"À peine ont-ils compris ce qui leur arrivait, que c'était déjà terminé !"
[ Robb Stark résumant à sa mère la destruction de l'armée de Jaime Lannister ]
Cette nouvelle correspondrait à une scène coupée vers la fin de l'Épisode 9 de la Saison 1 ("Baelor"). Le jeune Robb Stark a laissé croire qu'il faisait marcher son Armée du Nord contre le gros des forces des Lannister: l'armée menée par Lord Tywin en personne. Mais après avoir franchi la Verfurque aux Jumeaux, Robb redirige en fait ses forces sur l'armée secondaire, menée par Jaime Lannister, que Tywin avait envoyée soumettre Vivesaigues et le Conflans. Plus tard, on apprend que cette armée a été entièrement anéantie dans une embuscade (au lieu-dit du Bois-aux-Murmures – Whispering Wood, dans l'univers VO), et l'on voit Jaime Lannister prisonnier, jeté par les bannerets des Stark aux pieds de Lady Catelyn. Voici ce qui aurait pu se dérouler dans l'intervalle, vu par les yeux de Jaime Lannister lui-même.
Usual disclaimer: Les événements de ce récit suivent le même fil directeur que ceux de l'Épisode 9 ("Baelor") de la Saison 1 de la série TV. Toutefois, ces événements, ainsi que les personnages décrits et leurs caractères propres (à l'exception de Ser Anghus Dolomyr, personnage OC), restent la propriété de la série TV produite pour HBO, elle-même inspirée par l'univers des sagas de Mr George R.R. Martin.
– An English translation does exist at FanFiction's as: "An unexpected encounter". –
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L'imposante colonne de soldats avançait d'un pas irrésistible, en martelant le sol de cette sente encaissée serpentant au cœur du Bois-aux-Murmures. Leurs armures noires, leurs capes rouge sombre, et leurs casques à larges rebords les désignaient comme des soldats de la Maison Lannister. L'étroitesse de ce chemin forestier avait converti une armée de trente mille hommes en un long et interminable ruisseau couleur rouge sang; mais l'oppressante sensation d'orgueil et d'invincibilité qui se dégageait de ces milliers de poitrines de fer n'en était pas moins grande. Dans cette inquiétante rumeur de piétinement et de fer froissé, les oiseaux avaient depuis longtemps renoncé à chanter.
Les deux cavaliers qui progressaient en milieu de colonne tranchaient nettement sur le reste de la troupe, par leurs longs manteaux d'un blanc immaculé. L'un d'eux chevauchait tête nue, casque sous le bras, les épaules dégagées et l'air altier: il s'agissait de Ser Jaime Lannister, lord-commandant de la Garde Royale, également connu comme l'une des plus fines lames et l'un des plus beaux chevaliers des Sept Royaumes. Au nom du jeune roi Joffrey Baratheon, son père Lord Tywin Lannister l'avait placé à la tête de cette armée de trente mille hommes qui devait soumettre la citadelle de Vivesaigues, fief de la Maison Tully, et clé de la région du Conflans. Malgré le terrain difficile, Ser Jaime faisait route en toute confiance: tous les rapports indiquaient que la petite troupe de tout au plus vingt mille brutes nordiennes avec laquelle le jeune Robb Stark avait franchi le Neck, avec l'intention de marcher sur Port-Réal, s'avançait à la rencontre des forces de Lord Tywin plutôt que des siennes. À l'heure qu'il était, le combat décisif avait peut-être même été déjà engagé, et remporté.
