Avec un peu de retard, voici le chapitre 62 !

Par ailleurs, je vous annonce d'ores et déjà que cette histoire touche à sa fin... Eh oui, encore un autre chapitre de conclusion après celui-ci, et nous abandonnerons May, Rivière, Mina et les autres à leurs aventures futures...

J'espère que cette fin vous plaira, et que vous aurez apprécié l'aventure !

Nous en reparlerons dimanche prochain, mais je n'avais pas du tout prévu que cette histoire soit si longue au départ !

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture du chapitre 62 ! Et je vous dis à dimanche prochain pour la conclusion...


Chapitre 62

Nous avons eu du temps pour nous faire à l'idée du départ. La vigilance des traqueurs s'est faite forte pendant encore plusieurs semaines. Patrick s'est chargé lui-même de surveiller leurs allées et venues pendant un moment, car il était le seul d'entre nous à ne vraiment rien risquer.

Au bout d'un moment, j'ai presque oublié que nous allions partir, le moment venu. C'est pourquoi, quand Patrick nous a finalement annoncé que le plus gros était derrière nous, que les risques étaient maintenant moindres, j'ai mis du temps à comprendre ce que cela impliquait.

J'ai bien vu que nous annoncer ça déchirait aussi le cœur de Patrick, parce que évidemment, ça sous-entendait le départ prochain de Joanna et il n'était pas prêt, pas plus que je n'étais prête à quitter Rivière et Mina. Pourtant, j'ai compris qu'il allait falloir sauter sur cette occasion.

A la veille du départ, tout le monde est étrangement silencieux dans la maison. Je n'aime pas trop cette ambiance, cette langueur qui traîne dans l'air. Blottie contre Tom, je tente d'ignorer ce qui est à venir, mais c'est peine perdue.

Tom doit très certainement se douter des pensées qui m'agitent. Néanmoins, il sait comme moi que rien de ce qu'il pourra me dire ne m'apaisera. Et pourtant ! Le pire n'est même pas encore demain pour moi. Demain, je quitterais Vogue, Patrick, Sean, George, Jack et Brie. Cependant, je ne dirais pas encore au revoir à celles qui ont le plus d'importance pour moi, celles auxquelles je suis profondément attachée.

En effet, nous avons tous décidés d'un commun accord que Rivière et Mina seraient celles qui nous accompagneront jusqu'au désert. Elles conduiront, réserveront les motels sur la route, bref : elles seront celles qui sécuriseront notre départ. Grâce à ça, notre séparation sera repoussée un peu plus.

Pourtant, cela est loin de m'apaiser, car à la fin, il faudra bien qu'on se sépare quand même. Je suis rassurée que Rivière n'ait pas à reprendre la route seule après ça, et c'est notamment la raison de la présence de Mina, mais je sais qu'un moment difficile nous attend quand même.

C'est à peine si je ferme les yeux cette nuit là, concentrée sur la respiration régulière de Tom et le silence environnant. Au matin, après un rapide petit déjeuner, le moment de s'en aller est venu.

Pour Tom et moi, l'épreuve n'est pas difficile. Pour Mina non plus qui sait qu'elle reviendra. Pour Rivière, se séparer de Vogue, même temporairement, est plus difficile.

Depuis ce qu'ils ont traversé, chaque séparation semble un peu plus compliquée à supporter. Aucun des deux ne veut revivre ce qu'ils ont pu vivre auparavant : l'ignorance de ce qui est arrivé à l'autre, la peur qu'un malheur soit survenu. Vogue s'inquiète que notre mission tourne mal. Il est bien le seul. Étrangement, tout le monde à part lui semble serein, confiant.

Tous les deux s'isolent un instant pour se dire au revoir librement et nous leur laissons le temps nécessaire.

Le second déchirement qui existe est celui des au revoir de Patrick et Joanna. Si le reste du groupe accepte plutôt bien le départ de Joanna, Patrick peine toujours à accepter que, dans quelques instants, la jeune femme va s'éloigner, et le pire dans tout ça est de ne pas savoir quand il pourra à nouveau la revoir. Parlait-on en jours, en semaines, en mois, en années ? Qui pouvait le savoir ?

