Dipper était resté paralysé. Horrifié.
Lorsque Bill s'était jeté, il avait tenté de rattraper son corps. Mais il n'était pas assez rapide.
Il n'avait entendu que le rire du démon, qui sortit du corps juste de frapper le sol et disparut.
Puis le son de son corps rentrant lourdement en contact avec le sol. le fracas de ses os se brisant sous l'impact.
Dipper n'avait rien pu faire. Il n'avait pu que regarder son corps gisant à ses pieds, couvert de bleus, couvert de sang…
Son propre corps.
" Non, non non non ! Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible"
Il avait répété ses mots en boucle, tel un disque rayé. La panique avait prit le dessus, et il n'arrivait plus à se calmer, il n'arrivait plus à dire autre chose.
Il avait tenté de regagner son corps. Ça n'avait pas marché. Il lui était impossible d'en reprendre possession.
Il lui fallut une heure avant d'accepter que c'était sans espoir.
Il était mort.
Lorsqu'il décida enfin d'abandonner, il était resté là, paralysé devant son propre cadavre. Il ne savait plus quoi faire. Il ne voyait que son corps, gisant par terre.
Il n'avait même pas bougé quand son corps avait été découvert par Nate et Lee, qui passaient alors par là.
Ni quand la police était arrivée.
Il était resté planté là, le regard vide. Est ce qu'il regardait toujours son cadavre? Il n'en était plus sûr. Mais il était incapable de faire autre chose.
Ce n'est que quand son corps fut emporté que peu à peu, il revint à lui même. Et ce fut à cet instant qu'après avoir passé des heures sans pouvoir bouger, son esprit sembla sortir de sa léthargie. S'en suivirent une multitude de question:
"Qu'est ce que je vais faire, maintenant ?"
"Qu'est ce qui va m'arriver?"
"Je suis mort, non? Pourquoi suis-je toujours là, alors?"
"Est ce que je suis un fantôme?"
"Comment vais-je pouvoir expliquer ça aux autres ?"
Revenant d'un seul coup à lui même, son coeur se noua d'un seul coup. Ses amis, ses proches… Comment prendraient-ils la nouvelle? Et surtout...Sa famille? Ses parents, son grand oncle...Sa soeur...? Stan et Mabel avaient déjà dût mourir d'inquiétude quand il n'était pas revenu le soir dernier, et ils allaient apprendre qu'il était mort.
Mais le plus étrange, était surtout qu'il n'avait pas l'impression de l'être. Du moins, intérieurement.
Il se sentait divisé entre la vie et la mort, incapable de savoir de quel côté il appartenait.
Était-ce donc ça, la sensation d'être un fantôme? L'incapacité à déterminer si on est vivant ou non?
Il fallait qu'il trouve un moyen de réparer les choses, et rapidement. Les choses avaient tournés pour le pire, mais s'il se sentait plus vivant que mort, peut être y avait il encore un espoir de pouvoir revenir à la vie? Mais comment allait il faire? Le journal avait brûlé.
Il repensa à l'incendie, au théâtre, la pièce ruinée de sa soeur….
Les marionnettes! S'il en restait une, peut être pourrait-il dire à Mabel, Stan, ou même Soos, qu'il était toujours là, et qu'il avait besoin de leur aide. Ce n'était pas beaucoup, mais il fallait qu'il tente le coup.
Sans aucune autre idée en tête, il partit, sans se retourner, n'osant pas reposer les yeux sur le château d'eau, de peur de revoir les images de Bill jetant son corps, et de la fumée de l'incendie qui montait…
Autant frustré fut il d'être une âme sans corps, il devait reconnaître que c'était légèrement plus rapide que marcher. En quelques minutes, il avait rejoint les lieux du sinistre. Le théâtre n'avait pas entièrement brûlé mais avait été sévèrement endommagé par les flammes. Passant complètement inaperçu, il rentra dans la salle de spectacle, ou son coeur se noua à nouveau. La scène, les murs, le sol, noircis par la cendre. Les sièges, les rideaux et les toutes les accessoires qu'ils avaient passés la semaine à réaliser, brûlés.
Il n'y avait aucune trace du journal non plus. Dipper se répéta encore une fois que rien de cela ne serait arrivé s'il n'avait pas été aussi obsédé.
Puis, après ce moment d'absence, il se reprit. Il se mit à la recherche des marionnettes. Il chercha sur scène, dans les coulisse, mais il ne trouva rien.
"Abandonne, c'est inutile" faisait une petite voix dans sa tête.
Mais il se refusa de l'écouter. Il devait bien avoir quelque chose. Ne serait-ce qu'une simple chaussette. Le feu ne pouvait pas avoir tout détruit.
