Action !


Derek attendait patiemment que la Banshee revienne. Tel un mannequin, il était assis immobile sur l'escalier de secours, les yeux fixés sur le mur opposé, et prêtait une oreille attentive à ce qui l'entourait.

Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé quand il entendit la sonnerie de l'ascenseur, annonçant que les portes allaient s'ouvrir à cet étage. Le loup-garou se leva lentement d'où il était assis, la moindre fibre de son être immédiatement tendue en direction du danger. Pour s'assurer qu'il s'agissait bien de la Banshee et non d'un employé de l'hôtel, il entrebâilla la porte de l'issue de secours pour jeter un œil à l'extérieur.

Ses narines frémirent quand lui parvint l'odeur musquée d'autres loups-garous. Il observa avec appréhension une large meute, avec à sa tête une femme marchant pieds nus et une paire de jumeaux, s'avancer vers la suite.

« Tu penses que c'est une bonne idée, Kali ? Lui demanda à voix basse l'un des deux frères.

Le loup-garou femelle avait l'air déterminé :

-Ennis a davantage d'hommes avec lui à l'Opéra, prêt à s'emparer de la Banshee au cas où le coffret ne se trouverait pas ici. Si Deucalion tient tellement à avoir les pierres, il devra se bouger et nous remettre en échange les membres de la meute qu'il nous a enlevés. Si ce bâtard d'aveugle a fait quoi que ce soit à Jennifer...

Elle se tut et inspira calmement avant de se concentrer à nouveau sur la situation présente :

-Eh bien, on s'assura de faire de sa vie un enfer.

Elle lui sourit d'un air torve avant de doucement toquer à la porte et d'attendre patiemment qu'on lui réponde.

-Oui ! S'écria une voix masculine à l'intérieur de la suite.

-Champagne pour la Banshee ! »

L'assistant de Mademoiselle Martin ouvrit la porte, un air ennuyé sur le visage. L'ennui laissa immédiatement place à la panique quand la femme lança son bras en avant pour le saisir à la gorge. Elle souleva l'homme et le lança en arrière à l'intérieur de la suite, le tout avec une force remarquable.

D'une démarque calme et assurée, elle entra après lui, suivie par le reste de sa meute.

Derek pouvait entendre des cris et des coups de feu, et ses muscles se contractèrent, envahi par le profond besoin de protéger. Tout son être se mit instinctivement en action quand il franchit la porte d'un bond pour se jeter à l'intérieur de la suite.

L'homme qui avait ouvert la porte reposait immobile contre le mur opposé, un important flot de sang s'écoulant de l'arrière de sa tête. Une autre personne était effondrée sur le sol au milieu de la pièce, le visage lacéré jusqu'à en être méconnaissable, mais sa chevelure blonde et bouclée permit à Derek de reconnaître la jeune femme. Un petit revolver, de taille à facilement tenir dans un sac à main, reposait à ses côtés, mais il n'avait de tout évidence pas servi à grand chose. Des balles normales ne pouvaient arrêter un loup-garou, encore moins tout une meute. Se tenant autour de leurs victimes, les loups-garous fouillaient tiroirs et malles, saccageant toute la suite dans leur empressement à trouver ce qu'ils étaient venus chercher.

« Je l'ai trouvé ! » Déclara l'un d'entre eux, tenant un lourd coffret de bois orné de sculptures aux détails minutieux, au moment-même où Derek se jeta à l'intérieur, animé par la colère.

La meute se tourna vers lui, sous le choc, figée le temps d'un instant. Il profita de l'effet de surprise et s'en prit rapidement au loup-garou le plus proche en lui donnant un coup de tête. Un craquement retentit alors que son nez était réduit en morceaux et que du sang se mettait à couler sur son visage. Au ralentit, il tomba à genou avant de s'effondrer en avant sur le sol.

La femme prit le coffret en bois des mains de son sbire avant d'aboyer un ordre à la meute :

« Attrapez-le ! »

Sortant tous de leur torpeur, les autres loups se jetèrent sur lui, le menaçant de leurs crocs aiguisés. Derek sentit ses propres dents s'allonger en retour, ses griffes pousser et des traits lupins déformer son visage. Il se débarrassa d'un coup de pied du premier ennemi qui lui barrait le passage, ce dernier venant s'écraser contre un autre loup-garou qui se retrouva ainsi assommé sous son poids. Son prochain adversaire essaya de l'attaquer à coups de griffes, mais Derek s'empara de son poignet avant que les griffes affûtées ne puissent atteindre son visage. Faisant ainsi crier le loup, il lui tordit le bras et le força à se mettre à genoux. D'un mouvement souple, il lança sa jambe en arrière, repoussant d'un coup de pied un autre loup-garou qui tentait de l'attaquer par derrière, avant d'à nouveau pousser son genou vers l'avant, frappant ainsi en pleine tête le loup qui se trouvait à genoux, le coup déformant sa mâchoire qui se retrouva à pendre à un angle peu naturel.

