Et la voilà enfin : la rencontre !
Bonne lecture !
Stiles était en train de gueuler sur le feu rouge pour qu'il passe au vert. Il était heureux de ne pas avoir de passager en ce moment, ce qui lui permettait d'évacuer librement sa colère. En fait, il n'avait encore eu aucun passager, mais une tonne de putain de feux rouges et de travaux de voiries qui l'avaient tous empêché de se rendre rapidement à Manhattan, où une grande partie des gens devaient être en train d'attendre un taxi en ce moment-même.
D'habitude, il trouvait ce boulot très bien. Certes, le taxi avait une drôle d'odeur et la plupart de ses passagers étaient cinglés, mais il aimait conduire à travers la ville, sans avoir à penser à quoique ce soit, sauf peut-être à la façon dont il allait pouvoir éviter les embouteillages à l'heure de pointe.
Le feu passa enfin au vert et il tourna à gauche sans perdre de temps. Le petit arbre accroché à son rétroviseur se balança de gauche à droite avec le mouvement et la danseuse hawaïenne sur son tableau de bord remua des hanches en un rythme parfait. La petite femme à forte poitrine en jupe hawaïenne avait été un cadeau de son meilleur ami Scott. Ils ne s'étaient peut-être pas parlés depuis une éternité – Scott n'avait plus beaucoup de temps à lui consacrer depuis qu'il était devenu une sorte de chef spirituel pour son club de loup-garous super secret – mais il le considérait toujours comme l'un de ses plus proches amis. Pas qu'il en avait tant que ça d'abord.
Il mit le pied à l'accélérateur pour prendre de la vitesse, quand un fracas épouvantable se fit soudain entendre à l'arrière de son véhicule, que le toit s'enfonça et que la vitre arrière se brisa. Surpris, il appuya de tout son poids sur la pédale de frein, l'arrière de sa voiture se détachant, poussant ainsi le taxi dans la circulation qui arrivait en sens inverse. Il donna un coup sec dans le volant, évitant de justesse un SUV qui klaxonnait furieusement. Le taxi tout entier trembla quand l'un des pneus vînt cogner contre le trottoir pour finalement s'immobiliser.
Stiles laissa échapper un souffle pantelant, son cœur tambourinant encore dans sa poitrine. La petite danseuse se secouait avec enthousiasme sur son tableau de bord. Il se massa la nuque des deux mains et puis déboucla sa ceinture. « J'y crois pas », se dit-il, un ricanement dénué d'humour lui échappant. Grommelant, il se tourna sur son siège et inspecta les dégâts. Le toit de la voiture n'était pas seulement enfoncé, mais transpercé, et les éclats de la vitre arrière brisée étaient éparpillés tout autour. « Des survivants ? », demanda-t-il sans s'attendre à ce qu'une quelconque réponse lui vienne de la banquette arrière.
Son cœur fit un bond quand un homme apparu brusquement derrière le siège passager. Il fixait Stiles de ses grands yeux clairs, une expression confuse et inquiète sur le visage. Le cœur de Stiles fit à nouveau un bond, tandis qu'il rendait son regard à l'étranger qui venait littéralement de tomber dans son taxi. Cet homme était l'incarnation vivante d'une statue grecque, son corps tout entier ciselé à la perfection, chacun de ses muscles parfaitement dessinés. Sa peau bronzée luisait de sueur et des traînées de poussières étaient peintes sur son visage et sur son corps. Stiles contempla avec fascination les blessures de cet homme se refermer juste devant ses yeux, ne laissant rien d'autre que du sang séché, révélant ainsi qu'il devait s'agir d'un loup-garou. Il était pratiquement nu, si ce n'est pour les épaisses bandes blanches qui recouvraient les parties essentielles et étaient mises à rude épreuve par l'importante musculature de ses bras et de ses jambes. Ses cheveux bruns étaient sauvagement ébouriffés et Stiles ressentit l'envie irrésistible de passer la main dedans pour y remettre un peu d'ordre. Sa forte mâchoire était recouverte d'un début de barbe et ses lèvres pleines étaient légèrement entrouvertes, révélant les dents de lapin les plus mignonnes que Stiles n'ait jamais vu. Au-dessus de ses yeux mystérieux se trouvaient d'épais sourcils expressifs, levés dans l'expectative, mais ce qui lui coupa réellement le souffle fut l'expression honnête et vraie sur le visage de cet homme.
