Chapitre 25 : Nadeshiko
Le même rêve vint la hanter. Elle se trouvait encore entourée de brouillard. Le froid ne la fit pas frissonner cette fois. Il ne faisait même pas froid en fait. Mai avança à l'aveugle. Des voix lointaines lui parvinrent par intermittence. Parfois, elle entendait des brides d'une conversation, parfois des mots incompréhensibles ou des rires. Où était Naru ? Cela faisait trois fois qu'elle rêvait mais il n'était pas là. C'était toujours lui qui la guidait dans ces moments-là.
- Arrête de dire des mensonges.
Une voix de femme surgit de nulle part. Mai tourna la tête dans tous les sens mais le brouillard commença à tournoyer autour d'elle. Quelque chose de lourd se brisa contre le sol le faisant trembler.
- Elle ne te croira pas de toute façon, dit une voix masculine derrière son dos.
La jeune fille fit volte-face mais de nouveau il n'y avait que le brouillard. Celui-ci tournait toujours autour d'elle alors qu'il créait un vent froid et violent. Mai s'entoura de ses bras pour se protéger alors que ses cheveux lui fouettaient le visage. Soudain, une grande silhouette se jeta sur elle.
Jour 5 – Day 5
Les souvenirs de Madame Nadeshiko. Ce fut la première pensée qui lui vint lorsque Mai émergea du sommeil. Sa main se posa sur son visage mais les images de son rêve lui revinrent immédiatement en mémoire dès lors qu'elle eut les yeux fermés. Elle les rouvrit aussitôt. Sa respiration rapide balançait sa cage thoracique alors que le bruit de son souffle constituait le seul bruit parasitant le calme dans la chambre. La couverture par terre et le drap au bout du lit lui indiquèrent qu'il n'y avait pas eu que le brouillard qui avait été agité. La jeune fille se leva pour se passer de l'eau sur le visage afin d'éliminer la sueur qui s'y était installé. Elle avait envie de boire du thé. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas fait. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas du tout préparé de thé ici. Cela était en partie à cause de Kyoko qui venait régulièrement leur servir toute sorte de boissons et de douceurs.
Ainsi, la jeune fille sortit de la chambre et entra dans la base. N'ayant pas regardé l'heure et pensant trouver l'ensemble de la SPR, elle fut étonnée de ne voir que son patron. Un coup d'œil à l'horloge murale lui indiqua qu'il était quatre heures trente passés. Naru releva la tête.
- Tu as fait un rêve ?
Mai secoua la tête puis elle s'assit devant lui pour le lui raconter.
- Je crois que c'était les souvenirs de quelqu'un. Peut-être de Madame Nadeshiko.
Naru l'observa un instant. Ce rêve la rendait confuse. Elle ne savait que penser de ces « mensonges » dont la femme parlait et de l'homme qui disait que quelqu'un ne la croirait pas. De quoi parlait-ils ?
- Et tu n'as pas pu voir de qui il s'agissait ?
Il parlait de la silhouette qui s'était jeté sur Mai. Celle-ci secoua négativement la tête. Le silence revint pendant quelques secondes. Puis elle se leva sous le regard interrogateur de son patron.
- J'ai envie de boire du thé.
Comme Kyoko n'était pas là pour lui en apporter, elle fouilla dans le sac qui aurait dû le contenir. Cependant, la jeune fille se souvint soudain qu'elle l'avait mis dans un autre qui était resté dans le van. Elle se retourna lentement vers Naru qui était de nouveau concentré sur ce qu'il était en train de faire avant qu'elle soit arrivé.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il sans la regarder.
- Eh bien ... Le thé est dans le van, commença la jeune fille.
Cette fois, son patron la regarda avec lassitude. Elle pouvait voir dans ses yeux qu'il la traitait d'idiote et se demandait ce qu'il avait mérité pour cela. Mai lui sourit pour donner le change mais cela ne fonctionna pas évidemment. Il se redressa et lui donna les clés du van qui étaient posées sur la table devant lui. Mais Mai ne bougea pas. Les sourcils de Naru se levèrent.
- En fait ... C'est que ... J'ai peur d'y aller toute seule, dit la jeune fille.
