Derek n'avait aucune idée depuis quand il était étendu dans le noir. Il avait mal partout et il ne pouvait s'arrêter de trembler. Il était trop faible pour bouger, encore moins reprendre forme humaine. Il entendait à peine le faible battement de cœur des loups-garous assommés et la respiration laborieuse de l'alpha en train de mourir. Son cœur se serra à la pensée qu'il était le responsable de toute cette souffrance.

Il tendit l'oreille quand il entendit les portes de l'ascenseur s'ouvrir et des bruits de pas pressés entrer dans la suite. Le cœur de la personne en question loupa un battement à la vue de l'intérieur détruit de la suite et des nombreux loups-garous effondrés au sol. Derek attendit silencieusement alors que l'homme cherchait quelque chose parmi les victimes, jusqu'à ce que son odeur parvienne au conduit de ventilation et que le loup soit incapable de retenir le gémissement qui lui échappa.

« Accroche-toi ! Résonna la voix chaleureuse de Stiles à travers la suite. »

Le cœur de Derek se mit à battre la chamade, déchiré entre plusieurs sentiments. Il ne désirait rien de plus qu'être à nouveau serré dans les bras de l'humain, pour pouvoir respirer sa délicieuse odeur et se cacher du reste du monde, mais il était également incroyablement gêné. Il ne voulait pas que Stiles le voit comme ça, dans la peau d'un meurtrier, recouvert du sang de ses victimes. Il voulait se recroqueviller sur lui-même, se cacher de la gentillesse de l'homme dont il ne méritait pas l'affection, mais il était trop fatigué pour bouger.

On entendit un grincement strident quand quelque chose de lourd fut tiré sur le sol de marbre avant que Stiles ne passe la tête à travers l'ouverture du conduit d'aération.

Derek tourna les yeux vers lui, le regard incandescent, et Stiles retint son souffle à sa vue. Le temps d'un instant, la peur se peignit sur le visage de l'humain, mais le loup laissa ensuite échapper un autre gémissement sourd et l'expression de peur fut remplacée par celle d'une prise de conscience horrifiée.

Ça y est, songea Derek. Il va me fuir maintenant et ne plus jamais poser les yeux sur moi.

Mais au lieu de se montrer raisonnable en prenant la fuite, Stiles tendit lentement la main vers lui. Il passa timidement la main à travers sa fourrure noire et Derek tenta de profiter du contact au maximum. Il pouvait sentir le sang sur les mains de Stiles et le lécha avec inquiétude. Il fut rassuré quand il remarqua que ce n'était pas le sien. Mais l'humain était tout de même dans un sale état. La chemise qu'il portait était trempée de sang et déchirée de toutes parts, une manche complètement arrachée, et sa peau était luisante de sueur. Il était couvert de saletés de la tête aux pieds, ses cheveux auburn rendus presque gris à cause de la cendre dont ils étaient couverts. Il était de toutes évidences épuisé.

« Allez, viens, souffla l'humain avant de délicatement se saisir du loup-garou. Comment tu t'es débrouillé pour atterrir là ?

Pantelant sous le poids du loup, il l'attira hors du conduit d'aération pour l'allonger sur la table sur laquelle il était monté pour atteindre la ventilation.

-Voilà. Je suis là, ça va aller. Tout va bien maintenant, murmura-t-il dans la fourrure de Derek, les paroles de réconfort faisant doucement gronder le loup. J'ai les pierres. Vas-y doucement, d'accord ? »

Le loup-garou avait du mal à garder les yeux ouverts et se contenta de se laisser bercer par la voix apaisante de l'humain, oscillant entre conscience et inconscience.

D'autres bruits de pas se rapprochèrent et Derek ouvrit les yeux, les muscles douloureusement tendus, mais prêt à défendre son humain, mais ce n'était que Scott qui franchit les portes au pas de course, le souffle court. Un jeune femme - Allison, si Derek ne se trompait pas - et l'animateur radio dont Stiles s'était plain toute la journée, étaient sur ses talons.

Derek grogna quand la chasseuse s'approcha, mais elle ne sembla pas impressionnée par son hostilité. Elle jeta un coup d'œil à ses blessures avant d'examiner plus attentivement la blessure par balle de sa patte arrière.

« Aconit, déclara-t-elle en jetant un regard grave en direction de Stiles qui gardait une main rassurante sur la nuque de Derek.

-Mon pote, leur parvint la voix aiguë de Peter depuis le seuil de la suite.

Il attrapa Scott par les épaules et pointa le doigt en direction d'un appareil attaché à la porte :

-Mon pote, c'est quoi ce truc avec tout ces chiffres ?

Scott fixa l'appareil les yeux exorbités avant de se tourner à nouveau vers l'animateur en bégayant :

-C'est... C'est... C'est une... C'est une...

-Non, non, non, réfuta Peter en secouant la tête rapidement. Ce n'est pas une...

-C'est une bombe, intervint Allison qui s'était rapprochée pour jeter un œil à l'appareil.

Stiles releva la tête brusquement à ces mots et se précipita à leurs côtés pour s'en assurer.

-Tu peux la désamorcer ? Lui demanda Allison d'une voix tendue.

