Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.

Ça fait longtemps que je n'avais pas écrit de fic aussi bête. Ça m'avait un peu manqué :) J'espère qu'elle vous amusera.


Promouvoir l'AMBB


- Bienvenue chers bladers, et merci d'avoir accepté notre invitation. Je vous en prie, ne restez pas sur le seuil. Entrez.

L'employé de l'AMBB s'écarta pour les laisser passer. Kyouya Tategami ne bougea pas d'un millimètre, se contentant de le toiser. Des sueurs froides commencèrent à couler dans son dos. Il se tendit bien malgré lui et lutta contre son instinct de conservation qui lui hurlait de partir, le plus vite et le plus loin possible, pour se soustraire au regard du fauve humain. Kyouya plissa les yeux. L'employé déglutit. Fuir semblait une idée de plus en plus tentante – et raisonnable.

Dire qu'il ne sait même pas encore pour quelle raison nous les avons convoqués...

L'employé commençait à douter de la pertinence du projet de l'AMBB. Sur le moment, ça lui avait semblé être une bonne – même excellente – idée. Ils avaient besoin de fonds. Les bladers coûtaient plus d'argent qu'ils n'en rapportaient. Et ils étaient certains d'en gagner beaucoup ainsi.

Mais c'était difficile de s'accrocher à tous ces arguments logiques sous ce regard de prédateur.

- Ça suffit Kyouya.

L'ordre claqua comme un fouet, avec une froideur qui fit pâlir l'employé. Qui pouvait oser parler ainsi à ce type ?

Il se tourna et faillit ne pas en croire ses yeux. Il frotta ses paupières et les rouvrit. Mais non. Il avait bien vu. Ginga Hagane, le héros légendaire aux allures de gamin insouciant, se tenait sur le seuil et fixait son rival.

Bon. J'imagine qu'il faut avoir du caractère pour fréquenter ce sauvage à longueur de journée sans y laisser des plumes.

Ha ha ! Des plumes pour parler du blader de Pegasus. Je suis hilarant.

L'employé manqua de s'étrangler en voyant Kyouya passer devant lui sans lui accorder la moindre attention. Alors c'était ça être un héros ? Avoir une aura suffisamment puissante pour ce faire obéir de ce genre d'énergumènes ?

L'employé l'envia. Un tel pouvoir lui faciliterait vachement la vie – surtout contre ses supérieurs.

Il regarda les autres bladers entrer dans le bâtiment. Ginga Hagane, Benkei Hanawa, Kenta Yumiya, Yuu Tendou et Madoka Amano, fermant la marche. Ses sourcils se froncèrent. Plusieurs d'entre eux n'étaient pas sur la liste.

Il secoua la tête. Il s'en préoccuperait plus tard. Il devait se soucier de problèmes plus urgents. Premièrement, si la rencontre avec les bladers déjà présents se passerait dans de bonnes conditions – vu le niveau général, la moindre altercation pouvait conduire à l'anéantissement des locaux de l'AMBB, voire du quartier dans le cas le plus extrême. Deuxièmement, il devait leur annoncer la raison de leur venue.

...En y réfléchissant, si la première étape tournait mal, au moins, il aurait davantage de chances de s'en sortir.

Non. C'est pour l'AMBB que je le fais.

Il recevrait également une gracieuse compensation mais ce motif ne lui semblait pas assez noble pour être mis en avant.

L'employé prit une profonde inspiration, rassembla son courage et entra dans la salle. L'ambiance était électrique. Déjà. Kyouya était debout, fermement campé sur ses jambes, les points serrés. Sa grimace dévoilait des crocs – des crocs, pas des dents. Il dardait son regard meurtrier sur Ryuuga.

Oh. évidemment. Il fallait que ces deux-là se prennent en grippe.

Je vais mourir. J'aurais dû me douter que la paie pour cette mission était trop alléchante – elle servira à financer mes funérailles.

- Qu'est-ce qu'il fait là ? grogna Kyouya – oui, grogner, il faisait semblant d'être humain ou quoi ?

- Nous l'avons convié parce qu'il est très populaire.

Et on se demande bien pourquoi. Il a failli détruire le monde, quand même, et est passé à deux doigts de voler la vie de plusieurs bladers, dont Kyouya Tategami, le chouchou de ces demoiselles.

Kyouya qui était en face de lui, en cet instant.

Oh. OK. Je vois le problème.

- Qu'est-ce que la popularité a à voir là-dedans ? demanda Tsubasa.

L'employé déglutit. Même si Tsubasa faisait partie de l'AMBB, on ne lui avait pas communiqué la raison de leur invitation, de peur qu'il refuse. Ça n'avait rien de commun avec ses missions habituelles.

L'employé s'éclaircit à la gorge et tenta de se donner contenance.

- L'AMBB a décidé de produire des calendriers pour les fans de Beyblade.

Les adolescents se mirent à le dévisager.

- Nous avons du mal à joindre les deux bouts. Nous nous occupons des tournois, du sponsoring des bladers, de la promotion du Beyblade... ainsi que de la réparation de stadiums.

Il se sentit fier que son regard ne le trahit pas en ne se posant sur aucun des trois responsables, à savoir Ginga Hagane, Kyouya Tategami et Ryuuga.

Tiens, il a pas de nom de famille celui-là ?

- C'est pas juste ! s'écria Yuu. Vous voulez faire des photos de toupies et vous nous avez même pas invités Libra et moi !

L'enfant se mit à agiter les bras avec une telle énergie que l'employé s'étonna de ne pas le voir s'envoler.

- Libra n'est pas populaire, c'est ça ? C'est nul ! C'est la meilleure toupie de tous les temps ! Elle mérite des tas de produits dérivés !

- Ce... n'est pas... ce genre de calendrier.

Yuu s'immobilisa net. Ses immenses yeux verts le regardèrent, tout emplis d'innocence.

- Comment ça ?

- Euh...

Je vais pas expliquer ça à un gosse quand même !

- Vous savez que nous sommes mineurs ? intervint Tsubasa d'une voix très froide. Vous êtes sûr que c'est légal ?

- Pas ce genre de calendrier non plus ! se défendit l'employé, horrifié par l'accusation. Disons plutôt... un entre-deux ?

Tsubasa haussa un sourcil, peu convaincu.

- Parce qu'il y a plusieurs sortes de calendriers ? s'étonna Yuu.

Tsubasa baissa brusquement la tête, fixant Yuu avec un air affolé. Il s'approcha de lui et le poussa doucement vers la porte.

- Hé ! Mais qu'est-ce que tu fais ?

- Ce qui va suivre n'est pas de ton âge.

- Quoi ?

Il le mit dehors. Yuu fit gonfler ses joues, boudeur.

- Je t'emmène manger une glace après.

L'expression de l'enfant changer du tout au tout. Un sourire illumina son visage et des étincelles se mirent à pétiller dans ses yeux.

