Plus ils approchaient du Nemeton et plus le monde sombrait dans l'obscurité. Le soleil avait disparu derrière les collines, ne laissant que l'air chaud comme preuve de la lueur de ses derniers rayons. Des feuilles brunes tombaient des arbres, comme si on était déjà à la fin de l'automne, virevoltant dans le sillage de l'ambulance.
Les rues de Beacon Hills étaient désertes. La plupart des gens avaient complètement abandonné leurs foyers dès qu'ils avaient compris la gravité de la situation et le silence régnait sur ces maisons qui se tenaient tels des fantômes, leurs yeux vides regardant passer l'ambulance.
Allison traversa la périphérie de la ville sans rencontrer personne pour se rendre à la réserve. Stiles déglutit en revoyant les lieux où il avait passé toute son enfance tant de temps après. Cela n'avait plus rien à voir avec ses souvenirs. L'herbe autrefois luxuriante s'était flétrie. Les troncs vigoureux des arbres avaient l'air pourri, et certain avaient déjà cédé, comme s'ils avaient été balayés par une violente tempête.
« Cet endroit est déprimant, murmura Peter à ses côtés.
-J'ai grandi ici.
Peter leva un sourcil et lui lança un regard critique :
-En vérité, ça explique beaucoup de choses. »
Stiles se rendit à l'arrière du véhicule pour surveiller l'état de Derek. Le loup-garou était toujours inconscient, et quelque part entre Rosedale et Delano, il avait été pris de sueurs froides. Ses blessures n'avaient pas du tout guéri comparées à celles de Scott, dont la cheville était à nouveau en parfait état. Stiles avait déjà ausculté Derek deux fois pour s'assurer qu'il n'y avait plus d'aconit, mais ne parvenait pas à trouver la cause de sa lente guérison.
Le groupe sursauta quand un grand fracas se fit entendre par-dessus le ronronnement monotone du moteur alors que quelque chose venait s'écraser contre le pare-brise. Allison freina brusquement jusqu'à ce que l'ambulance s'arrête dans un dérapage.
« Qu'est-ce que c'était que ça ? S'écria Peter d'une voix stridente, un doigt pointé en direction de la flaque de sang en plein milieu de l'impact en forme de toile d'araignée qui se trouvait sur la vitre.
-Je crois que c'était un oiseau, répondit Allison en se penchant sur le volant pour jeter un œil au ciel qui s'assombrissait.
Un groupe de moineaux passa au-dessus de leurs têtes, volant bas et au ralenti, certains chancelant entre deux faibles battements d'ailes.
L'un d'entre eux donna un dernier faible battement d'ailes, avant de simplement chuter pour venir heurter l'asphalte à quelques pas derrière l'ambulance.
-C'est la lune noire, murmura Scott, d'un ton hésitant entre être fasciné et effrayé. Elle commence à absorber leur énergie vitale. »
Le groupe se tourna silencieusement vers le cadavre de l'animal, l'atmosphère rendue soudain étouffante par le sentiment d'inquiétude que tous ressentaient.
Allison fut la première à se remettre en mouvements. Elle jeta un dernier regard dans le rétroviseur avant de reprendre la route en direction du Nemeton.
Plus ils s'enfonçaient, plus la forêt devenait lugubre. Sur le bas côté de la route, ils pouvaient voir de plus en plus de cadavres d'animaux, écureuils et lapins, belettes et hérissons, et même un grand cerf. Sa tête reposait au sol, sur le côté, sous le poids de ses bois d'une taille impressionnante. Sa langue bleue dépassait au coin de sa bouche et ses yeux vitreux fixaient les profondeurs de la forêt inanimée sans jamais cligner.
Allison s'engagea sur un petit chemin et l'ambulance fut secouée par toute les grosses branches et les nids de poules qu'elle rencontra. Scott et Peter s'accrochaient à leur siège, tandis que Stiles faisait de son mieux pour empêcher Derek de tomber de la civière. Le loup-garou laissait échapper un grognement de douleur à chaque fois qu'une secousse particulièrement forte secouait le véhicule.
Finalement, Allison arrêta le véhicule et coupa le moteur :
« Je ne peux pas aller plus loin. On va devoir finir à pieds. »
Ils descendirent tous de l'ambulance, Stiles portant Derek allongé dans ses bras, et parcoururent le dernier kilomètre à pieds jusqu'au Nemeton aussi rapidement que possible. À l'horizon brillait la pleine lune, d'une couleur rouge sombre semblable au sang fraîchement versé, montant lentement à son apogée.