Les yeux du barbu sont embués. Il contemple Joanna avec une tristesse qui me force à détourner les yeux tant elle me prend au cœur. Je me sens tellement désolée pour lui, comme si tout ça était ma faute. Et, pour cause, si nous n'étions pas entrés dans sa vie, Joanna ne lui aurait pas été ainsi arrachée, parce que la même possibilité de s'en aller ne lui aurait pas été offerte. Pourtant, il s'agit uniquement du choix de Joanna de les quitter et personne ne l'a poussée dans cette décision. Elle est seule maitresse de sa destinée et sa destinée est sur le point de l'éloigner de Patrick, son sauveur et son ami.

Peu désireuse d'assister à leurs derniers au revoir, je m'éloigne en compagnie de Tom. Nous nous rapprochons de la voiture, dos à la scène.

– Nous prenons vraiment la bonne décision en retournant aux grottes, pas vrai ? m'enquis-je auprès de lui.

Un dernier doute avant de finalement nous lancer, parce qu'il m'est impossible d'être certaine d'avoir pris la décision la plus adéquate. Si nous ne retrouvions pas les grottes ? Si nous ne trouvions pas ce que nous pensions trouver en y retournant ? Si le pire était survenu ? Si nous étions mal, très mal accueillis par Jeb et les autres ? S'ils étaient terriblement en colère et ne nous laissaient même pas nous expliquer ? Un tas incroyable de questions qui m'assomme et qui m'empêche de rester objective. Sur ce coup là, c'est Tom qui a la plus forte maitrise de lui-même.

– C'est la bonne décision, me confirme-t-il.

Je trouve d'ailleurs Tom étrangement serein. J'ignore comment cela se fait, mais je suis rassurée que l'un de nous deux puisse penser clairement. Comme il me l'a si souvent dit, il a pris mon relai parce que c'est le moment où j'en ai le plus besoin, et je lui suis reconnaissante pour ça.

Des sanglots se font entendre derrière nous et je frissonne. Les prochains jours vont certainement être difficiles pour Patrick mais je ne doute pas qu'il finira par s'y faire. Je lui ai promis que nous protégerions Joanna quoi qu'il advienne, comme l'une des nôtres parce que c'est ce qu'elle est. Autant que Mina et Rivière le sont à mes yeux. Âmes ou humains, ce n'est plus la façon dont je juge les gens autour de moi. Les miens sont ceux que je choisis, sans distinguer les espèces.

Après un certain temps, tout le monde est néanmoins prêt à partir. J'adresse un dernier sourire à ceux que je quitte, m'attardant un peu sur Vogue, lui que je constate toujours si inquiet. Néanmoins, son inquiétude me prouve une nouvelle fois son amour pour Rivière et je ne peux que m'en réjouir. Il doit percevoir quelque chose dans mon regard parce qu'il abandonne un instant sa contemplation de Rivière pour s'attarder sur moi. Je vois presque le point d'interrogation au fond de ses yeux et j'accentue mon sourire en hochant la tête. Je prendrais soin d'elle et elle te reviendra, tenté-je de lui faire comprendre. A son sourire, je pense qu'il a compris l'idée.

Crispée sur le volant, Rivière finit par démarrer et nous nous éloignons. Le calme perdure un instant dans l'habitacle, bien après que nos compagnons aient cessé d'être visibles dans les rétroviseurs. Quelle étrange sensation de quitter ces gens, tout en sachant que je m'approche un peu plus de ceux que j'avais déjà quitté avant eux.

Les jours qui suivent, nous ne parlons pas beaucoup plus. Nous agissons pas mécanisme réflexe. Rivière s'occupe de réserver les chambres de motel avec Mina, s'assurant de changer de nom à chaque fois pour ne pas nous faire repérer d'une façon ou d'une autre. Tout se passe comme sur des roulettes, sans anicroche, mais nous ne nous ne réjouissons pas forcément. Nous sommes trop moroses pour pouvoir nous réjouir.