Il examina le boîtier rectangulaire de la bombe. Il connaissait le modèle et il savait comment la désamorcer, mais cela prendrait du temps, ce qu'ils n'avaient pas car il ne restait déjà plus que dix minutes au compte à rebours.

-Stiles ! Stiles, mon pote, tu sais arrêter ça, n'est-ce pas ? Le supplia Peter.

Stiles se tourna vers lui, puis à nouveau vers la bombe, avant de se précipiter à nouveau auprès de Derek.

-Tire l'alarme à incendie ! L'hôtel doit être évacué ! Cria-t-il à Allison alors qu'il soulevait le loup-garou pour le prendre dans ses bras, et elle sortit immédiatement de la suite en courant pour exécuter son ordre. Le son strident de l'alarme résonna en quelques secondes.

Stiles s'empressa de sortir de la suite, à la suite de Scott et Peter. Les deux hommes se tenaient en face de l'ascenseur, l'animateur appuyant plusieurs fois sur le bouton.

-Ils ne fonctionnent pas lors d'une alerte incendie ! S'écria-t-il en passant devant eux pour atteindre l'issue de secours où Allison leur tenait déjà la porte ouverte. »

Ils descendirent les escaliers à toute allure, tous haletant avec difficultés au fil des étages. Derek reposait lourdement dans les bras de Stiles. Il avait conscience d'être beaucoup trop lourd pour être porté en bas de tous ces escaliers, mais le risque mortel de la situation semblait donner une force extraordinaire à l'humain.

Quelques étages plus bas, les autres clients de l'hôtel et employés se sauvaient en courant, poussant des hurlements, certains d'entre eux trébuchant et tombant dans l'escalier, mais se relevant immédiatement pour continuer de s'enfuir.

Bientôt, ils furent les derniers dans l'escalier, plus que deux étages les séparant du hall d'entrée.

Scott trébucha soudain et dévala les marches, ne s'arrêtant que lorsqu'il vint s'écraser contre le mur opposé.

« Scott, couina Allison avant de se hâter à ses côtés.

-Je vais bien, lui assura l'alpha avant de se relever rapidement, mais il grimaça quand il s'appuya sur sa cheville droite.

-Ne t'inquiètes pas, ce sera guéri dans une minute.

-On n'a pas une minute !

Peter s'arrêta à leurs côtés, la respiration sifflante, et se laissa tomber au sol.

-Stiles, mec, laisse-moi mourir ici. Je ne peux pas faire un pas de plus.

-On n'a pas le choix ! Les pressa Allison en passant le bras de Scott sur ses épaules pour l'aider à supporter son poids.

-Attendez, intervint Stiles, la voix emplie d'espoir, lui-même fortement essoufflé. Il appuya Derek contre sa cuisse qu'il avait relevée afin de l'aider à supporter son poids et jeta un œil à la montre qu'il portait à son poignet. Les dix minutes restantes s'étaient écoulées.

-Il y a peut-être eu un faux contact.

Ils levèrent tous les yeux en haut des escaliers, retenant leur souffle.

La détonation de l'explosion résonna soudain dans les couloirs de l'hôtel et fit trembler tout le bâtiment. Des miettes de plâtre tombèrent du plafond et on entendit les vitres se briser dans un éclat de verre. Un grondement sonore leur parvint quand les câbles des ascenseurs cédèrent et que les cabines tombèrent dans le vide. Elles vinrent s'écraser au rez-de-chaussée, le choc de l'impact secouant les murs alentour.

-Merde ! S'écria Stiles avant de rapidement reprendre Derek dans ses bras. »

La crainte de mourir leur redonnant des forces, le groupe dévala les deux derniers étages au pas de course avant de se précipiter dans le hall d'entrée, contournant les morceaux de décombres qui tombaient du plafond. Ils parvinrent enfin à sortir de l'hôtel, courant sous le soleil californien, mais il ne prirent même pas le temps de ralentir. Un craquement inquiétant retentit depuis le grand hôtel derrière eux et, en un clin d'œil, le bâtiment s'effondra.

Ils furent propulsés en avant par le souffle de l'éboulement qui les toucha de dos. Le bruit était assourdissant et l'air fut soudain saturé par un mélange de poussière et de saletés, empêchant alors Stiles de respirer. Il avait conscience de la pluie de débris qui leur tombait dessus et se jeta sur Derek pour le protéger.

Le bruit cessa et la poussière retomba lentement au sol.

Allison fut la première à se remettre debout. En quelques rapides enjambées, elle avait rejoint Scott pour se jeter dans ses bras. Il l'attrapa au vol et plongea son visage dans son cou.

Stiles baissa les yeux sur Derek. Il paniqua brièvement quand il le vit étendu, les yeux fermés, immobile sur le sol, mais il prit rapidement son pouls et poussa un soupir de soulagement quand il le sentit battre sous ses doigts à un rythme régulier.

« Mesdames et Messieurs, il est sept heures, souffla Peter dans son micro. L'heure du bulletin d'informations. À demain pour une nouvelle aventure !

Il décrocha le micro qu'il avait à l'oreille et le laissa tomber au sol d'un air las :

-C'est la meilleure émission que j'ai jamais faite. »