« Salut », souffla Stiles, ébloui par son passager. L'adonis tressaillit, ne lâchant pas Stiles de son regard inquiet. « Est-ce que ça va ? »
L'étranger fronça les sourcils, le pli de ses sourcils broussailleux lui donnant l'air d'un chiot perdu, et si Stiles pensait être époustouflé auparavant, désormais son cœur fondait encore plus vite que la banquise. Il ne put s'empêcher de sourire, ce qui sembla convaincre l'homme de lui faire suffisamment confiance pour se mettre à babiller dans une langue étrange que Stiles ne reconnut même pas. Il parla rapidement, d'une voix douce, se tournant brièvement pour montrer du doigt un tatouage dessinant trois tourbillons qui se rejoignaient dans son dos. Bougeant les bras dans tous les sens, il continua à baragouiner, donnant un coup de poing dans le siège en face de lui à un moment, ce qui fit sursauter Stiles, mais le sourire du chauffeur de taxi ne faiblit pas et il se pencha davantage, intrigué et cherchant à comprendre ce que cet homme étrange cherchait à lui dire. Bougeant les bras le long de son corps, il mima une fuite, et puis pointa le toit du doigt, illustrant sa chute en dessinant de la main une ligne vers le bas.
Il acheva son histoire d'un « Nee el uh deendo. In gjel uh boom », illustrant une collision de ses mains, et puis tourna son regard vers Stiles avec l'air d'attendre quelque chose.
« Boom, ouais. » Stiles hocha la tête d'un air encourageant. « Boom, je comprends. »
Le loup-garou montra du doigt le trou à l'arrière de la voiture par lequel il venait juste de s'écraser. « Bu duh boom. »
« Big », suggéra Stiles avant de sourire quand l'homme essaya de prononcer le mot à son tour. « Ouais, big bada boom. »
« Big. Bada big boom. Big ! Boom ! »
Stiles laissa échapper un petit rire à la vue de l'excitation de cet homme. « Ouais, boom ! Big bada boom ! »
Ils répétèrent les mots ensemble jusqu'à ce que l'étranger laisse échapper un léger rire. Stiles l'observa, ravi, puis soupira.
« Tu sais, loup-garou ou non, tu as de la chance d'être en vie. »
Un éclat de voix autoritaire les sortit tout deux de la bulle qu'avait créé leur échange et leur fit remarquer le petit groupe d'hommes en uniformes qui se tenaient à côté de la voiture, l'arme au poing. Stiles nota immédiatement les insignes qu'ils avaient d'épinglés à la poitrine, signalant ainsi qu'ils étaient agents du DCL, le Département chargé des Crimes commis par les Loup-garous, également appelés chasseurs. Stiles n'avait jamais pu s'entendre avec ce groupe des forces de l'ordre quand il travaillait encore pour la police. La plupart d'entre eux n'étaient que des gros bras idiots qui aimaient se vanter de la dernière fois où ils avaient descendu un loup-garou.
« Ceci est un contrôle de police, veuillez garder vos mains sur le volant », annonça l'officier d'une voix ferme. « Vous avez un passager non autorisé à bord de votre véhicule. Nous allons procéder à son arrestation. »
Stiles se tourna lentement vers l'avant et obtempéra. « Désolé, mon pote. On dirait que tu vas devoir rejoindre tes petits copains. »
« Ak duh.
-Fais ce qu'ils te disent.
-Ak duh », répéta l'homme en regardant nerveusement autour de lui.
Stiles garda les yeux fixés devant lui, évitant du regard le rétroviseur dans lequel il pouvait voir l'homme devenir de plus en plus nerveux. « Désolé. »
Se rencognant dans son siège, le visage de l'homme s'assombrit, les sourcils froncés bas sur son front en signe de défaite alors que les chasseurs se rapprochaient.
«Ade, moi», dit-il d'une voix incertaine, son regard implorant fixé sur la nuque de Stiles.
« Je dois retourner au garage pour signaler les dégâts. Si j'ai de la chance, ils me donneront un autre taxi et je pourrai garder mon boulot, mais seulement si je coopère, tu comprends ? » Il chercha à montrer sa sympathie par ses paroles et son ton de voix désolé.
«Ad-, aide. » L'homme chuchota. «Aide-moi. »
Stiles lui jeta un regard à travers le rétroviseur et son cœur se brisa presque à la vue de l'expression dévastée sur le visage de cet homme. « Je ne peux pas », insista-t-il, mais sa voix sembla incertaine même à ses propres oreilles.
