Allison avait fait démarrer une ambulance laissée sans surveillance en bidouillant les fils de contact et ils filaient à présent pied au plancher sur l'autoroute, sirène hurlante et gyrophares bleus en place, en direction de Beacon Hills.
Stiles avait toujours considéré la petite ville comme le parvis de l'enfer, mais il ne se serait jamais douté que le Jugement Dernier prendrait place dans sa ville natale.
Une fois que la route fut dégagée, Allison éteignit la sirène et on n'entendit plus dans la voiture que le rugissement du moteur. Le soleil était en train de se coucher à l'horizon, peignant la toile du ciel en une agressive déclinaison de rouge.
Scott était assis sur le siège passager à ses côtés, tendant la main vers la sienne et elle entremêla leurs doigts sans dire un mot ni quitter la route des yeux. Il avait récupéré les pierres auprès de Peter, déclarant qu'elles étaient davantage en sécurité avec le véritable alpha, et il était en train de les examiner de sa main libre, à la faveur des dernières lueurs du jour, cherchant à se faire une idée de leur pouvoir.
À l'arrière, Peter s'était approprié l'une des civières. Il s'était endormi en quelques secondes, en dépit du hurlement des sirènes.
Stiles était penché au dessus de la deuxième civière sur laquelle Derek était allongé, ayant enfin repris forme humaine. Stiles avait recouvert son corps nu d'une couverture rugueuse et s'était occupé de ses blessures. La balle à l'aconit avait vraiment été difficile à extraire de sa jambe. Le loup-garou avait hurlé et s'était débattu, mais sans jamais approcher ses griffes aiguisées de Stiles. À la place, il les avait enfoncées dans sa propre chair et s'était mordu la lèvre inférieur jusqu'à également percer la chair qui s'était mise à saigner abondamment. L'humain tenta d'apaiser le loup avec le son de sa voix et la pression ferme de sa main contre sa hanche. Quand la balle toxique eut finalement quitté son corps, Derek s'était effondré sur la civière, perdant connaissance un moment.
Il reprit ses esprits alors que Stiles était en train de nettoyer le sang qu'il avait sur le visage avec une serviette humide. Derek observa silencieusement son visage tandis qu'il s'employait à la tâche. Il frottait sa peau d'un mouvement doux et le loup se contenta de gronder légèrement sous ses attentions.
« La Banshee a dit que je devais prendre soin de toi, commença Stiles, brisant enfin le silence.
-On se comporte d'une façon tellement étrange, soupira Derek.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Stiles cessa ses mouvements pour se concentrer entièrement sur les paroles que Derek prononçait à voix basse.
-Chaque personne, chaque chose qu'on créé, on utilise tout ce pouvoir pour détruire.
-Ouais, soupira Stiles. On appelle ça la nature humaine. J'imagine que c'est aussi dans la nature des êtres surnaturels. Tu as appris ça sur internet ?
-Je n'ai pas encore fini, répondit Derek d'une voix rauque. J'en suis à la lettre « F ».
Stiles laissa son regard glisser sur les traits de Derek. Cet homme était si intelligent et pourtant tellement désemparé, si fort et pourtant tellement vulnérable, et par-dessus tout, la personne la plus belle sur laquelle Stiles ait jamais posé les yeux. Il avait envie de tout lui dire, envie de lui faire comprendre à quel point il était important, à quel point il était parfait.
-C'est une bonne lettre, « F », dit-il à la place. Il y a de très bons mots qui commencent par « F ».
-Comme quoi ?
Les joues de Stiles s'enflammèrent sous le regard de Derek et il se creusa la tête pour trouver quoi dire. En plongeant le regard dans les yeux tendres du loup-garou, il prit conscience qu'il savait déjà quoi répondre :
-Fort, soupira-t-il. Fragile. Foutrement beau. »
Les coins de la bouche de Derek s'étirèrent vers le haut et ses yeux s'illuminèrent en croisant ceux de Stiles. L'humain se retrouva hypnotisé par le kaléidoscope de couleurs qui dansaient dans le regard du loup.