Stiles haletait sous le poids de Derek. Était-ce possible que le loup-garou ait pris du poids lors de ces trois dernières heures ou est-ce que l'adrénaline courant dans les veines de Stiles cessait enfin de faire effet ? Il rejeta la tête en arrière et souleva davantage Derek dans ses bras. Sans regarder où il allait, Stiles se prit les pieds dans une branche et il tomba à genoux, pressant Derek de manière protectrice contre son torse.
Il poussa un sifflement de douleur quand ses genoux percutèrent le sol, mais tenta néanmoins immédiatement de se relever. Scott l'en empêcha d'une main sur l'épaule :
« Laisse-nous le porter, on voit mieux dans le noir, dit-il en se montrant du doigt, ainsi que Peter.
-Et vous les loups-garou êtes plus forts et plus endurants, blablabla, souffla Stiles, mais il ne protesta pas quand Scott lui retira Derek des bras. »
Il trouva cependant à redire quand Scott le jeta par-dessus son épaule avec plus de force que nécessaire. Il vint caresser d'une main le dos de Derek d'un air rassurant, tandis qu'il pointait de l'autre sa blessure par balle, espérant que Scott ne viendrait pas trop appuyer dessus, avant qu'ils ne se remettent rapidement en route.
Ils parvinrent à une sombre de clairière dont l'étendue d'herbe était complètement desséchée. Les arbres qui l'entouraient étaient complètement dénudés, leurs feuilles flétries portées par le vent, craquant sous leurs pieds alors qu'ils approchaient de l'énorme souche d'arbre qui se trouvait au milieu de la clairière. Derrière les branches tordues, qui s'élevaient vers le ciel nocturne comme autant de doigts squelettiques, flottait la lune rousse d'un air menaçant. Une odeur de décomposition flottait dans l'air, et Stiles se dit qu'un autre animal devait être en train de pourrir dans le coin.
Scott avait eu du mal à porter Derek au bout de 500 mètres, la lune noire portant également atteinte à la force des loups-garou, et Peter avait du porter le Pentachore sur les derniers mètres.
« Mets le au centre, s'empressa de lui dire Scott.
-Où ça ? Ici ?
Avec l'approbation de Scott, Peter déposa Derek sur la souche d'arbre, faisant preuve de davantage de délicatesse que lorsque lui-même s'en était occupé. La souche d'arbre était facilement assez grande pour que le loup-garou s'étende dessus, et il laissa ses membres fatigués reposer où ils étaient. Il marmonna quelques paroles incohérentes, mais n'eut pas la force d'ouvrir les yeux.
Les doigts tremblants, Scott sortit de sa poche le mouchoir qui était enroulé autour des pierres.
-Tu sais comment ça marche ? Lui demanda Allison d'une voix haletante.
-Théoriquement, répondit l'alpha en haussant les épaules.
-Théoriquement ?
-Les trois pierres doivent aller autour du Nemeton, qui est la source d'énergie. Le Pentachore doit aller au milieu, et alors l'arme contre les forces du mal devrait fonctionner.
Stiles leva un sourcil sceptique en direction de son ami :
-J'imagine que tu ne l'as jamais vu fonctionner ?
-Non.
Grommelant à propos de stupides loups-garou cachottiers et de leurs stupides armes secrètes, Stiles fit le tour de la souche d'arbre, les yeux courant sur la surface de bois.
-Toutes les armes ont un mode d'emploi, je suis sûr que celle-ci en a un aussi.
Il s'arrêta près du bras étendu de Derek et se baissa pour regarder l'écorce de plus près. Il épousseta la saleté pour révéler un symbole sculpté dans le bois :
-Ça y est !
Scott se mit à genoux à côté de lui et fronça les sourcils à la vue du symbole :
-C'est une ancienne rune. Elle représente le guerrier ou la force. L'émeraude ! S'exclama-t-il soudain, faisant sursauter les autres. Dans la culture des loups-garou, nous tirons notre force de la couleur de la nature ! L'émeraude doit être présentée de ce côté. Allison !
Il fit signe à la jeune femme de le rejoindre et pressa la pierre verte dans sa main. Elle la prit en coupe et se tint à l'endroit exacte où Scott lui avait dit de se mettre.
Les trois hommes continuèrent de faire le tour de la souche avant de s'arrêter au prochain symbole.
-Qu'est-ce que vous faites ? Demanda Peter, complètement perdu.
-On essaie de sauver ton emploi, lui répondit brièvement Stiles, mais Scott lui donna une réponse un peu plus utile.
-On doit faire correspondre les symboles. La sagesse.
Il donna le saphir à Peter et l'attrapa par les épaules, pour le positionner en face de la rune correspondante.