- Vraiment ?

Tsubasa opina sèchement.

- Génial !

Yuu se pencha à l'intérieur.

- Tu viens Kéké ? On va se promener.

- Euh... d'accord.

Kenta le rejoignit sur le seuil de la porte. Yuu leur adressa un salut de la main.

- À plus tard tout le monde.

Les enfants s'éloignèrent. Finalement, un problème s'était résolu sans son intervention.

Tsubasa lui jeta un regard soupçonneux.

- Nous sommes mineurs aussi.

- Puisque je te dis que c'est pas ce genre de calendrier !

Il y eut un reniflement méprisant. L'employé se crispa et osa – à peine – glisser un regard vers Ryuuga.

- C'est vrai que vous êtes tous des gamins.

Pourquoi il dit ça comme ça ? Il est plus vieux que les autres ? Majeur ?

- Qui tu traites de gamin ?!

- Toi, entre autres.

Un incendie de rage embrasa les yeux de Kyouya. Sa main se ferma sur la poignée de son lanceur.

Arg ! Tout mais pas ça !

L'employé ne dit rien. Il avait peur de provoquer l'étincelle qui mettrait le feu aux poudres. Il adressa un regard suppliant à Ginga. Si quelqu'un pouvait régler cette situation sans verser de sang, c'était forcément le héros qui avait sauvé deux – non trois – fois le monde.

Sauf que l'adolescent ne faisait pas du tout attention aux deux rageux. Il dévisageait l'employé avec un manque total de motivation.

- C'est pour ça que l'AMBB nous a demandé de venir ? Je pensais qu'on aurait le droit de tester un stadium...

Vous êtes bien les derniers à qui on demanderait une chose pareille !

Ce Ginga n'avait aucun sens des réalités. Il croyait vraiment que l'AMBB pouvait se permettre de gaspiller autant d'argent ? S'ils prenaient la peine de financer un stadium entier, ils n'y convieraient pas des bladers qui le réduiraient instantanément à l'état de gravats. Surtout s'il était doté des toutes dernières innovations technologiques.

- J'aurais mieux fait d'aller au fast-food.

La colère de l'employé s'évanouit. Il fixa Ginga. Il aurait dû être l'un des plus faciles à convaincre. Ça se présentait mal pour le projet, non ?

- Rien ne nous empêche de nous barrer, déclara Kyouya.

Au moins, il s'était désintéressé de sa dispute avec Ryuuga.

Le soulagement de l'employé fut de courte durée : Kyouya se dirigeait à grands pas vers la porte. Il se jeta dans l'ouverture, les jambes écartées, les mains s'agrippant au cadre. L'adolescent s'arrêta. Il le dévisagea avec tant d'animosité que l'employé eut l'impression d'entendre un compte à rebours... dont le zéro marquerait la fin de sa vie.

- Vous croyez faire quoi là ?

- T-t'empêcher de partir ? répondit-il d'une voix fluette.

La colère de Kyouya se teinta d'exaspération. L'employé s'en serait vexé s'il tenait davantage à sa fierté qu'à sa vie.

- Dégagez, soupira Kyouya.

- Non ! L'AMBB a besoin de ces photos.

- Pourquoi ? demanda Madoka.

L'employé eut l'impression d'entendre le chœur céleste. Enfin quelqu'un qui essayait de comprendre la situation avant de donner son avis – et, accessoirement, de le menacer.

- Nous sommes dans le rouge. Les bladers nous coûtent trop chers et nous n'arrivons plus à suivre. C'est une de nos dernières chances !

Miracle ! Ses paroles touchèrent Madoka, mais également Ginga et Benkei, et Tsubasa ne semblait plus sur le point d'appeler la police.

Par contre...

Kyouya le toisa avec suspicion. Il croisa lentement les bras. Point positif : l'employé aurait ainsi le temps de se jeter hors de son chemin s'il lui prenait l'envie de propulser Leone.

- Vous êtes sûr que c'est à cause des bladers ? C'est pas plutôt la faute des incompétents qui vous dirigent ?

- Vous parlez du père de Ginga !

- Notamment.

L'employé tourna la tête vers Ginga se disant que, cette fois-ci, il allait intervenir. L'honneur de sa famille était en jeu.

Le rouquin se gratta le crâne d'un air gêné.

- Moi aussi j'ai du mal à comprendre ce que Papa fait à la tête de l'AMBB. Il a jamais travaillé dans une entreprise avant.

Le mâchoire de l'employé se décrocha. Trahison ! Disgrâce !

- Ça explique tout, commenta Kyouya en tournant la tête vers lui. Il faut des années de travail pour devenir un chef d'entreprise décent.

Vu son père, j'imagine qu'il en sait quelque chose.

- Vraiment ?

Pour toute réponse, Kyouya haussa les épaules.

Évidemment. Il va pas dire comment il sait ça. Bad-boy, c'est vachement moins impressionnant quand on est un fils à papa. Je voudrais tellement faire éclater cette vérité aux yeux du monde ! Il tomberait direct de son piédestal ! Sauf que... l'AMBB a besoin de sa popularité. Ce sale gosse fait partie des piliers du Beyblade japonais. Si cette information se répandait, qui sait qu'elles en seront les conséquences sur l'association ? Enfant défavorisé, luttant contre tous et réussissant à s'en sortir grâce au Beyblade... ! Conte moderne magnifique né de rumeurs à cause de sa dégaine et de son style. C'est tellement plus vendeur que fils à papa qui s'ennuie.

Même s'il ne fait pas exprès de causer des rumeurs,se força à reconnaître l'employé. Et qu'il se fiche probablement de sa popularité.

Après tout, Kyouya n'avait même pas calculé les nombreuses admiratrices venues l'encourager lors de son duel contre Ginga.

L'employé ouvrit les yeux. Il s'aperçut que toutes les personnes présentes le dévisageaient.

- Qu'est-ce qui y a ?

- Vous faisiez une drôle de tête, répondit Ginga.

- T'es mal placé pour faire ce genre de commentaire, avec ta coupe de cheveux, marmonna l'employé, à bout de nerfs.

Ginga passa une main soucieuse dans sa tignasse rousse.

- Vous allez faire ce calendrier pour l'AMBB. Ça ne vous prendra qu'une demi-journée. Ce n'est pas trop demandé, quand même.

- Hors de question, martela Kyouya, catégorique.

Pourquoi devait-il faire partie des plus populaires celui-là ?

- Ce n'est pas une demande, mais une exigence. Une demi-journée pour aider l'AMBB, après tout ce qu'elle a fait pour vous, est un juste retour des choses.

Kyouya émit un son plein de mépris et d'incrédulité. L'employé n'avait plus qu'à changer d'angle d'attaque.

- Tu nous le dois bien, vu tous les dégâts que tu nous as causés. Tu crois peut-être que réparer des stadiums est gratuits ? Il est temps de payer la note.

