Thème du jour : Une fleur dans les cendres
Terreau
Le monde se pare d'un voile gris.
Les silhouettes calcinées des arbres peinent à tenir debout. Leurs branches distordues frémissent sous le vent qui arrache de leur écorce charbonneuse des particules noires. Portées par un souffle invisible, elles tourbillonnent dans les airs comme les feuilles dans la brise d'automne. Les ruines des bâtiments détruits par la fureur du feu se dressent en témoins solitaires, ici un pan de mur, là-bas les trois marches d'un escalier qui ne mène plus nulle part, plus loin des tas de gravats, encore et encore, qui ont résisté aux dents voraces de l'incendie. Un épais tapis de cendres recouvre le sol, gommant les formes et les aspérités, dissimulant les corps innombrables dans leur dernière demeure. L'air est chargé de poussière et de mort.
Il n'y a plus âme qui vive, plus de cœur pour s'horrifier de ce spectacle, plus d'esprit pour s'insurger de l'injustice qui a eu lieu ici. Ce désastre est l'œuvre des humains, de leur soif de pouvoir et leur susceptibilité fragile. Mais il ne reste plus personne pour se rappeler des erreurs commises en ces terres. Tombées dans l'oubli, elles attendent déjà leur prochaine heure, prêtes à commettre de nouveaux ravages, inlassables et perpétuelles.
Mais dans ce tableau de noirceur, une touche de couleur éclot. Une feuille, au vert si vif qu'il paraît injurieux, pousse laborieusement au milieu des cendres encore fumantes. Dans ce sinistre terreau, la tige grandit, se nourrit des larmes versées pour chercher la lumière du soleil. Après des jours et des jours à se frayer un chemin dans le brouillard funeste, la vie germe sous la forme d'un bouton doré, qui grossit, grossit, grossit avant d'éclater en pétales orange, lesquels brillent de mille feux sous l'azur du ciel à nouveau dégagé. Tout autour, la nature reprend lentement ses droits, de vaillants brins d'herbe jaillissent ici et là.
Enfin, la fleur laisse place au fruit, volumineuse sphère jaune dont la peau nervurée se pare de spirales. Il repose sur son terreau de cendres, alors que tout autour les feuilles et les fleurs se multiplient, répandant la vie là où la mort s'est abattue.
Trésor aux multiples convoitises, le fruit du démon attend la main qui le cueillera, et plus encore la bouche qui le mangera.
Car dans sa chair juteuse, se cache le pouvoir brut de l'exaltation. La faculté d'éveiller les volontés endormies. La capacité de révéler les forces cachées de ceux qui s'ignorent. L'habilité à révolter les âmes soumises, aguerrir les corps affaiblis, raviver l'espoir tari.
Le Kobu kobu no Mi qui, entre les mains de Belo Betty, la Commandante de l'Est de l'Armée Révolutionnaire, déchaînera les passions et les puissances.