Au côté de Ser Jaime Lannister, chevauchait un autre homme portant tout comme lui le manteau blanc des chevaliers de la Garde Royale: Ser Anghus Dolomyr, un colosse à l'épaisse barbe rousse, dont le heaume enveloppant dissimulait la calvitie déjà fort avancée. Pour un observateur non averti, Ser Anghus pouvait donner l'impression de n'être qu'une simple force de la nature, un virtuose de l'épée longue et un jouteur redoutable, mais sans grande intelligence par ailleurs. C'eut été ignorer que dans sa jeunesse, l'homme avait pris part à de nombreux sièges pour la Maison Baratheon durant la Rébellion de Robert. Et que fort de cette expérience, il avait également par la suite recherché, et obtenu l'enseignement d'un mestre de tout premier plan dans l'art difficile de la poliorcétique. C'est donc essentiellement pour son savoir et son expérience en matière de sièges et d'assauts de forteresses que Jaime Lannister avait souhaité se l'adjoindre, avec les fonctions de commandant en second.
Le matin même, Ser Anghus avait présenté ses plans pour les jours à venir. L'armée serait sortie du massif forestier du Bois-aux-Murmures avant la fin de la journée, et camperait en lisière durant trois jours, le temps de se procurer le bois et les madriers indispensables au siège. De là, Vivesaigues ne serait plus qu'à deux jours de marche, en prenant en compte le chargement supplémentaire de l'armée. Après les négociations d'usage, et leur résultat prévisiblement négatif, on se mettrait à l'ouvrage. Les travaux préparatoires – creusement des tranchées d'approche de la forteresse, montage des trébuchets et de l'artillerie de siège, confection des échelles et du bélier – prendraient trois jours, plus encore cinq pour le comblement des douves et le bombardement préliminaire. Les assauts directs pourraient alors débuter. Avec trente mille hommes motivés, il ne faudrait pas plus de deux jours pour que tombe Vivesaigues, et avec elle tout le Conflans.
Et oui, l'armée était motivée. Bien sûr, le vieux Tywin Lannister avait gardé pour lui les meilleurs éléments; d'une part, parce que c'était dans ses habitudes, mais aussi, parce que c'était à lui qu'il reviendrait de défaire l'armée disparate des Stark et des bannerets du Nord. Les troupes de Jaime étaient néanmoins tout à fait en mesure de faire face à leur propre tâche. Comme pour chaque levée militaire de la Maison Lannister, on trouvait là un assez grand nombre de cousins plus ou moins éloignés du clan. Jaime en avait vaguement reconnu un, brun de cheveux, un peu plus tôt tandis qu'il chevauchait à sa hauteur. Comment s'appelait celui-là, déjà? Antrim? Altrom? Non, Alton, peut-être...? Peu importait, après tout: un Lannister qui n'était pas blond de chevelure, ne pouvait appartenir qu'à une branche mineure et abâtardie de la famille.
Jaime laissait justement errer ses pensées vers sa famille – Cersei qui lui manquait déjà, Joffrey sur son Trône de Fer, son petit frère Tyrion tout récemment libéré par les Stark d'après le dernier courrier de leur père –, lorsque retentit soudain le barrissement d'un cor au loin, puis de plusieurs autres. Des hurlements commencèrent à se faire entendre en tête de colonne. Puis presque aussitôt, en queue. Puis bientôt, tout autour de Ser Jaime et Ser Anghus. Du haut des crêtes boisées, des grappes de soldats en cottes d'armes grises et capelines de fourrure – des Nordiens! – s'élançaient et dévalaient les pentes en hurlant de rage, droit sur les troupes aux manteaux rouges. Depuis l'ombre de la forêt, des archers venaient se mêler à la curée; ils ciblaient en priorité ceux qu'ils identifiaient comme des arbalétriers parmi l'armée des Lannister, ce qui rendit bientôt toute riposte impossible. Au départ, Jaime Lannister pensa n'avoir affaire qu'à une simple petite embuscade de harcèlement. Mais les bois continuaient à vomir des Nordiens à n'en plus finir, et il dut finalement se rendre à l'évidence: c'était bel et bien la totalité des vingt mille hommes de l'armée de Robb Stark qui était en train de lui tomber dessus!