Scott épousseta la saleté du dernier symbole et lança un bref regard à Allison :
-Et l'amour et la compassion. Voilà ! S'exclama-t-il, un grand sourire sur le visage en tendant le rubis.
Ils se tinrent silencieusement autour de Derek et de la souche d'arbre pendant un moment, Stiles gesticulant derrière Scott jusqu'à ce qu'il soit incapable de garder davantage le silence :
-Et maintenant ?
-Maintenant on doit les activer, répondit Scott en grimaçant d'un air hésitant.
-Tu sais comment faire, n'est-ce pas ? Lui demanda Stiles en plissant les yeux et tâchant de ne pas crier sur son meilleur ami.
-Théoriquement ?
Scott jeta un regard alentour sur le visage de chacun, des gouttes de sueur coulant le long de ses tempes :
-Non.
Stiles l'écarta d'un coup d'épaule pour se pencher sur Derek, prenant son visage dans ses mains. Le loup-garou tremblait et suait à grosses gouttes à cause de sa forte fièvre.
-Derek, réveille toi !
Il ne broncha pas, et Stiles le prit dans ses bras, lui tapotant les joues doucement. Il papillonna des yeux et finit par ouvrir les paupières, plissant les yeux pour lever le regard vers Stiles.
-Derek, on a besoin de ton aide. Comment est-ce qu'on ouvre les pierres?
Derek referma les yeux, épuisé, et Stiles craignit de l'avoir à nouveau perdu jusqu'à ce qu'il l'entende murmurer doucement :
-Je suis le cœur, les muscles et l'esprit. Passé, présent et futur.
-Oui, je sais ce que représente le triskèle.
-Alpha, bêta et oméga.
Sa voix faiblit jusqu'à ce que Stiles ne soit plus capable de comprendre ce qu'il marmonnait.
-Derek, reste avec moi, mon grand ! L'encouragea-t-il en le secouant dans ses bras.
Le Pentachore rouvrit brusquement les yeux et jeta un regard alentour comme s'il prenait conscience de ce qui l'entourait pour la première fois. Stiles resserra les bras autour de lui et tenta de regagner son attention :
-Derek, comment est-ce qu'on active les pierres ?
-Je suis le cœur, les muscles...
Il poussa un gémissement avant que sa tête ne retombe en arrière et que ses lèvres cessent de remuer.
-Derek ! Cria Stiles, inquiet, mais le loup n'eut aucune réaction.
Il le reposa délicatement sur la souche d'arbre et leva les yeux sur ses amis :
-Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Je crois que... c'est, euh... bégaya Scott.
-C'est peut-être une charade, lança Peter d'un geste de la main. Un jeu ou un truc comme ça.
Stiles l'attrapa par le revers de sa veste et attira l'animateur pour venir lui grogner au visage :
-Si on ne parvient pas à activer les pierres d'ici cinq minutes, on est mort.
-Mort ? Couina Peter, toute couleur désertant son visage.
-Oui, mort !
-Trop tard. »
Tous baissèrent les yeux sur Derek, qui venait de souffler ces paroles et fixait le ciel des yeux. D'un même mouvement, ils suivirent tous son regard des yeux et ils aperçurent la lune noire s'élever encore plus haut, se tenant déjà presque au dessus du Nemeton. L'air était chargé d'électricité et teinté d'une lueur rouge. Ils sentaient sa force aspirer leurs énergies vitales, affaiblissant leurs corps et embrumant leurs esprits.
À la hâte, ils se tournèrent à nouveau vers les pierres, à la recherche d'un moyen de les activer. Stiles se rua aux côtés d'Allison, et ils observèrent tout deux l'émeraude sous tous les angles. Scott tendit le rubis vers le ciel et se mit à murmurer des paroles dans l'ancienne langue des loups-garou.
-Je crois que la mienne est cassée, geignit Peter en secouant la pierre d'un air désespéré. Pourquoi est-ce qu'il a fallu que j'ai celle qui soit cassée ?
Scott cessa son incantation et baissa la gemme contre sa poitrine. Ses yeux avaient perdu leur lueur d'espoir et il secoua lentement la tête :
-On ne va pas y arriver.
Il ferma les yeux pour retenir ses larmes et poussa un profond soupir.
Dans sa main, la pierre se mit soudain à chauffer et lorsqu'il rouvrit brusquement les yeux, il la vit s'illuminer d'une éclatante lumière rouge.
L'éclat soudain attira le regard des autres qui se jetèrent à ses côtés, l'attrapant aux épaules pour l'interpeller à renfort de cris emplis d'excitation :
-Scotty, qu'est-ce que t'as fait ?
-Rien !
-Montre moi ce que tu as fait !
-Scott, tu peux le faire !
-Je n'ai rien fait.