L'un des chasseurs avait posé la main sur la poignée de la portière et l'homme effrayé se glissa le long de la banquette arrière, le dos appuyé contre la portière opposée, mettant le plus d'espace possible entre lui et l'officier. Stiles observa le loup-garou, les rouages tournant à pleine vitesse dans son cerveau. Il ne lui faisait pas l'effet de quelqu'un de dangereux, et surtout pas de quelqu'un pour qui on aurait besoin de six chasseurs pour l'arrêter. Certes, il avait l'air mystérieux et fort, ses muscles suffisant à décourager les gens de venir l'emmerder, mais quand le loup-garou parlait de sa douce voix, cela suffisait à faire naître des chatons et à dessiner des arcs-en-ciel. La police était après lui à cause d'un malentendu, un cas courant causé par la barrière linguistique, et maintenant le gars était terrifié parce qu'il ne savait même pas ce qu'il avait fait de mal. Bon, peut importe ce pourquoi il était sur le point de se faire arrêter, l'instinct de Stiles lui dit qu'il était un bon gars en vérité et qu'il ne méritait probablement pas un tel traitement.
L'officier ouvrit la portière et pointa son arme à l'intérieur, ordonnant à l'homme de sortir lentement du véhicule. Il tourna une fois encore son regard implorant vers Stiles. « Aide-moi. » Stiles soupira, mais passa la première vitesse. « Danny va me tuer », marmonna-t-il avant d'écraser la pédale de l'accélérateur. L'officier recula d'un pas trébuchant, exprimant sa colère à grands cris tandis que la voiture filait sur les chapeaux de roues. Ses collègues durent bondirent hors du passage pour ne pas se faire rouler dessus.
« C'est complètement idiot. » Dépassant la limite de vitesse sans hésitation, il se glissa dans la circulation, zigzagant entre les autres voitures, puis tourna brusquement, les pneus crissant lourdement sur l'asphalte. La portière ouverte battait de façon effrénée contre le flanc de la voiture jusqu'à ce qu'il tourne brusquement dans une autre rue et qu'elle soit forcée de se refermer dans un claquement sec.
Assuré de s'être désormais débarrassé des chasseurs, Stiles ralentit la voiture. « Je pense qu'on les a semés », dit-il à son passager qui avait clairement l'air soulagé. Une voiture argentée les dépassa et un gyrophare s'alluma dans son rétroviseur, l'informant ainsi qu'il s'agissait de la police et qu'il devait les suivre.
« Bon, l'erreur est humaine. Accroche-toi », dit-il sans se laisser impressionner, tirant le frein à main avant de faire un demi-tour à 180°. Il prit la rue à toute berzingue, une autre voiture sur les talons et la voiture argentée le rattrapant de nouveau rapidement. L'homme recommença à baragouiner dans cette langue étrangère, la voix haut perchée et une urgence dans le ton, mais Stiles n'en comprit pas le moindre mot.
« Écoute », répondit-il par dessus son épaule, « Je ne parles que deux langues : l'anglais, et le mauvais anglais ! »
Prenant plusieurs virages, ce qui déséquilibra l'homme assis sur la banquette arrière, il conduisit la voiture dans de plus petites ruelles. Il slaloma entre les bennes à ordures et les voitures garées dans l'étroite ruelle, puis s'engagea à l'entrée d'un parking sous-terrain. Les gens durent bondir hors de son chemin alors qu'il le traversait à toute vitesse, prenant de brusques virages entre les voitures garées là. Son client en colère s'égosillait sur la banquette arrière, ce que d'après Stiles, il n'était pas en droit de faire, puisqu'il était après tout en train de lui sauver les miches, à cette andouille.
« Bon, ne le prends pas mal, j'adore discuter, mais tu pourrais peut-être la fermer une minute ! »
Il regarda avec un sourire satisfait l'un de ses poursuivants qui, incapable de serrer suffisamment son virage, alla s'écraser contre un pilier. L'agent de sécurité du parking gratifia Stiles d'un doigt d'honneur furieux quand il prit la sortie à toute allure pour rejoindre la rue. La voiture argentée sortit juste derrière lui, le gyrophare bleu allumé sur le toit.
« Qu'est-ce que t'as fait pour énerver ces gars-là ? », se demanda Stiles à voix haute, jetant un œil à son rétroviseur pour voir le chasseur se pencher par la fenêtre et pointer son arme dans leur direction. « Je pense qu'ils sont vraiment énervés. Accroche-toi ! »
Il appuya de tout son poids sur la pédale de frein, le pare choc du taxi venant brièvement cogner contre celui de la voiture argentée, forçant cette dernière à quitter la route, le chasseur à moitié projeté par la fenêtre de la voiture, avant d'ensuite reprendre rapidement de la vitesse.
