarder par-dessus l'épaule de John. Soudain, un grand bruit raisonna dans la pièce d'à côté. Mai sauta sur ses pieds et entra dans la chambre où Masako était supposée dormir. Lorsqu'elle parvint à ouvrir la porte, elle la retrouva par terre ensevelis sous des étagères.
Bou-san la poussa sur le côté et se dépêcha d'enlever les planches et les bibelots que Masako avait sur elle. Ayako lui prit le pouls. La jeune fille ouvrit les yeux.
- Est-ce que ça va ? demanda Mai.
- Serre-moi les mains, fit Ayako, d'une voix professionnelle. Cligne des yeux.
Une fois qu'elle se fut assurée de son état, Ayako l'aida à s'asseoir.
- Est-ce que tu as mal quelque part ?
Masako hocha la tête. En effet, Mai aperçut la bosse sur son front et les égratignures sur ses bras et son visage.
- Il faut l'emmener à l'infirmerie, déclara Ayako.
L'infirmière avait appelé le médecin de ville qui l'examina. Elle s'en sortait bien mais il lui conseilla de ne pas bouger de son lit au moins pour la nuit comme Masako avait insisté pour ne pas être envoyée à l'hôpital. L'infirmière proposa de rester pour la nuit. Toutefois, Ayako lui avait dit qu'elle et Mai resteraient à ses côtés et l'appelleraient qu'en cas d'urgence, étant donné qu'elle vivait tout près.
Des élèves passèrent rendre visite à la médium. Elles lui apportèrent des fleurs cueillies dans le jardin de l'école. Masako leur sourit gentiment, touchée par le geste. Mai discuta avec certaines d'entre elles de leurs cours et de leurs professeurs.
- Pour avoir étudier dans une autre école avant, les professeurs sont stricts mais je les adore. Ils sont gentils et nous expliquent tout de suite quand nous ne comprenons pas, dit une élève assise à côté de Mai.
- Moi, j'aime bien Madame Hanayome, notre professeur de science. Elle a réussi à me faire aimer sa matière alors que je la détestais, enchérie sa voisine.
- Vous savez que Madame Hanayome sort avec Monsieur Daisuke, notre professeur d'histoire ? Lança une autre, s'attirant les regards outrés de ses camarades.
- Ne dis pas cela, comme si c'était vrai. De toute façon, cela ne nous regarde pas, la réprimanda la première fille qui avait adressé la parole à Mai.
La fille rabrouée prit une moue boudeuse.
- Mais ce n'était pas méchant !
- Vous avez trouvé des indices sur la personne qui est derrière le jeu de la reine ? Demanda sa voisine.
Mai la regarda étonnée.
- Elle ne croit pas aux fantômes, expliqua son amie à l'adresse de Mai.
- Savez-vous comment nous appelons les trois surveillantes ? demanda celle qui ne croyait pas aux fantômes.
- Non, répondit Mai dont la curiosité était piquée.
- Kyoko est le trèfle, Nana le carreau et Ai le pique.
- C'est en rapport avec le jeu de la reine de cœur ? demanda Mai.
La fille hocha la tête puis se pencha en avant.
- Elle pensait que nos trois surveillantes étaient les complices de la reine de cœur, expliqua son amie qu'elle devança. La directrice en tant que reine de cœur.
- Beaucoup le pensait aussi, tu sais. C'est pour ça que toute l'école les appelle comme ça, bouda l'autre fille. Je croyais que c'était pour garder une sorte d'autorité sur nous. Mais depuis ... Euh ... les meurtres ... Je ne pense plus cela.
Elle avait fini sa phrase en regardant Mai droit dans les yeux comme pour être certaine qu'elle la croyait. L'une des filles changea de sujet et l'heure passa rapidement. Puis la sonnerie retentit une nouvelle fois dans les couloirs. Les élèves quittèrent l'infirmerie et une partie de la SPR partirent manger en leur promettant de leur apporter leur repas ensuite.