Le loup-garou qui avait tenté d'attaquer Derek par derrière était sur le point de s'en prendre de nouveau à lui. Il sortit un couteau ridiculement grand d'un fourreau attaché à sa jambe. Quand l'acier aiguisé capta le reflet de l'éclat rouge alpha dans les yeux de Derek, ce fut comme si la lame était déjà couverte de sang avant même qu'elle ne soit venue trancher la chair.

Avec de brusques mouvements, il tenta de venir entailler Derek sans lui laisser l'occasion de s'approcher de lui. D'un pas dansant, Derek recula et esquiva tous les coups. En un tournemain, le loup-garou changea sa façon de bouger, cherchant à prendre Derek par surprise, et plongea le couteau en avant. Derek sentit la pointe du couteau entailler sa peau à l'endroit même où se trouvait son cœur, mais il avait refermé une main sûre autour de la lame, avant qu'elle ne puisse s'enfoncer davantage dans sa poitrine. Il pouvait sentir le métal trancher la chair de ses doigts jusqu'à venir gratter l'os, mais il maintint fermement sa prise autour de la lame. L'autre loup-garou ouvrit des yeux grands comme des soucoupes quand Derek tira de toutes ses forces sur le couteau pour l'extirper de son torse et le retourner vers son adversaire. Le loup-garou haleta sous l'effort, cherchant à reprendre le contrôle de son arme, mais Derek était plus fort que lui. Progressivement, il retourna la lame, jusqu'à ce qu'elle se retrouve juste en dessous de la mâchoire de l'autre homme, pointe vers le haut. D'un mouvement rapide, Derek leva son genou pour venir cogner contre le pommeau du couteau et il s'enfonça directement à travers la partie tendre du dessous de la mâchoire du loup-garou jusqu'à ce que la pointe ressorte au sommet de sa tête, envoyant gicler un jet de liquide rouge dans les airs.

Au moment où le loup-garou tomba au sol, les deux jumeaux s'avancèrent vers Derek, l'attaquant de différents côtés. Se déplaçant rapidement, il esquiva leurs poings puis se saisit de l'épaule d'un des jumeaux et l'attira à lui avant de lui faire décrire un arc de cercle pour le lancer contre son frère. Tout deux firent quelques pas chancelants en arrière avant de reprendre pieds. Ils échangèrent un bref coup d'œil avant de se saisir chacun de l'épaule de l'autre et de se mettre à grogner sous l'effort alors qu'ils se mirent à s'enfoncer l'un dans l'autre. Derek observa, sidéré, alors que les deux loups-garous fusionnaient ensemble pour en former un plus grand.

Un sourire narquois aux lèvres, le loup issu de la fusion des jumeaux baissa les yeux sur Derek, qui se sentit soudain très petit en comparaison. Sans effort, il souleva le plus petit loup-garou et le jeta à travers la suite. Derek atterrit lourdement sur la table basse qui s'écrasa sous son poids. Il ignora la douleur et se jeta à nouveau sur l'homme gigantesque qui lui faisait face, ses gestes bien trop rapides pour l'immense loup-garou, et parvint à lui donner un coup de poing dans le ventre. Le loup-garou se contenta de baisser les yeux sur Derek, avant de lever son large poing pour le frapper au visage. Il fut à terre en un instant, mais roula rapidement au sol pour balayer les jambes de son adversaire d'un coup de pied. Le loup-garou tomba au sol comme un arbre qu'on abat. Dans la foulée, Derek s'empara d'une lampe sur pied, en brisa le haut, puis se saisit de la tige en métal pour enfoncer le bout cassé à travers le torse fusionné des jumeaux, épinglant leur énorme silhouette au sol. Poussant des cris de détresse, ils se saisirent de la tige en métal pour essayer de la retirer de leur torse, mais Derek s'était déjà tourné vers une grande armoire qu'il avait poussée dans leur direction, laissant tomber le lourd meuble qui s'écrasa sur le gigantesque loup-garou dans un vacarme assourdissant.

