Avant de commencer, je souhaite une très joyeuse année 2020 à tous le monde ! Puisse-t-elle vous apporter tout ce que vous souhaitez en ce monde !

Tandis que cette nouvelle année commence, je tiens à remercier tous ceux qui suivent mon histoire, et notamment Melior Silverdjane qui ne manque jamais de laisser des reviews sur mes chapitres ! Un grand merci à toi !

Cela dit, je vous souhaite une très bonne lecture.


‒ Tu sembles ailleurs ces derniers temps.

Mélanie me fait remarquer cela tandis que, justement, j'ai l'esprit dans la lune. Je tourne la tête vers elle et l'observe avec un air un peu perdu.

‒ Ah oui ? je fais semblant de m'étonner.

‒ Quelque chose de particulier te tracasse ? insiste-t-elle.

Si seulement j'avais pu lui révéler mes plans. Peut-être pourrais-je le faire, d'ailleurs. Je suis pratiquement certaine de pouvoir faire confiance à Mélanie. La vérité, c'est que j'ai peur qu'elle me dissuade de mettre mon plan à exécution. J'ai également peur d'affronter son regard face à ma trahison à venir.

De façon générale, je n'ose plus croiser le regard des autres habitants de ces grottes, comme si j'avais peur qu'ils lisent la culpabilité dans mes yeux. Le pire, c'est que ma façon de me comporter doit paraitre bien plus étrange encore. Cependant, personne n'y fait réellement attention. Les gens doivent se dire que je passe beaucoup trop de temps avec Tom, voilà tout. Mais Mélanie n'est pas si dupe.

‒ Pas en particulier, non, je réplique en feignant l'innocence.

Mélanie m'adresse un regard peu convaincu.

‒ C'est compliqué, Mel, je soupire alors.

‒ Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai ?

‒ Je le sais, oui.

‒ Rivière va bien ?

Je hausse les épaules.

‒ Elle a toujours du mal à trouver sa place. Heureusement que Gaby et Soleil sont là.

Mel hoche la tête.

‒ Tout finira par aller mieux, j'en suis persuadée. Il faut juste un peu de temps.

J'acquiesce tout en me faisant la réflexion qu'elle n'aurait pas tant de temps que ça, finalement. Bientôt l'échéance arriverait et nous nous en irions. Mon cœur se serre à ce rappel.

‒ C'est Tom qui te tracasse, c'est ça ?

Je lève des yeux interrogateurs vers Mélanie qui me répond par un haussement de sourcils.

‒ Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Mel ? Oui, j'aime bien Tom. Un peu trop et je le réalise progressivement. Mais c'est Tom…

J'ai décidé d'être honnête avec elle. Quitte à devoir lui mentir sur certains aspects, autant lui parler à cœur ouvert sur d'autres.

‒ Tu lui as dis ce que tu ressentais ?

Je pousse un profond soupire.

‒ Je ne préfère pas. Je ne veux pas qu'il se braque. Je ne veux pas lui faire peur, d'autant plus que je doute qu'il m'envisage un seul instant de cette façon.

‒ Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

‒ C'est juste que je ne crois pas qu'il ait ce genre de préoccupations, c'est tout. Moi-même, je m'en passerais bien. Il y a plus important en ce monde…

‒ Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça. Justement par les temps qui courent, un peu d'amour ne peut pas faire de mal. Si tu veux mon avis, Tom a bien besoin d'un peu d'amour. Ça le sortirait peut-être de sa coquille…

Je ris. Mélanie n'a pas entièrement tort.

‒ Franchement, fonce ! poursuit Mélanie. L'heure n'est plus à l'hésitation. Il faut profiter de l'instant présent, non ?

‒ Tu as sûrement raison.

Mel a d'autant plus raison que je m'apprête à courir dans la gueule du loup d'un instant à l'autre. L'instant présent compte d'autant plus que j'ignore combien de temps il me reste à vivre. Tout peut arriver et mon destin ne m'appartiendra bientôt plus entièrement.