Joanna me pose beaucoup de questions sur les gens des grottes, sur la façon dont fonctionnent les choses là-bas. Je suis ravie par l'enthousiasme que je décèle sur ses traits, même si je vois bien qu'elle restreint sa joie par respect pour la tristesse qu'elle devine chez Rivière, Mina et moi.

La jeune femme ne parle pas de Patrick depuis notre départ. Je ne pense pas que ça veuille dire qu'elle ne pense pas à lui. Je pense même que c'est le contraire. Elle s'efforce simplement de ne pas regarder en arrière, parce qu'une porte de sortie existe encore pour elle : elle pourrait très bien repartir avec Rivière et Mina tandis que Tom et moi nous engagerions dans le désert tous seuls. Je sais bien que ce n'est pas ce dont Joanna a envie, mais sous le coup de doutes soudains, qui sait ce qu'elle pourrait décider !

Le moment arrive plus vite que je ne le pensais : nous approchons du désert qui borde les grottes de Jeb et je le sais. Plus que jamais, ma séparation avec Rivière et Mina est proche. Je réfléchis aux mots que je prononcerais sans vraiment savoir lesquels seraient les plus justes, lesquels reflèteraient le plus le fond de ma pensée et mes sentiments pour ces deux âmes.

Le soir même, nous arrivons au fameux motel, le premier dans lequel nous avons passé la nuit après notre fuite des grottes. Le regard que j'échange avec Rivière est chargé d'émotions. Elle sait comme moi que nous allons nous quitter dans très peu de temps : Tom, Joanna et moi avons prévu de débuter notre périple dans le désert de nuit, pour avoir le temps de nous enfoncer dans le désert sans attirer l'attention.

Notre dîner de fortune s'effectue encore une fois dans le silence, un silence plus grave que jamais. Pourtant, le temps n'est plus au silence et je sais qu'il faut qu'on parle, parce que c'est notre dernière occasion jusqu'à la prochaine fois, et nous ignorons tous quand sera cette prochaine fois.

– Le moment est venu, déclaré-je donc tandis que mon intervention soudaine fait sursauter Mina.

Personne ne proteste. Tout le monde sait que j'ai raison. C'est la raison même de notre venue jusqu'ici. Comment et surtout pourquoi reculer si près du but ?

Me surprenant, Mina se jette dans mes bras.

– Oh, May ! Comme tu vas me manquer !

– Mina, chuchoté-je avec émotion. Toi aussi, tu vas me manquer ! Cruellement ! Mais nous nous retrouverons très vite. Tu prendras soin de Rivière pour moi, pas vrai ?

– C'est promis, May.

Après m'avoir encore serré quelques instants contre elle, elle me libère de son emprise et c'est les prunelles de Rivière que mes yeux attachent. Voilà le moment que j'appréhendais le plus. Mais que suis-je censée dire ? Que puis-je dire qui aurait le moindre sens ?

Néanmoins, Rivière me prend de vitesse et m'épargne le souci d'avoir à trouver les mots.

– Je m'étais toujours dis que ce serait toi et moi, à la fin… souffle-t-elle tristement en s'approchant de moi.

– Mais ce n'est pas encore la fin, Rivière, répliqué-je. Ce n'est qu'une étape parmi tant d'autres. Nous nous retrouverons, je te le promets. Et ce sera toi et moi, la fille et l'âme.

– La fille et l'âme… répète-t-elle pensivement. Oui, j'aime bien cette idée. Je t'aime, May. Tu vas me manquer.

– Je t'aime aussi, Rivière. Je serais éternellement reconnaissante pour la chance que j'ai eu que ce soit toi entre toutes les âmes qui ait été insérée à l'arrière de ma tête. Qui sait ce qui serait advenue si ça n'avait pas été le cas ?

– L'histoire aurait été bien différente, admet-elle.

