Avant de commencer, je voulais juste faire quelques remerciements :
– Melior Silverdjane pour ses reviews sur chacun de mes chapitres qui me font toujours si plaisir, merci de me lire !
– Celine17 pour son commentaire sur mon dernier chapitre qui m'a fait très plaisir également, je suis ravie d'avoir une nouvelle lectrice :)
Et maintenant, je vous laisse à ce nouveau chapitre !
Tandis que je reprends doucement conscience, ma tête semble peser de plus en plus lourd. Les sensations que j'éprouve me paraissent étrangères. Je sens tout de suite que quelque chose ne va pas, avant même d'avoir des informations sur ce qui m'entoure.
Un chuchotement autour de moi met tout mon esprit en état d'alerte. Je ne parviens néanmoins pas à comprendre un seul mot prononcé, mon cerveau est encore si confus.
« Rivière ? » j'appelle mentalement. « Que se passe-t-il ? »
J'attends mais aucune réponse ne me parvient. Le silence de plomb dans mon esprit est glaçant. Je me mets à chercher la présence de Rivière dans mon esprit mais je ne la trouve nulle part. C'est impossible.
C'est elle qui est censée chercher ma présence, habituellement, pas l'inverse. C'est ma conscience qui s'évapore normalement, pas la sienne. Elle a les rênes de notre corps et, par définition, elle ne peut pas s'en éclipser. Quelque chose ne va vraiment pas.
Que diable s'est-il passé pendant tout ce temps où j'ai été absente ? Que m'est-il arrivé, d'ailleurs ? Je n'ai aucun souvenir. Pas un seul, pas même une sensation.
– Vous m'entendez ? demande une voix d'homme avec douceur.
La voix est très proche de moi et ne m'est pas familière. Son entente me surprend puis m'effraie.
– Vous êtes en sécurité, continue-t-il tandis que je panique intérieurement. Votre corps est de nouveau entièrement le votre. Tout va bien se passer. Vous pouvez vous réveiller.
Le sens de ces paroles met un certain temps à m'atteindre. Habituellement, j'interprète toutes les paroles extérieures comme s'adressant à Rivière. Mais cela n'a pas de sens, dans cette situation. Comment ça, son corps est de nouveau entièrement le sien ? Je suis toujours là, donc ce ne peut pas être vrai.
Et si ces mots s'adressent en réalité à moi ? Je suis frappée de stupeur. Si l'homme s'adresse à moi, May, l'humaine, cela voudrait dire que... Non, je ne peux pas croire cela. Je ne le veux pas.
Ne supportant plus de rester dans l'ignorance de la situation, j'achève de me réveiller. Mes yeux s'ouvrent brusquement. Je rechigne à peine face à la luminosité qui frappe mes pupilles. Ma vision est floue.
« Quoi ?! » je veux demander, mais aucun son ne sort de ma bouche. À la place, je me mets à tousser. Ma gorge est douloureuse et je grimace. Je sais que le fait même que je ressente cette sensation aussi pleinement n'est pas normal.
L'homme que je commence à percevoir à travers ma vision floutée me tend une gourde en souriant. Il la place devant ma bouche et j'accueille avec réconfort la fraîcheur de l'eau dans ma gorge, bien que je lui trouve un goût étrange.
– Vous voilà revenue parmi nous, constate l'homme avec un grand sourire.
Une fois que j'ai fini de boire, je tourne vers l'inconnu un regard empli de détresse. Celui-ci recouvre son sérieux et m'observe avec inquiétude.
– Quelque chose ne va pas ? me demande-t-il avant de se répéter. Vous êtes en sécurité. Vous êtes vous-même à nouveau. Il n'y a plus rien à craindre.
Je devine que ses mots ont vocation à me rassurer, mais ils ont l'effet inverse. Je sens la panique me gagner de façon croissante. L'homme me contemple avec incrédulité. Il ne comprend pas ma réaction.
– Rivière, j'appelle à voix haute, sans me préoccuper de ce que peut penser cet inconnu.
L'homme fronce les sourcils alors que je réitère mes appels plusieurs fois. Mon ultime appel s'achève dans un murmure. Je suis seule. Mes efforts sont vains, je l'ai perdue. J'ai perdu mon amie. J'ai repris contrôle sur mon corps mais je suis désormais seule…
– Où est-elle ? je demande à l'homme. Rivière. L'âme qui était dans ma tête.
Son regard se dirige vers un coin de la pièce et je le suis. Mon regard tombe sur un dispositif argenté que je reconnais.
– Dans une cryocuve, m'apprend-t-il. Nous l'avons ôtée de vous.
