Merci pour les reviews sur le dernier chapitre, en espérant que celui-ci vous plaise tout autant ! Attention, changement de point de vue !
Pour la toute première fois, il ouvrit les yeux. Une lumière vive l'aveugla et il cligna des yeux, confus, cherchant à discerner ce qui l'entourait, quand ses nouveaux muscles commencèrent soudain à se contracter, et que son dos s'arqua tandis qu'il agitait les bras et les jambes de façon saccadée. Il commença à avoir le tournis et il eut l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important, quelque chose de très important.
Respirer, se dit-il. Il faut que je respire !
Il prit une profonde inspiration, ses poumons s'emplissant d'air, apportant enfin à son corps l'oxygène dont il avait tant besoin. À présent, il pouvait entendre son cœur battre, bondissant à un rythme effréné dans sa poitrine et pompant à grande vitesse son sang dans ses veines. Derrière tout ça, lui parvenait le bruit de ses gesticulations et le glissement de pieds étrangers sur le sol.
Il prit également conscience de ses autres sens, l'un après l'autre. Des odeurs d'épices emplirent ses narines, comme si quelqu'un était en train de brûler des herbes, l'odeur de la sueur, du savon et... et était-ce de l'anxiété, ou de l'espoir ? Ou peut-être les deux. Associé à l'odeur de sa peau, tout cela faisait juste beaucoup trop à assimiler. Il pouvait sentir le doux frottement de chaque bandage étroitement enroulé autour de son corps, le dessin du plancher et chaque petite pierre incrustés dans son dos.
Ses muscles cessèrent enfin de se contracter et il regagna le contrôle de ses bras et de ses jambes. Il se leva, la démarche instable, et remarqua rapidement qu'il ne pouvait se tenir droit, car il était prisonnier d'une cage à peine assez grande pour lui. Le dos courbé, il fit le tour de sa prison, frappant les barreaux de ses mains, cherchant désespérément à trouver une issue, mais il n'y en avait aucune.
Il se saisit des barreaux en face de lui et chercha à se calmer pour s'éclaircir les idées, focalisant son attention sur ce qui se trouvait à l'extérieur de la cage. Plusieurs personnes se tenaient autour de lui, certaines portant des habits militaires, tandis que les autres étaient habillées de robes de soie noires. Des runes encore fraîches étaient peintes au sol à la peinture rouge et des bougies éclairaient la pièce d'une lueur menaçante. Il leur demanda où il se trouvait et pourquoi ils le retenaient prisonnier, mais personne ne lui répondit. L'homme habillé du plus bel uniforme s'adressa d'une voix calme, mais ferme, dans une langue étrangère, à un homme à la peau sombre portant une cape ornementée de dorures. Entouré d'une aura de confiance, le chef s'avança vers la cellule tout en parlant d'une voix forte, étirant les syllabes de mots qu'il ne comprenait pas, et tint une clef devant ses yeux. Il jeta un regard à l'objet en question qui se balançait au bout des doigts de cet homme étrange, et il fit le lien entre les différents éléments.
Prenant quelques profondes inspirations par le nez, il baissa la tête et se concentra sur ses émotions, faisant confiance à son instinct pour décider de la marche à suivre. Lentement, sa peau commença à picoter et il sentit ses muscles se contracter une fois encore, se mouvant cette fois dans un but précis. Il pouvait entendre les pas de l'homme sur le sol s'approcher davantage, avec précaution, cherchant à avoir une meilleure vue de sa personne, tout en continuant à baragouiner tout du long, mais cela ne parvint pas à le distraire. Quand il leva les yeux, ses yeux, eux-aussi, avaient changé. Tout semblait plus détaillé, plus net, et le chasseur déglutit bruyamment à sa vue.
Aussitôt, il lança son bras en avant et attrapa le chef par le revers de sa veste. Il le tira vers lui de toutes ses forces. Sa tête vint lourdement frapper contre les barreaux, le son se mêlant au cliquetis des armes, tandis que les autres chasseurs le mettaient en joue. Il maintint sa prise sur cet homme et l'utilisa comme bouclier tandis qu'il lui arrachait la clef des mains, avant d'ouvrir la porte de sa prison et d'en franchir le seuil.
Un bras autour du cou de son bouclier humain, il fouilla la pièce des yeux à la recherche d'une sortie, mais il était entouré de chasseurs. En désespoir de cause, il leva les yeux au plafond. Il semblait constitué de multiples plaques enfaîtées. Si la pièce avait un point faible, c'était celui-ci.