Il chercha, encore et encore. S'il aurait fouiller de ses propres mains, il l'aurait fait.
Une demi-heure plus tard, il abandonnait. Il ne restait plus rien ici. Sans autre idée en tête, il décida, résigné, à rentrer vers le Shack. Il se devait au moins de veiller sur sa soeur, et qui sait?
Peut être aurait-elle pu sauver une marionnette dans toute cette folie?
Quand Stan rentra dans la pièce, le regard honteux, l'air désolé, Mabel sut immédiatement qu'il n'apporterait pas de bonne nouvelle. Wendy et Soos le regardèrent, attendant qu'il parle le premier.
- ...Écoutez, demanda-t-il, est ce que vous pouvez me laisser un moment seule avec la gamine ?
- Oh...Bien sûr, Monsieur Pines. On...On sera dehors si vous avez besoin de nous.
Puis, après ce bref échange, Wendy et Soos quittèrent la pièce. Waddles se leva ensuite à son tour pour se coucher plus loin.
Stan vint s'asseoir aux côtés de la jeune fille. Durant un instant, ils ne parlèrent pas. Ils n'écoutèrent que le silence. Ce serait leur seul instant de répit, après tout.
- ...Bon, finit par lâcher Stan, Comment...Comment tu encaisses le coup ?
Mabel ne répondit pas, alors il changea de sujet.
- Ton épaule, elle ne te fait pas trop mal ?
-… N-Non...Ça ira… répondit elle pour la seconde fois de la journée.
Il y eut une pause. Mais elle ne dura pas. Stan soupira :
- ...Je viens de téléphoner à te-...vos parents. Ils viendront vous chercher demain.
Mabel se tourna alors brusquement.
- Quoi ? Mais Oncle Stan j-je ne veux p-pas partir m-maintenant !
- Ce n'est pas à moi de décider ça, Et puis...c'est pour le mieux.
- C-Ce n-n'est pas v-v-vrai ! Riposta la jeune fille, les larmes aux yeux.
Il posa sa main sur son épaule, se voulant apaisant, et continua :
- Je me croyais vraiment à la hauteur, ma chérie. Je croyais vraiment que je pourrais vous garder loin des dangers de la ville…Mais à la fin, je n'ai même pas pu le protéger.
- Oncle Stan c-ce n'est pas t-ta faute !...T-tu n'y es pour r-rien !
Il poussa un second soupir, avant d'enchaîner :
- … J'aimerai savoir ce que je devrais expliquer à tes parents… Ou plutôt… Ce dont je ne devrais pas mentionner.
Mabel se tut un instant. Elle ne le voyait que maintenant, mais Stan n'avait pas d'autre choix:
Ses parents ne la croiraient pas si elle leur disait la vérité. Comment le pourraient ils ? Elle même avait parfois du mal à comprendre cette ville.
Quoi qu'elle leur raconte, ils en voudraient à Stan pour ne pas s'être mieux occupé de Dipper.
C'était injuste. Elle ne voulait pas partir. Mais que pouvait elle faire d'autre ?
Elle vit que Stan attendait patiemment sa réponse. Alors, après avoir séché ses larmes, elle lui raconta tout.
Elle lui raconta leur aventure au bunker. Leur découverte de l'ordinateur, et les interminables recherche de Dipper.
Elle lui raconta le rêve de Dipper, leur dispute et le piège tendu par Bill, jusqu'à leur confrontation.
Elle se remit à pleurer
- S-s-s-si s-s-seulement j-je n'avais p-pas é-été aussi obsédée p-par m-m-ma stupide pièce ! D-Dipper serait...i-il serait…
Puis, elle craqua
- C-C'EST MOI... Q-QUI AI T-T-TUÉ... DIPPER, O-ONCLE...STAN ! Hurla-t-elle. Elle répéta ces mots, plusieurs fois.
Stan la serra dans ses bras, et la consola, passant sa main dans ses cheveux, la blottissant contre lui.
- Ce n'est pas de ta faute, Mabel...Je n'aurai pas du vous laisser ce journal… J'aurai du me douter que Dipper finirait par se mettre en danger, comme ça...Qu'il se mêlerait de choses…il ressemble beaucoup trop à...
Il n'acheva pas sa phrase. Mais il n'en eut pas besoin, la jeune fille n'écoutait plus au-delà de ses sanglots. Alors il la serra dans ses bras une nouvelle fois, attendant que les pleurs s'évanouissent dans le silence, puis il irait annoncer aux autres la décision des parents :
L'été de Mabel prenait fin.