Ses épaules se soulevaient au rythme de sa respiration tandis que Derek se remettait à nouveau debout. Il fit volte-face quand il entendit le dernier loup-garou s'approcher derrière lui.

En poussant un soupir, la femme aux pieds nus mit le coffret de côté en le posant au sol et s'avança silencieusement vers lui. Elle fit craquer sa nuque et, se réarrangeant dans un crissement d'os, son visage humain se para de traits lupins. Encore sous l'effet de l'adrénaline, il se jeta sur elle en poussant un grognement sourd. La femelle alpha esquiva ses poings avec adresse avant de se baisser au sol. Tournant sur elle-même, elle sauta d'un pied sur l'autre, lançant ses jambes l'une après l'autre pour venir frapper Derek au torse, ses longs ongles venant profondément entailler son t-shirt ainsi que la peau qui se trouvait en-dessous.

Le loup-garou trébucha en arrière, une main plaquée contre son torse douloureux tandis que la couleur grise de son t-shirt était obscurcie par le sang. Les yeux de Kali scintillèrent à la vue de sa souffrance et elle lui offrit un sourire carnassier qui laissait entrevoir ses dents aiguisées.

En un clin d'œil, elle s'en prit de nouveau à lui. Cette fois, il s'attendait à son attaque et au moment où elle leva la jambe, il mit un genou à terre, coinça son mollet sur son épaule, avant de rapidement se relever. Perdant l'équilibre, la femme tomba sur le dos dans un bruit sourd, mais avant que Derek ne puisse profiter de son avantage, elle leva son autre jambe sur son épaule et enserra sa tête entre ses cuisses.

Le visage rougi par l'effort et les yeux peu à peu exorbités, il avait du mal à reprendre son souffle. Il lui était impossible d'avancer ou de reculer, et qu'importe à quel point il enfonçait ses griffes dans la chair de cette femme, elle ne lâchait pas prise. Elle rit en contractant encore davantage ses muscles, joignant ses jambes derrière sa tête, et resserra sa prise autour du cou de Derek.

Un sentiment de désespoir s'empara du loup-garou, les battements de son cœur aussi rapides que les ailes d'un petit insecte, pompant le sang dans ses veines à toute vitesse. Il ressentit une intense douleur dans ses os, plus ténue que la douleur vive des coupures qui lui avait transpercé le torse, mais moins négligeable. Il sentit son squelette commencer à se briser pour venir se reconstruire sous une autre forme. Ses griffes ressortirent des cuisses de la louve quand ses épaules se rapprochèrent l'une de l'autre, l'empêchant de tendre les bras dans cette position-là, et ses mains se transformèrent en d'énormes pattes. Les muscles de son cou se renforcèrent et son visage s'étendit sur un gros museau tandis que tous ses sens étaient amplifiés et assaillaient son esprit de nouvelles informations, comme l'odeur nauséabonde de la haine que ressentait cette femme, ou les battements rapides de l'artère carotide dans son cou.

Les yeux soudain emplis d'effroi, la femme leva les yeux sur l'énorme loup noir qui se trouvait au-dessus d'elle. Elle n'eut pas assez de forces dans les jambes pour le retenir quand le loup-garou poussa de ses pattes arrières contre le sol et se jeta en avant. En poussant un grognement féroce, il referma la mâchoire sur son cou et enfonça ses dents dans la chair tendre qui se trouvait là.

Un sang chaud emplit sa bouche et un fort goût métallique submergea ses sens. En un clin d'œil, sa rage avait disparu et tout ce qu'il ressentait, c'était l'agonie de la femme en dessous de lui. Horrifié, le loup relâcha sa victime. Kali pressa sa main contre la blessure qu'elle avait au cou, un liquide rouge s'échappant entre ses longs doigts fins. Impuissante, elle perdit son apparence lupine et son visage reprit de doux traits humains déformés par l'angoisse.

Derek grimaça en s'éloignant de la femme haletante. Tentant d'étouffer sa culpabilité, il se détourna d'elle pour examiner le coffret décoré de plumes.

Il se tint au-dessus du coffret et le renifla, prêt à se retransformer pour être capable de l'ouvrir avec des mains humaines, quand ses oreilles se tendirent en direction du bruit soudain d'une canne tapant contre le sol à un rythme irrégulier.