Puis le reste de la SPR quitta l'infirmerie après le repas du soir. Masako endormie, Ayako et Mai demeuraient silencieuses, chacune de son côté. La jeune fille ruminait. D'un coup, Ayako prit la parole tout en gardant les yeux fixés sur ses pieds.
- Je suis désolée.
Mai se tourna vers elle. Elle ne trouva rien à dire. Son silence fit lever la tête de sa collègue. Puis la jeune fille finit par hocher la tête. Même si elle s'était excusée, le silence continuait à perdurer. Mai se sentait mal à l'aise.
- Tu savais que les élèves surnommaient les surveillantes comme les cartes de jeu ?
Sa question désarçonna la rouquine.
- Kyoko est le trèfle, Ai est le pique et Nana est le carreau.
Ayako réfléchit un moment.
- C'est bizarre. On dirait que c'est comme si elles font partie du jeu de la reine de cœur, conclut-t-elle.
Mai hocha une nouvelle fois la tête.
- Plus l'enquête avance et plus je me dis que la reine de cœur ne peut être que Madame Nadeshiko.
- Moi aussi, répondit Mai.
Mai étira ses jambes et regarda ses pieds en réfléchissant. Puis tout d'un coup, elle se souvint du mot du matin même. Elle se leva et fit le tour du lit.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Ayako, qui la prenait pour une folle.
- Les chaussures de Masako, commença Mai. Elles ne sont plus là.
La rouquine se leva d'un bond.
- Oh non !
Mai la vit passer par la porte de l'infirmerie. Et au-dessus, l'horloge indiquait neuf heures du soir.
Finalement, il fut décidé que Mai, Ayako et John restassent auprès de la jeune fille. La nuit fut longue et éprouvante. A tour de rôle, l'un d'eux demeuraient éveillés. Mai s'endormit la tête posée sur le matelas du lit de Masako, épuisée après son tour vers quatre heures et demi du matin, laissant la suite à Ayako. Pendant son tour, elle était restée en alerte et surveillait même le lit où les élèves leur avaient dit que la silhouette d'une personne y était allongée. Mais rien de spécial ne s'était passé.
Lorsqu'elle se réveilla, la jeune fille cligna doucement des yeux et aperçut les rayons du soleil inonder la pièce, annonçant l'heure tardive de la matinée. Ses sourcils se froncèrent un instant. Elle aurait dû être réveillée à six heures par John. Mai se redressa d'un bond et vit John et Ayako profondément endormis. Et avec horreur, elle vit que Masako n'était plus dans son lit. Elle se leva d'un bond pour vérifier dans les toilettes.
- Réveillez-vous, s'écria Mai, paniquée. Masako n'est plus là.
Elle leur laissa pas le temps de comprendre puisqu'elle courut comme une dératée vers la base où elle ouvrit la porte à la volée, surprenant Naru et Lin qui relevèrent la tête vers elle en même temps.
- Masako a disparu ! dit Mai, paniquée.
- Quoi ?! s'écria Bou-san sur le seuil de la porte de sa chambre, une brosse à dents dans la bouche.
Naru traversa la pièce.
- Séparons-nous, dit-il simplement avant de partir avec Lin et Bou-san dans une autre direction.
Mai avait une idée d'où Masako pouvait se trouver. La jeune fille retourna sur ses pas et monta les escaliers pour aller jusqu'au dernier étage. Toutefois, la voix d'Ayako l'arrêta.
- Je l'ai trouvé !
Elle suivit sa voix et s'arrêta devant l'église où Masako était allongée sur le ventre, comme un pantin ou ... un cadavre.
- Elle est ... commença Mai dont la voix tremblait.
- Non, son pouls est légèrement ralenti mais elle va bien.