Le regard de Naru changea. Bien sûr, des cœurs n'apparurent pas mais plutôt, et comme il fallait s'attendre, ses yeux lancèrent des éclairs. La jeune fille attendit sagement qu'il se soit levé pour le suivre alors que celui-ci poussait un soupir aussi violent que le brouillard de son rêve.
Mais en pénétrant dans le couloir, Mai sentit que quelque chose n'allait pas. La pénombre semblait plus sombre encore. Naru alluma la lumière mais cela n'arrangea rien. Les portraits accrochés au mur semblaient lui lancer des regards menaçants ou parfois des sourires carnassiers. Mai se dépêcha de rejoindre Naru qui avançait à grands pas pour ne pas perdre de temps. Soudain, un grand bruit retentit dans le couloir. Mai s'immobilisa aussitôt alors que Naru poursuivait son chemin comme s'il n'avait rien entendu. Elle osa un regard derrière elle mais il n'y avait rien. La jeune fille courut après son patron.
- Naru, attends-moi.
Mais il fit la sourde d'oreille. Un bruit plus proche se fit entendre. Puis quelque chose retint Mai par le bras. Un cri s'échappa de sa bouche. Cette fois, Naru se retourna. Ses yeux s'agrandirent en regardant au-dessus de l'épaule de son employée qui n'osait plus bouger. Le jeune homme lui attrapa le bras et l'éloigna du danger en la plaçant dans son dos. Et Mai put voir ce qui l'avait touché. La même silhouette que dans son rêve se tenait devant elle. A cette vue et par instinct, ses pieds reculèrent. La silhouette resta immobile comme si elle les regardait. Naru adoptait la même posture.
- Naru, l'appela Mai.
La silhouette recommença à avancer vers eux en accélérant le pas au même moment. Mai tira sur la manche de son patron.
- Naru ! insista-t-elle. Tu veux mourir ou quoi ? Dépêche-toi !
Elle tira de toutes ses forces sur son bras ce qui le réveilla. Mai atteignit la porte d'entrée de l'école qu'elle ouvrit à la voilée et tira Naru derrière elle. Puis sous leurs yeux, la porte se ferma toute seule. Sentant que le danger s'était éloigné, Mai se tourna vers Naru.
- Mais qu'est-ce que tu faisais ?!
Le jeune homme lui lança un regard perçant.
- Ce n'est pas en montrant que tu n'as pas peur que la menace va disparaître, insista Mai, trop en colère pour avoir peur de lui.
- Ce n'est pas à toi de me dire ce que je dois faire, rétorqua-t-il avec mauvaise humeur.
- Ah oui ?! s'insurgea Mai. Et que comptais-tu faire lorsque l'esprit t'aurait attaqué ?
- J'aurais avisé.
Toujours réponse à tout, hein ? Mai lui lança le regard le plus noir possible.
- Tu aurais avisé ?
- Oui.
- Et comment ?
- J'aurais fait ce qui me paraissait le mieux sur le moment.
- Comme quoi ?
- Je fais ce que je veux.
Mai avait l'impression de se trouver face à un garçon de treize ans en pleine crise d'adolescence. Elle se rapprocha de lui et tendit la main, sans décolérer.
- Quoi ? demanda-t-il en levant un sourcil.
- Je vais chercher le thé.
Naru sortit les clés de sa poche et les lui tendit. Mai les prit en lui arrachant presque des mains puis s'éloigna rapidement de lui. La voiture était à l'extérieur de l'école. Voilà cinq jours qu'elle n'était pas sortie de l'enceinte. Les odeurs du printemps lui emplirent aussitôt les narines grâce au prunier sûrement centenaire au centre de la place faisant face à l'école. Les pas derrière elle lui indiquèrent que Naru l'avait suivi. Après tout, c'était elle qui lui avait dit avoir peur d'y aller seule. Il l'attendit au niveau du portail. Il ne lui fallut pas plus d'une minute pour aller chercher le thé et revenir. En passant devant lui, elle ne lui adressa pas un regard, ni un mot.
Le lendemain, leur dispute fit rire le moine et la prêtresse lorsque Mai leur en parla après qu'ils l'eurent interrogé sur leur silence respectif.
- C'est marrant que ce soit toi qui lui reproches d'aller au-devant des ennuis, souligna Bou-san.
- C'est vrai ça. Tu n'es pas gonflée, enchérie Ayako en portant sa tasse de thé que Mai venait de faire.