- Sinon ?

- Interdiction de tournois officiels.

- Quoi ? Vous n'oseriez pas !

Non, mais ça, tu ne peux pas le savoir.

Kyouya le dévisagea longuement, le visage marqué par la colère. Ses poings se serrèrent et se desserrèrent à plusieurs reprises. L'employé s'efforça de garder contenance malgré la terreur qui le tenaillait. Kyouya finit par lui tourner le dos d'un geste brusque et se dirigea dans un coin de la salle, où il s'adossa au mur, boudeur. L'employé manqua de s'effondrer de soulagement.

- Plus vite nous commencerons, plus vite nous finirons, déclara Tsubasa. En quoi consiste ces calendriers ?

- Des photos de bladers populaires dans des tenues et des mises en scène différentes.

Les yeux de Madoka s'arrondirent. Tsubasa haussa un sourcil.

- Et les toupies ? intervint Ginga.

- Vous pouvez les prendre mais ce n'est pas nécessaire.

- C'est plus un calendrier de fans de bladers que de fans de Beyblade dans ce cas, commenta Tsubasa.

Et alors ? eut envie de crier l'employé. Qu'est-ce que ça peut faire tant que ça nous permet de gagner assez pour continuer les sponsorings ?!

Mais il se contenta de pincer les lèvres. Il ne connaissait pas Tsubasa très bien et n'avait eu qu'un accès limité à son dossier, preuve de son haut rang au sein de l'AMBB. Il n'osait pas s'emporter contre lui au cas où cela puisse avoir une influence sur sa carrière.

On ne devrait pas laisser autant de pouvoir à des gamins.

Entre des pouvoirs politiques et littéralement destructeurs, il était servi.

- Les photos, elles sont thématiques ? demanda Madoka.

- Oui.

La bouche de la jeune fille trembla. Elle glissa un regard furtif vers Kyouya, un éclat victorieux dans le regard.

Elle est forcée de le supporter à longueur de journée, la pauvre. La moindre vengeance est bonne à prendre.

L'employé jeta un regard en direction de Kyouya.

C'est vrai que ça promet d'être drôle.

- Nous pouvons commencer ?

- J'imagine, marmonna Ginga.

Kyouya lança un regard noir à l'employé et lui grogna dessus. Il se prenait pour quoi, un animal sauvage ?

Dire que son dossier est le plus complet et le plus positif : bulletins scolaires, bilans médicaux, contacts en cas de problèmes, etc. Ses parents sont très consciencieux, alors pourquoi le laisser se comporter ainsi ? Je sais qu'on est censés laisser les enfants développer et exprimer leur personnalité mais pensez un peu à ceux qui sont obligés de le supporter, merde !

- Les cabines d'essayage et les vêtements se trouvent au fond de ce couloir. Nous commençons par janvier, évidemment.

Pendant un moment, personne ne bougea. Puis, Ginga, Tsubasa et Kyouya se dirigèrent vers le fond de la pièce en traînant des pieds, dans un manque d'enthousiasme flagrant.

Demandez service à des bladers tiens !

L'employé risqua un regard vers Ryuuga. L'Empereur Dragon autoproclamé patientait tranquillement dans un coin de la pièce. L'employé était surpris qu'il soit encore présent. Il pensait – espérait – qu'il partirait à la première occasion. En fait, il ne pensait pas qu'il viendrait. L'AMBB devait se mordre les doigts d'avoir lancé une telle invitation. Il était imprévisible ! Qui était capable de dire qu'il en aurait marre et qu'il déciderait de tout détruire avec L-Drago ?

Maintenant que j'y pense... on devait pas la lui confisquer cette toupie ? Parce qu'elle était interdite ou un truc du genre ?

Il ne blâmait personne. Il ne voyait pas qui serait assez fou pour donner un ordre à Ryuuga. Il ne comprenait même pas pourquoi tous ces gamins agissaient si naturellement avec lui. Ils savaient tous de quoi il était capable : ils en avaient tous subi les conséquences de plein fouet – Ginga en le combattant, Tsubasa et Kyouya en tant que victimes.

L'employé osait à peine le regarder et ne prendrait pas le risque de lui donner des ordres comme aux autres. D'ailleurs, s'il s'était douté une seule seconde de sa venue, il n'aurait jamais accepté ce boulot, même pour tout l'or du monde.

Mais je suis venu. Autant bien faire mon travail, maintenant.

Et si jamais il mourait, il serait érigé au rang des martyrs de l'AMBB. Il serait même le premier d'entre eux – le credo de l'association était : ne jamais se mettre en danger quand d'autres sont prêts à le faire à votre place.

Et, non, il n'en avait pas honte.

- Janvier est, bien sûr, le symbole de la Nouvelle-Année, déclara l'employé. Nous avons choisi des kimono et un décor de temple, pour rappeler la visite traditionnelle.

- Des gens font encore ça ? demanda Benkei, pas très convaincu.

- Évidemment. C'est une tradition très importante ! Beaucoup de familles la suivent toujours.

Certes, elles étaient de moins en moins nombreuses, mais il en restait. Il fallait croire en la survie des traditions.

Les adolescents revinrent. Kyouya semblait à l'aise dans son kimono vert vif. Il avait même échangé l'élastique de ses cheveux contre un ruban noir. Ça ne surprit pas l'employé. Gaou Tategami aimait les traditions de son pays. Il était impensable que son fils ne participe pas à des fêtes traditionnelles. Il devait au moins porter le kimono deux fois par an – pour le nouvel-an et pour o-bon.

En parlant de traditions... Kyouya a dû faire la fête des 7-5-3, et ses parents ont certainement pris des photos. Des photos d'un Kyouya enfant – en kimono qui plus est – ça doit valoir son pesant d'or.

Sauf qu'il n'avait aucun moyen de mettre la main dessus.

Avec regret, il se concentra sur le présent. Ginga ne semblait pas plus gêné que son rival. En même temps, d'après son dossier, il avait vécu toute son enfance dans un village de montagne préservé des technologies modernes. Ça ne devait pas être nouveau pour lui. Quant à Tsubasa, il avait remis son masque d'impassibilité. Impossible de savoir donc.

- Installez-vous devant le décor.

Les adolescents s'exécutèrent en traînant des pieds. Ça leur coûterait quoi de faire preuve d'un peu d'enthousiasme, hein ?

L'employé prit plusieurs clichés, leur demandant de changer de pose entre chaque. La meilleure photo de chaque mois serait sélectionnée pour le calendrier. Si les autres n'étaient pas trop mauvaises, elles pourraient toujours être utilisées pour d'autres produits dérivés.

L'employé baissa son appareil.

- J'imagine que vous ne voulez pas nous confier des photos de vous enfants ?