Mai l'aida à mettre Masako sur le dos. Sa peau est froide. Elle quitta sa veste et la posa sur elle. Ayako héla un professeur qui passait par la pour lui demander d'appeler les secours. Moins d'un quart d'heure plus tard, Masako était sur un brancard et entrait dans l'ambulance en ayant repris connaissance. Le médecin présent leur avait assuré qu'elle allait bien mais qu'elle devait être examiné à l'hôpital et gardé au moins une nuit en observation.
Lin vint prévenir la direction de ce qui venait de se passer tandis que les autres retournaient à la base. L'ambiance et le silence étaient lourds. Les yeux rivés sur le sol, Mai s'assit sur une chaise en ayant l'impression que son corps pesait une tonne. Après que la porte fut fermée, il n'y eut plus de bruit jusqu'à ce que John brisât le silence.
- Je vous prie de me pardonner pour mon incompétence.
Mai releva la tête et aperçut l'australien en plein milieu de la pièce le corps incliné en avant. Il y eu d'abord un silence surpris. Puis, certains regards furent échangés. Mai vit les mains du prêtre trembler et l'entendit renifler. Son cœur se serra.
- Ce n'est pas de ta faute, dit-elle alors.
- C'est vrai, enchérit Bou-san.
- Tu n'as pas t'en vouloir. Nous étions là aussi. Nous aurions dû faire plus attention, intervint Ayako en passant une main dans ses cheveux, l'air las.
John se redressa mais n'arrivait toujours pas à les regarder en face. Il essuya ses larmes.
- Mais c'est moi qui devais assurer le tour de garde.
- Nous étions tous fatigués, tenta Mai pour le rassurer.
- Ne cherchons pas un coupable. Ce qui est fait, est fait, trancha Naru. Personne ne portera le blâme. Cela n'avancera pas les choses.
En silence, John s'assit avec les autres. Il fallut du temps avant que l'ambiance ait changé. Mais et ils discutèrent de tous les éléments qu'ils avaient pu rassembler. Au bout d'un moment, la fatigue eut raison de Mai qui éclata en sanglot. Tout le monde se tourna vers elle.
- Je crois que c'est le trop plein d'émotions et la fatigue. J'ai besoin de me changer les idées.
- Je viens avec toi, dit Ayako en se levant aussitôt. Nous avons dit qu'il ne fallait laisser personne tout seul, rétorqua-t-elle face aux regards des autres qui la scrutaient.
Les deux jeunes femmes sortirent du bâtiment et se promenèrent dans le jardin de l'école sous les rayons du soleil. Elles ne parlaient pas et c'était très bien comme cela. Quelques élèves croisèrent leur chemin et discutèrent un peu avec elles, ce qui aida Mai à arrêter de broyer du noir. Au bout d'un moment, Mai eut froid et elles décidèrent de rentrer. Aussitôt, les voix d'élèves lui parvinrent. Ayako lui lança un regard interrogateur.
- Ayako, Mai, Bonjour, vint les saluer Ai. Les élèves ont fait une exposition de leurs travaux dans le réfectoire. Vous voulez venir voir ?
- Bien sûr, répondit Ayako.
Elles suivirent la surveillante très enthousiaste qui leur expliquait la consigne du devoir : exposer de façon concise la vie d'une personne reconnue au vingtième siècle dans le monde. Lorsqu'elles entrèrent dans la grande salle, une foule de jeunes filles circulaient déjà dans le réfectoire. Quelques élèves vinrent les saluer.
- Vous êtes venues regarder nos travaux ? Demanda Chloé.
- Oui, répondit Mai. Tu as choisi quelle personne toi ?
Un sourire vint éclairer son visage.
- Je vais vous montrer !
Elle les mena devant une affiche avec la photo d'une femme et un long texte à côté comme un article de journal. C'était la biographie rapide de Temple Grandin, femme autiste et professeurs de zootechnie et de sciences animales. Chloé avait répertorié tous ce que cette défenseuse des droits des animaux et cette révolutionnaire avait fait dans sa vie.