En arrière-plan, il pouvait entendre la super sonnerie du téléphone d'Allison, mais il n'y prêta aucune attention. Tout ses sens étaient concentrés sur Derek. L'éclat de sa peau, l'odeur épicée de sa sueur, le mouvement de son torse à chacune de ses respirations. À ce moment-là, rien n'avait d'importance. Ni la mission, ni leur imminente fin tragique, seule comptait la douce expression dans les yeux brillants de Derek tandis qu'il lui rendait son regard.
Derek se lécha les lèvres d'un air absent et les yeux de Stiles vinrent immédiatement se poser sur sa bouche. Sans réfléchir, il se pencha en avant, avide de goûter ces lèvres pleines.
« Mec, le père d'Allison veut te parler.
Stiles se redressa brusquement quand il entendit Scott l'appeler et vit l'alpha lui sourire par-dessus le dossier du siège. Derek le dévisagea d'un air meurtrier et Stiles posa une main rassurante sur son bras pour l'empêcher de dévorer son meilleur ami. Même si Scott le méritait totalement à ce moment-là.
-Scott, mon pote, je suis plutôt occupé là.
-Ouais, désolé, mais il a dit que c'était important et qu'il voulait parler à l'un de ses agents.
-Il a appelé Allison, pas moi. Laisse-la lui parler !
-Je ne peux pas, intervint-elle. Je conduis.
-Tu conduis, mon cul, chuchota-il suffisamment fort pour que sa partenaire puisse l'entendre se plaindre. Tu n'aimes simplement pas faire les trucs officiels et ennuyeux, tu ne veux que tirer sur les gens.
Il arracha le téléphone d'Allison de la main de Scott et se tourna vers Derek avant de le porter à l'oreille.
-Ça peut prendre un moment. Essaies de te reposer.
Au lieu d'écouter la suggestion de Stiles, Derek se redressa pour s'asseoir et tendit un bras vers Scott.
-Je n'ai pas besoin de me reposer, je veux apprendre.
-Holà, mon grand, ne me force pas à t'attacher à la civière, parce que je le ferai si tu ne prends pas soin de toi ! Lui répondit Stiles en essayant de le rallonger en le poussant à l'épaule.
-Laisse-le faire Stiles, intervint Scott en tendant son téléphone à Derek, qui ouvrit immédiatement un moteur de recherche et commença à lire au hasard des mots commençant par « G ». »
Stiles secoua la tête d'un air désapprobateur mais laissa le loup-garou profiter des vastes connaissances d'internet, alors qu'il tournait son attention vers le téléphone qu'il avait à la main.
« M. Argent, dit-il, d'un ton de voix à nouveau froid et professionnel après les chamailleries d'enfants échangées avec ses amis. Je suis désolé de vous avoir fait attendre, il y a eut quelques différents à régler.
Le chasseur ne sembla pas étonné du comportement futile de ses agents et continua simplement sur sa lancée :
-Agent Stilinski, je voudrais tout d'abord féliciter un collègue chasseur. Vous êtes un brillant exemple de notre société...
-M. Argent, je ne suis pas du genre à refuser un compliment, Dieu sait que ma confiance en moi se régale de ce genre de discours, mais je ne suis pas un chasseur et je ne travaille pour le DCL que pour cette mission. Alors, avez-vous la moindre idée de quand vous comptez en venir au fait ?
Stiles savait que ce n'était probablement pas une bonne idée de répondre ainsi à l'un des hommes les plus puissants du monde, mais ils avaient tout deux des choses bien plus urgentes à faire à ce moment-là.
Il put entendre l'homme plus âgé grogner d'un air irrité, avant que le chasseur ne réponde enfin :
-Je vais vous passer le Dr. Deaton.
-Agent Stilinski ? Lui parvint la voix calme du directeur scientifique des études surnaturelles.
-Faites vite, doc, le pressa Stiles et le docteur ne tarda pas davantage à lui annoncer la mauvaise nouvelle.
-La lune noire commence déjà à se lever au-dessus de Beacon Hill. Son pouvoir sera à son maximum quand elle se tiendra directement au-dessus du Nemeton. À ce moment-là, rien ne pourra l'empêcher de vider tous les êtres vivants de leur énergie.
