Chapitre 27 : Les horreurs du passé

Jour 10 - Day 10

Lorsque Mai se leva ce matin-là, il s'agissait du quatrième jour d'enquête depuis que l'école avait été vidé de ses élèves. La jeune fille était fatiguée mais de quoi ? Rien faire était pire que tout. Elle s'ennuyait ferme. De plus, elle n'arrêtait pas de faire des rêves dont l'image était floue comme si sa vue était brouillée. Dans l'école, il n'y avait plus aucune activité surnaturelle. Les caméras et autres matériels hautement technologiques de Naru n'enregistraient presque plus rien. A croire que l'esprit avait disparu. Mais le patron de la SPR ainsi que Lin étaient certains qu'il était encore là. Le premier avait rappelé qu'il était dangereux de sous-estimer un esprit. Il pouvait attendre tapis dans l'obscurité puis attaquer par surprise.

Ainsi, les employés de la SPR suivaient les ordres de Naru et continuaient les rondes dans l'école. Avec son ami et collègue Bou-san, ils trouvaient toutes sortes de jeux pour passer le temps. Parfois, le moine lui racontait les différents anecdotes sur sa vie et sur les esprits qu'il avait pu rencontrer avant de travailler avec la SPR. Ce jour-là après le petit-déjeuner alors que les autres étaient partis vaquer à leurs occupations, Bou-san lui faisait réciter les capitales de chaque pays du monde. Mai lui avait dit être bientôt interrogé dessus. Ainsi, ils passèrent l'heure à réviser la géographie avec une carte du monde dénichée dans la bibliothèque de l'école. Après le repas de midi, ce fut à eux d'aller effectuer leur ronde. Mai entama la conversation en parlant du temps. En effet, le soleil faisait briller les gouttes de pluie qui s'étaient abattu contre les vitres depuis trois jours. Elle lui proposa d'aller dehors à la fin de leur tour.

Au détour d'un couloir, ils aperçurent les policiers en faction qui les saluèrent. Tranquillement, Bou-san et Mai continuèrent à marcher en direction de la base. Un oiseau au plumage bleu se posa sur une branche du vieil arbre planté juste en face de la fenêtre devant laquelle ils passaient. Mai s'arrêta pour l'admirer. Pas à un moment elle s'interrogea sur sa présence alors qu'elle n'avait pas lieu d'être. Soudain, une vive douleur au niveau de son crâne lui brouilla la vue. La jeune fille se sentit partir en arrière. La dernière chose qu'elle vit fut le visage de Bou-san étrangement calme. Dans un flash, Mai vit la porte rouge. Sa main dans son rêve se tendit vers la poignée et la porte s'ouvrit laissant une lumière brillante l'aveugler.

Les yeux de Mai papillonnèrent un instant. La douleur était encore bien présente. Le sang tambourinait contre ses tempes alors qu'elle ne voyait toujours pas claire. Il lui fallut du temps pour qu'elle puisse reprendre ses esprits. Dès que ses paupières furent moins lourdes, ses yeux s'ouvrirent plus grands mais la luminosité de la pièce ne l'aidait pas. Elle posa sa main sur son visage et avec la semi-obscurité qu'elle lui procura, elle put voir son environnement. Au-dessus d'elle se trouvait des rideaux blancs pendant élégamment du baldaquin. Ses yeux surpris poursuivirent leur inspection en se posant sur le mobilier de haute facture comportant une commode, une coiffeuse et un ensemble de fauteuils et d'un canapé confortable face à une très grande fenêtre ouverte. De là, une odeur de printemps emplissait toute la pièce et faisait entrer le magnifique chant des oiseaux. Mai bascula sur son flan et vit la deuxième fenêtre fermée cette fois qui lui indiqua qu'elle se trouvait toujours dans l'école. Lorsqu'elle se releva d'un coup, sa tête fut trop lourde et douloureuse l'entraînant à nouveau sur le matelas moelleux. Elle grogna.

Soudain, Mai entendit toquer à la porte. Elle se raidit alors que son cœur se mettait à tambouriner dans sa poitrine.

- Es-tu prête ?

La voix était masculine. Mai se releva doucement.

- Il ne faut pas faire attendre les invités.

Elle ne connaissait pas la voix. Une porte s'ouvrit au loin et de nombreuses voix se firent entendre comme une foule de personnes s'agitant à l'étage du dessous. Alors que la jeune fille se rapprochait doucement de la porte, la poignée s'abaissa mais le loquet était heureusement verrouillé. Dans un mouvement de recul, Mai sentit du tissus lui effleurer les chevilles et se rendit compte qu'elle portait une élégante robe longue.