« Je pense qu'on sera tranquille pour un moment », soupira-t-il d'un air triomphant avant de rejoindre la route principale bien plus large.
Un feu passa au rouge devant lui et il s'arrêta derrière une autre voiture pour attendre qu'il passe de nouveau au vert. Il tambourinait des doigts contre le volant en réfléchissant à quoi faire ensuite. Il connaissait un endroit super où il pourrait planquer le taxi pour gagner un petit peu plus de temps avant que les flics ne puissent à nouveau les trouver. Ils ne pouvaient se déplacer avec un taxi qui venait tout juste d'être transformé en cabriolet sans attirer l'attention. Et puis, ils devaient aller voir un avocat, ou encore mieux, l'ambassade du putain de pays, quel qu'il soit, d'où venait ce beau mec. Peut-être avait-il été amené ici contre sa volonté, forcé à se prostituer, et maintenant il était accusé de prostitution. La minuscule tenue qu'il portait venait appuyer cette théorie.
Stiles était sur le point d'essayer de soutirer une quelconque information au gars qu'il venait juste de sauver, quand il remarqua de l'agitation dans la voiture d'en face. Les vitres étaient baissées et des chasseurs y étaient penchés des deux côtés. Stiles poussa un juron sonore à la vue des armes lourdes dans leurs mains. Il se baissa au moment-même où les chasseurs ouvraient le feu. Les balles s'abattirent sur le pare-brise, brisant la vitre et envoyant voler des éclats de verre tout autour d'eux. Le loup-garou se remit à pousser des cris de colère, étouffés par les bras qu'il avait placés de manière protectrice au-dessus de sa tête cette fois. Sans lever la tête, Stiles passa la vitesse et roula droit devant lui. Le taxi rebondit quand ils vinrent frapper l'arrière de l'autre véhicule, mais Stiles ne s'arrêta pas et poussa la voiture de police jusqu'au carrefour. Les coups de feu cessèrent et les policiers commencèrent à crier, cris qui furent suivis d'un grand fracas quand une autre voiture leur rentra dedans. Sans la moindre hésitation, Stiles se redressa dans son siège, enclencha la marche arrière et s'en alla.
Prenant quelques détours, Stiles conduisit aussi vite que possible jusqu'à la meilleure cachette à laquelle il pouvait songer. Il était déjà venu jusqu'au vieil entrepôt par le passé, quand il avait voulu se débarrasser de ses vieux appareils électriques, et avait remarqué que le propriétaire de la déchetterie avait fermé boutique sans prendre la peine de vider l'entrepôt.
Il gara la voiture au fond de l'entrepôt, entre deux grandes étagères pleines d'écrans à tube cathodique poussiéreux et sortit son téléphone afin de chercher sur Google l'ambassade la plus proche.
« On va juste attendre ici un petit moment le temps que les choses se calment, si ça ne te dérange pas », dit-il afin d'informer son passager, tandis qu'il tapotait sur l'écran de son téléphone portable. Il n'obtint aucune réponse et Stiles se rendit lentement compte qu'en fait aucun bruit ne lui parvenait de l'arrière du véhicule. Inquiet, il se retourna pour voir que l'homme était étendu sur la banquette arrière, immobile à tel point que ça en devenait inquiétant.
« Hé », tenta Stiles, en quête d'une réaction, mais il ne bougea pas. « Merde. »
Détachant sa ceinture précipitamment, Stiles passa à l'arrière du véhicule en escaladant son siège. Il mit l'homme sur le dos et laissa échapper un soupir de soulagement quand ce dernier ouvrit les yeux.
« Est-ce que ça va ? »
L'homme hocha la tête, mais la douleur et la fatigue se voyaient clairement sur son visage.
« Alpha, laissa-t-il échapper dans un souffle tremblant.
-Ce n'est pas d'un alpha mais d'un docteur dont tu as besoin, répondit Stiles d'un air sévère.
Le loup-garou ne sembla pas le comprendre.
-McCall, dit-il d'une voix si faible que Stiles l'entendit à peine.
-Quoi ? Demanda-t-il, perplexe.
-Alpha. » Il regarda Stiles, l'air d'attendre quelque chose, puis ses yeux se révulsèrent dans leurs orbites avant qu'il ne s'écroule à nouveau inconscient sur son siège.
Stiles paniqua un instant. La police était à ses trousses tandis qu'il se planquait dans une décharge, un loup-garou inconscient dans son tas de ferrailles, et tout ce qu'il avait était le mot ''alpha'' ?! Une minute, est-ce que le bel étranger avait bien dit ''McCall'' ? Il n'y avait qu'une personne à sa connaissance qui se faisait appeler ''McCall'' et comme par hasard, il s'agissait d'un alpha !