Le silence qui lui répondit fut glacial et les regards qui se posèrent sur lui meurtriers. Tant pis. Ça aurait rapporté gros mais il n'y avait jamais vraiment cru.

- Vous pouvez aller vous changer. Remettez vos vêtements de d'habitude. Ils serviront aux deux prochaines photos.

- Est-ce que ça n'aurait pas été plus simple de garder nos vêtements et de commencer par les photos de février et mars ? demanda Tsubasa.

- Je fais ce que je veux ! s'énerva l'employé.

Les adolescents ne le questionnèrent pas davantage. Les épaules de l'employé s'affaissèrent lorsqu'ils disparurent de sa vue. Il n'allait quand même pas leur avouer qu'il n'y avait pas pensé...

Le trio mit moins de temps pour se changer cette fois. Ils revinrent, toujours en traînant des pieds. L'employé leur demanda de se placer devant le décor numéro deux : un banc dans une rue. Il leur remit une boîte ornée de cœurs à chacun. Kyouya fit la grimace.

- Février marque bien évidemment la Saint-Valentin ! lança l'employé avec un enthousiasme forcé. Nous voulons des photos de vous mangeant du chocolat.

Ginga ouvrit sa boîte et ses yeux étincelèrent.

- C'est pas aussi bien que des hamburgers mais je dis pas non !

Les trois adolescents se prêtèrent au jeu. À la fin de la séance, l'employé récupéra les boîtes. Celles de Ginga et Kyouya ne pesaient plus grand chose. Il risqua un regard à l'intérieur. Tous les chocolats avaient disparu.

Morfales. Je les avais payé de ma poche !

Au moins, il en restait quelques uns dans la boîte de Tsubasa.

- Et pour mars, vous avez choisi quelle fête ? demanda Madoka.

- Le jour blanc !

Avec toutes les jeunes filles et femmes fans de ces garçons, ça ne pouvait pas être autre chose.

- Cette fois, il y a des accessoires.

L'employé leur donna de minuscules paquets cadeaux, malgré la mine dégoûtée de Kyouya.

- Vous les tendez vers l'objectif. N'oubliez pas que vous êtes reconnaissants pour vos chocolats de la Saint-Valentin.

Tsubasa ne semblait pas savoir par quel bout tenir le paquet. Comme on pouvait s'y attendre, Ginga le présentait dans ses deux mains tendues – héroïque et poli, le jeune. Quant à Kyouya, il le tenait négligemment dans une main et ne regardait même pas l'objectif, avec une attitude qui faisait penser qu'on lui faisait perdre son temps.

Ça n'a rien d'étonnant. Un manque de respect pareil me mettrait hors de moi... mais c'est ce que ses fans veulent, j'imagine.

C'est à n'y rien comprendre.

L'employé les photographia une seule fois. Ils avaient réussi à prendre la bonne pause dès le premier essai.

- Vous pouvez aller vous changer. Pour avril, nous avons choisi l'inimitable Hanami. Pour cette fête, vous vous installerez sur des nappes de pique-nique, autour d'un panier, devant un décor de cerisiers en fleurs. En vêtement de ville. Vos fans adoreront vous voir dans des tenues différentes.

Les marques qui ont décidé de s'associer à l'AMBB aussi. Surtout qu'elles espèrent un beau retour sur investissement grâce aux photos du calendrier.

Mais ça, ils n'avaient pas besoin de le savoir.

- Nous avons beaucoup hésité avec la rentrée scolaire mais nous avons finalement décidé de garder les uniformes pour d'autres mois.

Les adolescents revinrent. Ginga portait une veste courte, bleu sombre, par-dessus un t-shirt d'un bleu si pâle qu'il en semblait presque blanc, qui tombait sur son pantalon – un jean gris sombre et large. Un seul détail clochait.

- Tu peux enlever ton bandeau ?

Ginga porta les mains à son front.

- M-mais c'est un héritage familial !

- Juste pour cette photo, plaida l'employé. Tu pourras le remettre après.

Ginga continua d'hésiter.

- Arrête de faire ton gamin et enlève-le bon sang ! s'énerva Madoka.

Avec beaucoup de réticence, Ginga obtempéra. Quelques mèches de cheveux roux retombèrent sur son front. Il avait l'air moins gamin d'un coup.

Kyouya, Tsubasa, Madoka et Benkei le dévisagèrent. Ce devait être la première fois qu'ils le voyaient sans son bandeau, eux aussi.

Ginga triturait le bout de tissu, l'air mal à l'aise. L'employé en profita pour regarder les deux autres. Kyouya portait un t-shirt vert clair à manches longues qui s'arrêtait bien au-dessus de son nombril. Son jean slim était taille basse. Tsubasa portait un col roulé sans manche d'un violet sombre, avec des mitaines claires et un jean blanc.

Pas mal du tout.

Ce changement de style plairait. L'employé en avait la certitude. Il prit intentionnellement plus de clichés que nécessaire. Ça pourrait être utile pour d'autres produits dérivés...

Les trois bladers partirent se changer.

- Je ne vois pas quelle fête incarne mai... réfléchit Madoka.

- Le jour de la nature, répondit l'employé.

Il avait un faible pour la gamine – en tout bien tout honneur évidemment. Elle était si normale et elle arrivait pourtant à supporter ces énergumènes à longueur de journée. Elle mériterait de voir une statue ériger en son honneur, d'être célébrée comme une sainte !

Cette fois, les adolescents portaient des t-shirts aux différentes nuances de vert, avec des motifs de feuilles, par-dessus des jeans.

Tout est assorti aux cheveux de Kyouya, du coup.

L'employé les photographia, ricanant intérieurement. Toute vengeance était bonne à prendre.

Il congédia le trio et se tourna vers Madoka. Il était si heureux qu'elle se soit incrustée qu'il serait incapable de l'exprimer avec des mots. Elle incarnait un véritable havre de paix au milieu des bladers et lui apportait un grand courage : si une jeune fille aussi chétive et normale avait la force nécessaire pour les supporter pendant plusieurs années, l'employé était capable de survivre à une matinée avec eux.

- Ils porteront l'uniforme d'été pour juin.

- L'uniforme d'été ? Est-ce que ça veut dire qu'ils porteront aussi l'uniforme d'hiver ?

- C'est une surprise !

Les trois adolescents revinrent, vêtus du même uniforme : une chemise blanche avec une cravate et un pantalon noirs. Si Ginga et Tsubasa avaient consciencieusement glissé leur chemise dans leur pantalon, Kyouya l'avait à moitié boutonnée et ne s'était pas donné la peine de nouer sa cravate correctement.

C'est quoi cette manie d'exhiber son ventre ? Il croit quoi ? Que tout le monde a envie de le voir à moitié nu tout le temps ?

L'employé se garda bien de faire cette remarque à voix haute. Il espérait encore sortir vivant de cette histoire.