- Pourquoi gardes-tu toujours cette porte fermée ? A croire que tu ne te sens pas en sécurité.

Mai regarda autour d'elle pour trouver comment s'échapper d'ici. Néanmoins, à part sauter par la fenêtre, elle n'en trouva aucune. Et cela ne résulterait certainement pas à une simple égratignure. Elle attendit quelques minutes en regardant la porte avec appréhension en se sentant prise au piège. Par le même temps, elle se rendit compte que la couleur du panneau de bois était différente de ses souvenirs.

Comme il n'y avait plus que le silence comme seul compagnon, la jeune fille prit son courage à deux mains et ouvrit la porte. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle tomba nez à nez avec Naru, habillé élégamment. Un sourire éclaira la visage du jeune homme. Il lui proposa son bras. Mai fronça les sourcils.

- Allons Mai, ne faisons pas attendre les invités. Ta tante s'inquiète.

La jeune fille obéit avec réticence et le suivit dans le petit couloir qui menait à la mezzanine. Sous leurs pieds s'étendaient un long tapis, étouffant le son de leurs pas. Ils contournèrent une petite table sur lequel trônait un vase avec un magnifique bouquet de fleurs multicolores. Plusieurs personnes sur leur trente-et-un passèrent sur le palier du dessous sans les voir. Puis une magnifique femme brune qui marchait d'un pas rapide releva la tête vers eux. Son visage s'éclaira d'un sourire radieux en les voyant ensemble.

- Ah ! Te voilà enfin ma chérie, commença-t-elle sur un ton maternelle. Heureusement que tu es là pour la sortir de sa tanière, ajouta-t-elle à l'adresse de Naru. Dépêchez-vous le buffet va être servi !

Ensuite, Madame Nadeshiko disparut dans une pièce adjacente. Mai sentit le regard insistant de Naru sur elle. Lorsqu'elle tourna son attention vers lui, le jeune homme eut une expression qui lui fit froid dans le dos. Un sourire tordu naquit sur ses lèvres.

- Qu'y a-t-il ? Demanda Naru, faussement surpris. Tu n'as pas aimé la nuit dernière ?

Quelque chose se cassa en Mai. Des larmes perlèrent dans les coins de ses yeux alors qu'elle se sentait sale et misérable.

- Tu es vraiment un monstre. Laisse-moi, répliqua-t-elle en le repoussant.

Avant qu'il ne puisse faire un mouvement, la jeune fille courut vers la chambre et se précipita contre la porte qu'elle ferma en claquant. Elle entendit et sentit des coups de plus en plus violents contre le panneau de bois la faisant finalement voler à l'autre bout de la pièce. Le choc contre le vieux parquet la sonna à peine, l'adrénaline coulant à flot dans ses veines. Quelque chose tomba juste à côté de sa tête. Un livre abimé, le journal intime. Sur la page ouverte, Mai lut quelques mots d'une très jolie écriture qui la rendirent folle de rage.

« Il m'a tout pris »

Mai tourna la tête vers Naru qui se tenait immobile sur le pas de la porte. Le même sourire tordait sa bouche alors qu'il lorgnait la jeune fille. Celle-ci prit la première chose sous sa main et courut vers lui en la brandissant comme un couteau. Une bagarre éclata entre eux. Naru esquiva un coup en gardant les mains devant lui pour se protéger tout en reculant dans la pièce. Un premier coup lui écorcha la main, un autre lui trancha un morceau de sa manche. Mai parvint à le faire tomber. Naru lui tint les bras. La jeune fille ne parvint pas à se détacher. Il avait plus de force qu'elle. Un grognement de frustration sortit de sa bouche.

- Mai !

La dénommée tira avec force sur ses bras pour se détacher.

- Mai ! C'est moi !

- Tu vas payer pour ce que tu as fait, cracha-t-elle.

Tout d'un coup, elle sentit une violente douleur dans l'abdomen alors qu'elle tombait en arrière. Tandis qu'elle se redressait, leurs regards se croisèrent. Leurs respirations furent le seul bruit de la pièce pendant un instant. Puis Naru se jeta sur la jeune fille et la plaqua contre le sol alors qu'elle hurlait de rage.

- Je suis désolée mais je n'ai pas le choix, dit-il en essayant de lui arracher des mains son arme. Donne-moi ça maintenant.