Stiles soupira quand l'importance de leur mission se rappela à lui. De la main, il se frotta les yeux et tenta de se ressaisir.
-Combien de temps avons-nous ?
-Trois heures et cinquante-huit minutes.
-Je vous rappelle dans quatre heures. »
Il raccrocha sans attendre de réponse pour rendre le téléphone à Scott. Derek était toujours penché sur le téléphone qu'il avait à la main, les sourcils froncés, et peu importe ce qu'il venait de rechercher, Stiles décida de ne pas l'interrompre. À la place, il se pencha en avant pour venir appuyer ses bras au-dessus du dossier entre Scott et Allison.
« Alors, Allison a dit qu'elle t'avait embarqué pour cette superbe aventure car tu avais connaissance de trucs importants, et pas seulement pour ton super talent à rouler des pelles.
Ses deux amis prirent une teinte encore plus rouge que le coucher de soleil.
-Mec, au début on n'était pas...
-Stiles, tu sais bien qu'on n'est plus en couple, affirma Allison et Scott s'arrêta en plein milieu de sa phrase, tournant brusquement la tête vers elle.
-Mais on va se remettre ensemble, pas vrai ? Demanda-t-il d'un ton nostalgique, ses grands yeux marrons fixés sur son profil.
Allison se tortilla sur son siège, ne quittant pas des yeux la route de moins en moins bien éclairée.
-Avec tout ce qu'il s'est passé entre nous...
Elle poussa un léger soupir et haussa les épaules, de toutes évidences incapable de trouver les bons mots pour achever sa phrase, et Stiles finit par intervenir, incapable de supporter davantage la tension qu'il y avait dans l'air :
-Alors, les trucs importants dont tu as connaissance, commença Stiles, prudemment en tapotant l'épaule de Scott, ça te dit de nous en faire part ?
-Ouais, bien sûr.
L'alpha cligna des yeux et se détourna d'Allison, faisant face à Stiles par-dessus le dossier de son siège :
-Qu'est-ce que tu veux savoir ?
-Je ne sais pas. Et si on commençait par la meute géante de loups-garous aux tendances meurtrières qui nous a attaqués et a essayé de tuer Derek ?
Scott gratta sa mâchoire tordue et mit de l'ordre dans ses pensées avant de répondre :
-Tu te souviens de ces quatre alphas qui ont kidnappé ton voisin ? Et bien, je les connaissais déjà, parce qu'ils m'avaient mené à leur chef, Deucalion. Il était très flippant comme mec. Il avait l'air aveugle, mais j'avais quand même l'impression qu'il avait les yeux braqués sur moi. Il voulait que je lui donne les pierres, mais je ne les avais pas et même si ça avait était le cas, je ne les aurais pas données à un mec bizarre comme lui.
Le courage de son meilleur ami et le besoin qu'il avait de toujours faire ce qu'il pensait être juste fit sourire Stiles. Ces qualités avaient fait de lui un véritable alpha, quelqu'un qui semblait apte à garder les secrets du monde des loups-garous.
-Je lui ai dit que les légendes racontent que la lune noire s'élèverait bientôt et qu'on avait besoin des pierres pour l'empêcher de gagner assez de pouvoir pour éradiquer la vie sur notre planète, mais il a dit que j'étais un idiot...
Il perdit le fil quand Allison ricana à côté de lui.
-Je suis désolée, s'empressa-t-elle de dire. Continue.
-Euh, ouais, il a dit qu'il voulait utiliser le pouvoir de la lune noire. Qu'il connaissait un moyen de contrôler cette énergie pour devenir l'alpha le plus puissant du monde. À ce moment-là, je m'étais totalement transformé, mec, mais il s'est contenté de se moquer de moi en sirotant son verre de scotch. Mais il riait tellement qu'il s'est étouffé avec son verre, et au début, j'ai paniqué, avant d'utiliser la manœuvre de Heimlich.
