Petit mot de l'auteure : Ce texte a été écrit pour la 128e nuit du FoF sur le thème "s'accointer", qui signifier se lier avec quelqu'un (selon les définitions, c'est de manière amicale ou sous-entendu sexuellement, d'autres dises pour des affaires louches, pour cet OS j'ai retenu la définition globale)

Ce texte répond à plusieurs défis de l'Enfer de Dante également.


Fière.

C'est le premier mot qui lui vient à l'esprit lorsque ses yeux se posent sur la reine du Nord.

Forte est le second – presque immédiatement suivit par magnifique.

Elle voudrait dire quelque chose de spirituel, une remarque peut-être grivoise pour fissurer le masque impassible de la louve d'un écarquillement d'yeux choqué ou amusé. Mais lorsque son regard croise le sien, un quatrième adjectif lui vient en tête.

Dangereuse.

Alors Yara ravale ses commentaires, ferme la bouche, et ploie son corps d'une respectueuse révérence. C'est donc la louve qui prend la parole en première :

« Quelle est donc la raison de votre visite ? » lui demande-t-elle, un soupçon palpable dans la voix.

Yara a après tout été du côté de Daenerys, de l'ennemie, de la reine folle, elle ne peut lui faire confiance – et si elle était comme la dragonne ? Mais la Fer-née a une bonne raison, une dont Sansa ne peut refuser l'accord :

« Je voudrais me recueillir sur la tombe de mon frère » répond la jeune femme.

Sa voix ne faiblit pas lorsqu'elle prononce ces mots, pourtant Sansa ne peut pas ne pas voir la fissure dans ses yeux – elle est de même nature que celle qui voile son regard lorsque ses pensées se tournent vers Theon.

« Il n'y a pas de tombe » annonce-t-elle. Ses mots sont durs, secs, mais sa voix c'est quelques peu adoucie. « Nous avons brûlés tous les corps... pour éviter qu'ils ne reviennent en Marcheurs Blancs »

Elle ne dit pas qu'elle est désolée – à quoi cela servirait-il, surtout quand elle ne l'est pas ? Sansa est désolée de nombreuses choses, désolée de ne pas avoir pu sauver Theon, désolée qu'il se soit senti obligé de revenir dans cet Enfer, désolée de n'avoir pas tué Ramsay plus tôt. Mais elle ne s'excusera pas d'avoir ordonné de telles funérailles, parce qu'il le fallait. Et si Yara ne le comprend pas, tant pis – elle n'avait qu'à venir se battre au lieu de fuir dans son île.

Mais Yara ne s'insurge pas. Elle hoche simplement la tête, les mains quelques peu tremblantes. Alors Sansa propose :

« Je peux en revanche vous montrer l'endroit où il est mort »

.

C'est un havre de paix.

Yara tente de se l'imaginer lors de la bataille, elle essaie de recréer cette ambiance à partir des souvenirs de ses propres combats – quelques grammes de sang, de peur, de larmes... Mais comment pourrait-elle concevoir une guerre d'une aussi grande envergure, contre de tels ennemis ? C'est tout simplement impossible – d'autant plus que la neige est venue effacer toute trace de conflit, pour ne laisser qu'un arbre roux pour seul témoin du massacre commis là.

La Fer-née ne sait que penser de ce constat. Elle voudrait se sentir proche de son frère, comprendre ce qu'il a vécu... Mais elle ne peut que se féliciter de trouver un espace aussi beau.

« Il a été très courageux » murmure Sansa. « Il a combattu le roi de la nuit en personne, faisant gagner de précieuses secondes à ma sœur. Elle a pu s'approcher et le tuer. Sans Theon... nous serions tous morts »

Yara acquiesce vaguement aux propos de la louve ils sont vivants, oui, mais Theon ? Qu'en est-il de Theon ?

« Mais lui est mort » est tout ce qu'elle parvient à répondre.

C'est à son tour d'être amère, froide. Triste, en colère également. Que des états que Sansa connaît parfaitement, pour les avoir employés si souvent depuis toutes ces années. Alors elle répond tout doucement :

« Oui »

Oui, Theon est mort. Pour eux. Pour elles.