– Mais maintenant, nous prenons temporairement un chemin différent. Nous avons notre propre vie et nous allons la vivre comme nous l'entendons. N'est-ce pas ce dont nous avons toujours rêvé, du temps où nous partagions un même corps ?

– C'est précisément ce que je voulais pour toi, que tu ais ta propre vie.

– Et moi, je voulais que tu ais la tienne, avec Vogue. Mais tu sais quoi ? Nos vies sont destinées à se recroiser, elles ne seront jamais totalement séparées, parce que nous sommes liée à jamais, toi et moi.

Un sourire éclaire le visage de Rivière, balayant enfin la tristesse qui l'obscurcissait jusqu'alors.

– Tu sais, j'aime Vogue. De tout mon cœur, d'une façon que je ne sais même pas expliquer. Pourtant, cet amour là est très différent de celui que j'éprouve pour toi. Je sais que vous avez ce concept d'âme sœur sur Terre. Je n'ai jamais très bien compris de quoi il s'agissait. Un peu naïvement, je pensais qu'il s'agissait d'un autre mot pour parler du grand amour. Je viens seulement de comprendre que j'avais tort. C'est encore totalement différent du grand amour. C'est toi mon âme sœur, May.

J'avais prévu de ne pas pleurer mais Rivière vient de faire voler mes résolutions en éclat. Je prends conscience qu'elle a parfaitement raison. Nous ne sommes pas amoureuses au sens où on pourrait l'entendre mais nous nous aimons d'un amour sans limite. En dépit de la différence de nos espèces, en dépit de nos cultures dissemblables et des conflits qui opposent les nôtres : nous sommes des âmes sœurs.

Rivière a beau aimer Vogue. J'ai beau aimer Tom. Ces amours là ne suffiront jamais à briser le lien qui m'unit à Rivière.

Touchée par ses mots, je serre mon amie dans mes bras. Je sais que nous nous apprêtons à nous quitter pendant un temps encore incertain, mais je sais aussi que je me sens plus proche d'elle que jamais. Tandis que je lui fais mes au revoir, je prends conscience que, où qu'elle aille et quelle que soit la distance qui nous sépare, nous serons toujours ensemble. A jamais connectées par un lien invisible mais plus fort que n'importe quel autre.

Une fille humaine et une âme. Deux âmes sœurs dépassant les limites de leurs espèces. Une connexion qui pourrait tout changer et tous nous sauver, si seulement nos deux espèces prenaient conscience que nos objectifs à tous sont finalement les mêmes. Nous voulons tous l'harmonie. Pouvoir vivre, simplement vivre. Humains ou âmes, tout n'est au final qu'une question de survie.

Un peu plus tard, tandis que nous nous engageons dans le désert, je jette un dernier coup d'œil en arrière. Dans l'obscurité, je peine déjà à discerner les traits de Rivière et Mina derrière nous. Pourtant, je devine leurs sourires, au-delà de la peine qu'elles ressentent à nous voir nous éloigner. Alors, je leur souris aussi, tout en sachant qu'elles ne le verront pas.

– On se revoit bientôt, soufflé-je sans que quiconque ne puisse m'entendre.

Quand je me détourne, toutes mes pensées sont dirigées vers l'avenir, sur ce qui nous attend au milieu de ce désert. Et, bien au-delà de ce futur immédiat, je me plonge dans l'imagination du futur monde qui nous attend, si nous changeons les choses, quand nous les changerons.

Dans le noir, un autre sourire s'étale sur mon visage, plus rayonnant encore. Je me retrouve envahie par une vague d'espoir. A nous tous, le groupe de Patrick et celui de Jeb, et tous les autres que je ne connais pas, je sais que nous changerons les choses. Oui, nous obtiendrons un monde meilleur. Je ne peux pas croire que les choses se passent autrement.

Le meilleur reste à venir. Humains et âmes, tous ensembles, nous allons créer un monde meilleur. Un monde dans lequel Rivière et moi seront toutes les deux heureuses, comme nous l'avons toujours désiré.

Et tout ira enfin bien.