- Je ne vais pas au-devant des ennuis comme vous le dites mais ce sont eux qui viennent à moi, répliqua Mai en leur lançant un regard noir.
Assis en face de la jeune fille une tasse fumante à la main, Lin hocha subrepticement la tête, à tel point qu'elle crut rêver. Mais les autres ne l'avaient pas vu et continuaient sur leur lancée.
- Franchement, je n'aurais pas cru cela de toi un jour ...commença Ayako.
Quelqu'un toqua à la porte et entra sans que personne n'ait le temps de réagir.
- Je suis désolée d'arriver à l'improviste mais il faut que vous veniez voir quelque chose, dit simplement Nana, la surveillante austère.
La SPR la suivit jusqu'à l'église pour constater un nouveau message de la part de la reine de cœur. Cette fois, il s'agissait d'un message écrit en kanji.
« La vérité éclatera »
Cela déclencha une vague d'inquiétude dans l'école face au caractère inattendu et au fait que cela n'était jamais arrivé auparavant. Et cette fois cela se destinait peut-être à plusieurs personnes. La directrice demanda aux surveillantes de nettoyer le message le plus vite possible et vérifia que personne n'avait reçu de note secrète ou de mission quelconque.
N'ayant aucun indice sur cette vérité cachée, la SPR se mit en quête d'en trouver. Elle retourna à la base et travailla toute la journée dessus. Des élèves vinrent leur rendre visite pour leur parler d'histoires qu'elles pensaient peut-être en cause comme Yuri qui avait vu une élève voler le cahier de notes d'une de ses camarades ou encore une autre témoigna sur le sac un peu trop rempli d'une de ses camarades après chaque repas.
A la fin de la journée, la SPR se rendit au réfectoire en même temps que les élèves et les professeurs. Mai sentit l'ambiance lourde. Au bout d'un moment, elle vit de l'agitation parmi les élèves. Des murmures s'élevèrent, d'abord incompréhensibles pour Mai puis, un nom se distingua. Celui de l'une des surveillantes.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Bou-san.
Une élève se tourna vers eux. Son visage blafard et grave ne disait rien de bon.
- Nous pensons que Ai a disparu.
Soudain, la voix de la directrice s'éleva du brouhaha.
- Mais qu'est-ce qu'il se passe à la fin ?
Mai vit Nana traverser la grande pièce alors qu'elle entrait justement dans le réfectoire et lui parler tout bas. Le bruit ambiant diminua alors que l'attention des élèves était tournée vers elles. La directrice hocha la tête avant que Nana s'éloignât pour rejoindre Kyoko sur le pas de la porte. Elle se leva.
- Je pense que vous connaissez toutes la rumeur qui vient de mettre transmise. Ne tirons pas de conclusions hâtives, s'il vous plaît. Ai est partie chercher un paquet pour moi il y a une heure. Cela ne veut pas dire qu'elle a disparu.
Elle prit une pause pour regarder les élèves.
- Je comprends votre angoisse mais s'il vous plaît n'ajoutons pas de l'huile sur le feu. Soyez certaines que nous prendrons les mesures nécessaires si jamais elle avait disparu. En attendant savourez ce délicieux repas.
Mais après le repas, la directrice se rendit en personne dans la pièce improvisée en base accompagnée de Nana et Kyoko.
- Je dois vous demander un service.
- Nous vous écoutons, répondit Naru.
- Nous venons de constater que les affaires de Ai sont toujours à l'école, notamment ses chaussures d'extérieur sont toujours dans le casier, expliqua la directrice. Nous pensons donc qu'elle n'est jamais sortie de l'école.
La SPR fut donc missionnée comme tous les employés de l'école pour ratisser l'école et les alentours. Avant de partir à la recherche de la surveillante, Naru et Lin vérifièrent les images de leurs caméras qui leur montrèrent qu'elle avait quitté le bureau de la directrice à dix-sept heures cinquante-six. Ils la virent marcher dans les couloirs en direction du local qui contenait les vestiaires des employés. Mais Ai entra dans l'angle mort de la caméra et ne reparut pas sur les écrans des autres caméras qui filmaient la suite du couloir. Ai s'était tout simplement évaporé.