Pour le royaume.

.

« Je ne veux pas que sa mort ait été vaine »

Sansa lève un regard surpris vers son invitée dont la phrase a brisé le silence installé dans le réfectoire.

« Moi non plus » répond-elle. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour respecter sa mémoire et l'avenir qu'il nous a laissé »

« Et pourtant, vous ne me faites pas confiance. C'est la méfiance et le manque de communication, de coordination qui ont mené les Sept Couronnes à leur perte »

« Six » corrige automatiquement Sansa, avant de se mordre la lèvre – ne vient-elle pas de donner précisément raison à Yara ? Avant qu'elle ne puisse le faire remarquer, elle rajoute, mordante : « Comment pourrais-je vous faire confiance après que vous ayez fait revenir Daenerys ? »

Le feu. Le sang. Les cris. Les cendres.

Yara a ramené bien plus qu'une reine.

« Je ne savais pas ce qu'elle comptait faire » répond-elle, le ton se faisait mordant pour éloigner la culpabilité. « Ne l'avez pas vous-même accueillie à Winterfell ? »

« Contrairement à vous, je n'en avais pas le choix »

« Je n'avais pas le choix non plus. Je devais reprendre ma maison. Vous qui avez été jusqu'à aller faire alliance avec Littlefinger pour se faire, vous pouvez aisément le comprendre, non ? »

Yara marque un point – mais Sansa a appris. De Littlefinger, justement, entre autres. Alors elle répond immédiatement, sans se démonter :

« Mais je l'ai tué juste après. Avant qu'il ne puisse nuire à quiconque. Avant qu'il ne brûle une ville »

« Autrement dit, vous avez tué votre allié. Ne serait-ce pas moi qui devrait avoir des raisons de ne pas vous faire confiance ? »

« Si vous n'êtes pas Littlefinger, alors vous n'avez rien à craindre de moi »

.

Yara s'en va, se prépare à retrouver les eaux tumultueuses. Alors qu'elle monte sur son cheval, elle lance à Sansa :

« Je ne suis pas Daenerys non plus »

Yara plonge son regard dans les yeux bleus givrés de Sansa, ceux qui auraient pu lui rappeler sa mer natale si elle n'étais pas si occupée à s'en méfier, et rajoute :

« Je suis faite d'eau, non de feu »

Sansa quant à elle croise deux yeux chocolats, marrons comme ceux de Père ou de Mère. Elle y retrouve la même sincérité, une petite étincelle qui lui fait dire :

« Prévenez-moi que vous êtes bien arrivée »

Ce n'est pas grand chose, une phrase de politesse, mais elle est prononcée avec un intérêt sincère, alors Yara sourit.

C'est un premier pas.

oOoOo

Puis-je venir vous rendre visite ? Il me semble qu'il serait utile pour nos deux pays de parler d'avenir. J'aurais plusieurs propositions commerciales à vous soumettre.

C'est un deuxième pas, cette fois-ci initié par Yara, qui, les yeux rivés sur l'horizon, espère que celui-ci se fende d'un corbeau lui apportant une réponse positive.

Cet accord lui tient à cœur, oui, mais elle veut également retourner devant l'arbre. Theon lui moque atrocement, elle ne réalise pas encore qu'il est parti pour toujours, sa première visite et le corps absent ne lui ont pas permis à l'information de s'imprégner dans son esprit – mais peut-être que constater que rien n'a changé lui fera enfin comprendre ?

Alors Yara guette, patiente, jusqu'au jour où trois mots lui parviennent enfin.

Je suis d'accord.

.

Sansa est fatiguée.

Elle ne dort plus – elle n'a jamais beaucoup dormi, pas depuis Port-Réal, encore moins depuis Ramsay, mais les deux heures qu'elle parvenait parfois à voler à la nuit se sont définitivement envolées. Dès qu'elle ferme les yeux, des images d'horreur s'imposent à elle. Des vagues déferlent sur Winterfell, mais celles-ci sont de feu et non d'eau. Un mélange idéal entre les Targaryen et les Greyjoy, un mélange qu'elle redoute plus que tout et dont elle ne parvient à se calmer que lorsqu'elle se souvient que Daenerys et morte et ses dragons partis.