Improvisant, Stiles couvrit le trou à l'arrière de son taxi du mieux qu'il put avec du carton. Ce serait tellement plus facile si ce foutu loup-garou et sa super-force pouvait m'aider, pensa-t-il, alors qu'il donnait quelques solides coups de pied dans son pare-brise afin de casser ce qui tenait encore accroché au cadre. La voiture avait toujours l'air d'être bonne pour la casse, mais au moins on n'avait pas l'impression qu'on venait de leur tirer dessus.
Quand il arriva finalement à la résidence de Scott, il gara le taxi à l'abri des regards dans la ruelle à l'arrière du bâtiment, et fut confronté à un autre problème. Le loup-garou inanimé était bien trop lourd pour pouvoir le porter facilement. Les bras passés autours de son torse, les pieds traînant sur le sol, Stiles le tira à travers le hall d'entrée jusqu'à l'ascenseur, remerciant le ciel qu'il n'y ait personne pour voir ce qui de l'extérieur avait probablement l'air du kidnapping d'un mec ayant été drogué. Soufflant comme un bœuf, il parvint à atteindre la porte de chez Scott et frappa du pied contre celle-ci, craignant de lâcher sa prise s'il ne le maintenait plus que d'une main.
Scott ouvrit la porte, son sourire étincelant breveté bien en place. Sourire qui s'effaça immédiatement à la vue de Stiles, un étranger évanoui sur les bras, et fut remplacé par un regard déçu.
« Mec, tu ne peux pas te contenter d'amener ton mec bourré ici et t'attendre à ce que je m'occupe de lui simplement parce que mon appartement sert de refuge aux loup-garous sans abris. »
Stiles mit son pied dans l'entrebâillement au moment où Scott s'apprêtait à lui fermer la porte au nez. « Ce n'est pas mon mec, c'est mon client », dit-il, agacé, avant de se glisser devant Scott pour entrer dans son vaste appartement. La pièce principale était aussi mal rangée que d'habitude, un tas de livres éparpillé un peu partout, des boîtes de nourriture à emporter étaient empilées sur la table basse et des symboles étrangers étaient dessinés sur les murs. « Et il n'est pas bourré. Il a dit qu'il avait besoin d'un alpha et a marmonné ton nom. J'ai pensé que tu le connaissais peut-être. »
« D'accord », souffla Scott en plissant le nez. « Mais je ne sais pas qui c'est. »
A la vue de l'expression confuse et pensive de Scott, Stiles se dépêcha de fournir une explication avant que lui-même ne perde patience. « Personne ne sait qui il est, il n'a pas de téléphone, pas de papiers d'identité, rien. Mais il a ce tatouage sur son dos. » Poussant un grognement, il tourna l'homme dans ses bras et Scott, intrigué, s'approcha davantage. Il jeta un regard au symbole tatoué sur la peau de cet homme, avant d'ouvrir de grands yeux et de les poser à nouveau rapidement sur le visage de Stiles.
« Le penta..., penta... chore », bégaya-t-il, son regard se perdant dans le vide. Il bascula en arrière, évanoui, et tomba douloureusement au sol dans un bruit sourd.
Stiles jeta un regard à son ami évanoui et puis tourna les yeux vers le loup-garou inconscient dans ses bras. Un autre soupir, qui semblait être le centième de la journée, franchit ses lèvres.
« Danny va me tuer. »
Au prix de quelques efforts, Stiles porta l'homme jusqu'au canapé de cuir brun, avant de s'occuper de Scott. Il laissa tomber son meilleur ami dans le fauteuil usé et lui tapota doucement le visage. Le jeune homme ne broncha pas, pas même quand Stiles commença à l'appeler par son nom. Perdant patience, il prit son élan et le gifla.
« Hé! Scott ! Réveille-toi ! »
Scott ouvrit les yeux brusquement avant de les plisser d'un air perplexe.
« Stiles, qu'est-ce que tu fais là ?
-C'est moi qui ai amené le gars, tu te souviens ? », dit-il avec un signe de tête en direction du canapé. « M. Muscle. »
Reprenant conscience de la situation, Scott bondit sur ses pieds et se rendit auprès de l'autre loup-garou.
« Il m'est tombé dessus, continua d'expliquer Stiles. En parlant dans cette langue bizarre.