Ma main tremblante vient recouvrir ma bouche pour empêcher un hoquet d'effarement d'en sortir. La confirmation de mes craintes me frappe en plein cœur. C'est donc officiel : Rivière n'est plus avec moi. Des larmes me montent aux yeux et je ne parviens pas à les refréner. L'homme continue de m'observer avec étonnement.
Un autre homme entre alors dans la pièce et apparaît dans mon champ de vision. Il est grand et sa peau est hâlée. Je le reconnais. C'est l'un de ceux qui était avec Crépuscule d'hiver, ce dernier soir, le dernier dont j'ai le souvenir avant m'être évanouie.
Le regard de l'homme tombe sur moi, en larmes, puis se pose sur l'homme près de moi. Il lui adresse un regard interrogateur. Je décide d'ignorer la présence du nouveau venu et mes yeux reviennent sur le visage de l'homme à côté de moi. Je prends le temps de m'asseoir sur la paillasse sur laquelle j'étais allongée en tentant d'ignorer ma tête qui se met doucement à tourner.
– Pourquoi ? je demande dans un sanglot. Qui vous y a autorisé ?
L'homme reste interdit.
– N'êtes vous pas contente d'avoir retrouvé votre corps ? s'étonne-t-il. Nous sommes humains, comme vous, je...
Dans un coin de ma tête, la nouvelle me laisse coite. Inconsciemment, j'avais déjà compris que l'homme qui me faisait face était humain. Mais toute cette situation, c'est beaucoup trop d'éléments à traiter pour mon pauvre esprit engourdi.
– Vous n'aviez pas le droit ! je proteste en ignorant le choc de sa révélation. Elle... vous n'allez certainement pas le comprendre, mais elle était mon amie. Je sais que votre intention était bonne mais...
Je sanglote de frustration. J'ai retrouvé mon corps. Je n'aurais jamais cru que cela puisse arriver un jour. J'en suis si heureuse, mais... je ne peux cesser de penser à Rivière.
– Que va-t-il lui arriver ? je reprends. Elle n'est pas mauvaise, vous savez ? Elle aurait même voulu me rendre mon corps si elle l'avait pu. Elle a essayé maintes fois de trouver une solution pour le faire, sans succès, à son plus grand désarroi. Et maintenant, elle n'est plus là, et je n'ai même pas pu lui dire au revoir... Je ne peux pas croire que ça se termine comme ça.
J'essuie rageusement les larmes qui continuent de couler sur mes joues. Je renifle avec un manque d'élégance certain mais je m'en fiche. Je veux que les larmes cessent. Je note dans un coin de ma tête que, en dépit de la douleur que je ressens en cet instant, il est bon de ressentir pleinement des émotions de nouveau. Il est seulement dommage que ce soit dans de telles circonstances.
– Jared, va chercher Gaby, lance l'homme à l'inconnu qui se trouve toujours à l'écart. Et peut-être Mélanie aussi...
Le dénommé Jared ne répond pas mais il s'éclipse en un rien de temps.
– Je suis désolée, je poursuis en ignorant ce qu'il vient de se passer. Je ne veux pas paraître ingrate. Je vous suis extrêmement reconnaissante de m'avoir ramenée mais...
Une fois de plus, je ne parviens pas à terminer ma phrase. L'homme face à moi s'en occupe à ma place.
– Mais c'est compliqué ? propose-t-il. C'est souvent le cas.
J'acquiesce.
– Je suis Doc, se présente-t-il alors.
Un docteur ? J'observe vaguement l'endroit dans lequel je me trouve, n'ayant eu que peu le loisir de le faire, préoccupée comme je le suis depuis mon réveil. C'est une grande pièce taillée dans la roche, illuminée étrangement par des fissures dans le plafond. Plusieurs lits de camps s'alignent dans la pièce, je suis assise sur l'un d'entre eux. Et puis, il y a un bureau au bout de la pièce avec du matériel médical qui ne m'inspire que très peu confiance, au premier abord. Cet endroit ressemble en effet à une infirmerie. En tout cas, il a vocation à y ressembler.
– May, je me présente à mon tour, une fois mon exploration terminée.
– Enchanté, May. Si j'ai bien compris, vous vous êtes liée à l'âme qui occupait votre corps ?
J'acquiesce de nouveau. Je l'observe avec suspicion. Il ne semble pas si surpris que cela et je trouve cela étrange. Je me serais plutôt attendue à ce qu'il s'insurge, qu'il soit dégoûté qu'on puisse considérer une âme autrement que comme son ennemie.
– Nous avons déjà vécu cette situation, m'apprend-t-il.
Je hausse les sourcils sous la surprise.
