Thème du jour : Têtes à trancher

Note : Je suis pas ultra-satisfaite de ce texte, mais c'est tout ce que j'ai réussi à faire.


Une tête à faire tomber

– C'est elle ! Qu'on lui coupe la tête !

Le sang se glace dans les veines de l'adolescente alors que la foule converge vers elle. Les silhouettes se pressent de toute part, lui coupant toute retraite. Elle tente de s'expliquer, de défendre sa position, mais sa voix se perd au milieu des cris et des insultes. Les mains se referment sur ses bras et la tirent vers la potence où la guillotine attend, brillant sous la lumière du soleil couchant.

Betty hurle, se débat et se démène, mais ne parvient pas à se défaire de la poigne populaire.

Elle ne veut pas mourir.

Elle n'a jamais demandé ça. Elle voulait seulement... seulement faire ce qui est juste.

Depuis son plus jeune âge, on lui a appris à être une bonne princesse. À se tenir droite tout en gardant le regard baissé. À soigner sa coiffure, sa toilette, jusqu'au plus petit détail de son apparence pour atteindre la plus élevée des perfections. Elle se devait de bien présenter, sans être exubérante. D'être digne mais humble, belle mais intouchable. Betty s'est pliée à ce carcan de codes et de règles toute sa vie, mais ce n'est pas parce qu'elle ressemble à une poupée de porcelaine qu'elle est incapable de comprendre les manigances de son père le roi et de ses conseillers. Des accords révoltants conclus pour accroître leur richesse au détriment du peuple, des décisions arbitraires qui ont bien trop souvent conduit à la mort d'anonymes, sacrifiés sur l'autel du pouvoir.

Alors Betty a continué de sourire, paradant devant ses parents et la cour, mais en secret s'est fait passer pour une fille du peuple et a réuni autour d'elle un groupe de révoltés, dans l'espoir de changer les choses. Le mensonge ne lui plaisait pas, mais ses camarades rebelles ne lui auraient jamais accordé leur confiance s'ils avaient connu son statut de princesse. L'adolescente avait prévu de leur dire une fois leurs liens plus solides, mais les agents de son père ont été plus rapides.

Ils ont raconté à chaque coin de rue qu'elle était une espionne envoyée par un pays voisin et que tous ceux qui s'acoquinaient avec elle seraient pendus. Le peuple s'est alors révolté, non contre le roi, mais contre Betty.

Traînée comme une souillon jusqu'à la potence, l'adolescente est tétanisée de peur. Elle reconnait dans la foule vindicative les visages de ses anciens amis. Elle voudrait pouvoir leur expliquer, se justifier, mais elle a perdu toute crédibilité à leurs yeux. Ils ne croiront pas un seul de ses mots. La guillotine surgit tout à coup devant elle, et dans un sursaut de panique, Betty trébuche et s'effondre dans la boue. Alors qu'on la relève, elle croise le regard de son père. Le roi est venu assisté à l'exécution de l'espionne étrangère. Ses yeux se plissent alors qu'un sourire cruel déchire ses lèvres. Il n'a aucune intention de venir en aide à sa fille, devenue traîtresse à la couronne. Au contraire, il se réjouit de la voir conduite à la mort par ses propres amis.

Une fureur comme Betty n'en a jamais connu monte alors dans sa poitrine. Sans réfléchir, seulement guidée par sa rage, elle donne coups de coude et de pieds dans la foule agitée qui l'entoure. Elle tombe à genoux. Sa petite taille et sa faible carrure lui offrent une agilité suffisante pour se faufiler entre les jambes des badauds. Derrière elle, on se démène pour la rattraper mais les hommes sont désorganisés et se crient dessus, se reprochant mutuellement de laisser s'enfuir la condamnée. Un premier coup est donné, la tension grimpe brutalement et en une poignée de secondes, c'est la débandade.

Les citoyens se battent entre eux sans même plus prendre la peine de la chercher. Les soldats de la garde interviennent pour calmer la foule avant que la situation ne dégénère totalement. Le roi fulmine au pied de la guillotine, et ordonne qu'on recherche la condamnée. Mais la bagarre devient incontrôlable. Les cris résonnent, des silhouettes sont piétinées et la violence éclot comme une fleur vénéneuse. Betty profite de la cohue pour quitter la place centrale.

Elle fuit le centre-ville, elle fuit la capitale.

Elle abandonne une famille qui n'en porte que le nom. Elle abandonne un royaume corrompu qu'elle n'est pas en mesure d'abattre. Elle abandonne un peuple qui n'est pas prêt à se battre pour sa liberté.

Elle fuit aujourd'hui, mais elle reviendra. Elle attendra son heure. Elle attendra le bon moment. Le bon endroit.

Et alors, les têtes tomberont.