Thème du jour : L'espoir doit toujours mourir en dernier

Warning : Violence, torture


Tenir bon et ne rien lâcher

L'homme se penche contre elle. Du bout des doigts, il caresse sa joue et rabat une mèche de ses cheveux humides de sueur derrière son oreille. La tendresse du geste lui arrache un frisson de dégoût. Il s'approche encore et murmure à son oreille :

– Cela peut s'arrêter... La douleur, la souffrance, elle peut disparaître. Il te suffit de répondre à cette seule question : où se trouve la base des révolutionnaires ?

Ahiru serre les dents, s'efforçant d'ignorer les incessantes plaintes de son corps meurtri. Elle n'a plus la force de bouger mais son regard brun n'a rien perdu de son éclat. Sans réfléchir, elle lui crache au visage. L'expression de son tortionnaire se fait haineuse et la gifle qu'il lui renvoie manque de lui faire perdre connaissance. Emportée par la violence du choc, elle tombe de la chaise et s'écroule par terre. L'homme revient aussitôt à la charge et lui donne plusieurs coups de pieds dans le ventre. Ahiru se recroqueville sur elle-même pour tenter de se protéger.

Elle sait bien que le provoquer est une mauvaise idée. Elle est seule, enfermée dans cette pièce souterraine, et les renforts sont trop loin pour pouvoir intervenir. Elle peut mourir ici sans que personne ne s'en aperçoive. Son ennemi ne se fera d'ailleurs pas prier. Après des heures – ou peut-être même des jours, elle a perdu le sens du temps – à l'interroger, sa patience se réduit comme peau de chagrin. La frustration pourrait très bientôt lui faire passer le cap de non-retour.

Ahiru ne veut pas mourir.

Cette simple idée la glace de terreur.

Pour autant, le provoquer est nécessaire à sa survie. Si elle laisse tomber, si elle abandonne, elle risque de dévoiler de précieuses informations et plein de gens mourront. Des innocents qu'elle doit protéger. Des proches, des amis, des frères et des sœurs d'armes qu'elle aime plus que tout. Mais surtout, si elle cesse de se débattre, alors elle n'aura plus qu'à se laisser mourir.

Ahiru s'y refuse. Elle préfère encore crever sous les coups que d'abandonner la lutte pour sa survie. Peu importe qu'elle meure quand même au final, l'espoir ne quitte pas son cœur.

C'est une leçon durement apprise. Plus d'une fois, elle a été tentée de tout laisser tomber. Comment un petit groupe de rebelles peut-il s'opposer à une organisation aussi tentaculaire que celle du Gouvernement Mondial ? Comment une poignée d'hommes et de femmes révoltés peuvent-ils combattre une institution en place depuis huit cents ans ? Ahiru se sent parfois si minuscule, face à cet ennemi si grand, puissant et inébranlable. Faible et fragile petite chose qui se débat inutilement dans l'adversité. Que peut-elle faire contre les coups qui pleuvent sur elle ? Son corps brisé lui hurle de céder, de donner à son tortionnaire ce qu'il lui réclame depuis si longtemps. Il faut que cela cesse. Il faut que cela cesse.

L'espoir est notre plus grande force, lui a un jour dit Belo Betty. La Commandante a tiré sur sa cigarette avant de relâcher un nuage de fumée dans les airs. Avec un clin d'œil, elle lui a révélé que c'est la le cœur de son pouvoir. Les multiples exploits qu'elle inspire ne sont que le résultat de l'espoir déjà présent dans le cœur de chacun. Ne perd pas l'espoir, Ahiru, ainsi tu ne perdras aucune bataille.

Où se trouve la base révolutionnaire ? hurle son tortionnaire, légèrement essoufflé par les coups qu'il vient de lui donner.

– Va chier, grince-t-elle.

– Pour qui tu te prends, misérable chienne ?

D'un coup de talon, il la retourne sur le dos et son regard se pose sur la prothèse métallique qui remplace son bras gauche. Son sourire se fait narquois. Ahiru frisonne alors que son tortionnaire la contourne et vient poser son pied sur les articulations de métal.

– Réponds à la question.

– Je suis une révolutionnaire.

L'homme cligne légèrement les paupières.

– Je le sais bien, ça ! C'est pour ça que tu es ici !

– Vous m'avez demandé pour qui je me prenais. Alors je vous réponds. Je suis une révolutionnaire.

– Me prend pas pour un con ! rugit l'homme, furieux.

Il relève son genou et abat violemment son pied sur la prothèse d'Ahiru. Le métal craque et grince alors que les articulations se brisent. Un pic de douleur remonte dans ses nerfs alors que la connexion avec son organisme se rompt. Ce rien en comparaison des autres coups qu'elle a reçu, mais son cœur saigne de voir son bras en mille morceaux. Ce n'est que du métal, pourtant. Mais également une part d'elle-même. Ahiru porte cette prothèse depuis si longtemps qu'elle fait partie d'elle. La perdre, c'est comme perdre un bras de chair et de sang. Son adversaire, aussi stupide et obtus soit-il, l'a bien compris puisqu'il prend un malin plaisir à piétiner les pièces de fer et d'acier sous ses pieds, se réjouissant des larmes de sa captive.

Il l'agrippe par les cheveux et la redresse à son niveau.

– Tu n'as que ce que tu mérites, crache-t-il. Maintenant, dis-moi où se trouve ta base !

– Dans ton cul.

Un rire nerveux monte aux lèvres d'Ahiru.

Elle peine à rester consciente et n'a plus grand chose à perdre. La jeune femme a tout juste le temps de voir le visage de ton tortionnaire se déformer de rage avant qu'une violente explosion ne fasse trembler tout le bâtiment. Des cris lointains résonnent dans le couloir. De surprise, l'homme relâche sa prisonnière qui tombe au sol.

– C'est toi qui a mis mon adjointe dans cet état ? résonne une voix près de la porte.

La voix de Belo Betty.

Ahiru laisse échapper un soupir de soulagement, puis perd connaissance.