- Juillet c'est l'été... les vacances... la plage, la mer et les maillots de bain !

- Plutôt crever.

- Non.

- Je pensais que ce n'était pas ce genre de calendrier.

L'employé fut coupé net dans son élan mais ne se sentit pas découragé : il avait prévu un tel cas de figure et un plan B – même s'il trouvait que Kyouya était gonflé de refuser vu sa manière de s'habiller.

On peut même dire que c'est l'hôpital qui se fout de la charité.

- Dans ce cas, que diriez-vous d'une ambiance de Tanabata ?

Pour la première fois depuis le début de la séance photo, Ginga montra un réel enthousiasme.

- C'est ma fête préférée !

- On s'en doutait pas, marmonna Madoka avec sarcasme.

- Vous porterez donc des vêtements mélangeant les styles oriental et occidental, avec des motifs d'étoiles. Le décor sera celui d'une nuit étoilée.

- D'accord !

- C'est moins pire que l'autre, commenta Kyouya – parce que ce serait tellement dommage de manquer la moindre occasion d'être cassant.

Pour la première fois, l'employé put capturer un sourire sincère de Ginga. Voilà qui modifiait totalement son expression.

- Retour à la pure tradition avec o-bon. Ils porteront de nouveau des kimono et, cette fois-ci, les accessoires seront des lanternes. Bien entendu, le décor sera une rivière.

Kyouya revint, enveloppé dans un kimono vert sombre, la taille marquée par un obi noir. Ginga le suivait de près dans son kimono bleu marine à l'obi jaune. Tsubasa arriva peu après, dans un kimono marron à l'obi mauve. Ils étaient élégants, bien plus que d'ordinaire. Ces clichés feraient également de magnifiques posters.

L'employé fit défiler les photographies pendant que les adolescents se changeaient. Ce n'était pas mal du tout. Il leva la tête en entendant leurs pas se rapprocher. Ils arboraient différents degrés de perplexité. L'employé les détailla. Il ressentit du soulagement en constatant qu'ils s'étaient tous changés. Ginga portait un t-shirt à manches courtes blanc aux motifs de feuilles oranges et rouges, par-dessus un t-shirt à manches longues gris.

- Un problème ?

Tsubasa tira sur la manche de son t-shirt.

- Quelle célébration vous avez choisie pour septembre ?

- L'équinoxe d'automne, pourquoi ?

La réponse de l'employé fut accueillie par un silence.

- Ça sent le manque d'inspiration, non ?

- Parce que vous croyez que c'est facile ?! Mettez-vous en place ! MAINTENANT ! Et arrêtez un peu de vous plaindre !

Kyouya lui adressa un regard empli d'animosité. Alors qu'il ouvrait la bouche – sûrement pour l'insulter – Ginga s'interposa.

- Nous avons presque fini.

Kyouya regarda son rival un instant. Il poussa un soupir hargneux avant de se diriger vers la scène. Ginga lui emboîta le pas. L'employé se rendit alors compte de la catastrophe qu'il avait manqué de vivre.

Je l'ai échappée belle... Ginga est un véritable héros !

L'employé les photographia sans cesser de remercier sa bonne étoile.

Peut-être qu'il survivrait à cette expérience, finalement.

- Un peu d'originalité avec un thème occidental cette fois. Vous connaissez tous Halloween ?

- Est-ce que ça veut dire que ces costumes seront encore plus ridicules que les autres ?

Mais il peut pas la fermer lui ?

- Vous ne serez pas complètement déguisés. Il faut que vous soyez facilement reconnaissables sur les photos. Vos vêtements seront des tenues de ville, avec des références à cette fête. Le décor sera un cimetière occidental, avec plein de tombes en pierre. Exotique, non ?

Les trois adolescents retournèrent vers les cabines d'essayage sans répondre. L'employé fit la grimace. Ça leur coûterait quoi, un peu d'enthousiasme ? Ils devraient être contents : beaucoup de jeunes adoreraient être à leur place.

- Jamais je ne porterai ça !

Qu'est-ce qu'il a à encore gueuler lui ?

L'employé se dirigea vers les cabines d'essayage en traînant la patte. Ginga avait eu le temps d'enfiler son haut : un t-shirt à manches courtes noir avec un motif de citrouille grimaçante.

- Il y a un problème ?

- Ça ! s'énerva Kyouya en brandissant son t-shirt.

L'employé ne voyait qu'un t-shirt à manches longues tout à fait normal, avec des motifs de chauve-souris. Peut-être que le gamin le trouvait trop habillé...

Il faudrait qu'il se mette d'accord avec lui-même celui-là.

- Ce sont des chauve-souris ! Hors de question que je porte ça !

- Je croyais que c'était les loups que tu détestais, intervint Ginga.

- Rien à voir ! À quoi les chauve-souris te font penser ?

L'employé se frotta la tempe. À des vampires ? Peut-être qu'il pensait que c'était une moquerie pour son croc qui dépasse.

- Libra ! Déjà que ce sale gosse s'amuse à me doter de ce surnom ridicule, s'il apprend que je porte des chauve-souris – et il l'apprendra, c'est sûr – je ne finirai jamais d'en entendre parler.

L'employé trouvait qu'il faisait beaucoup d'histoires pour un vulgaire t-shirt et un enfant qui ne mesurait pas la moitié de sa taille.

Quel gamin capricieux !

- Nous n'avons pas prévu de tenue de rechange, soupira-t-il. Tu proposes quoi ?

- Tsubasa n'a qu'à le mettre ce stupide t-shirt. Il est pas le tuteur de Yuu ou un truc du genre ?

- Je suis trop jeune pour être légalement responsable d'un gamin, déclara le concerné en sortant de sa cabine d'essayage, dans un t-shirt aux motifs de fantômes.

Mais pas pour posséder un poste clé à l'AMBB. Cherchez l'erreur.

Maintenant qu'il y pensait, l'employé se rendait compte que ces trois adolescents avaient eu une vie plus remplie – et dangereuse – que la sienne malgré leur jeune âge. Même ce privilégié de Tategami.

Il tomba à genoux.

Qu'ai-je fait de ma vie ?

- Qu'est-ce qui lui prend encore ?!

- Il a pas l'air bien.

L'employé se ressaisit. Ce n'était pas l'heure des questions existentielles. Il s'éclaircit la gorge et se remit debout.

- Ce n'est rien. Juste un malaise passager.

N'y pense plus. Ils ont réalisé de nombreux exploits, et alors ? C'est facile de se distinguer quand il y a des problèmes majeurs à affronter. Il n'y avait rien de ce genre à mon époque.

- Il y a un problème de tailles.

- Comment ça ?

Tsubasa baissa ostensiblement la tête pour regarder Kyouya. Ça ressemblait à une provocation.

Pitié ! Ne t'y mets pas aussi !

- Pas faux.

- M'en fous. Je ne veux pas porter ça !