-Elle n'est pas bizarre ! l'interrompit Scott comme si Stiles venait de déclarer que Batman n'était rien d'autre qu'un fou jouant à se déguiser. C'est la langue des dieux, la langue des anciens !
-Ouais, d'accords, répondit Stiles en cherchant à l'apaiser et à éviter un long discours, mais il semblait que Scott ne faisait que commencer.
-Parlée par les loup-garous avant qu'ils ne vivent sous le joug des humains. Ce loup..., il s'interrompit dans son discours passionné et posa les yeux sur cet homme. Ce loup est un homme.
-Tu as remarqué, hein ? ne put s'empêcher de commenter Stiles.
-Ouais, répondit Scott d'un ton joyeux, sans relever le sarcasme dans la voix de Stiles.
-C'est un miracle.
-Un miracle qu'il ne soit pas mort.
-Nous... nous n'avons pas un moment à perdre, réveille-le, bégaya-t-il à nouveau avant de faire demi-tour pour quitter la pièce. » Mais il sembla revenir sur sa décision et ajouta à l'adresse de Stiles : « Non, mais... mais gentiment ! Parce que cet homme est le bien le plus précieux de l'humanité. » Stiles fixa son ami bégayant avec attention, comme s'il avait perdu la tête. « Il est parfait. »
Il tourna les talons et fila dans une autre pièce, laissant Stiles seul avec cet homme mystérieux.
« Parfait », laissa-t-il échapper dans un souffle, remettant en question le fait qu'il avait toujours pensé être le seul bisexuel parmi son cercle d'amis. Mais Scott avait raison, il était parfait. En fait, cet homme était tellement parfait qu'il semblait être au-dessus de ce critère et avoir mis une nouvelle bar bien plus haut à ce mot.
Il se pencha sur cet homme et lui caressa la joue avec douceur, le début d'une barbe sombre venant chatouiller le dos de sa main.
« Hé, Mister, réveilles-toi. » Le loup-garou ne broncha pas et Stiles se demanda comment il était censé réveiller gentiment cette belle au bois dormant, quand cela le frappa soudain. Il jeta un œil par dessus son épaule à la porte par laquelle Scott venait juste de disparaître, passant nerveusement la langue sur ses lèvres. Satisfait de voir qu'il était seul avec cet homme, il se baissa, les battements de son cœur s'accélérant à la simple idée de ce qu'il s'apprêtait à faire. Il vint tendrement presser ses lèvres contre celles de l'étranger, savourant leur douceur.
Il sentit soudain quelque chose appuyer contre sa tempe. Pendant une seconde, il se tint totalement immobile, avant d'ouvrir les yeux et de reculer lentement, l'arme pointée sur sa tête suivant chacun de ses mouvements.
« Tu as raison! Tu as raison, je n'aurais pas du faire ça », dit-il en essayant d'apaiser le loup-garou tout juste réveillé qui le tenait en joue. Il rougit violemment, embarrassé. Il ne savait pas ce qui lui était passé par la tête, ça devait être l'une des idées les plus stupides de toute sa vie. « Je n'aurais pas du faire ça, je, euh, c'était mal de t'embrasser. »
« Eto Akta Gamat ! Cracha l'homme en serrant les dents, un grondement au fond de la gorge. Il était à moitié transformé, une inquiétante lueur rouge dans le regard et les dents s'allongeant pour devenir dangereusement pointues. Il tenait le flingue que Stiles avait complètement oublié avoir encore sur lui d'une main sûre.
« Il m'a dit de te réveiller gentiment », se défendit Stiles faiblement, mais l'homme ne sembla pas comprendre ce qu'il continuait de lui assurer et répéta à nouveau les même mots sur un ton furibond.
« Tu as raison, tu as raison ! Oui », affirma Stiles rapidement, légèrement inquiet pour sa propre sécurité, pour être honnête. Même sans l'arme, ce loup-garou baraqué pouvait le tuer d'une centaine de façons, il pensa donc à la seule manière non-verbale qu'il connaissait pour calmer un loup-garou enragé. Prenant garde à ne pas faire de mouvements brusques, il pencha la tête en arrière pour lui présenter sa gorge.
Pendant un bref moment, l'homme le jaugea du regard, ses yeux passant du cou exposé de Stiles à ses yeux marrons, avant de faire un pas en arrière, sur ses gardes. Ses yeux passèrent d'un rouge vif à un doux vert et ses dents redevinrent ces petites perles blanches parfaitement alignées qui pourraient faire la vedette d'une pub pour dentifrice, mais il n'abaissa pas l'arme pour autant.