Mais tout comme Ramsay continue de la tourmenter, le fantôme de la reine des dragons ne parvient pas à s'éteindre totalement.

.

Yara voit que la méfiance de Sansa est toujours là.

Elle ne lui en veut pas – elle aussi se méfie quelque part de la louve. Celle-ci a survécu aux Lannister, à Littlefinger, à Ramsay – à des monstres. Elle n'aurait pas pu le faire si elle n'avait pas pris au moins un tout petit peu exemple sur eux.

Alors elles se regardent les yeux dans les yeux, cherchant une étincelle folle prête à exploser, à ordonner la mort de l'autre, un souffle monstrueux. Mais Yara ne trouve que sollicitude sincère dans les yeux de Sansa, une réelle préoccupation pour son peuple, et Sansa ne voit dans le regard que Yara qu'une détermination sans faille de faire ce qui est bien.

Ce qui fait que sans y prendre garde, elles trouvent l'une chez l'autre une admiration teintée de respect.

Vous n'êtes en effet pas Daenerys, je commence en effet à le voir, voudrait dire Sansa.

« Cet accord, ainsi présenté, vous convient-il ? » demande-t-elle à la place.

« Oui » répond Yara, une joie sincère d'avoir réussi à travailler main dans la main avec la louve.

Alors pourquoi ressent-elle un tel pincement au cœur à l'idée que leur accord soit enfin finalisé ?

Parce cela signifie que je vais bientôt partir, réalise-t-elle soudainement.

Parce que je l'aime, serait plus juste.

Mais si Yara sait voir dans ses prochains, elle n'a jamais réussi à être clairvoyante avec elle-même.

.

« Je vais bien. Je vous remercie »

C'est faux. Yara le voit bien – la voix, les mains, mais surtout les yeux... Non, Sansa Stark ne va pas bien. Mais que peut-elle dire, faire ? Est-elle en droit de faire remarquer à une reine qu'elle ment sur son état psychique et physique ? Daenerys n'appréciait pas que l'on lui fasse remarquer une possible faiblesse.

Mais Sansa n'est pas Daenerys du moins, Yara veut le croire.

Alors elle ne dit pas qu'elle ne la croit pas, mais elle ne s'en va pas non plus – elle opte un intermédiaire : elle parle.

« Je n'arrive pas à dormir non plus. Je fais des cauchemars. De mon oncle. De Theon. Mais surtout... de Daenerys »

La bouche de Sansa cesse de trembler pour s'ouvrir en un « oh » surpris.

« Vraiment ? » demande-t-elle.

« Oui » répond Yara d'un ton amer. « Je rêve qu'elle se relève des cendres de Port-Réal pour faire connaître le même sort au restant des Sept Couronnes. Et même lorsqu'elle reste morte et que son fantôme me laisse tranquille, ce sont ceux des âmes de Port-Réal qui viennent me rendre visite. Ils tournent autour de moi, me répétant que leur mort tragique et de ma faute. Je ne parviens à me débarrasser d'eux parce que... je sais qu'au fond de moi, ils ont raison. »

« Vous n'êtes pas Daenerys » murmure Sansa. « Vous avez fait bien plus pour la paix que elle ne l'a jamais fait. Elle est venue dans l'optique de tous nous dominer. Alors que vous... votre corbeau et votre présence sont destinés à des échanges de confiance »

« Je ne suis pas elle. Mais comme vous l'avez vous-même dit, je l'ai amenée ici. »

« Je dis beaucoup de choses... mais elles ne sont pas toujours justes. »

« Je pensais que les reines ne commettaient jamais d'erreurs. »

« Les reines sont les premières à en faire » soupire Sansa. « Mais certaines en font des plus graves que d'autres. »

« Vos erreurs, si tant est que vous en ayez commises, sont loin d'équivaloir à celles de Daenerys. Les miennes, en revanche... »