-C'est quoi le truc, mon pote ?
-Vous voulez bien la fermer !
-D'accord, garde ton calme, Scott, l'apaisa Allison en prenant son visage dans ses mains. Calme toi et montre moi ce que tu as fait, étape par étape. D'accord ?
Scott tremblait encore quand elle fit un pas en arrière pour lui donner plus d'espace, mais au moins plus personne ne criait désormais.
-Je... je me tenais là, dit-il en reprenant exactement la même posture qu'il avait avant que ses amis ne se jettent sur lui. Je tenais la pierre contre ma poitrine et j'ai dit, euh...
Il ferma à nouveau les yeux et tous retinrent leur souffle en observant le jeune alpha avec attention.
-On ne va pas y arriver.
-C'est tout ? S'enquit Stiles quand rien ne se passa, et Scott rouvrit les yeux d'un air déçu.
Il lança un regard triste à Allison qui lui sourit d'un air navré.
Tous grimacèrent quand le rubis s'illumina à nouveau, mais avant que quiconque ne puisse se mettre à paniquer encore une fois, Stiles leva une main, leur faisant signe de se taire.
-Stiles ?
-Il a dit qu'il était le cœur, murmura Stiles en réfléchissant à voix haute. Le cœur aime. Scott, ferme les yeux !
L'alpha eut l'air confus mais s'exécuta.
-Maintenant, je veux que tu penses à ta mère.
-Ma mère ?
-Oui ! Penses à Mélissa. À toutes les fois où elle s'est occupée de toi avant que tu ne deviennes un loup-garou. À la façon dont elle a toujours pris soin de toi et t'as toujours aimé, et ce peu importe ce que tu faisais.
Scott songea au sourire chaleureux de sa mère et à la façon qu'elle avait de toujours sembler savoir ce qu'il fallait dire. Mon Dieu, ce qu'elle lui manquait. Il espérait être capable de la voir une dernière fois pour lui dire à quel point il était reconnaissant de l'avoir. Les regrets enflammèrent son cœur et la pierre dans sa main commença lentement à se réchauffer.
-C'est ça, Scott ! Maintenant penses à tout tes amis, à ton bêta, Isaac. Ou à tous les bons moments qu'on a eu au lycée. Tu te souviens de la fois où j'ai fini dans le fossé avec ma jeep ? Je m'étais seulement cassé le bras, mais tu as refusé de me laisser seul à l'hôpital.
Il pouvait entendre le rire dans la voix de Stiles et ne put s'empêcher de sourire à son tour. Bien sûr qu'il s'en souvenait. Il s'était tellement inquiété pour son meilleur ami ! La gemme dans sa main se mit à bouger et il eut du mal à la retenir.
-Maintenant, je veux que tu penses à Allison.
Scott n'eut alors plus besoin de suivre ses instructions. Son doux visage apparut dans son esprit, ses cheveux bouclés, ses yeux couleur chocolat, ses mignonnes petites fossettes. Des bouts de souvenirs défilèrent dans son esprit et il n'eut aucun mal à songer à la première fois qu'il l'avait vue, le moment où il avait su qu'il l'aimait, leur premier baiser et la joie qu'il avait ressenti quand elle lui avait dit l'aimer en retour. Si seulement il pouvait se rattraper avec elle, avoir plus de temps pour lui montrer qu'il pouvait être un meilleur petit-ami.
Le rubis s'envola soudain de ses mains et il ouvrit les yeux, pris de panique. La pierre flottait en l'air à trente centimètres au-dessus de lui et brillait d'une lueur éclatante d'une chaleureuse couleur rouge.
Stiles l'observa, un sourire en coin confiant sur le visage.
-Reprenez vos positions, ordonna-t-il à Allison et Peter. Les muscles sont forts et l'esprit est sage. Allez-y ! »
Allison se précipita pour reprendre sa place, prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Elle songea à son entraînement, à tout le temps qu'elle avait passé à transformer son corps en cette machinerie parfaite qu'il était aujourd'hui. Elle se souvint des leçons que son père lui avait enseignées, qu'à l'époque elle avait détestées, mais dont aujourd'hui elle connaissait l'importance. De la façon dont chaque nouvelle entreprise l'avait rendue plus forte, plus courageuse, prête à affronter tout ce qui mettait en danger les innocents. Elle était tellement concentrée, qu'elle prit conscience avec étonnement qu'elle était en train de murmurer la devise française selon laquelle agissait sa famille. Débordante d'énergie et de confiance en soi, elle ouvrit les yeux et baissa le regard sur l'émeraude brûlante dans sa main :
« Nous chassons ceux qui nous chassent, déclara-t-elle à voix haute, et la gemme s'éleva pour venir virevolter dans le ciel, s'arrêtant soudain dans les airs juste au-dessus d'elle.