La SPR commença par l'endroit où elle avait disparu. Toutes les pièces, les coins et recoins furent vérifier une fois, deux fois voire trois fois, sans résultat. La SPR tenta d'ouvrir la porte au pied de biche puis avec l'aide des mantras. Lin essaya à son tour avec une technique que Mai ne connaissait pas. Au bout de deux heures, la directrice prit la décision d'aviser la police. Celle-ci prit sa déposition puis visionna les enregistrements de Naru. Le chef de l'équipe de police donna des ordres à ses subalternes qui retournèrent l'école puis ratissèrent les alentours avec les chiens. Mais Ai demeurait introuvable.
- La porte est toujours impossible à ouvrir ? demanda le chef de l'équipe de police alors que les rayons du soleil commençaient à éclairer le réfectoire où les employés de l'école ainsi que la SPR s'étaient réunis.
Mai fut surprise de sa question. Apparemment, il était déjà intervenu quelques années auparavant pour essayer d'ouvrir cette porte. La directrice hocha négativement la tête. Son visage était tiré par la fatigue et l'inquiétude, tout comme les deux surveillantes.
- Elle est peut-être derrière cette porte, proposa-t-il.
- Nous avons déjà envisagé cette éventualité, soupira la directrice.
Il y eu un silence. Puis le reste de l'équipe de police revint.
- Bon, commença le chef. Je pense que nous allons retourner au poste. Une autre équipe viendra nous relayer. En attendant, aller vous reposer.
La police quitta l'école alors que les premières heures de cours débutaient avec les professeurs qui n'avaient pas fermé l'œil de la nuit. La directrice ne souhaitait pas créer un vent de panique parmi les élèves en arrêtant les cours. La SPR retourna dans la base et Lin força tout le monde à se coucher. Naru fut le plus difficile à convaincre. Mais Mai ne trouva pas le sommeil. Après avoir passé plus d'une heure à tourner dans son lit, elle se leva. Lin fut surpris de la voir.
- Je n'arrive pas à dormir, répondit la jeune fille à sa question muette en se laissant tomber sur sa chaise. Rien de nouveau ?
- Non.
- Je te remplace, dit Mai. Toi aussi, tu as besoin de repos.
Il réfléchit un instant avant d'acquiescer et de partir en la remerciant. Mai remplit la bouilloire que Ai leur avait apporté lors de leur arrivée et la mit en route. Puis, elle versa le liquide fumant dans sa tasse en en renversant sur la table. Elle se traita d'idiote.
Une heure plus tard, Mai avait relu tous les classeurs remplis d'articles sur Madame Nadeshiko. Elle n'avait rien appris de plus malheureusement Son regard se porta finalement sur les écrans qui retransmettaient en direct les images des caméras. Les couloirs étaient noirs de monde ce qui indiqua à la jeune fille qu'il s'agissait de l'intercours. Elle s'assit sur le siège pour regarder les images alors que les élèves entraient dans leur salle de cours. Au bout de cinq minutes, plus personne ne trainait dans les couloirs. Mai mit le casque sur ses oreilles et écouta les bruits des enregistrements de la nuit. Mais il n'y avait rien d'intéressant à entendre les bruits de leurs pas et de leurs conversations alors qu'ils parcouraient l'école à la recherche de la surveillante. La porte d'une des chambres s'ouvrit. La jeune fille se retourna et vit Ayako qui enfila une veste.
- Il ne fait pas chaud, ici, dit-elle. Tu as fait du thé ! Super, je vais en prendre.
Elle se servit.
- Tu n'as pas réussi à dormir, toi non plus.
- Je n'arrêtais pas de penser à Ai.
- Moi aussi, avoua la prêtresse.
Soudain, un cri parvint aux oreilles de la jeune fille. Celle-ci sursauta et regarda aussitôt les images des caméras en enfilant à nouveau le casque.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Ayako en s'approchant d'elle.
- Il se passe quelque chose, répondit Mai en montrant l'écran qui affichait un couloir qu'elle ne reconnaissait pas.
Puis soudain, la voix de la directrice lui parvint. Mai se leva aussitôt.
- Il faut qu'on aille dans le bureau de la directrice.
Les deux membres de la SPR coururent jusqu'au bureau. Là, elles virent la directrice et deux employées en panique. Ayako et Mai s'approchèrent d'elles.
- Je ... Il y a du sang partout, balbutia la directrice.