« Les vôtres n'en sont pas également. Daenerys était une erreur, mais elle n'était pas de votre faute. Elle n'était pas... elle n'était pas comme cela lorsque vous l'avez rencontrée, n'est-ce pas ? »

« Oh non » soupire Yara, un sourire rêveur sur les lèvres – et pourquoi par les Sept Sansa sent son cœur se serrer en voyant qu'il ne lui est pas destiné ? « Elle était déjà forte à Meereen. Puissante, également. Mais juste. Pleine d'idéaux et de rêves de paix. Elle donnait envie de la suivre jusqu'au bout du monde, car avec elle, l'on avait l'impression que celui-ci deviendrait plus beau. »

Sansa frissonne alors que les mots de Yara lui parviennent – un monde plus beau, n'est-ce pas ce que chacun désire ?

« Il est dommage qu'elle ait oublié son rêve » déclare-t-elle sobrement.

« Je regrette de ne pas avoir su le lui rappeler quand il en était encore temps/ »

« Je ne peux que le regretter aussi mais... Je suis tout de même heureuse de vous avoir ici. »

« J'aurais pu venir vous rendre visite même avec Daenerys sur le trône. »

« Quelque chose me dit que non... »

« Ah oui ? Et pourquoi cela ? » demanda Yara, franchement curieuse.

« Vous l'aimiez, n'est-ce pas ? »

Yara ne sait quoi répondre – aimait-elle Daenerys ? Elle ne sait pas.

Comme elle le dit toujours, elle n'a jamais été clairvoyante avec elle-même.

« Vous l'aimiez » répète Sansa avec tant d'assurance que Yara réalise que oui, elle aimait Daenerys. « Vous seriez allée avec elle, et si vous étiez venue à Winterfell, vous m'auriez vu comme une ennemie. Et je suis... je suis heureuse de vous avoir comme une amie. Si vous me permettez ce terme. »

Une amie.

C'est une chose que Yara n'a jamais eu.

C'est un concept qui lui plaît bien. Beaucoup, même.

« Oui. Je vous le permet. Et bien plus : je vous le retourne. »

Des amies.

C'est une chose qu'elle n'avait pas imaginé en proposant cet accord.

oOoOo

« Je vais bien. Je vous remercie. »

C'est la deuxième fois que Yara retrouve Sansa sur les remparts du château. Et c'est la deuxième fois que celle-ci lui ment lorsqu'elle lui demande si elle va bien. Alors Yara redemande, doucement, pour ne pas la brusquer :

« Vous êtes sûre ? »

« Oui » répond sèchement la reine, avant de reprendre plus calmement : « Je suis simplement venue prendre l'air. »

C'est un mensonge, mais Yara fait semblant de le croire :

« Je vous comprends. J'ai parfois également l'impression d'étouffer. C'est pour cela que je suis sortie »

Le feu. Le sang. Les cris. Les cendres.

C'est pour leur échapper que Yara est sortie – mais elle n'en dit rien. Elle aussi a appris à mentir. Alors à la place, elle regarde le ciel et se force à sourire :

« Il faut dire que les étoiles sont magnifiques. Le ciel du nord est exceptionnel... Toutes ces raies de lumières vertes, je n'ai jamais rien vu de tel. C'est presque irréel »

« Ce sont des aurores boréales » explique Sansa. Elle sait que Yara ment aussi, elle a vu tellement de menteurs dans sa vie qu'elle sait les reconnaître mais aucun n'avait menti pour d'aussi bonne raisons que la Fer-née, alors elle continue comme si de rien n'était. « Elles sont observées depuis des centaines d'années dans nos contrées. D'après Jon, elles sont encore plus impressionnantes au-delà du mur. »

« Si celles-ci ne sont pas les plus grandes, je me demande bien à quoi elles doivent ressembler là-bas... Peut-être prennent-elles la forme de fantastiques personnages qui dansent dans le ciel ? »

« Vous avez l'air fascinée par le ciel » répond Sansa en souriant.

Elle sourit, et Yara réalise que les yeux de Sansa Stark ne sont pas les seules choses magnifiques que celle-ci possède : sa bouche l'est également, surtout lorsqu'elle est si heureuse. Ce constat la laisse bouche bée.