Grognant à l'encontre de ses adversaires, il poussa son otage dans leur direction et utilisa cette diversion pour sauter sur le sommet de la cage. De toute ses forces, il donna un coup dans le plafond, surpris que la plaque cède si facilement sous son poing, comme si elle reposait simplement sur son faîte. Ne s'y attardant pas plus longtemps, il se hissa dans l'espace étroit entre les lambris et le plafond en béton. Soudain, un tir résonna dans l'air et il ressentit une vive douleur à la jambe, mais il continua d'avancer sans ralentir et en quelques secondes tout son corps se retrouva dissimulé par le revêtement du plafond. C'était un endroit sombre et sale, et son corps se retrouva couvert de poussière et de toiles d'araignée qui s'accrochèrent à lui alors qu'il passait à travers en rampant, tandis que des tuyaux et des câbles mal fixés lui barraient la route, mais il continua d'avancer malgré tout.
Il pouvait entendre les cris des chasseurs en dessous de lui, la voix de leur chef se démarquant clairement des autres. Cependant, personne ne tira à nouveau, et il en était très heureux car il était persuadé que le carton ne pourrait arrêter une balle. La douleur dans sa jambe était toujours bien présente, mais il pouvait déjà sentir l'épiderme se refermer et l'éraflure laissée par la balle guérir rapidement.
Les planches commencèrent à craquer dangereusement sous son poids. Au prochain mouvement qu'il fit, sa main passa soudain à travers la planche et tout son corps fut la proie de la gravité. Il glapit de douleur en s'écrasant au sol. D'un seul mouvement, il se remit sur ses pieds, ignora la douleur dans ses os et se hâta le long du couloir dans lequel sa chute l'avait précipité.
Il longea le mur jusqu'à l'angle, quand il se retrouva soudain en face de deux hommes en uniformes. Haletant, il s'arrêta si brusquement que ses pieds dérapèrent sur le sol. Les chasseurs le fixèrent pendant un moment, s'échangèrent un bref regard, et se jetèrent sur lui. Il fit aussitôt demi-tour et pris le couloir dans l'autre sens au pas de course, les deux hommes sur ses talons hurlant après lui.
En quête d'un abris, il franchit une porte précipitamment et se retrouva à l'intérieur d'un petit bureau. De grandes bibliothèques étaient alignées le long des murs et il en renversa une pour se barricader à l'intérieur. Au milieu de la pièce se trouvait un bureau d'aspect massif et il songea à se cacher en-dessous, alors que ses poursuivants s'échinaient contre la porte. Quand ils comprirent ce qui en bloquait l'accès, ils commencèrent à se jeter de tout leur poids contre la porte afin de repousser ce qui se trouvait derrière. Ses yeux scannèrent la pièce à la recherche d'une autre issue, quelle qu'elle soit, mais il n'y en avait aucune, exception faite des grandes fenêtres qui recouvraient le mur d'en face.
Il traversa la pièce et ouvrit la fenêtre la plus proche. Un vent frais lui balaya le visage alors qu'il se penchait à l'extérieur, éblouit à la vue de maisons plus grandes que des arbres et par la quantité de voitures et de piétons se pressant le long des profondeurs des canyons urbains. Tout était si bruyant, si sale, si rapide, et tellement, tellement, vivant.
Un coup violent derrière lui le sortit de sa contemplation, et il grimpa sur le rebord extérieur de la fenêtre au moment même où les chasseurs prirent la pièce d'assaut. Il appuya son dos contre le mur et mis prudemment un pied devant l'autre, avançant doucement jusqu'à atteindre l'extrémité de ce côté du bâtiment, qui se trouvait également être l'extrémité du rebord de la fenêtre.
Il tressaillit quand la fenêtre la plus proche de lui s'ouvrit d'une poussée, mais retrouva rapidement son équilibre. Un autre chasseur se pencha par la fenêtre, le visage déformé par la peur quand il vit qu'il se tenait à l'extrémité du rebord. Il prit la parole d'un ton calme et tendit les mains en avant, cherchant à montrer qu'il ne représentait pas une menace, pour lui faire signe de revenir à l'intérieur.
Il regarda l'homme de haut en bas, ne manquant pas de noter les vêtements au revêtement blindé ainsi que les armes mortelles qu'il portait. Il ne pouvait faire confiance à cet homme. Son salut ne ressemblait pas à cela. Mais comment saurait-il vraiment ce à quoi il ressemblerait ? Que savait-il de toutes façons ? Il baissa les yeux sur la rue tout en bas en dessous de lui et une pensée lui vint soudain à l'esprit. L'alpha. Il devait trouver le véritable alpha. Il saurait ce qu'il devait faire, ce qu'était sa mission dans ce magnifique, mais dangereux monde dans lequel il venait juste de voir le jour.
Une volée de pigeons passa devant lui en de grands battements d'ailes. Il suivit des yeux leur trajectoire, tandis qu'ils passaient au loin entre les grattes-ciel, et évalua ses seules options. Sa décision prise, il étendit les bras, ferma les yeux, et se laissa tomber en avant.