L'état dans lequel se trouvait les trois femmes ne leur permettaient plus de prendre de décisions cohérentes. Mai et Ayako échangèrent un regard puis elles ouvrirent la porte du bureau. Ayako la referma presque aussitôt. Son visage blême et son regard hagard confirmèrent ce que Mai avait eut du mal à croire. Celle-ci avala difficilement sa salive. Et si le corps de Ai était dans le bureau ? Elle jeta un coup d'œil aux trois femmes qui parlaient entre elles avec angoisse.
- Où se trouve le téléphone ? Demanda Mai.
Elles se tournèrent toutes vers elle et pendant un instant de silence, Mai se demanda si elle avait parlé la même langue qu'elle. Puis la directrice reprit ses esprits.
- Euh ... Dans mon bureau ...
Ayako lui lança un regard paniquée. Mai fit de même. Finalement, elle prit son courage à deux mains en esquissant un geste vers la poignée de la porte.
- J'y vais, fit Ayako en posant une main sur son épaule.
Mai ne sut comment réagir. Elle n'avait pas envie de voir un cadavre ni du sang, mais elle ne voulait pas que son amie ait à se sacrifier. Néanmoins, elle n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit puisque la prêtresse avait déjà pénétré dans la pièce et avait fermé la porte. Elle l'entendit parler au téléphone à travers la porte.
- Mesdames, allons un peu plus loin.
Mai les fit entrer dans le bureau le plus loin possible de celui de la directrice. La police ne tarda pas à venir, accompagnée d'une équipe de scientifiques qui prirent des échantillons du sang. Contrairement à ce que Mai croyait, il n'y avait pas de cadavre. Les résultats des analyses prendraient du temps et le bureau de la directrice était interdit d'entrer jusqu'à nouvel ordre. L'affaire fut étouffée pour les élèves.
Mai était épuisée, si bien qu'après le repas de midi elle décida de faire une sieste. Elle passa par la case salle de bain pour se débarbouiller. La lumière au-dessus du miroir la rendait plus blafard que d'ordinaire. Mai s'approcha un peu et vit que les vaisseaux au niveau de ses yeux étaient plus nombreux que le matin même. Elle recula mais elle s'arrêta net lorsqu'elle vit les contours d'un visage en plus du sien dans le reflet du miroir. La jeune fille cligna des yeux plusieurs fois mais le visage avait disparu. La fatigue lui faisait imaginer des choses.
Mai retourna dans la chambre où elle retrouva Ayako qui fouillait dans son sac. Cette dernière se tourna vers elle.
- Tu n'aurais pas vu ma brosse ?
-Si, dans la salle de bain, répondit Mai en ôtant sa veste.
Sous leurs yeux, un morceau de papier tomba d'une de ses poches. La jeune fille se pencha pour le ramasser et Ayako se rapprocha pour lire au-dessus de son épaule.
« Ouvre la porte »
- Naru ! s'écria soudain Ayako, faisant sursauter Mai.
Aussitôt la porte du couloir s'ouvrit à la volée. Bou-san et John entrèrent en même temps dans la chambre, Lin et Naru sur leurs talons.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda le moine.
- Je ne vous ai pas appelé vous, à ce que je sache, répliqua Ayako.
- Mais nous avons cru qu'il était arrivé quelque chose, répondit John, tout penaud.
Ayako s'adressa à Naru en désignant ce que tenait Mai.
- Mai a trouvé ça dans sa poche.
La concernée leva les yeux vers Naru et lui tendit le morceau de papier. Lin et Naru lurent le mot à leur tour. Le narcissique jeta un coup d'œil à Mai qui ne disait rien depuis le début. Bou-san et John se rapprochèrent des deux autres.
- Ouvre la porte ? Fit John surpris.
- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? enchérit Bou-san en se grattant la tête. C'est comme si Madame Nadeshiko lui demandait d'ouvrir la porte rouge.
- C'est ce qu'elle fait, répondit Ayako visiblement à bout de patience.
Cela déclencha une nouvelle dispute entre eux. Mai s'assit sur son lit.
- Arrêtez de crier, s'il vous plaît, dit-elle calmement.
- Mais il n'arrête pas de dire des bêtises, répondit Ayako.
- Et toi tu n'en dis pas ? répliqua Bou-san.
- Cela suffit. Je pense qu'on est tous fatigué.