-Stiles, mon pote ! Commença Peter, le saphir reposant immobile dans la paume de sa main. Je... je... je ne suis pas un génie. Je ne suis pas intelligent, je veux dire, je suis futé, mais je n'ai pas de diplôme. Je ne suis pas Stephen Hawking ! Pourquoi est-ce qu'on n'a pas amené Stephen Hawking ?
Il attrapa Scott à l'épaule alors qu'il s'approchait du loup-garou hystérique, son loup échappant à son contrôle sous la panique, et se mit à parler en sortant les crocs :
-Alpha, tu as un doctorat ? Personne n'est un génie ici ? On va y passer !
Allison jeta un regard intense en direction de Stiles :
-Stiles, c'est à toi de le faire.
-Quoi ? Non ! Scott est le véritable alpha, il a toutes les connaissances et la sagesse des loups-garou !
-Non, elle a raison. Je me contente de faire ce qu'on m'a demandé, mais c'est toi qui est intelligent. Tu es celui qui a toujours un plan, raisonna Scott.
-Ouais, mais penses à tous les ennuis que mes plans nous ont causés.
Il se tourna vers Allison, les yeux rouges et irrités par les larmes qui menaçaient de tomber :
-Penses à Erica et Boyd, mes plans leurs ont servi à quoi, hein ?
-Combien de fois faut-il qu'on en discute, Stiles ? Tu n'est pas responsable de leurs morts ! S'exclama la chasseuse. Personne n'aurait pu savoir que nos couvertures étaient compromises et que le rendez-vous était un piège. Ton plan n'a pas tué Erica et Boyd, il a sauvé le reste de l'équipe. Il m'a sauvée ! Tu n'avais pas à démissionner. Tout le monde te l'a dit que tu n'étais pas responsable, mais tu n'as écouté ni les thérapeutes, ni tes supérieurs, ni mon père. Mais moi, tu vas m'écouter !
Elle arracha la gemme non taillée de la main de Peter et la repoussa contre la poitrine de Stiles. Pris par surprise, il s'en saisit.
-Tu nous as sauvé tellement de fois, Stiles, rien qu'avec ton esprit vif. Et c'est pourquoi j'ai toujours su que je pouvais te faire confiance, parce que tu trouves toujours une solution. Tu es le meilleur partenaire que j'ai jamais eu.
Allison avait désormais les larmes aux yeux et elle s'empressa d'attirer Stiles pour le serrer dans ses bras et plonger son visage dans son cou.
-Tu es l'homme le plus intelligent que je connaisse, tu m'entends ? Et tu n'es en rien responsable de ce qu'il s'est passé.
-Merci, Allison, murmura Stiles dans ses cheveux alors qu'il la serrait à son tour dans ses bras.
Elle resserra ses bras autour de lui, avant de se reculer avec un sourire en coin et d'effacer ses larmes.
-Tes plans nous ont toujours causé des ennuis, dit Scott en haussant une épaule. Mais ils nous ont toujours permis de nous en sortir.
Il s'avança vers son ami et l'attira à son tour pour le serrer de toutes ses forces dans ses bras, avant de lui mettre une tape dans le dos et de le relâcher.
-Merci, mec.
-Maintenant, montre leur qui est le plus malin. »
Stiles leur fit un salut de la main avant de se laisser guider par Scott jusqu'à l'endroit adéquat, heureux que son meilleur ami ne commente pas le fait qu'il était en train de renifler.
Il tint la pierre serrée dans son poing à ses côtés et tenta de se concentrer pour se montrer malin, mais il ne savait pas ce que cela voulait dire exactement. Il aurait aimé que son père soit là à ce moment précis. C'était lui le véritable homme intelligent de la famille, pas Stiles, qui n'avait jamais fait qu'essayer d'imiter son père. Combien de temps avait-il passé à apprendre par cœur la signification des codes du scanner de la police, rien que pour comprendre quel grand mystère son père aurait à résoudre par la suite. Il lui avait répété à de nombreuses reprises de ne pas mettre son nez dans ses dossiers d'enquêtes, mais Stiles l'avait tout de même fait, et ce même si leurs contenus n'étaient pas adaptés aux mineurs. Il n'avait jamais été aussi fier que le jour où il avait reçu son diplôme et commencé à travailler pour la NSA. Enfin, il pouvait prouver que sa manie de mettre son nez partout et son besoin de réfléchir encore et encore à chaque problème qui encombrait son esprit étaient utiles et pas seulement une de ses agaçantes excentricités. Toutes ces nuits qu'il avait passées à étudier et rechercher, en essayant seulement de satisfaire son désir de savoir. Mais cela ne suffisait jamais vraiment, il y avait toujours quelque chose de nouveau à explorer. Son cerveau avait simplement pour habitude de bloquer sur un sujet et il était incapable de laisser tomber tant qu'il n'aurait pas résolu l'énigme. C'est pourquoi il était si doué pour désamorcer des bombes ou assembler des armes. Il aimait savoir comment les choses fonctionnaient, ce qui faisait tourner le monde.
