Dernier moment de calme avant la tempête !


Stiles était d'une humeur massacrante. Derek n'était pas revenu après avoir quitté leur suite et il devait désormais supporter seul la présence de Peter Ducon Hale pour la soirée. Il avait hâte que cette plaisanterie soit finie pour pouvoir retourner s'enfermer dans son confortable appartement, seul loin de tous les connards qui peuplaient la surface de cette planète. Le connard à ses côtés était en train de vérifier son apparence dans le miroir pour la énième fois et Stiles ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi le loup-garou était si obsédé par son apparence. Il était présentateur radio, pour l'amour du ciel, aucun de ses trillions d'auditeurs ne s'en rendraient compte s'il avait un cheveu de travers.

Il trouva réponse à sa question quand ils sortirent de leur limousine en face du Los Angeles Music Center. Le Dorothy Chandler Pavilion était un grand bâtiment carré doté de larges fenêtres et entouré de gigantesques piliers soutenant l'avancée du toit. D'immenses affiches faisaient la promotion du concert en lettres majuscules, mettant en avant de superbes photos de la banshee aux cheveux roux, habillée d'une robe bleue à la coupe classique, le tissu glissant comme de l'eau sur sa fine silhouette. Il n'eut qu'une seconde pour tout observer, avant que les journalistes ne lui fourrent leurs appareils photo dans la figure, les photographiant, lui et Hale, qui avait glissé un bras amicale derrière ses épaules et souriaient de toutes ses dents aux journalistes.

Pour la première fois, Stiles était heureux d'avoir le présentateur à ses côtés, car sa lumineuse personnalité attirait l'attention de tous loin de l'humain maigrelet pour se concentrer sur le loup-garou qui répondait à toutes les questions d'un air taquin, y compris celles destinées à Stiles. Comme un pro, il les guida tout deux à travers la foule vers l'entrée de l'opéra aussi vite qu'il lui était possible sans négliger la presse.

Une fois dans le hall de marbre, Stiles eut une seconde pour reprendre son souffle avant qu'Allison Argent n'apparaisse soudain à ses côtés, vêtue d'une robe de soirée sans bretelle et ayant l'air fortement énervé.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il ébahi et légèrement subjugué par son teint éclatant.

-Je m'assure que tu ne fasses rien de stupide. Comment as-tu pu monter à bord de l'avion sans moi ? On est censé faire équipe sur cette mission, Stiles ! »

Sa frustration à son encontre transparaissait dans sa voix et Stiles en eut l'estomac noué de honte. Pendant des années, ils s'étaient fait confiance, à toujours pouvoir compter l'un sur l'autre, et maintenant il l'avait déçue, elle aussi.

« Qui est cette délicieuse friandise, Stiles ? Tu as deux chevaux gagnants à l'écurie ? Espèce de vieux renard ! Gazouilla Hale en lançant un regard approbateur à Allison.

-Pardonnez mon indélicatesse, je suis Allison Argent, une amie de Stiles. Je l'accompagne ce soir.

-Peter Hale, enchanté, se présenta l'animateur radio d'un ton distingué en lui déposant un baiser sur la main. »

Stiles se tourna vers elle d'un air furieux quand une idée effrayante lui vint à l'esprit :

« Attends, où est Derek ? Je te jure que si tu as touché à un seul de ses cheveux...

-Je n'ai pas touché à ton petit-copain, siffla Allison. Mais si tu avais eu le culot de l'amener ici, je lui aurait cassé la figure avant de le laisser au vestiaire pour que tu viennes le chercher une fois qu'on aurait récupéré les pierres. Allez, viens maintenant, dit-elle soudain en reprenant un ton tranquille avant de s'accrocher à son bras, se souvenant de la présence des civils autour d'eux. On va profiter du spectacle avant d'aller rencontrer la Banshee. »

Les assistants de Hale sortirent de nul part et se mirent à bavarder de façon énervante tout autour de lui. Ils étaient suivis d'un homme à l'air important qui se présenta comme étant le directeur adjoint de l'Opéra de Los Angeles et d'une très belle femme coiffée d'une petite tiare et le torse drapé d'une écharpe sur laquelle on pouvait lire « Miss Californie ». Des noms furent échangés et des mains furent serrées dans la précipitation, tandis que l'animateur radio accrochait son petit micro autour de sa tête et parcourait rapidement le programme de la soirée avec l'un de ses assistants. Comme un seul homme, le groupe se tut alors qu'un homme avec un énorme casque sur les oreilles et les yeux fixés sur sa montre se mit à faire un décompte en abaissant progressivement les doigts de sa main.