- Tu as oublié les tournois ? demanda tristement Ginga.

Kyouya se tourna vers son rival.

- Si tu veux, ça ne me dérange pas d'échanger, mais, pour moi, aucune de ces chauve-souris ne ressemble à Libra. Elles ne sont jamais de face et ne tiennent pas de balance. Même pour te taquiner, Yuu n'irait pas aussi loin.

- …D'accord.

Incroyable ! Le pouvoir du héros a encore frappé !

Kyouya se glissa dans sa cabine d'essayage. Il en sortit moins de deux minutes plus tard. L'employé guida les adolescents dans la salle principale. Ils se placèrent d'eux-mêmes dans le décor. Le travail commençait à entrer.

- Novembre marque le début de la fraîcheur et donc... les uniformes d'hiver !

- C'est en octobre le changement d'uniformes, lui fit remarquer Tsubasa.

- J'ai le droit de prendre des libertés ! Allez vous habiller !

Les adolescents obtempérèrent. Ils portaient le même uniforme à leur retour : une tenue sobre, qui couvrait leur corps, radicalement différente de celles qu'ils portaient habituellement. Kyouya triturait son col avec gêne. Enfin.

Plus qu'une tenue, s'encouragea l'employé pendant qu'il prenait les trois bladers en photo. J'en ai bientôt fini avec le calendrier.

- Et décembre... Noël bien sûr ! La neige, le sapin, le père noël... c'est si exotique tout ça ! On se croirait dans un film hollywoodien !

- Faut pas exagérer non plus, marmonna Kyouya.

Rabat-joie !

Cette fois, il eut l'intelligence de se taire. Comme pour Halloween, ils avaient opté pour des vêtements simples, dont les motifs rappelaient cette célébration. L'employé prit plusieurs clichés des adolescents. À peine eut-il terminé qu'ils se précipitèrent vers les cabines d'essayage. Il leva les yeux au ciel. L'effort que l'AMBB leur avait demandé n'était pas si grand.

L'employé consulta les photographies. Elles étaient toutes très bien. Kyouya avait beau se plaindre et l'insulter régulièrement, il était le plus doué pour poser. Pendant que les autres restaient quelque peu crispé, il agissait avec un naturel qui frisait le professionnalisme.

Monsieur Mise-en-Scène ! S'il a pas les compétences pour succéder à son père, il pourra toujours se lancer dans le mannequinat.

Les trois bladers revinrent, dans leurs tenus habituelles si ce n'est vêtus normalement. Tsubasa semblait gêné même s'il faisait de son mieux pour le dissimuler. Ginga regardait l'entrée avec un intérêt plus qu'évident, déjà passé à autre chose. Kyouya avait un air... boudeur.

Gamin pourri gâté qui a l'habitude de faire la loi !

- J'ai rempli ma part du marché, maintenant foutez-moi la paix ! s'agaça Kyouya en se dirigeant vers la porte.

Benkei se lançait déjà sur ses pas.

- Pas tout à fait.

Kyouya se tendit et se retourna lentement. L'employé déglutit devant la lueur meurtrière qui animait son regard. Enfant favorisé sans aucun doute, il avait quand même l'air dangereux.

L'employé leva son appareil.

- Il me reste plein de photos à prendre.

- On en a déjà fait douze ! Ça suffit pour votre calendrier !

- Il manque la couverture... et nous avons prévu toute une collection : des cartes (dont des modèles collectors), des posters, des mugs...

- Tu te fous de moi ?! rugit Kyouya.

- Ce n'est pas ce qui était convenu, ajouta Tsubasa.

- J'ai jamais dit que c'était uniquement pour le calendrier ! se justifia l'employé.

Si Ginga ne disait rien, il le regardait d'un air déçu, comme s'il ne le croyait pas capable d'une telle malhonnêteté. C'était drôlement vexant.

- Puisque je vous dis que l'AMBB frôle la banqueroute ! Vous vous en moquez ou quoi ?

Le silence qui suivit fut plus éloquent que n'importe quelle parole. Gamins ingrats !

- J'imagine que si c'est pour l'AMBB... soupira Tsubasa.

- Exactement ! C'est pour l'AMBB et le bien des bladers du monde entier !

Enfin ! Il avait réussi à toucher la corde sensible de Ginga : le rouquin ne semblait plus aussi prompt à partir. Il ne lui restait plus qu'à toucher le cœur de Kyouya...

…si le gosse capricieux en possédait un, évidemment.

Vu comme il le regardait, l'employé en doutait sérieusement.

- Quel genres de photos ? s'informa Tsubasa.

- Des photos un peu plus suggestives.

Le peu d'enthousiasme qu'il avait réussi à attiser se refroidit aussitôt.

- Nous sommes toujours mineurs, déclara l'argenté.

- Pas suggestives à ce point !

Tsubasa s'était remis à le dévisager avec méfiance. Une seule phrase avait suffi à réduire ses efforts à néant... Quelle misère ces bladers.

- Certains de vos fans se demandent quel est votre genre de petite amie et d'autres... eh bien... d'autres se disent que vous formeriez de beaux couples entre vous.

Il ne reçut que des regards vides. Il ne voyait vraiment pas comment leur expliquer ça plus clairement... À part en donnant des exemples.

Oh, merde. Ça y est. Je vais mourir.

- Nous avons demandé des votes de popularité...

- Et c'est à cause des bladers que vous n'avez plus d'argent, hein ? lança Kyouya, la voix lourde de sarcasmes.

- ...et ces votes ont désigné plusieurs idées de couples comme populaires, des "couples" dont vous faites partie. Par exemple... Kyouya et... Ryuuga ?

Il avait murmuré le deuxième nom d'une voix à peine intelligible. Il n'osait pas non plus regarder dans sa direction au risque de voir sa réaction.

Il se prit donc la réaction de Kyouya en plein dans les oreilles.

- Moi ? Avec ce taré ? Mais ils me prennent pour qui au juste ?!

Le taré en question est juste à côté de toi ! faillit répondre l'employé.

Il se retint de justesse. Il se sentait terrifié à la seule idée d'avoir dénommé Ryuuga ainsi en pensées – même s'il doutait sérieusement de sa santé mentale. Il tenta de se rassurer en se disant que Ryuuga n'avait pas de pouvoirs surnaturels. C'était un être humain comme les autres, dépourvu de dons télépathiques. S'il avait eu une apparence étrange pendant l'Ultime Bataille, c'était uniquement à cause du Pouvoir Obscur – il l'avait lu dans son dossier. C'était une force si terrifiante qu'elle avait même eu des conséquences sur les bladers qui l'avaient côtoyé le temps d'un unique combat. Hikaru avait eu besoin de mois de thérapie pour s'en remettre. Quant à Tsubasa, il avait fait plusieurs crises pendant les Championnats du Monde – dont une si violente qu'il avait fini à l'hôpital.