– Mélanie, l'une des nôtres, et Gaby, l'âme qui était en elle.
– Était ? je relève. Mais...
Je fais le lien avec les paroles entendues auparavant, quand Doc s'est adressé à l'autre homme.
– Vous venez de demander à cet homme d'aller chercher Gaby et Mélanie...
Il acquiesce et sourit. Je perçois de la malice dans son regard. Il semble s'amuser de ma stupeur.
– Comment ? je demande finalement.
– Gaby a rendu son corps à Mélanie. Gaby comptait ensuite mourir mais nous lui avons trouvé un autre corps. Le corps d'une jeune femme. L'humaine n'est jamais revenue à elle après l'extraction de l'âme. Pour sauver le corps, nous y avons insérée Gaby.
Je reste pantoise face à ce qu'il me raconte. Des pas rapides retentissent alors, se répercutant en écho contre des parois que je ne peux pas voir. Finalement, une jeune femme bronzée au corps athlétique pénètre dans la pièce, accompagnée de l'homme de tout à l'heure – Jared – et, un peu en retard, une jeune fille blonde toute essoufflée. Je reconnais Crépuscule d'hiver. Un rayon de soleil frappe son visage quand elle relève la tête et un reflet argenté traverse la pièce.
– May, voici Gaby, me dit Doc en m'indiquant la jeune fille blonde. Et voici Mélanie.
Les deux nouvelles venues me sourient. Doc me présente alors à Jared qui m'observe avec curiosité. Un peu impoliment, je les ignore presque pour rebondir sur les paroles de Doc qui m'ont emplie d'un espoir nouveau.
– Vous voulez dire que... ce serait possible pour Rivière de revenir ? je demande à Doc avec stupeur. Dans un autre corps, je veux dire.
C'est la seule chose que j'ai envie de demander en cet instant, alors même que je me trouve face à plus d'humains que je n'en ai vu depuis longtemps.
Doc échange un regard avec les autres.
– C'est possible, oui. Nous pouvons aussi l'envoyer sur une autre planète. En tout cas, aucun mal ne lui sera fait. Vous avez ma promesse.
Je secoue la tête à l'idée de Rivière sur une autre planète. Je n'aime pas cela. Doc affiche un air interrogateur.
– Rivière n'avait pas envie d'aller sur une autre planète. Elle se sentait chez elle ici, je lui confie avec tristesse.
– Lui faites vous entièrement confiance ? poursuit Doc.
– Je lui voue une confiance aveugle, je réplique immédiatement. C'est mon amie.
Doc semble réfléchir un moment.
– Alors nous pourrions la ramener, intervient Crépuscule d'hiver - Gaby - en se rapprochant de moi. Parfois, les hôtes humains ne reviennent pas, lorsque nous les séparons de l'âme en eux. Si vous pensez que Rivière désire rester sur cette planète, elle le pourrait. Parmi nous...
Cette idée me plaît, c'est ce que je souhaite pour Rivière. Mais... une vie parmi des humains ? Voudrait-elle vraiment cela ? J'ignore encore tout de l'endroit où je me trouve.
Ma tête recommence à me tourner. Je viens de récupérer mon corps alors que je ne pensais pas cela possible. Je viens d'atterrir dans une poche de résistance humaine dont j'ignore encore l'étendue, quelque chose dont je rêvais depuis que je me suis retrouvée seule avec Mina. Tant de choses qui auraient du me rendre si heureuse.
Mais il y avait Rivière. Rivière qui n'était plus dans ma tête. Rivière qui était dans une cryocuve, en état d'hibernation. J'aurais aimé lui demander son avis mais je ne le pouvais pas. Et il y avait Mina. Mina qui n'était plus là. Mina dont le corps était occupé par une âme et qui se trouvait beaucoup trop loin de moi. Plus que jamais auparavant, bien que j'ignore où je me trouvais exactement.
– Je ne sais pas quoi en penser, je finis par avouer. C'est beaucoup, tout ça. Beaucoup trop. Je suis... perdue.
– Il n'est pas nécessaire d'en parler maintenant, pas alors que vous venez de vous réveiller, s'empresse d'intervenir Doc. Nous avons tout notre temps, votre amie n'ira nulle part sans votre accord, je vous le promets. D'abord, il conviendrait de vous parler de nous, de l'endroit où nous nous trouvons, de...
– Ça, c'est mon rôle, intervient une voix bourrue.
Je sursaute en remarquant qu'une nouvelle personne a fait son apparition. Un vieil homme avec des sourcils broussailleux qui m'observe avec un regard malicieux.
– Moi, c'est Jeb, se présente-t-il. Et là, tu es chez moi. Comment t'appelles-tu, petite ?