Posant une patte protectrice sur le coffret, il fixa l'entrée des yeux. Il grogna quand un homme s'avança lentement dans son champ de vision, une paire de lunettes noires sur le nez et une canne blanche à la main. Il s'arrêta sur le pas de la porte, le visage dirigé vers l'avant, et non légèrement vers le bas en direction de Derek et, le temps d'un instant, le loup-garou se demanda si l'homme aveugle avait remarqué sa présence.

« Mes félicitations, petit loup, déclara soudain l'homme. Merci d'avoir fait le sale boulot. Je n'aurais pas fait mieux. » Il lâcha sa canne et se saisit d'une mitraillette automatique qu'il tira de derrière son dos. Grâce à ses sens exacerbés, Derek put sentir l'aconit à l'intérieur des balles en dépit de la distance qui les séparait. De sa main libre, l'homme retira ses lunettes, révélant des yeux rouges meurtris qui vinrent directement se fixer sur Derek. « Maintenant, éloignes-toi des pierres. »

Évaluant ses options, le loup resta immobile. Il porta son regard sur l'homme qui lui faisait face et sentit soudain un changement dans l'atmosphère tendue de la pièce. Il se sentit attiré par la connexion intérieure qu'il avait avec la quatrième dimension, le forçant à retirer sa patte noire du coffret et à reculer lentement.

Un muscle tressauta dans le bras de l'homme qui tenait l'arme, mais avant que son doigt ne puisse presser la détente, Derek s'était jeté sur le côté. Près de lui, des balles vinrent frapper le sol, à l'endroit même où il se tenait i peine une seconde. Sans réfléchir, il prit son élan pour sauter sur une commode et se glisser d'un bond à l'intérieur d'une bouche d'aération qui se trouvait au plafond.

Ses griffes vinrent érafler le métal quand il essaya maladroitement de se traîner de tout son corps à travers la bouche d'aération. En dessous de lui, il put entendre l'homme jurer dans sa barbe, suivi par le bruit d'une autre salve de tirs. Derek poussa un hurlement de douleur quand une des balles à l'aconit transperça sa patte arrière gauche.

Finalement, il parvint à disparaître complètement à travers la ventilation. Il avança avec difficultés pour échapper à la ligne de tir, mais le son de sa lente avancée maladroite résonna à travers le conduit d'aération et l'homme redirigea immédiatement son tir en fonction de son nouvel emplacement. Les balles transpercèrent le plafond, faisant de petits trous qui laissèrent passer une faible lueur à travers le conduit d'aération. Le loup tenta de les éviter en se recroquevillant sur lui-même. Il calma sa respiration et ralentit les battements de son cœur pour faire le moins de bruit possible.

Les tirs cessèrent et il entendit l'homme sortir en trombe de la pièce. Sans prévenir, il tira à nouveau, vidant son chargeur de munitions sur toute l'étendue du plafond. Derek tenta de se faire aussi petit que possible afin de ne pas être une cible trop facile, et grimaça quand une autre balle vint lui érafler le flanc.

À court de munitions, l'homme jeta négligemment l'arme de côté, le bruit résonnant dans la pièce quand elle tomba au sol. Derek put l'entendre se déplacer jusqu'à la femme qui respirait encore, même si difficilement, étendue dans une marre de son propre sang, et tenta silencieusement de jeter un œil à la pièce à travers un des trous laissés par les balles.

« Kali », soupira l'homme alors qu'il tirait violemment sur la main qu'elle avait de plaquée contre sa gorge afin de jeter un œil à sa blessure.

Elle le suivit des yeux de son regard mauvais tandis qu'il se redressait pour se saisir du coffret.

« Tu t'es donnée tout ce mal, et pour quoi ? Tu aurais du faire ce que je t'ai demandé sans poser de questions. »

Il ramassa calmement sa canne et se détourna, prêt à partir. Il s'arrêta pour coller une espèce de petite boîte grise avec des boutons sur la porte. Après avoir appuyé sur certains d'entre eux, des chiffres rouges lumineux apparurent et un compte à rebours commença.

L'homme se retourna pour jeter un autre regard à Kali par dessus son épaule :

« Oh, avant que j'oublie : Jennifer est déjà morte. Quand tu la reverras dans quelques minutes, dis lui bonjour de ma part. »

Riant silencieusement dans sa barbe, il quitta la suite, le son de sa canne tapant contre le sol résonnant dans la pièce jusqu'à ce qu'il soit trop loin pour qu'on puisse encore l'entendre.