« Los Angeles ! » S'exclama Hale de sa voix d'itinérant du spectacle au rabais quand le décompte toucha à sa fin. « Peter Hale à votre service pour deux heures avec l'heureux gagnant du concours de la marque Cheerios, Stiles Stilinski, le directeur adjoint de l'Opéra de Los Angeles, Bernard Greenberg, et Miss Californie 2014 en personne ! Ainsi que les trois mille autres chanceux ici présents qui ont le privilège de profiter de l'unique concert de Mademoiselle Lydia Martin ! »

Hale fit son annonce d'un ton vif et impeccable tandis que leur vaste groupe se mettait à avancer à l'intérieur du bâtiment. Dans la salle de concert, des sièges moelleux étaient répartis sur quatre étages reliés par de larges escaliers en spirales. La lueur des chandeliers suspendus au plafond éclairait la salle d'une lumière inquiétante. Le son des murmures échangés résonnait dans la grande salle, alors que les membres du public cherchaient leurs sièges.

« Nous entrons à présent dans ce qui doit être la plus belle salle de concert des États-Unis ! Le Dorothy Chandler Pavilion fait partie du Los Angeles Music Center, qui est l'une des trois plus grandes salles de spectacle des États-Unis. » Hale s'arrêta un moment et jeta un œil à la richesse du décor de la salle avant de faire un geste dédaigneux de la main : « Mais qui ça intéresse ? »

Ils descendirent les rangées de sièges à grandes enjambées tandis que le présentateur radio se mit à enchaîner les ragots au sujet des personnalités connues qui se trouvaient dans le public : « À ma droite, une rangée de ministres, plus sinistres que ministres. À ma gauche, Lou Ferrigno, tête d'affiche de l'Incroyable Hulk des années 70. Il ne risque pas de beaucoup profiter du concert. Il est sourd comme un pot ! » cria-t-il en direction de l'acteur, qui semblait avoir quelques soucis à rédiger une dédicace au nom de l'un de ses fans. « Et voici Mike Morin, lanceur des Los Angeles Angels ! » Il tapa dans la main de l'athlète en le croisant. « Mary Fallin, Gouverneur de l'Oklahoma, et son adorable fille. ''J'adore chanter'', m'a-t-elle récemment confié. J'ai d'ailleurs un enregistrement de sa voix sublime. Je vous ferai entendre la chanson en entier après le concert, il est temps de tendre le micro à Stiles pour le mot du jour ! »

Hale s'arrêta brusquement quand ils atteignirent le premier rang et arracha un micro de la main de son assistant pour le tendre sous le nez de Stiles. L'humain s'était habitué aux singeries de l'animateur et se contenta de le regarder d'un air blasé.

« Dites moi, mon cher, est-ce que vous êtes heureux d'être ici dans la cour des grands ?

-Ravi. »

Il s'assit sur son siège à côté d'Allison, affichant son mécontentement à être traîné une fois encore dans cette émission de radio stupide, tandis que Hale tremblait sous l'effort que cela demandait pour ne pas laisser la colère transparaître dans sa voix :

« Et sur ce..., se força-t-il à dire, la mâchoire serrée, Champagne ! »

Il fit signe à un serveur de haute taille et se saisit d'un des verres sur son plateau avant lui faire signe de repartir.

« Publicité ! S'exclama-t-il d'un ton irrité dans son oreillette. Pub ! »

Chacun finit par trouver son siège et les murmures se turent alors qu'on tamisait les lumières. La salle était plongée dans le noir quand le rideau se leva et un unique faisceau de lumière vint éclairer une silhouette féminine. L'orchestre se mit à jouer une douce mélodie tandis que Lydia Martin s'avançait lentement sur le devant de la scène, habillée d'une robe de soirée en soie de couleur lilas. La Banshee était à couper le souffle et pour un court instant, Stiles se dit que si Derek ne partageait jamais ses sentiments, cette femme serait sans aucun doute la prochaine personne dont il tomberait amoureux.

Son admiration n'en fut que plus grande quand la rouquine ouvrit la bouche et se mit à chanter d'une voix divine, ensorcelant tous les membres du public en quelques secondes. Envoûté, Stiles s'assit confortablement dans son siège et se laissa porter par la musique et la vague d'émotions qui l'accompagnait.