Les sens de Derek le poussaient à grimper, à monter plus haut. Il ne comprenait pas ce besoin soudain, il avait volé à bord d'un avion et il ne pouvait pas monter bien plus haut que ça. D'ailleurs, son loup n'était pas un grand fan de la hauteur, il préférait la sensation de la terre ferme sous ses pieds. À ce moment précis, il aurait préféré aller courir, éprouver ce corps dans lequel il s'était réveillé, découvrir ses forces et ses limites. Par la fenêtre de leur suite, il avait aperçu un vaste parc qui se trouvait à l'extérieur, avec de grands arbres aux branches épaisses et un lac d'un bleu profond qui scintillait au soleil. Il se demandait si la sensation de l'herbe sous ses pieds nus serait la même que dans ses lointains souvenirs et si sauter dans le lac serait une expérience comparable au fait de prendre une douche. Peut-être que lui et Stiles pourraient aller au parc plus tard pour l'explorer ensemble.
Ou bien se blottir sur ce lit à l'air confortable dans leur suite, tandis que Derek se gorgerait de l'odeur mystérieuse et relaxante de Stiles. C'était quelque chose qui plairait également à son loup.
Mais il n'était pas qu'un simple loup-garou, il était le pentachore. C'était son devoir de protéger l'humanité et il ne pouvait se laisser distraire par ses propres besoins tant qu'il n'aurait pas apporté les pierres sacrées au Nemeton et empêché la lune noire de s'élever, avant qu'elle ne soit assez puissante pour absorber l'énergie de tous les êtres vivants, ne laissant rien d'autre qu'un néant glacé.
Quand il fermait les yeux et se concentrait sur ce qu'il ressentait à l'intérieur de lui, il n'était pas encore capable de trouver le lien qui le reliait à la quatrième dimension, mais il ressentait cette légère attraction, ce besoin de faire ce qu'il faut, qu'il était seulement capable de décrire à Stiles comme son instinct, même s'il savait, lui, que c'était quelque chose de bien plus grand.
Obéissant à cet instinct, il laissa ses pas le mener jusqu'à l'ascenseur. Il grogna de frustration quand il découvrit qu'il avait besoin d'une carte d'accès pour monter au dernier étage. Déterminé, il retourna dans le couloir, à la recherche d'un autre moyen de monter, jusqu'à ce qu'il trouve un escalier de secours. Il monta les trois volés de marches en courant sans même s'essouffler.
Le couloir du vingt-cinquième étage était bien plus petit que celui qui menait à la suite de Derek et Stiles et ne contenait qu'une seule porte, mis à part celle qui donnait accès à l'issue de secours. Sentant que c'était là où il devait être, Derek tenta d'entrer dans la suite, mais la porte était verrouillée.
Il était en train de triturer le lecteur de cartes, quand il entendit l'ascenseur s'arrêter à cet étage. Avant que les portes ne s'ouvrent, Derek se précipita à nouveau dans la cage d'escaliers et se cacha derrière la grande porte coupe-feu. Par le léger entrebâillement de la porte, il observa un groupe de personnes sortir hâtivement de l'ascenseur, certains d'entre eux avaient l'air d'être des employés de l'hôtel, d'autres, habillés d'uniformes renforcés et dotés d'armes au design élégant, semblaient être des agents de sécurité. Deux bagagistes grognaient sous le poids de la malle qu'ils portaient à deux. Ils étaient suivis d'une petite jeune femme, flanquée de deux assistants, un homme et une femme habillés de très belles tenues à la coupe moderne.
La femme en question portait une robe à fleurs, et de longs cheveux blonds vénitiens retombaient en boucles épaisses sur ses épaules, encadrant son doux visage aux yeux perçants. Ses lèvres étaient maquillées d'un rouge agressif et elle se pavanait sur ses hauts talons le long du couloir comme si le monde lui appartenait. Derek n'avait aucun doute qu'elle soit la femme choisie pour protéger les pierres.
Un employé de l'hôtel ouvrit la porte donnant accès à sa suite et les bagagistes s'empressèrent de porter les bagages de Mademoiselle Martin à l'intérieur. Quand elle fut sur le point d'entrer à son tour, sa démarche chancela soudain. Un air horrifié passa sur son visage et ses yeux se perdirent dans le vague, mais elle se reprit en quelques secondes et offrit un sourire confiant à son assistant qui semblait s'inquiéter. Ce dernier la regarda d'un air entendu, mais garda le silence et franchi le seuil de la porte avant que la rouquine ne se penche vers son assistante, une coquette femme aux cheveux blonds, et ne lui murmure quelque chose à l'oreille.
D'un air surpris, elle porta soudain son regard en direction de Derek. Effrayé, il tira sur la porte et grimaça quand elle se referma avec fracas.
Il s'accroupit dans la cage d'escaliers, se demandant s'il devait sortir de sa cachette pour aller parler à la Banshee ou bien revenir plus tard, quand bien moins de monde serait présent pour être témoin de leur échange, quand soudain des coups rythmiques furent frappés contre la porte. Sur ses gardes, il entrebâilla la porte et jeta un coup d'œil de l'autre côté pour voir l'assistante blonde lui sourire d'un air séducteur.
« Mademoiselle Lydia Martin veut que vous sachiez à quel point elle est ravie que vous soyez là », lui dit-elle d'un ton de voix bien plus sincère que la raideur apparente de son discours ne le laissait présager. « Elle vous donnera ce que vous êtes venu chercher. Après le concert. Restez là. »
Avant que Derek n'ait pu répondre quoi que ce soit, elle referma la porte et il se retrouva à nouveau seul. Le dos contre le mur, il s'installa au sol, se préparant à attendre pour un long moment.