« Tu te souviens de moi, dans le taxi ?, tenta de continuer Stiles afin de regagner sa confiance. Tu te souviens ? Bada boom ? Big bada boom ?
-Boom, répéta l'homme, le doute clairement visible sur son visage.
-Boom ! Big bada boom dans le taxi. Tiens, regarde. » Stiles mit la main dans la poche de son jeans pour en sortir sa carte professionnelle, et la tint devant lui. « Je conduis un taxi. C'est moi, Stiles Stilinski. »
Regardant la carte comme si elle pouvait le blesser, le loup-garou maintint sa posture défensive puis plissa des yeux méfiants en direction de Stiles.
« Stiles. Est-ce que tu comprends ? Tiens », dit-il en tendant davantage la carte en avant afin de la lui donner. « Prends-là. Vas-y. Tu pourras m'appeler quand t'aura appris à parler anglais. »
L'homme ne semblait pas savoir quoi faire, ses yeux passant rapidement de Stiles au petit morceau de papier dans sa main. À pas prudents, il s'approcha de lui, l'arme toujours pointée sur sa cible, et tendit sa main libre vers la carte. Un sourire joueur aux lèvres, Stiles retira sa main au moment-même où l'homme touchait la carte du doigt avant de la tendre à nouveau devant lui. L'homme tendit à nouveau la main, mais Stiles recula une seconde fois, le faisant ainsi grogner d'irritation.
« C'est juste pour rire », ajouta-t-il rapidement, permettant enfin à l'homme de lui arracher la carte des mains. « Je plaisante. Et tu, euh... Comment tu t'appelles ? » Au lieu d'une réponse, il obtint un regard perplexe. « Stiles », dit-il, répétant son propre nom tout en se montrant du doigt, avant de gesticuler en direction de l'homme, dans l'attente d'une réponse. Sa prise sur l'arme commença à légèrement se détendre et après une brève hésitation, l'homme répondit enfin.
« Der Ek Salus Tri-Noctiluca Therion De Healh », dit-il en un seul souffle.
Stiles eut tout d'abord besoin d'un moment pour digérer ces mots. « Bien. Ça... Tout ça, c'est ton nom, hein ? Est-ce que t'as un, euh, un nom plus court ? Pas blabla blabla blablabla », il accompagna chaque syllabe d'un mouvement de la main, laissant ainsi un espace de plus en plus large entre ses deux mains, puis, sifflant brièvement, il rapprocha ses mains, ne laissant alors qu'un petit espace entre elles. «Court! »
Le loup-garou avait les sourcils froncés bas sur son front à force de concentration, cherchant à comprendre ce qu'on attendait de lui. Sa réponse hésitante ne fut rien de plus qu'un murmure : « Der Ek. »
« Derek ! » Le visage de Stiles s'illumina, ravi d'être aussi doué pour dépasser leurs soucis de communication et de finalement connaître le nom de cet étranger. Il était tellement remonté à bloc qu'il ne pouvait s'arrêter de répéter leurs noms, telle une mauvaise imitation de Tarzan et Jane, quand Scott passa brusquement la porte, habillé d'une robe de soie noire qui arborait sur le devant le même symbole en spirales que le tatouage de Derek brodé à l'aide de fils d'argent qui scintillaient à la lumière. Son bêta, Isaac, le suivait comme son ombre tel le foutu petit chiot qu'il était constamment.
À la vue des deux loup-garous, Derek poussa un soupir de soulagement. Les deux hommes en question s'arrêtèrent net quand ils virent l'arme dans sa main qui était désormais pointée dans leur direction. Isaac ouvrit de grands yeux surpris, mais Scott reprit rapidement son calme et tendit une petite boîte ronde avec le même symbole gravé dans le couvercle de bois.
« Scott, tu es sûr que c'est un être suprême ?
-Absolument sûr, assura l'alpha à Isaac, ses yeux fixant Derek avec jubilation.
-Mes vieux copains ! Génial », Stiles brisa le moment de tension et fit un pas en avant afin de reprendre l'arme de la main de Derek, mais se retrouvant à nouveau immédiatement face au canon de l'arme, leva les mains en signe de reddition. « Ouais, t'as raison. Écoute », dit-il en se tournant vers Scott. « Pourrais-tu lui demander si je pourrai récupérer mon arme, s'il te plaît ?
-Pourquoi est-ce que t'as une arme ?
-Parce que je suis flic.