Stiles ne put s'empêcher de se frapper le front et Derek releva vivement la tête de son écran de téléphone au claquement qui retentit.
-T'as sauvé la vie du super méchant ?
-Qu'est-ce que j'étais censé faire ? Répliqua Scott, légèrement sur les nerfs. Le laisser mourir ? L'ensemble de ses petits copains alphas étaient encore de l'autre côté de la porte. Je ne pouvais pas en venir à bout tout seul !
-Donc t'as sauvé le super méchant. Et après ?
Stiles tentait encore de se faire à l'idée que Scott était beaucoup trop gentil pour son bien.
-Il m'a laissé partir.
Stiles le fixa, bouche bée, gesticulant pour signifier son incompréhension.
-Il t'a laissé partir ?
-Oui, il m'a laissé partir, car je lui avais sauvé la vie et maintenant il me devait la vie sauve. Mais il m'a bien expliqué qu'il me réduirait en bouillie la prochaine fois qu'il me verrait.
-Alors, tu pense qu'il va encore nous poser problème ? S'il pouvait éviter, ça m'arrangerait, parce qu'on est un peu pressé là.
-Je ne pense pas, répondit Scott en fronçant le nez, prenant l'air pensif qu'il avait quand il réfléchissait. Pendant qu'ils me retenaient captif, les loups-garous discutaient du fait qu'ils avaient besoin des pierres pour rembourser Deucalion. Il semblerait qu'il ait retenu prisonniers des membres des meutes des différents alphas sous son contrôle et qu'ils suivaient ses ordres pour ne pas qu'il s'en prenne à leurs familles, mais à la fin, ils se sont révoltés dans le but de récupérer les pierres avant lui, pour pouvoir les échanger contre la vie des membres de leurs meutes.
-J'espère que t'as raison, mec. Prions pour qu'on n'entende pas parler de lui avant que tout ça ne soit fini.
-Ne t'inquiètes pas, Stiles, lui assura Scott, le visage éclatant d'optimisme. Dès qu'on aura amené le Pentachore et les pierres au Nemeton, tout ira bien.
-J'espère bien, Scotty, je l'espère vraiment.
Il se tourna à nouveau vers Derek, qui était toujours penché sur le téléphone, un air dévasté sur le visage.
-Quelle mouche t'a piqué ?
Stiles essaya de remonter le moral du loup-garou, mais ne reçut pour sa peine qu'une expression peu amène et des yeux plissés :
-Il n'y a pas de mouche.
-Ouais, non, je sais. Je veux dire, pourquoi tu fais la tête ?
-Alors pourquoi tu ne l'as pas simplement dit ? Grogna Derek.
Stiles tressaillit et fit un pas en arrière, surpris.
-Holà, quelqu'un est de mauvaise humeur. Tu devrais peut-être te reposer.
-C'est un ordre ? Tu crois simplement que parce que je suis un loup-garou, tu peux me dire quoi faire ?
Il se jeta en avant, furibond, la couverture glissant sur ses genoux, et Stiles leva vivement les mains en l'air en signe de paix.
-Derek, arrête ! Cria Scott. Il avait l'air tout aussi surpris que Stiles par le soudain éclat de Derek. Stiles a raison, tu as besoin de te reposer. L'aconit empêche tes blessures de guérir rapidement.
-Je ne veux pas que l'humain me dise quoi faire, cracha le loup-garou, en colère.
-Stiles est simplement inquiet pour toi, mec. On l'est tous. »
La voix de Scott était douce et compatissante, mais il avait le regard inflexible. Derek le regarda dans les yeux, le considérant du regard, avant de lui jeter son téléphone, que Scott attrapa sans effort, grâce à ses réflexes de loup-garou. Se tournant vers la paroi de l'ambulance, Derek s'allongea sur la civière et tira la couverture sur ses épaules d'un mouvement agressif.