Mai tenait fermement son arme dans sa main, refusant de la lui céder. Mais Naru parvint à lui arracher l'objet de sa poigne et de le lancer hors de sa portée. Un cri bestial sortit de sa bouche. Elle se débattit dans tout les sens jusqu'à réussir à se détacher de la prise du jeune homme et se jeter sur son arme de fortune. Toutefois, il s'agissait d'un morceau de miroir. Ainsi, lorsque son regard croisa le reflet du sien, une drôle de sensation traversa son corps. Elle tomba sur son derrière, pantelante. Sa tête se mit à tourner à nouveau. La voix de Naru lui parut lointaine. Le plancher sembla un peu s'abaisser derrière elle ce qui la fit faire volte-face. Mais il s'agissait de Naru qui l'observait avec méfiance. Le jeune homme ne portait plus le costume élégant mais ses vêtements habituels. La pièce autour d'elle n'était plus aussi lumineuse. Au contraire, il faisait très sombre. La seule source de lumière venait du volet cassé de la fenêtre ouverte. Autour d'elle, il ne restait des meubles de la chambre seulement la coiffeuse défraichie.

La jeune fille prit conscience de ce qu'il venait de se passer et de ce qu'elle venait de faire. Des larmes coulent sur ses joues alors que tout le ressentiment de la femme qui l'avait possédée restait gravé en elle. Mai allait se confondre en excuse lorsque son pied heurta quelque chose derrière elle. Surprise puisqu'elle n'avait rien vu la première fois, elle vit avec horreur une silhouette assise dans la pénombre. Une odeur de pourriture lui emplit les narines. Naru la tira en arrière.

La silhouette tomba à la renverse à la manière d'une poupée de chiffon. Des cheveux en bataille couvraient le visage mais Mai aperçut le nom inscrit sur le vêtement. Ai Nagase. La jeune fille couvrit sa bouche en reculant avec d'effroi. Naru et elle échangèrent un regard avant de se tourner vers la porte. Mais le sol se mit à trembler. La coiffeuse s'écrasa contre le mur juste à côté d'eux. Mai se retourna et vit avec horreur que le cadavre avait disparu.

- Naru !

Elle se retourna vers lui mais n'eut pas le temps de faire le moindre geste puisque le cadavre lui tombait dessus. Un hurlement franchit la barrière de ses lèvres alors qu'elle n'osait plus bouger. La jeune fille vit Naru brandir un pied de la coiffeuse et lui faire signe de ne pas bouger. Lorsqu'il abattit le morceau de bois contre le cadavre, il s'enfonça dans le crâne dans un bruit de succion. Mai laissa tomber le corps de la surveillante par terre en s'éloignant de lui le plus vite possible.

- Il faut sortir d'ici ! s'écria-t-elle en se précipitant sur la porte.

Naru fit de même. Du coin de l'œil, Mai vit quelque chose bouger. Elle se retourna lentement et vit une boule de lumière voler au niveau du plafond. Une violente bourrasque vint les assommer contre le mur.

Un grand bruit lui fit rouvrir les yeux quelques instants plus tard. Des pas se précipitèrent dans la pièce puis Ayako apparut devant elle en tenue de prêtresse et récitait une prière. Cela lui donna un regain d'énergie.

- Je suis désolée que vous ayez subi tout cela. Vous ne méritiez pas cela, murmura la jeune fille.

Un cri perçant lui fit couvrir ses oreilles avant que le silence revînt. Mai se redressa finalement avec beaucoup d'effort. Son corps semblait être cabossé de partout. Alors qu'elle se tournait vers ses collègues, un murmure à peine audible lui caressa l'oreille.

- Merci.

A vrai dire, la jeune fille n'était même pas certaine de l'avoir entendu. Le cri perçant lui avait peut-être endommagé l'ouïe.

Des semaines plus tard, Mai apprit que l'école allait pouvoir rouvrir en septembre, grâce aux élèves qui s'étaient opposées aux parents qui étaient contre. Malgré les événements qui avaient fuité dans les journaux locaux, la bonne réputation de l'établissement n'en pâtit pas. La SPR ne fut pas mentionner grâce à l'intervention de Naru. Les japonais surent seulement que les problèmes de cette école étaient réglés et l'enquête se conclut sur cela.


Et voilà ! C'est la fin de cette septième enquête avec Mai et la SPR. J'espère que vous avez aimé. Le délais d'attente pour la suite dépendra de mon emploi du temps. À bientôt et portez vous bien ainsi que vos proches !