-T'es chauffeur de taxi », répondit Scott sans se laisser impressionner avant de prendre Stiles par le bras. « Bref, t'as eu raison de l'amener ici, parce que c'est un loup-garou dans le besoin et on peut l'aider, mais tu n'es pas un loup-garou donc tu peux partir, parce que maintenant il a besoin de repos car il a fait un long voyage. » Faisant usage de sa force de loup-garou, ce que Stiles trouva incroyablement injuste, Scott le tira jusqu'à la porte.
« Ouais, je sais, j'étais là quand il a atterri », répondit Stiles, pince-sans-rire.
Un faible gémissement parvint de la pièce principale alors que Stiles était poussé hors de l'appartement.
« Attends ! Hé, hé, hé, attends ! Scott ! », cria-t-il avant qu'il ne puisse l'enfermer dehors. « Écoutes, il a dit quelque chose que je n'ai pas bien compris. Je n'ai rien compris en fait, mais que veut dire Akta Gamat ? »
Scott jeta un regard confus à son amis, mais lui répondit tout de même. « Nekta... euh, jamais sans ma permission. »
« C'est ce que je pensais », se dit-il, alors qu'on lui claquait la porte au nez.
Le taxi tomba presque en morceaux avant même qu'il ne soit rentré chez lui. « Je n'aurais pas du l'embrasser », marmonna-t-il dans sa barbe, encore gêné d'avoir été tenu en joue pour avoir volé un bisou. Même si Scott ne l'avait pas jeté dehors, il n'aurait plus jamais sa chance avec ce bel homme. Bordel, il ne savait toujours rien à propos de ce mec, mis à part son nom, mais Scott avait été aussi heureux qu'un enfant la veille de Noël. C'était évident qu'il en savait plus, mais comme toujours avec son stupide club de loup-garou, il n'en avait rien dit à Stiles.
Agacé que son meilleur ami l'ait une fois encore laissé tomber, il pénétra en tapant des pieds dans son appartement, d'une humeur massacrante. Comme par hasard, son téléphone commença à sonner et le chat l'accueillit à grand renfort de miaulements.
« Oh non, désolé », dit-il d'une voix fatiguée à la petite boule de poils. « Je suis vraiment désolé. J'ai oublié de t'acheter à manger ! Qu'est-ce que tu penses de prendre quelque chose de bon à grignoter au restaurant Thaï pour m'excuser, hein ? » Il alla jusqu'au canapé et repêcha le téléphone derrière le coussin. « Ouais ! Ouais ! Attends ! » Lisant l'identifiant de l'appelant, il s'arma de son super-pouvoir secret pour se sortir des ennuis à coup de baratin, cultivé depuis le plus jeune âge.
« Danny ! »
« Salut mec... Je t'ai attendu toute la journée ici. Où est le taxi ? » Danny n'aurait pas pu mettre davantage d'exaspération dans le son de sa voix.
« La voiture roule bien, elle ronronne comme un chaton, lui répondit-il avec un peu trop d'empressement.
-Bien ? releva Danny d'un ton brusque. Comment ça, bien ? Je te connais, Stiles. Le mot bien ne fait même pas parti de ton vocabulaire. Maintenant vas-y, tu peux dire à un vieil ami ce qui s'est passé. Quoi, t'as essayé de sauver le monde ?
-Écoute...
-Tu as encore renversé un coursier à vélo, c'est ça ? Tu as renversé un foutu coursier à vélo !
-Danny, j'étais en chemin pour venir te voir, quand une grosse course m'est tombée dessus, lui dit Stiles d'une voix calme, cherchant à apaiser la fureur de son superviseur. Tu sais, l'une de ces grosses courses auxquelles tu ne peux résister.
-Hum, soupira Danny avec méfiance. Grosse comment ? »
Stiles ne put retenir le large sourire qui se dessina lentement sur son visage. Il se passa la main sur les yeux et se laissa tomber sur son lit. Inspirant profondément, il repensa à Derek, à son corps magnifique et à son visage encore plus beau. De sa main libre, il se caressa le ventre du bout des doigts sans y songer, alors qu'il commençait à décrire sa ''grosse course'' à son vieil ami.
« 1,80m, les yeux verts. Des muscles partout, une peau douce. Tu sais... parfait.
-Hum, hum, je vois, répondit Danny, un peu moins remonté et de toutes évidences bien plus intéressé par la vie amoureuse de Stiles que par l'idée de lui refaire le portrait. Et cette perfection, elle a un nom ?
Stiles poussa un soupir rêveur en reposant sa tête sur ses bras.
-Ouais. Derek. »
Si ce n'est pas mignon XD J'ai bien ri en traduisant certains passages et j'espère que vous y prendrez autant de plaisir ! À la prochaine !