Tout son monde s'était écroulé quand ses collègues n'étaient pas revenus vivants de leur mission. Ce jour-là, il avait perdu toute foi en ses capacités. Sans y réfléchir à deux fois, il avait démissionné et fuit à New York, pour se cacher de tout ceux qu'il avait laissé tomber. Mais il avait été incapable de fuir sa mauvaise conscience. Chaque nuit il rêvait des gens qui avaient perdu la vie à cause de sa négligence. Et il se trouvait de nouveau dans la même position, de nouveau sur le point de perdre des gens qu'il aimait, s'il ne se reprenait pas en mains afin de se mettre à résoudre le problème.
Merde, il y avait tellement plus dans ce monde que ce que Derek pouvait lire sur internet et il voulait tout faire découvrir au loup-garou, avait envie de partager tout ce qu'il savait avec cet homme pour voir son visage s'illuminer de surprise, mais s'ils mourraient il en serait incapable !
Il trébucha quand son bras fut soudain attiré vers le ciel et, surpris, il lâcha la pierre bouillante qui lui avait brûlé la paume de la main, y laissant ainsi une marque rouge vive. En un battement de cil, le saphir s'éleva haut dans les airs avant de venir s'immobiliser au-dessus de Stiles, comme si rien ne s'était passé.
Et pourtant, la riche lueur bleue qui en émanait ne perdit rien de son intensité. Le rayon lumineux qui s'en échappait atteignit l'autre côté de la clairière et vint rencontrer les deux autres rayons lumineux émis par les pierres juste au-dessus du Nemeton. Les couleurs se mélangèrent parfaitement, créant un cercle d'une vive couleur arc-en-ciel qui vint entourer le centre, brillant d'un blanc lumineux, cette lumière sans pareil née de la fusion de toutes ces couleurs.
Stiles leva un bras devant son visage, tentant de se protéger les yeux de cette lumière flamboyante. Il resta figé d'admiration devant la magie des pierres. La vue de Derek, toujours allongé parfaitement immobile sous ce spectacle lumineux, le visage inexpressif, sortit Stiles de son admiration silencieuse.
Les lumières ne semblaient toujours pas faire quoique ce soit contre la lune noire, aussi belles soient-elles. Selon l'explication brouillonne de Scott, Derek était une pièce importante de l'arme, mais le Pentachore était toujours allongé, sans bouger, sur le Nemeton.
Il se précipita aux côtés de Derek et le prit dans ses bras, le secouant légèrement :
« Allez, Derek. Réveilles-toi !
Le loup-garou grommela, mais ouvrit docilement les yeux.
-A toi de jouer maintenant.
-Protéger la vie, murmura Derek, à peine capable de garder les yeux ouverts. Jusqu'à la mort.
-Non, Derek, écoutes-moi, le pressa Stiles. Écoutes !
Il prit son visage dans ses mains et força l'homme tremblant à le regarder.
Derek haletait sous l'effort nécessaire pour se tenir assis, mais il se força à ouvrir grands les yeux pour ne regarder que Stiles. Stiles l'avait attiré si près de lui, que Derek pouvait sentir le souffle chaud de la respiration de l'humain sur son visage à chaque parole désespérée qu'il prononçait. Il se rapprocha davantage de la chaleur rassurante que dégageait le corps de Stiles et ferma les yeux de plaisir quand il sentit les doigts de cet homme passer dans ses cheveux.
-Je sais que tu es très fatigué. Je t'emmènerais en vacances, quand on aura finit ici, je te le jure, divagua Stiles avec insistance. Je t'emmènerais en vacances, de vraies vacances ! Que toi et moi. Mais écoutes-moi, si tu ne fais pas quelque chose tout de suite, on va tous mourir. Tu comprends ?
-Quel est l'intérêt de sauver des vies, quand on voit ce que vous en faites ? Souffla Derek en haletant.
Stiles grimaça à ses mots. Il savait exactement de quoi Derek était en train de parler. Toute la douleur et la misère dans le monde. La cruauté et l'injustice que les gens devaient combattre chaque jour. Même les nuits, Stiles se réveillait terrorisé après avoir rêvé à nouveau de ses propres échecs qui le tourmenteront jusqu'à la fin de ses jours. Tout pourrait être réglé dans quelques minutes.