‒ Tu sais quoi ? Je vais aller le voir maintenant !

‒ Voilà une attitude qui me plait un peu plus ! s'enthousiasme Mel. Et s'il te repousse, sache qu'il est encore plus stupide que je ne le pensais.

Je lève les yeux au ciel en souriant et je m'engouffre dans le couloir vers lequel je sais que je trouverais Tom. Les propos de Mélanie m'ont décidés une bonne fois pour toute : me voilà déterminée ! Je sais que Tom doit profiter de ce temps de repos commun pour se reposer dans sa chambre, lui qui peine tant à trouver le sommeil la nuit. Je m'en veux de venir le perturber pendant un tel instant, mais Mélanie m'a fait réaliser l'urgence de la situation. Peut-être est-ce le moment ou jamais de révéler ce que je ressens à Tom, car il se pourrait que je n'ai plus d'autre occasions de le faire par la suite. Du moins, il sera moins évident de le faire quand nous courrons pour notre vie au vu et au su de tous.

Je m'arrête devant le paravent qui masque l'entrée de la chambre de Tom et appelle doucement son nom. Je n'ai d'abord pas de réponse alors je fais l'hypothèse qu'il est endormi, mais une voix un peu bourru me répond ensuite.

‒ Qu'est-ce qu'il y a, May ?

‒ Excuses-moi de te déranger pendant que tu te reposes, mais on pourrait parler ?

Je l'entends soupirer mais il acquiesce finalement et m'invite à entrer. Je repousse le paravent et m'installe sur la couchette du voisin de chambre de Tom.

‒ C'est au sujet de notre évasion secrète ? chuchote-t-il.

‒ Non, ce n'est pas ça. Je n'ai pas encore réfléchi à ce dont on avait parlé.

‒ Ah. Quoi alors ?

J'hésite, soudain moins certaine de la brillante idée qui m'a amenée ici. Comme je reste silencieuse, Tom soupire de plus belle. Il se redresse sur sa couchette et s'assied face à moi.

‒ Parles, May.

‒ C'est compliqué…

‒ Tu es venue jusqu'ici pendant que je dormais, tu dois bien avoir une raison.

‒ En fait, non. Ce n'était rien, je vais te laisser dormir.

‒ Tu es sérieuse ?

‒ Crois-moi, c'était stupide. Oublie ça.

Je me lève et me hâte de repasser derrière le paravent mais Tom a entrepris de me suivre.

‒ Sérieux, tu m'as intriguée. Tu ne peux pas partir comme ça. Qu'est-ce que ça concerne ?

Je soupire de frustration.

‒ Toi, Tom. Ça te concerne toi.

‒ Mais encore ?

‒ Toi et moi.

‒ L'évasion ? Tu m'as dis que…

‒ Pas l'évasion ! je m'agace. Réfléchis un peu.

‒ Je ne vois vraiment pas. Crache le morceau, sinon je ne vais jamais pouvoir me rendormir.

Lasse de tourner autour du pot, je décide de me faire plus explicite afin qu'il comprenne de quoi il s'agit précisément. J'attrape son visage et pose mes lèvres sur les siennes, moi-même surprise de mon initiative. Je le sens se figer entre mes mains. Quand je le relâche de mon emprise, il m'observe avec ahurissement.

– May…

‒ Tu voulais savoir ce dont il s'agissait. Tu as ta réponse.

‒ May… répète-t-il.

Il soupire bruyamment.

‒ Je ne suis pas fait pour toi, May. Sérieux, ne te fatigues pas pour moi. Je ne vaux pas le coup.

– N'importe quoi ! je m'outre. D'où est-ce que tu sors ça ?

– Celui que je suis, ce gars taciturne et morose, il restera. Je t'ai parlé de celui que j'ai été, mais il est mort. Je ne changerais pas.