-–- L'Armée du Nord au grand complet... C'est impossible! s'exclama Jaime, encore incrédule. Ils étaient censés affronter l'armée de mon père!
-–- Ben quelqu'un a dû oublier de le leur dire, observa Ser Anghus d'un ton désabusé.
En purs termes arithmétiques, les soldats du Sud disposaient sans doute de la supériorité numérique; mais cela ne représentait plus grand chose dans un tel environnement. L'armée des Lannister était étirée tout au long de la sente creuse du Bois-aux-Murmures: il lui était impossible de se rallier pour face face à un tel assaut déferlant depuis toutes les directions à la fois. Les soldats isolés étaient balayés en un tournemain par le flot des attaquants. Et chaque groupe de trois ou quatre hommes en capes rouges qui parvenaient à s'assembler dos à dos pour tenir sur place, se trouvait aussitôt assailli par cinq ou six guerriers du Nord en cottes d'armes grises: ceux-ci leur réglaient alors rapidement leur compte, pour passer au plus vite à la poche de résistance suivante. À un tel rythme, l'armée toute entière serait bientôt submergée: trente mille hommes auraient disparu en tant que force combattante, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire: "Massacre"!
-–- Inutile de seulement tenter de transmettre des ordres dans une cohue pareille, lança Ser Anghus d'une voix assez forte pour couvrir le fracas de la bataille. Ça va être chacun pour soi: seuls les meilleurs combattants survivront. Tirez votre épée, Monseigneur!
L'armée fondait à vue d'œil, et les combats se rapprochaient de plus en plus rapidement du petit groupe des généraux en manteaux blancs. Sans s'être concertés, Jaime Lannister et Anghus Dolomyr mirent donc prestement pied à terre, avant d'éloigner leurs montures d'une tape sur la croupe. C'est le même instinct dû à l'expérience qui poussa les deux chevaliers de la Garde Royale à se rapprocher ensuite épaule contre épaule, épées au vent, pour faire face à la marée rugissante qui allait sous peu s'abattre droit sur eux. Jaime échangea un bref regard complice avec le compagnon au côté duquel il allait sans doute passer ses tous derniers instants avant de rejoindre les Sept Enfers:
-–- Bon, eh bien je crois qu'il ne nous reste plus qu'une chose à faire, Ser Anghus:...
-–- ...Entrer les pieds devant dans la légende, Ser Jaime? compléta le géant roux avec un sourire narquois.
-–- Je déteste qu'on me vole mes effets, chevalier! rétorqua le Lannister sans réelle animosité. Mais comme après tout ni vous ni moi n'allons survivre à l'heure qui vient, je ne vous en voudrai pas trop si vous ne retenez pas la leçon...
Le carnage se poursuivait sous les yeux impuissants des deux hommes, sanglant, impitoyable. Au sort réservé à certains de ses soldats blessés et tombés sur leurs genoux, Jaime jugea que les Nordiens n'étaient pas d'humeur à faire des prisonniers. Plus tard peut-être, lorsqu'ils seraient gavés d'horreur et fatigués de massacrer à tour de bras...
Un premier soldat du Nord se précipita en hurlant, seul, droit sur Ser Jaime, en donnant la fausse impression qu'il cherchait à venir délibérément s'embrocher sur l'épée de celui-ci. Sa feinte n'abusa cependant pas un bretteur du niveau de Jaime Lannister, qui lui fendit la poitrine sans même avoir eu besoin de parer son attaque. Durant la minute qui suivit, les vagues d'assaillants continuèrent à déferler, et à se fracasser successivement sur le roc inébranlable que représentaient les deux chevaliers de la Garde Royale. Combattant toujours vaillamment au coude à coude, Ser Jaime et Ser Anghus continuaient à livrer contre tout espoir cette bataille perdue d'avance dans une forêt perdue du Conflans. À un moment donné, Jaime se baissa juste à temps pour esquiver un revers de hache qui n'emporta que son casque; sa riposte fut aussi fulgurante que dévastatrice, et le guerrier des Stark qui avait porté ce coup y laissa ses deux mains. Dans le même temps, Ser Anghus avait fendu de haut en bas le crâne d'un autre Nordien trop téméraire; puis d'un violent coup de pied au ventre, il avait tout en même temps dégagé sa lame et fait du corps de son adversaire malheureux un projectile, qui avait renversé plusieurs autres parmi les guerriers qui continuaient à se ruer sur lui.