Ce Pouvoir Obscur, c'était vraiment quelque chose d'effrayant. L'employé était bien content de ne pas y avoir été confronté.

Maintenant que j'y pense... ça n'a rien fait à Kyouya...

L'adolescent avait pourtant été touché de plein fouet. Est-ce que cela signifiait... qu'il était pire que Ryuuga ?

- Il y a aussi toi et Ginga...

Kyouya frappa le mur juste à côté de son visage. Au vu de son cheminement de pensées, l'employé ne put s'empêcher d'émettre un couinement terrifié.

Pourquoi les parents Tategami n'avaient pas fait leur taf et qu'ils n'avaient pas inculqué la politesse la plus élémentaire à leur môme ? Il les en maudissait...

- J'ai l'air d'avoir du temps à perdre avec ça ? Tout le temps libre que j'ai, je l'utiliser pour m'entraîner au Beyblade et pouvoir battre Ginga !

- Ce sont juste des enquêtes de popularité...

- De quels débiles ? S'ils perdent leur temps avec ce genre de bêtises, ça doit être des brêles au Beyblade. Ça explique pourquoi la majorité des "bladers" ont un niveau tellement bas qu'il est inexistant.

Aïe ! Il n'y a pas qu'avec les poings et la toupie qu'il sait cogner.

L'employé attendit qu'il se soit éloigné pour ajouter dans un murmure :

- Certains te voient aussi avec Tsubasa.

Kyouya se tendit. Il tourna lentement la tête vers lui. L'employé fit une rapide prière, certain que son heure était venue.

- On nous imagine avec tous les bladers que nous avons combattus ? intervint Tsubasa, les sourcils plissés par la perplexité.

- Pas... exactement.

Tsubasa et Ginga semblaient complètement perdus, affichant différents degrés de confusion. Kyouya avait l'air furieux – comme depuis le début, en fait. Et Ryuuga... ne semblait pas du tout concerné par la situation. Quant aux spectateurs – soit Benkei et Madoka – le premier semblait outragé – l'employé se souvint alors qu'il était un fervent admirateur de Kyouya, même s'il ne comprenait pas ce qu'il pouvait lui trouver – et la deuxième se retenait à grand peine d'éclater de rire.

- Ce serait quoi ton genre ?

- C'est quoi cette question débile ? demanda Kyouya d'une voix aussi froide que la glace.

- Je... C'est... Et si je te disais que ça t'exempte du reste des photos ?

Ce type d'informations rapporterait énormément en la vendant à des magazines people... et faire partir Kyouya plus vite allongerait son espérance de vie de manière considérable.

Que je sache, ces magazines n'ont rien publié sur sa vie privée. Ils sont nuls, ont les mêmes craintes que nous – à savoir que la vérité ferait chuter sa popularité – ou ont-ils été réduits au silence par un avocat de la famille ?

(L'employé apprit par la suite que les journalistes ayant suivi Kyouya avaient effectivement été réduits au silence... mais par le maître de Leone lui-même. Il les avait repérés à chaque fois qu'ils le suivaient, sans qu'ils sachent comment. Quand ils avaient de la chance, il les semait. Le reste du temps...

Plusieurs de ses victimes s'étaient lancées dans un reconversion professionnelle et nombre d'entre elles éclataient en sanglots ou s'évanouissaient à la simple vue d'un appareil photo, d'une caméra ou d'un micro. Et leur réaction était mille fois pire si Kyouya ou Leone était évoqué devant eux.)

Kyouya le détailla en plissant les yeux, soupesant les deux options. Il finit par tourner la tête et pousser un soupir hargneux.

- J'imagine... commença-t-il avec lenteur, comme si on lui arrachait les mots de la gorge. Que si je m'intéressait à ce genre de bêtise – ce qui n'est pas le cas – je choisirais un blader pas trop mauvais.

Il vient de donner du crédit à toutes ces rumeurs du coup, songea l'employé avec une certaine exaspération. S'il faut avoir des compétences de bladers pour gagner son amour, trois des candidats les plus adéquats sont dans cette pièce.

- C'est ça !

L'employé sortit un carnet et y inscrivit quelques notes tremblantes. Voilà qui pourrait sauver l'AMBB de la ruine.

- Vous écrivez quoi ?

Il était repassé au vouvoiement ? L'employé avait du mal à suivre...

- Rien, rien, répondit-il en rangeant son carnet.

Le seul moyen d'avoir une chance avec Kyouya Tategami était de faire partie des bladers les plus forts. Vu sa popularité, avec cette annonce, l'AMBB gagnerait des dizaines – que racontait-il, des centaines – de nouvelles adhérentes – et adhérents, on était au XXIe siècle, après tout. L'employé venait de découvrir un moyen supplémentaire d'aider l'AMBB.

Grâce au soutien de l'AMBB, devenez un as du Beyblade et ayez une chance de conquérir le cœur de Kyouya Tategami !

Bien sûr, il faudrait que le lien soit plus subtil, mais il ne faisait pas partie des chargés de communication ni de marketing. Ce n'était pas son rôle de trouver.

- Je peux partir, maintenant ?

L'intervention de Kyouya tenait davantage de la menace que de la question. L'employé hésita. Ils étaient certains de vendre des tas de produits dérivés s'il figurait dessus. Il suffisait de voir toutes les filles qui avaient brandi des pancartes pendant son duel contre Ginga... Rien qu'en les imaginant se ruer sur leurs articles, il avait l'impression d'entendre les caisses de l'AMBB se remplir.

Ginga était un excellent modèle, également, mais il ne s'adressait pas au même public. Après des études de marché, l'AMBB avait compris que, en général, les fans de Ginga – principalement des garçons – étaient des mordus de Beyblade qui espéraient atteindre son niveau un jour ou qui le prenaient pour modèle, tandis que les fans de Kyouya – majoritairement des filles – avaient le béguin pour lui – cinglées. Bien sûr, il y avait des exceptions. Certaines filles avaient un faible pour Ginga – prouvant par là-même être plus saines d'esprit que les autres – et certains garçons prenaient Kyouya comme modèle – peu nombreux, heureusement.

Ils n'avaient mené aucune enquête sur les fans de Ryuuga, craignant de découvrir qu'ils partageaient sa mentalité.

Kyouya le fixait avec agressivité. L'employé soupira.

- J'imagine, oui...

Kyouya se redressa.

- Pas trop tôt.

L'employé le regarda s'éloigner avec déception. Dire qu'une seule photo de lui pourrait changer bien des choses...

L'employé poussa Ginga. Avec une exclamation, le rouquin se cogna contre Kyouya. L'employé dégaina son appareil photo...

- Désolé !

Ginga s'écarta si vite qu'il n'eut pas le temps d'actionner le bouton. Il se tenait à plusieurs pas du vert, le dévisageant avec inquiétude.