Stiles resta sans voix. Il avait simplement voulu être drôle, charmeur, et n'avait absolument aucune idée du moment où la conversation avait dérapé. Il tendit automatiquement la main vers l'épaule du loup-garou, ressentant le besoin inconscient de l'apaiser, mais suspendit son geste et reposa la main sur ses genoux dans un geste vain. Derek semblait bien trop être sur les nerfs pour gérer les besoins de Stiles à ce moment-là et il ignorait comment il allait pouvoir réagir à ce geste. Il se mordit nerveusement la lèvre, sans savoir quoi faire pour améliorer la situation, mais sans pour autant vouloir laisser les choses en l'état.
Espérant que Derek ne se jetterait pas sur lui, il se pencha sur lui pour lui murmurer à l'oreille :
« J'ignore ce que j'ai fait de mal, mais je suis désolé, Derek. Je veux simplement que tu sois en sécurité. Et heureux, ajouta-t-il après coup.
Le loup-garou se sentit frissonner de tout son être à la proximité de l'humain. Son odeur était saturée d'inquiétude et si pleine de regret que Derek dut s'empêcher de se retourner pour le prendre dans ses bras et le réconforter. Il voulait croire que Stiles était différent des autres humains, voulait remplacer ce qu'il venait d'apprendre par le moindre détail qui concernait Stiles, mais il ignorait ce qu'il était censé penser désormais.
Il inspira par la bouche pour éviter de respirer l'odeur alléchante de Stiles et ferma les yeux en pressant les paupières :
-Je dors, souffla-t-il avant que Stiles ne se recule, confus.
-Ouais, bien sûr. Désolée !
Stiles jeta un œil à Peter pour s'assurer de son état avant de reprendre sa position précédente entre Scott et Allison pour venir fixer le pare-brise des yeux.
-Mec, murmura Scott, captant ainsi l'attention de Stiles avant de venir presser sans un mot de plus son téléphone dans la paume de sa main.
L'historique internet du téléphone était ouvert à l'écran et son contenu laissa Stiles bouche bée. Le mot "Guerre" s'affichait dans la barre de recherche et il y avait d'ouvertes des pages et des pages sur le sujet, de brutales images illustrant la cruauté de nations s'affrontant aux frais de vies innocentes. Les recherches de Derek l'avaient ensuite conduit aux armes nucléaires, aux crimes de guerre, à celle contre les loups-garous, qui avaient ensuite été réduits en esclavage pour être utilisés comme armes sur le champ de bataille.
Stiles poussa un profond soupir.
-Tu penses qu'il pense que je pense qu'il n'est qu'un outil pour gagner cette guerre ? S'empressa-t-il de demander, se mordillant les lèvres en attendant la réponse de Scott. Heureusement, Scott connaissait Stiles depuis suffisamment longtemps pour comprendre ce qu'il avait voulu dire.
-Je pense qu'il sait que tu n'es pas comme ça. Que toute notre société a changé et n'est plus comme ça désormais.
-Scott, tu fais partie d'une organisation qui prend soin des loups-garous dans le besoin. Ne me dis pas que tu ignorais que le niveau de racisme qu'endurent les créatures surnaturelles n'a pas baissé. La seule différence désormais, c'est que tu ne peux plus en avoir comme animal de compagnie ! Permets-moi de te présenter la pièce à conviction n°A !
Dans un large mouvement, il tendit les bras vers Allison :
-A comme dans Argent, la famille royale du mouvement raciste contre les loups.
Elle jeta un bref regard par-dessus son épaule, faisant mine d'être offensée :
-Hé, laisse-moi en dehors de ça !
-Désolé, Allison, mais soyons honnête, la longue lignée de célèbres chasseurs dont tu descends n'existe que parce que toute ta famille détestait les loups-garous. Je sais que vous n'êtes pas tous comme ça, toi et tout père êtes en fait plutôt cools, mais tu ne peux renier ta mère, ta tante, et certains de tes cousins.
Allison grimaça et haussa l'épaule, avant d'acquiescer d'un hochement de tête.
-Ouais, mais nous ne sommes pas comme ces gens et Derek le sait, insista Scott.
-Comment peux-tu en être si sûr ?
-C'est le Pentachore. Il sait ce genre de choses.