Quand suffisamment d'hommes en cottes d'armes grises furent étendus au sol, morts ou mourants, les attaquants commencèrent à hésiter, demeurant à distance respectueuse des deux redoutables faucheurs en manteaux blancs. Jaime Lannister avait perdu son casque au cours du combat: peut-être ses adversaires étaient-ils en train de réaliser à qui ils avaient réellement affaire. Mais juste avant que l'assaut ne reprenne, Jaime se sentit violemment bousculé par une gigantesque ombre grise surgie de nulle part sur ses arrières. Le temps qu'il se rétablisse sur ses pieds, Ser Anghus gisait déjà à terre, sans vie, tandis qu'un gigantesque loup gris, d'une taille proprement monstrueuse, s'acharnait sur sa dépouille. Le colosse roux n'avait même pas eu le temps de crier: sa nuque pourtant solide devait avoir été rompue net au premier choc! Tétanisé d'horreur, Jaime regarda les mâchoires de la bête tirer sans merci sur le cou de leur victime, jusqu'à ce qu'elles parviennent à lui arracher la tête des épaules!
Alors seulement, le loup gris releva le museau vers sa proie suivante. Jaime croisa son regard féroce et impitoyable, celui d'un prédateur en chasse, qui ne tue plus par faim mais par pure frénésie de meurtre. La bête retroussa ses babines sur ses crocs sanglants, en émettant un long grondement sourd. À voir son museau noir et gluant de sang jusqu'aux yeux, il était facile de deviner que Ser Anghus n'avait pas été sa première victime de la journée. Il s'agissait là sans aucun doute de l'un des fameux loups géants de la Maison Stark, la portée orpheline qui avait grandi en même temps que la jeune fratrie issue d'Eddard et Catelyn Stark. Jaime se rappela que l'un d'eux avait cruellement mordu son 'neveu' Joffrey mais avait pu fuir, et qu'une autre louve avait été exécutée à sa place pour ce crime. Il songea avec ironie qu'à présent, c'était lui qui allait payer pour ce que la portée aurait pu reprocher à Joffrey.
Jaime Lannister savait depuis longtemps qu'il ne mourrait jamais dans son lit; et il avait déjà souvent envisagé les nombreuses façons dont cela pourrait arriver. Poison; duel; tournoi; mur de lances brusquement dressées devant lui pendant une charge de cavalerie cheveux au vent; voire même, étranglé des mains du roi Robert qui l'aurait surpris dans le lit de Cersei, en dépit des précautions que sa sœur et lui prenaient... Mais jamais il n'aurait imaginé que sa vie prendrait fin entre les mâchoires monstrueuses d'un de ces mythiques loups géants du Septentrion, élevé pour devenir une terrifiante arme de guerre!
Après tout, se dit-il en raffermissant sa prise sur son épée, cette mort-là en vaut bien une autre...
Mais à l'instant précis où il vit les pattes du loup se fléchir juste avant que celui-ci ne bondisse, à cet instant qui aurait dû précéder de peu sa propre mort, Jaime Lannister sentit l'arrière de son crâne exploser. Ses genoux se dérobèrent sous lui, et il roula au sol où il perdit très vite conscience. Tout juste eut-il le temps, avant que ses yeux ne se voilent, d'entrevoir le loup géant se détourner de lui en quête d'une autre proie plus vive.
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