Mais il y avait tellement plus à perdre que la douleur et Stiles en prit conscience quand il plongea les yeux dans le regard désespéré de Derek.
Il serra le loup-garou dans ses bras pour l'attirer encore plus près. Il avait plongé son visage dans les cheveux de Derek et il espérait que sa voix ne trahirait pas l'incertitude qu'il ressentait à ce moment-là.
-Tu as raison, Derek. Tu as raison, mais il y a... il y a des choses, de très belles choses, qui valent la peine d'être sauvées. Des choses vraiment magnifiques !
Derek reposait de tout son poids sur l'épaule de Stiles. Tournant son visage dans son cou, il inspira profondément et laissa la voix et l'odeur de Stiles l'envahir.
-Comme l'amour ? Demanda-t-il d'une voix éraillée et les paroles de Stiles s'emplirent d'une nouvelle énergie.
-Oui ! Oui, l'amour ! C'est bien, c'est un bon exemple. L'amour vaut la peine d'être sauvé.
-Je ne connais pas l'amour.
Derek se pencha en arrière et leva les yeux sur les pierres brillant silencieusement au-dessus d'eux. Sa gorge se serra quand il tenta de se figurer ce sentiment, mais se rendit compte qu'il n'avait rien auquel le comparer.
-Je ne connais pas l'amour, j'ai été créé pour protéger, et non pas pour aimer. Je n'ai pas d'autre utilité que ça.
-Non, murmura Stiles, une main caressant la joue de Derek. Non, non, non ! Tu as tort ! Tu as tout à fait tort. J'ai besoin de toi. J'ai vraiment besoin de toi !
En soupirant, Derek tourna à nouveau les yeux vers Stiles et étudia son visage, pour quoi exactement, il n'en savait rien.
-Pourquoi ?
Stiles ne soutint son regard qu'un instant, avant de le serrer à nouveau dans ses bras et de cacher son visage dans les cheveux de Derek.
-Parce que... Il se tut, effrayé par la portée de ses sentiments, craignant de se faire rejeter.
Sur le côté, il pouvait entendre les encouragements d'Allison et il rougit d'embarras en se rappelant qu'il n'était pas seul avec Derek.
-Dis-lui, Stiles !
Une fois encore, Derek se dégagea de son emprise pour dévisager Stiles, les sourcils froncés.
-Dis-moi. S'il-te-plaît. Pourquoi est-ce que tu as besoin de moi ?
-Parce que... Il se mordit la lèvre et ferma brutalement les paupières, incapable de soutenir davantage le regard implorant de Derek.
-Dis-le moi.
-Parce que je t'aime, souffla-t-il d'un seul coup.
Dès qu'il eut prononcé ces paroles, il sentit son cœur gonfler dans sa poitrine et un poids quitter ses épaules. Il savait que c'était la vérité, il en avait conscience de tout son être et son âme se réjouissait de la beauté des sentiments qu'il ressentait pour Derek.
Il ouvrit les yeux et regarda Derek comme s'il le voyait pour la première fois. Il était tout ce que Stiles pouvait souhaiter et bien plus encore. Son cœur se serra dans sa poitrine quand il songea au fait que tout pourrait prendre fin dans une minute et que rien ne se passerait jamais entre lui et Derek. Si c'était la dernière chose qu'il était capable de faire, alors il allait montrer exactement à Derek ce qu'il ressentait pour lui :
-Je t'aime. »
Ébahi, Derek tenta de trouver quelque chose à répondre. Il ne comprenait pas pourquoi Stiles dirait une chose pareille. Il ne valait en rien la peine d'être aimé. Il n'était qu'une arme, un objet créé dans un but précis, un but auquel il refusait de s'astreindre tant qu'il n'y aurait aucune raison pour lui de sauver ce misérable monde. Mais Stiles l'aimait et cette information faisait battre son cœur à tel point qu'il avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine.
Était-ce ça l'amour ? Cette incertitude, ce sentiment qui lui donnait le tournis, cette sensation écrasante dans la poitrine. Il n'arrivait plus à faire la différence entre ses sentiments et son corps en proie à la fièvre. Quand toute cette pression devint insupportable, des larmes se mirent à couler le long de son visage. Il voulait dire à Stiles qu'il était stupide, que cela ne pouvait être l'amour dont on parlait dans les textes, quand Stiles vint soudain presser ses lèvres contre sa bouche.