-Mais comment ? Cria Stiles, frustré, avant de rapidement se taire quand il se souvint des deux hommes endormis à l'arrière du véhicule, et de poursuivre en baissant la voix. Pourrais-tu, s'il-te-plaît, m'expliquer ce qu'est Derek, parce que j'ai l'impression qu'un objet en quatre dimensions, relié par cinq tétraèdres, qui représente le polychore régulier convexe le plus simple, n'est pas vraiment la réponse attendue.
Scott le regarda en plissant les yeux :
-Je n'ai rien compris à part « objet en quatre dimensions », alors je vais partir sur un oui.
-Scott, je suis à ça de t'arranger la mâchoire avec mon poing.
-Détends-toi mec ! Je vais te dire tout ce que je sais. Ça remonte à, euh, quatre mille ans, quand la lune noire s'éleva pour la première fois. Les légendes racontent qu'à l'époque les loups-garou étaient bien plus puissants et qu'ils s'y connaissaient en magie, alors ils n'ont pas eu trop de mal à arrêter l'apocalypse, en ouvrant simplement une porte vers une autre dimension pour fourrer la lune dedans. Mais les humains furent horrifiés quand ils virent ce dont les loups-garou étaient capables, alors ils les enfermèrent dans leur tanière avec de l'aconit et y mirent le feu, ce qui libéra accidentellement l'énergie néfaste de la lune.
-Il y a une fin heureuse à ton conte de fées ?
-J'y arrive. Les loups-garou qui avaient survécu trouvèrent des griffes parmi les cendres. Ils les emmenèrent avec eux tandis que la meute affaiblie se cachait loin des humains, parce qu'ils croyaient qu'un jour la lune noire aurait à nouveau réuni suffisamment d'énergie pour revenir, et alors ils auraient besoin de tout le pouvoir contenu dans les restes de leurs ancêtres. Dans chaque génération de loups-garou sont issus de véritables alphas, qui sont jugés dignes de protéger les légendes et secrets de notre peuple, et c'est pour quoi j'ai du apprendre tout ces trucs. Cependant, dès qu'on a su que la lune noire était en train de revenir, on a sorti les restes de leur cachette pour les amener à l'homme le mieux en mesure d'effectuer la résurrection. Les légendes ont toujours dit que le pentachore porterait le signe de la trinité, le triskèle qui représente nos trois dimensions, pour qu'on puisse le reconnaître. Il aurait en son sein la porte vers la quatrième dimension, un lieu de pouvoir et de connaissances, et certains textes disent même qu'elle lui permettrait de prédire l'avenir, mais ce ne sont que des spéculations. Je pense que les loups-garou de l'époque étaient simplement tellement à l'écoute de leur intuition qu'il est possible que certaines personnes ait cru qu'ils possédaient un genre de pouvoir psychique.
-D'accord, arrêtes-toi deux minutes avec le cours d'histoire. Donc Derek a été invoqué grâce à ses propres restes organiques, vieux de quatre cent ans, après avoir été brûlé vivant par des chasseurs des temps anciens ?
-Oui.
-Dans le seul but de devenir une super arme pour vaincre la lune noire ?
-Oui. Non, je veux dire...
-Dis-moi en quoi l'histoire n'est-elle pas en train de se répéter ? En quoi est-ce une fin heureuse ? Stiles leva un sourcil sceptique en direction de Scott. Est-ce qu'il se souvient de sa vie d'avant ? Pourquoi devrait-il aider à sauver la race qui l'a tué ?
-Je ne sais pas. Mais c'est le Pentachore. Il saura quoi faire, finit par répondre Scott, même si son habituel ton optimiste n'avait pas l'air très crédible.
Derek grimaça dans son sommeil, serrant et desserrant les poings, et sans réfléchir, Stiles lui prit la main et la serra d'un air rassurant. C'était injuste, le loup-garou en avait déjà tellement bavé et maintenant, on l'avait ramené à la vie pour endurer encore une fois toute les souffrances de la guerre.
Derek se détendit au contact familier et cela calma Stiles en retour. Scott offrit un sourire à son meilleur ami, ses yeux brillant d'un nouvel espoir :
-Je suis sûr qu'il sait. »