- C'est vraiment bien ce que tu as fait, la félicita Mai.
- Une vraie petite journaliste, enchérit Ayako, qui savait qu'elle souhaitait faire ce métier.
Les joues de la jeune fille rosirent de plaisir.
- Merci !
Mai regarda les travaux des autres, laissant Ayako parler avec Chloé. Il y en avait sur Marie Curie, Simone Veil, Rosa Parks, Meisho une impératrice japonaise, l'impératrice Qi et plusieurs autres reines impératrices japonaises et coréennes. Tellement de noms asiatiques et féminins qui lui fit se demander si la consigne n'était pas centrée sur les femmes. Elle vit tout de même le nom de Charlie Chaplin et de Thomas Edison.
Soudain, son regard tomba sur le portrait de Madame Nadeshiko. Une élève avait écrit sa biographie.
- Vous vous intéressez à Madame Nagasawa ?
Mai se tourna vers l'origine de la voix. Le professeur d'histoire lui sourit.
- Comment ne pas s'y intéresser ? Sourit Mai. Elle est très intrigante.
- D'autant plus qu'il s'agit de la fondatrice de notre belle école. Il y a beaucoup de choses à dire sur elle, c'est certain.
- J'ai remarqué que beaucoup de personnes lui vouent de l'admiration, souleva Mai.
Le professeur hocha la tête.
- De son vivant et après sa mort, cela perdure en effet. Elle a fait beaucoup de choses dans sa vie. Même si elle est connue seulement dans notre région, elle n'en reste pas moins une personne illustre. Elle a tant fait pour les autres tout en menant une vie bien remplie.
- J'ai lu des articles de journaux qui relataient cela en effet. Mais certains ont ... comment dire ? Hésita la jeune fille.
- Ils ont aussi dit qu'elle maltraitait sa nièce et ses employés, compléta le professeur d'histoire.
- C'est cela, confirma Mai.
L'homme se tourna vers la photo de Madame Nadeshiko et l'observa un instant.
- La notoriété apporte aussi son lot de détracteurs. L'époque dans laquelle elle est née ne l'aide pas. Etant une femme riche et de surcroit entrepreneuse, les gens, les hommes n'aiment pas cela, expliqua-t-il. Même maintenant.
Il y eu un silence.
- Je ne suis pas de ceux qui l'admire ou qui la déteste. Nous ne savons pas comment est réellement une personne. Le fait de la mettre sur un piédestal l'éloigne de la réalité et ne fait que ...
Il marqua une pause.
- ... créer un fossé entre elle et les autres, compléta Mai.
Il hocha la tête et se tourna vers la jeune fille.
- Je ne confirme pas qu'elle ait pu faire du mal aux autres, non plus.
- Je comprends, sourit Mai.
Une élève interpella le professeur.
- Je vous laisse. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à revenir vers moi, dit-il avant de partir vers l'élève.
Mais Mai avait terminé de regarder l'exposition. Elle balaya le réfectoire du regard et aperçut Ayako discuter avec Chloé et une autre élèves. Elle jeta un dernier coup d'œil à la photo de la fondatrice avant de rejoindre sa collègue et amie.
La journée se déroula dans le calme. Madoka vint se joindre à eux en compagnie de Yasuhara. Cela remit du baume au cœur à Mai. Avant de venir, ils avaient rendu visite à Masako qui allait beaucoup mieux mais rentrerait chez elle après l'hospitalisation. Madoka avait réglé tout ce qu'il fallait et l'avait persuadé de prendre le taxi qui la ramènerait chez elle. Cela soulagea Mai.
Madoka et Yasuhara ne pouvaient pas rester dormir donc ils quittèrent l'école vers vingt-et-une heures. Mai tombait déjà de fatigue après le repas alors elle demanda exceptionnellement à Naru si elle pouvait se coucher tôt. Il accepta distraitement, penché sur le classeur des articles apporté par Madoka au début de l'enquête.