Naru la regarda puis sortit de la pièce, aussitôt suivi par Lin et John. Bou-san lança un regard noir à Ayako avant de quitter lui aussi la chambre. Lorsqu'elles se retrouvèrent seule, Mai enleva ses chaussures et s'allongea sur le lit. Elle entendit Ayako fermer la porte puis elle limita en rejoignant son lit au-dessus du sien. Puis elle s'endormit.
A nouveau, il y eut ce rêve. Mai était entourée de brouillard. Le parfum d'une femme lui emplissait les narines. Cette fois-ci, elle entendit des pas derrière elles mais lorsqu'elle se retourna, elle vit l'école ou plutôt la maison de Madame Nadeshiko. Mai entra dans le hall d'entrée et parcourut les couloirs. Elle s'arrêta devant le mur où devait se trouver le portrait de Madame Nadeshiko. Son absence lui parut étrange. Pourtant les éléments du mobilier étaient aussi différents. Des pas résonnèrent puis Naru apparut à ses côtés.
- Tu ne trouveras pas d'indice ici.
Mai l'interrogea du regard.
- Viens.
Il la guida à travers l'immense maison jusqu'à la porte de ce qui était désormais le réfectoire. Naru poussa la double porte et aussitôt un brouhaha joyeux les accueillirent. La pièce était joliment décorée et contenait une foule de personnes élégamment habillés.
Une voix féminine interpella une autre femme parmi la foule. Mais Mai ne distinguait aucun visage. Un mouvement de foule se fit. Une femme pleura. Mai voulut s'approcher mais Naru la retint par le bras.
- Tu ne peux pas intervenir.
La porte de la salle de réception se ferma soudain. Les pleurs redoublèrent puis des cris s'élevèrent. Mai tendit la main vers le panneau de bois mais lorsqu'elle l'ouvrit, elle découvrit une grande salle de bain. En son centre, il y avait une femme qui prenait un bain. Celle-ci était de dos ce qui l'empêchait de voir son visage. Une domestique entra dans son champ de vision. Celle-ci se mit à peigner les cheveux de la femme.
- Que vous êtes belle. Je vous envie tellement. Les hommes tombent tous sous votre charme.
La femme demeura silencieuse.
- Qu'en est-il de Monsieur Fujiwara ?
Mai vit la femme prendre un petit miroir sur la table à proximité. La jeune fille put voir le reflet du regard de la femme. Elle ne sut comment interpréter les émotions qu'elle y lut. La domestique poursuivit.
- Vous ne resterez pas belle éternellement.
Le bras de la femme retomba soudain à côté de la baignoire. Le miroir resta néanmoins dans sa main.
- J'aimerais l'être.
- Madame ?
Le miroir finit par tomber et se briser au sol. Mai se sentit aspirée en arrière alors qu'elle se trouvait à nouveau dans la salle de réception. Elle se tourna vers Naru.
- Tu dois faire attention. Elle s'accroche à toi.
- Qu...
- Debout.
La voix de Naru parut soudain lointaine. Mai s'agita puis ouvrit les yeux. Le visage de Naru au-dessus d'elle lui fit ouvrir les yeux en grand.
- Debout, répéta-t-il.
Puis il sortit de la chambre. Il fallut plusieurs secondes pour que Mai soit sortie de sa torpeur. Ayako entra à son tour de la chambre.
- Mai ? Tu vas bien ?
- Euh ... Oui. Pourquoi ?
- Tu as dormi toute l'après-midi, répondit la prêtresse. Naru commençait à s'impatienter.
Mai se redressa, les cheveux en bataille. L'espace d'un instant, elle avait oublié qu'elle se trouvait encore sur son lieu de travail. Un coup d'œil à la fenêtre lui apprit qu'il faisait nuit. En effet, elle avait dormi longtemps.
- Je suis désolée. Je me lève tout de suite.
- Dépêche-toi. Sinon nous partons manger sans toi, la pressa Ayako avant de fermer la porte.
Mai se dépêcha de sortir du lit. Elle enfila sa veste et passa ses mains dans les poches vides. Une fois rassurée, la jeune fille rejoignit les autres. Après le dîner, Mai raconta les détails de son rêve. La SPR décida que la jeune fille ne devait se retrouver seule sous aucun prétexte. Le souvenir de ce qui était arrivé à Masako était encore frais.