Le baiser fut ferme et empli d'un sentiment d'urgence, les bras qui l'entouraient s'accrochant à ses épaules avec la force du désespoir. Il mit un certain temps avant de commencer à répondre au baiser, mais dès qu'il se mit à bouger ses lèvres contre celles de Stiles, il put sentir l'homme se détendre. Tout son corps brûlait du désir d'être plus proche de Stiles. Un plaisant picotement chatouilla ses lèvres et la chaleur dans sa poitrine augmenta encore, et encore, et encore, jusqu'à ce qu'il se dise que Stiles devait sans doute la ressentir à travers leurs vêtements. Il ne s'était jamais senti aussi bien, comme si c'était là qu'était sa place, ici même dans les bras de Stiles, à l'embrasser.
Tout le reste était sans importance à ses yeux, tant qu'il pouvait rester ici avec Stiles. Que la protection du monde aille se faire foutre, la seule chose qu'il devait protéger était l'homme qui se trouvait dans ses bras. Il le protégerait de tous les dangers. Il ne le laisserait plus jamais partir.
Lentement, les pierres qui se trouvaient au-dessus d'eux se mirent à décrire un cercle. Les lumières qu'elles émettaient commencèrent à se concentrer en un puissant rayon visant le Nemeton, alors que les pierres se mettaient à tourner de plus en plus vite, créant un tourbillon d'air. Scott attira Allison au sol, mettant un bras protecteur au-dessus de sa tête, et Peter vint s'accroupir à côté d'eux.
Les trois rayons de lumières étaient désormais clairement pointés en direction de Stiles et Derek, mais ils continuèrent de s'embrasser. Ils s'accrochèrent l'un à l'autre pour affronter ensemble le bruit et la puissance de la tempête qui faisait rage autour d'eux.
Les rayons émirent une décharge d'énergie qui vint s'abattre au milieu du Nemeton dans une explosion sonore, comme frappé par la foudre.
Stiles fut incapable de s'accrocher à Derek plus longtemps et le loup-garou fut brusquement attiré vers l'arrière, les bras tombant mollement à ses côtés, tandis qu'une lumière vive s'échappait de son torse pour brusquement s'élever dans les airs. Le bruit était assourdissant et la lumière était si intense que Stiles la percevait malgré ses yeux fermés. Même s'il lui parut brûlant, le rayon lumineux laissa sa peau intacte. Stiles se fit tout de même du soucis pour Derek, inquiet de ce que ce faisceau d'énergie pouvait lui faire. Il était sur le point de se jeter sur lui pour mettre un terme à cette attaque que subissait le corps de Derek, quand soudain tout prit fin.
Le flux d'énergie s'arrêta, les dernières traces disparaissant dans le ciel, et la clairière fut à nouveau plongée dans l'obscurité. Les trois pierres tombèrent au sol et atterrirent dans l'herbe sèche en faisant un petit bruit sourd. Reposant dans la boue, elles semblaient très ordinaires et sans aucune utilité.
Stiles pencha la tête en arrière et leva les yeux à l'endroit où la lumière s'était évanouie. La lune se tenait au-dessus d'eux, large et blanche, telle une brillante pièce d'argent. La couleur sanglante qui la recouvrait avait disparu, ainsi que tout son pouvoir, et Stiles pouvait sentir ses forces lui revenir. Il attira à nouveau dans ses bras le corps faible de Derek. Il était inconscient, mais respirait encore, et Stiles vint appuyer ses yeux humides dans son cou, ayant encore du mal à croire qu'ils avaient survécu.
Un hurlement de joie sonore perça le silence et Stiles regarda Scott d'un air surpris.
Peter sembla avoir été aussi surpris que Stiles par l'éclat de Scott et vint violemment frapper l'alpha à l'épaule :
-C'est quoi ton problème ? Lui demanda-t-il d'un ton sec. Pourquoi est-ce que tu hurles ? Toutes les cinq minutes, il y a une bombe ou je ne sais quoi !
Scott ne sembla pas affecté par les réprimandes de l'animateur, il était occupé avec Allison, qui s'était jetée à son cou en poussant un cri de joie.
Peter poussa un grognement mécontent quand personne ne fit attention à ses jérémiades, et leur tourna le dos :
-Je me casse !
Allison se détacha de Scott et s'empressa de le suivre :
-Je vais veiller sur Peter, occupez-vous d'amener Derek, leur lança-t-elle gaiement par-dessus son épaule, et même si chaque muscle de son corps le faisait souffrir et qu'il se sentait bien trop fatigué pour faire quoi que ce soit d'autre que s'écrouler au sol ici et maintenant et dormir pendant vingt ans, il ne put s'empêcher de lui rendre son sourire en lui offrant l'un des siens.
La fin est proche les amis !