« Oui » finit-elle par souffler.

Elle ne dit rien d'autre elle craint qu'un « le ciel n'est pas le seul élément du Nord qui me fascine » ne lui échappe.

.

Contrairement aux deux dernières nuits, les yeux de Sansa ne sont pas tournés vers le ciel. Son regard est plongé dans la direction opposée, des dizaines de mètres plus bas.

Le cœur de Yara arrête de battre lorsqu'elle se rend compte de ce que cela veut dire, de ce que Sansa veut faire, de ce qui est sur le point de se passer. A-t-elle à ce point sous estimé les mensonges de la louve ? Mais elle n'a pas le temps de culpabiliser d'avantage sur ce qu'elle aurait dû faire ou dire les nuits précédentes : il lui faut se précipiter pour la retenir.

Alors Yara court vers elle tant bien que mal malgré la neige, et la prend dans ses bras. C'est une étrange sensation que cela – elle n'a jamais touché Sansa, son corps est chaud sous ses doigts, mais elle ne peut en profiter. Elle doit la mettre à l'abri, l'éloigner du vide, l'empêcher de les quitter.

Sansa elle se fige devant le contact étranger. Elle tente de se dire que ce n'est que Yara, son amie comme elles se le sont promis, elle ne lui fera pas de mal, mais elle est survenue si brusquement qu'elle ne peut empêcher son cœur de battre de mille feux paniqués.

« Vous n'allez pas bien » murmure Yara. « Il n'existe pas de mots assez fort pour dire à quel point je suis désolée d'avoir fait semblant de le croire et de ne pas avoir vu votre détresse. Je suis vraiment, vraiment désolée. Mais je suis là désormais »

La rousse papillonne des yeux, un point d'interrogation palpable dans son regard, si bien que Yara voit qu'elle a besoin de précisions – mais la situation n'était-elle pas assez claire ? Se croit-elle si seule au monde qu'elle pense sincèrement que personne ne se soucierait de sa disparition ?

« Vous voir ainsi, prête à sauter, cela... c'était une vision insoutenable. »

Une nouvelle fois, la bouche de Sansa s'écarte de surprise.

« Je... je ne comptais pas sauter » finit-elle par dire.

C'est au tour de Yara d'être incroyablement gênée.

« Mais vous... vous regardiez le sol avec une telle volonté... j'ai cru... »

« Je ne comptais pas sauter » répète Sansa. « Mais... j'ai déjà sauté d'ici. Avec Theon. C'était le seul chemin pour échapper à Ramsay... alors nous l'avons emprunté »

« Vous auriez pu mourir » est tout ce que parvient à murmurer Yara.

« Oui. Mais nous étions déjà morts à cette époque-là. C'est justement la chute qui nous a redonné vie »

« Alors... c'est bien comme ça que vous vous sentez ? En vie, je veux dire ? »

« Oui »

« Et c'est bien en vie que vous comptez rester ? »

« Oui »

Yara soupire de soulagement et c'est cela, plus que sa réaction paniquée ou ses excuses qui fait comprendre à Sansa que la Fer-née s'est en effet inquiétée pour elle. Alors, tout en chassant les tremblements qui parcourent ses doigts, elle les poses sur le bras de Yara.

« Je compte bien rester en vie. Surtout lorsque je vois que j'ai une amie telle que vous qui y tient tant »

.

« Je rentre après-demain »

Dans le silence de la nuit, la phrase de Yara sonne comme une sentence.

« C'est compréhensible. Maintenant que le traité commercial est signé, vous n'avez plus aucune raison de rester »

Ce n'est pas vrai, voudrait répondre Yara.

« Je pourrais revenir un jour ? » dit-elle à la place. « Ou vous pourriez visiter les îles de Fer »

Ce n'est pas la déclaration d'amour qu'elle souhaiterait faire, mais c'est une proposition amicale, alors Yara ne s'estime pas complètement lâche. Surtout lorsque Sansa répond :

« C'est une idée charmante »

Suite à cela, elles restent toutes deux silencieuses, chacune tournée vers les étoiles.