– Très bien, parce que je ne te demande pas de changer, Tom ! C'est toi que j'apprécie, pas celui que tu as été et que je n'ai jamais rencontré.

– Je ne t'apporterais rien de bon, réplique-t-il.

– Laisses-moi décider pour moi-même, d'accord ?

Tom secoue la tête avec agacement.

– Sérieux, je ne suis pas la bonne personne pour toi.

– Permets-moi de ne pas être d'accord.

– Ecoute, je ne veux pas me battre pour te convaincre. Saches seulement que je ne changerais pas d'opinion.

– Tu me fatigues, je soupire.

– Tu vois, on s'engueule déjà. Ça ne peut nous mener à rien.

– Les couples, ça s'engueule. C'est naturel. Ce n'est pas un argument valide.

Il lève les yeux au ciel mais sourit. Ce sourire est presque imperceptible mais je l'ai bien vu avant que Tom ne l'efface de son visage en hâte. C'est ce Tom sous la surface que je veux apprendre à connaître un peu plus. Un peu déprimé mais peut-être un peu plus optimiste.

– Je suis trop vieux pour toi, se défend ensuite Tom.

J'éclate de rire devant cette nouvelle excuse des plus ridicules.

– Tu penses que l'âge a encore de l'importance à l'époque que nous vivons ? D'ailleurs, on a quoi, sept ans d'écart à tout casser ? C'est franchement rien. Arrêtes de chercher des excuses. Si tu ne veux pas de moi, dis-le tout de suite. C'est aussi simple que ça. On fera comme si de rien n'était, je te le promets. Je me suis juste dis que la vie était trop fragile pour ne pas profiter de l'instant présent.

– Tu sais bien que ce n'est pas ça…

– Alors tu veux de moi ? j'insiste.

– May…

– Merde, Tom ! C'est pourtant simple, vraiment simple…

– Pour toi, peut-être.

– Eh bien oui, ça l'est. Je veux être avec toi, Tom. J'ai eu du mal à l'accepter parce que j'avais trop d'autres choses auxquelles penser. Mais on est en vie et on devrait en profiter, tu ne crois pas ?

– A quoi bon, si c'est pour souffrir à la fin ?

Je me radoucis un peu à ces paroles.

– Je sais ce que tu ressens. Tu penses à ta fiancée. Tu l'as perdue et j'imagine ta douleur après coup. La douleur fait néanmoins partie de la vie. On ne peut pas être heureux si on ne prend pas le risque de souffrir. Tu devrais essayer d'être heureux tant que tu peux l'être, et je ne parle pas forcément pour moi. Tu devrais t'ouvrir un peu plus au monde qu'il nous reste, même s'il est réduit.

Tom ne répond rien, il se laisse glisser contre la paroi de la grotte. Je m'assois à côté de lui et colle mon épaule à la sienne, puis je l'entoure de mes bras. Il ne proteste pas alors nous restons ainsi enlacés pendant un long moment. Ma tête repose contre la sienne, et sa joue est contre la mienne.

Après avoir été longtemps immobile, je sens le visage de Tom tourner vers le mien, puis ses lèvres glisser doucement vers les miennes. Je reste figée de surprise avant de comprendre qu'il a enfin lâché prise. Je peux sentir à quel point au fur et à mesure de l'intensité de son baiser. Comme si, après avoir réfréné tout sentiment et toute émotion, elles se mettaient toutes à déferler au même instant.

Je le laisse m'embrasser sans rien dire. Je le laisse voler mon souffle jusqu'à ce que ma tête se mette à tourner. Je m'abandonne totalement au rythme de ses lèvres et à la pression de ses bras autour de mon corps. Il n'y a plus que lui qui existe en cet instant, rien d'autre. Ni les grottes, ni les humains, ni les âmes, ni même les êtres en qui je tiens tant. Il y a juste Tom.