Oh ! C'est hyper ambigu de sa part ça ! Je tiens peut-être un scoop...

Les deux rivaux se dévisagèrent. Kyouya finit par détourner la tête.

- C'est rien.

Kyouya marcha tranquillement vers la porte qui s'ouvrit brusquement. Il eut le temps de lever son bras devant son visage – un réflexe que l'employé n'aurait jamais eu le temps d'avoir. Le choc le fit reculer de quelques pas, trébucher...

…et Ryuuga le retint.

Wo ! Il est capable de gentillesse alors ?

L'employé s'aperçut alors que le bras de Ryuuga maintenait Kyouya au niveau de la taille et que sa main était posée sur son ventre nu. Il se dit que ça ferait une super photo pour une certaine catégorie de fan, même si Ryuuga ne semblait pas plus intéressé que s'il tenait un sac de patates et que Kyouya était plus figé qu'une statue.

Soudainement, Kyouya se mit en mouvement : il se retourna et propulsa son poing vers le visage de Ryuuga. La mâchoire de l'employé se décrocha. Il comprenait mieux la réaction de Ginga, plus tôt : il avait dû croire qu'il recevrait ce type de traitement.

Ryuuga ne fera plus jamais d'actes désintéressés à cause de ce crétin !

L'Empereur Dragon esquiva le coup en penchant simplement la tête sur le côté. Il toisait Kyouya comme si c'était une mouche qui l'importunait.

Kyouya dégaina son lanceur. L'employé eut l'impression que son cœur cessa de battre.

- J'en ai marre de tout ça ! Leone !

Et il propulsa sa toupie.

- Kyouya ! l'interpella Ginga.

- Sois raisonnable ! renchérit Madoka.

- Coup spécial !

- Ici ? s'exaspéra Tsubasa.

- Pas le choix ! déclara Ginga en sortant sa toupie et son lanceur.

- Tu ne vas pas t'y mettre aussi ! s'indigna Madoka.

- Il faut bien l'arrêter ! se défendit Ginga en projetant Pegasus.

- C'est un mauvais plan !

Quelque chose frappa l'employé à la tête et il sombra dans l'inconscience.


XXX


Les paupières de l'employé tressautèrent. Il ouvrit lentement les yeux. Un monde blanc assaillit ses rétines. Il eut du mal à s'habituer à la luminosité. Quand il y parvint, son environnement gagna en netteté. Il se trouvait dans une chambre d'hôpital. Le directeur et sa secrétaire, Hikaru Hasama, se tenaient à côté de son lit.

- Vous vous réveillez enfin, constata son supérieur, soulagé.

- Qu'est-ce que je fais ici... ?

- Vous ne vous souvenez pas ?

L'employé fouilla dans sa mémoire. Il trouva d'abord une terreur sourde, comme un avertissement pour l'empêcher d'aller plus loin. L'employé continua de chercher. Les souvenirs des dernières heures lui revinrent. Les calendriers et autres produits dérivés... Les bladers réunis... La colère de Kyouya... Leone...

Il sentit son visage se décomposer.

- Les locaux... ?

Le directeur et Hikaru affichèrent le même air désolé.

- Complètement détruits.

L'employé déglutit. Ce n'était pas possible... Dire qu'ils avaient fait tout ça pour renflouer l'AMBB... Avec des locaux détruits sur les bras, ils risquaient de gagner à peine de quoi financer un ou deux projets.

Un ou deux projets financés, c'est toujours mieux que notre point de départ, tenta-t-il de s'encourager.

- J'ai eu le temps de prendre assez de photos pour le calendrier. Il faudra juste qu'on crée une couverture.

Le directeur et Hikaru échangèrent un regard. Le cœur de l'employé sombra.

- Quoi ?

- En fait... Il semblerait...

- L'appareil photo a été détruit en même temps que les locaux.

Il y eut un silence.

- Quoi ?! Vous voulez dire que j'ai subi tout ça pour rien ?!

- La situation financière est même pire avec la destruction des locaux, déclara Hikaru.

Toutes forces quittèrent l'employé. Il s'effondra sur son lit.

Tout ça pour rien...

- Un médecin vite !

- Au vu des circonstances, vous ne verrez pas d'inconvénients à ce que votre prime ne soit pas versée, n'est-ce pas ?

Il était peut-être temps qu'il se lance dans une reconversion professionnelle.


FIN


Bonus - Épilogue 1


- Tu ne trouves pas que tu exagères ? s'agaça Madoka.

Dans son atelier du B-Pit, l'adolescente examinait Leone et Pegasus pour s'assurer qu'ils n'avaient subi aucun dommage. Leurs bladers n'avaient aucun sens des réalités. C'était un miracle que leurs toupies aient survécu si longtemps.

Les adolescents en question se trouvaient dans la même pièce qu'elle. Ginga était sagement assis sur le fauteuil tandis que Kyouya se tenait debout, les bras croisés, et la fusillait du regard – alors qu'elle prenait soin de sa toupie l'ingrat.

Je fais ça pour Leone, se rappela-t-elle. Leone n'a rien fait de mal. Ce n'est pas de sa faute s'il a ce sale type comme blader.

- Oh ! La ferme !

Une veine battit à la tempe de Madoka. Elle se redressa. Ginga avait levé la tête vers Kyouya. Ses yeux ne contenaient ni reproche ni agacement. Elle était incapable de comprendre la patience qu'il témoignait envers ce type.

- Elle veut dire... avoir détruit les locaux de l'AMBB pour ça...

- Je n'aime pas qu'on empiète sur mon espace, s'expliqua Kyouya en se tournant vers lui. Ce débile n'avait qu'à faire plus attention.

- Et c'est Ryuuga l'idiot, hein ? marmonna Madoka.

- T'as dit quoi là ?!

Madoka ne répondit pas. Elle reporta toute son attention sur les toupies. C'étaient les seules à le mériter.


Bonus - Épilogue 2


L'employé afficha un sourire victorieux. Il avait eu raison de ne pas démissionner finalement. Le projet calendrier avait peut-être échoué mais il avait quand même réussi à sauver l'AMBB. Il croulait sous les félicitations. D'ici peu, il obtiendrait sûrement une promotion.

Tous mes sacrifices n'ont pas été vains.

Il avait eu l'idée du siècle – non, du millénaire.

Il regarda l'un des nombreux posters promotionnels affichés dans le hall du siège japonais de l'AMBB. Un cliché de Kyouya – pris pendant l'Ultime Bataille ou les Championnats du Monde – s'y étalait, avec une légende très particulière, qui expliquait les goûts amoureux de l'adolescent.

"Inscrivez-vous à l'AMBB et améliorez rapidement vos compétences de blader !"

Le sous-entendu était clair, et les inscriptions nombreuses.

- Hé hé hé !

J'ai réussi ! J'ai sauvé l'AMBB !