Puis, alors que les minutes passent et que Yara fait savoir qu'elle rentre se coucher, Sansa demande :

« Reviendrez-vous demain regarder les étoiles ? »

Reviendrez-vous demain me tenir compagnie ?

« Bien sûr. Je ne pourrais passer une nuit sans observer le ciel »

Je ne pourrais passer une nuit sans vous observer.

.

« Comment allez-vous ce soir ? »

Le silence est trop lourd pour que Yara reste sans rien dire.

« Bien, je suppose... » répond Sansa. « Je veux dire... je n'irai sans doute jamais totalement bien, mais avec le temps, je ne vais plus totalement mal. C'est donc une chose plutôt positive, non ? »

« Oui, très » sourit Yara.

Sansa lui a dit la vérité, Sansa s'est sentie suffisamment en confiance pour lui parler honnêtement de ses sentiments, c'est donc forcément positif. Et puis, Sansa a raison : rien n'ira jamais parfaitement, dans leur vie comme dans celle de Westeros. Tout ce qu'elles peuvent faire, c'est essayer d'éloigner le plus possible les éléments négatifs.

« Theon serait fier de vous » déclare soudainement Yara. « De la reine forte et juste que vous êtes devenue. Celle qui su accorder sa confiance à nouveau »

« C'est parce que cette personne la méritait » répond gentiment Sansa.

Sa bouche se fend pour la seconde fois d'un sourire – non. Pour la deuxième fois, car Yara va tout faire pour que cela ne soit pas le dernier.

« J'espère que je continuerai à la mériter »

« Qui vous a dit que cette personne était vous ? » rétorque espièglement la louve.

Cette fois-ci, c'est à Yara de sourire, et même d'émettre un petit rire. C'est lorsqu'elle entend ce son, qu'elle n'avait plus entendu depuis plusieurs années, qu'elle réalise pleinement : elle est tombée amoureuse de Sansa Stark.

Sansa, elle, regarde Yara, incrédule, comme si elle n'avait jamais entendu rire de sa vie et qu'elle se disait que ce son était le plus délicieux qu'elle n'avait jamais entendu auparavant.

Elles restent donc à se regarder ainsi, les yeux dans les yeux, un mélange de doutes et de certitudes dans leur regard.

« Vous pourriez... Ne pouvez vous pas décaler votre départ d'un jour ? » demande finalement Sansa. « J'aurais une chose à vous demander, mais je n'ose le faire aujourd'hui »

Yara voudrait rester toute la vie, mais cela ne tient pas qu'à elle. Alors elle dit :

« Oui. Mais seulement un jour »

.

Sur les remparts, Sansa fait les cent pas, encore et encore.

Elle est interrompue dans ce manège angoissé par Yara :

« Je suis là » s'annonce-t-elle sobrement.

Oui, Yara est là, et Sansa n'est pas prête. Elle pensait qu'une journée supplémentaire pour reprendre ses esprits et le contrôle d'elle-même suffiraient, mais la réalité est qu'il n'en est rien. Elle voudrait demander à Yara un nouveau délai, pas longtemps, justes quelques jours. Mais Yara a déjà retardé son départ et ne pourra étendre son séjour plus longtemps elle aussi a une maison à protéger.

Alors Sansa prend son courage à deux mains, tente d'ignorer les fantômes de Joffrey, Ramsay et Littlefinger que la journée n'a pas réussi à chasser, et se rapproche de Yara.

« Arrêtez moi si je fais quelque chose qui vous déplaît »

Elle s'avance d'avantage.

Yara ne l'arrête pas.

Alors Sansa dépose un léger baiser sur ses lèvres.

C'est au tour de Yara d'émettre un « oh » surpris – mais elle se reprend rapidement, avant de lui rendre son baiser.

Et lorsqu'elle pose doucement ses mains dans son dos, Sansa voit les fantômes devenir un peu plus translucides. Ils sont toujours là, le seront très certainement à vie, mais Sansa pressent qu'avec Yara à ses côtés, ils ne seront plus aussi présents qu'avant.